Le combat de Bang Tra 11 juillet 1947.

Impossible pour l’instant de relier les deux morceaux de ce puzzle:
– Un copain de résistance de mon père, Emond PUCCINELLI, disparu en Indochine en août 1947…
– Une photo trouvée dans l’album de photo de ma famille qui parle d’un combat à Bang Tra en juillet 1947. (voir mon billet précédent…)

J’ai, par contre, trouvé des informations sur le combat de Bang Tra.

La première (Merci Catherine) dans le livre de Georges FLEURY,

LE SOUS’OFF, Lucien Péréra, du maquis à l’Algérie (1941-1956)
l’auteur fait mention des combats de Bang-Tra.
La manœuvre annoncée débute le 9 juillet.
Le capitaine Chevalier commande un groupement formé de l’ancienne compagnie de Péréra, d’une compagnie du 3ème R.E.I, d’un escadron de gardes indochinois et d’une section lourde, équipée de mortiers de 81. Les unités sont regroupées au gros bourg de Bang Tra, où doivent les prendre des engins de la Marine qui les débarqueront pas loin de Ba Vat.
L’opération n’a pas le temps de parvenir à son but. Un millier de rebelles dotés de nombreuses armes automatiques se ruent à l’attaque de Bang Tra à l’aube du 10 juillet. Le combat brutal dure une heure au cours de laquelle la garde indochinoise cède sous la pression des bo doïs et se replie sur les campements de tirailleurs et de képis-blancs.
Le capitaine Chevalier monte une contre attaque. Les rebelles décrochent en abandonnant une trentaine de cadavres derrière eux.
Il s’agit donc bien des cadavres que l’on voit sur la photo. Cette indication géographique (traverser un fleuve pour aller à Ba Vat) me permet de retrouver plus facilement sur une carte le lieu du combat.

 

Au nord BA VAT, au sud sur la berge du fleuve Bang Tra. Nous sommes donc dans le delta du Mékong. Au sud de Saïgon.
Un autre texte trouvé sur internet, (ici) me le confirme:
2éme classe ZAPLETAL du 3éme REI en 1947
le 3éme REI a participé début 1947 à des opérations d’assauts fluviales sur le Mékong.
Voila un extrait du journal de marche:

07.05.1947   Combats de Huong-Diem.
05.07.1947   Combats de My-Chan-Hoa.
11.07.1947  Combat de Bang-Tra.
15.09.1947   Débarquement à Campha-Port.

18.09.1947   3/3e débarque à Haïphong – Dirigé sur Gia-Lam.

Et pour illustrer la période un extrait d’un article paru dans le journal Le Monde daté du 19 juillet 1947: Guérillas dans les rizières
L’attaque d’un train à soixante kilomètres de Saigon montre que les bandes du Vietminh n’ont pas renoncé à leurs activités terroristes. Nous croyons intéressant de donner à nos lecteurs les précisions que nous adresse un de nos correspondants sur l’action des guérilleros en Cochinchine.
Les armes, elles viennent de partout. Dans les premiers temps le Vietminh tirait parti de tout: l’on a vu des coupe-coupe fabriqués avec des ressorts de voilure. Les stocks abandonnés par les Japonais ont été soigneusement récupérés. Lors de la capitulation de nombreux détachements avaient caché leurs armes dans les tombeaux chinois: puisque les Français considèrent l’ouverture d’une tombe comme un sacrilège, pourquoi ne pas en profiter?D’autres ont été prises aux Français. Les Vietminhiens auraient même monté, quelque part dans la nature, une manufacture de mitraillettes Sten. Mais surtout les marchands de canons s’en donnent à cœur joie, car le Vietminh paie cher. Presque chaque nuit des camions bourrés d’armes franchissent les frontières du Siam et de la Chine. Il est courant de rencontrer des bandes, armées de deux ou trois cents fusils, de mitraillettes Sten ou Thompson, de fusils-mitrailleurs, de grenades et même quelquefois de mortiers, abondamment pourvues de munitions. Et contre ces bandes, qui ont pour elles le nombre et surtout le pays, les troupes françaises doivent se battre dans des conditions extrêmement difficiles.
Chaque bande, d’un effectif moyen de deux à trois cents hommes, s’est attribué un secteur d’une trentaine de kilomètres de côté, à l’intérieur duquel elle se déplace perpétuellement. Les camions isolés, les détachements de surveillance, les petits postes sont harcelés jour et nuit. Les fils téléphoniques sont hachés, les routes coupées, les ponts détruits. ” Rendre les Français sourds, boiteux et aveugles “, telles sont les consignes qu’adressait Hanoï aux bandes du Sud le 7 octobre dernier.
Détruire ces bandes est presque impossible. La Cochinchine entière n’est guère qu’un vaste marécage, rizières ou marais de joncs. A travers ces rizières, noyées d’eau, courent des diguettes de terre, surélevées d’un mètre. De chaque côté, la boue, où l’on enfonce parfois jusqu’à la poitrine. Tous les deux cents mètres, la diguette s’interrompt, et il faut franchir souvent à la nage un bras d’eau vaseuse et pleine de sangsues. Sur tout cela, un soleil de plomb, et des nuées d’insectes et de moustiques. Impossible d’avancer inaperçu, et, à l’appel du tam-tam d’alerte, les villages se vident, et l’on cache les armes. Une chaîne d’espions annonce par relais le départ des commandos au moment même où les hommes se mettent en route, et la nouvelle de leur arrivée les précède partout.
Quant aux déplacements de troupes plus importants, à l’arrivée de renforts dans une région quelconque, la nouvelle s’en répand partout avec une incroyable rapidité. Les Vietminhiens ont trouvé de parfaits agents de liaison dans les acteurs de théâtres ambulants qui circulent dans tout le pays.
Et, suivant l’importance de la troupe qui s’avance, les Vietminhiens s’enfuient ou tendent une embuscade. S’ils décident d’attendre, ils enfoncent leurs armes dans la boue et se mêlent aux paysans. Un détachement français de vingt-cinq hommes patrouillant un jour dans les rizières du Mytho, avisa ainsi un groupe d’une centaine de ” nha-que ” (1) qui, dans l’eau jusqu’à la poitrine, semblaient repiquer les épis. Cent mètres plus loin, frappé soudain du nombre excessif des paysans, le lieutenant français se retourna. Trop tard : les fusils crépitaient déjà. Un seul homme put s’échapper, et rentra à Cholon à moitié fou.
Parfois ils se dissimulent simplement dans les joncs. Comment distinguer, à cent mètres, un homme dont la tête émerge à peine? Pourtant une bande qui se croyait bien cachée fut un jour entièrement anéantie par un commando français dans la région de Cholon. Un reflet suspect l’avait trahie : son chef, croyant sans doute inspirer la terreur, s’était coiffé d’un casque de pompier.
Les Vietminhiens ne font jamais de prisonniers, sinon pour les torturer. Et les malheureux qui tombent entre leurs mains mettent des heures à mourir. Yeux arrachés, membres déchirés, ventre ouvert, parfois même coupés en morceaux. Et si les hommes du corps expéditionnaire français ne sont pas toujours très tendres, c’est que trop de soldats sont morts dans de telles conditions.

La violence révolutionnaire s’opposait aussi à une insoutenable violence coloniale. Dans un prochain billet, j’évoquerai les conditions de travail dans les plantations d’hévéas de Cochinchine. Mais qu’allait faire dans cette galère un ancien résistant des maquis de l’Ain et du Haut Jura? J’avoue que pour l’instant je n’en sais rien. Et je ne sais même pas si cette photo le représente.

Caillou, le 25 octobre 2018

 

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