Archives de catégorie : Points de vue

Gilles Ory, Militant !

gilles 04 juillet 2011 interview avanti
Gilles Ory, ante-diluvien par choix (vu que communiste…) baron de trezalouest par la naissance….
J’ai la grande douleur de vous annoncer une disparition brutale, celle de notre ami Gilles Ory, un camarade syndicaliste de SUD PTT, résolu, opiniâtre, fédérateur. Le batteur de l’ancien groupe de musique La Teigne était aussi un nouvel adhérent de Coup de Soleil Midi-Pyrénées. Il est décédé à la suite d’une crise cardiaque.Nous sommes très touchés et très tristes pour ses deux fils, Bastien et David,
pour sa familles et ses camarades de lutte.

L’incinération aura lieu lundi 15 mai à 11H40 à Cornebarrieu.
Quelques messages reçus

Salut à toutes et tous,

Je viens d’apprendre comme vous que Gilles était décédé et le choc est d’autant plus fort que j’étais à son pot de départ en retraite il y a une dizaine de jours à peine. Nous y avions beaucoup échangé sur les élections, le syndicat et lui aussi qui était encore au stade des questions sur sa vie personnelle mais déjà partant à nouveau pour des engagements auprès de Solidaires et ses militant-es.
Nous perdons un deuxième grand bonhomme de notre syndicalisme local après Claude. Cela me touche d’autant plus que j’ai plusieurs documents sur la bagarre pour notre représentativité au Ceser en 2011 que je manie beaucoup dans la période et qui portent leur marque commune quand ce n’est pas leur signature.
Je suis bien triste de cette nouvelle et le sourire comme le regard taquins et futés de Gilles me manquent déjà. En même temps je me dis que nous avons une responsabilité supplémentaire à organiser et poursuivre l’organisation, le fonctionnement et les combats de Solidaires 31 que Claude et Gilles ont mis tant d’énergie à porter et à défendre.
Mes amitiés à toutes et tous
Christian

Merci Christian pour ce message.
Ce sont des amis de la Teigne qui mon appris hier cette terrible nouvelle. Je suis comme toi et beaucoup d’entre les Solidaires toujours sous le choc et n’arrive pas à y croire. Solidaires perd un précieux militant. Gilles était venu avec la Teigne jouer pour mon départ en retraite en Aveyron . Un concert et un moment inoubliable à la lueur d’un lampadaire communal et sur un macadan un peu rugueux ils avaient joué, chanté fait passer des messages de lutte et de solidarité à un public de militants et syndicalistes convaincus mais aussi à un public de villageois aveyronnais émerveillés, tellement séduits qui n’ont pas hésité à rester jusqu’au bout de ce grand moment tellement ils avaient su les captiver. J’ai échangé et travaillé plus particulièrement avec Gilles alors que j’étais élue à la Région pour faire avancer le dossier de la représentativité de Solidaires au CESER. Je voudrais ici témoigner de son esprit d’ouverture, de son intelligence politique, de son souci de rassembler, de fédérer, de ses capacités d’écoute. Gilles était un bosseur, un militant sur qui on pouvait compter, discret, et efficace, soucieux et respecteux du collectif. Oui il a été un précieux maillon dans la défense de ce dossier qui a abouti à la représentaion de Solidaires au CESER . Je ne pourrai pas hélas être lundi à Cornebarrieu pour lui faire mes adieux et lui rendre hommage. Ce que je regrette beaucoup. Je serai de tout coeur avec vous.
Marie-Françoise

Bonjour Marc,
C’est vraiment une triste nouvelle que tu m’apprends là, surtout que faire de la musique ensemble, ça créé des liens particuliers, une entente au délà des mots.
J’ai envie de te raconter cette petite anecdote, lue dans un livre. Une petite fille demande si son papa, qui vient de mourir, va aller ou pas au paradis. La personne qui lui répond, est bien embêtée, car elle ne croit ni au paradis ni à l’enfer, alors elle lui dit que oui, parce que son père était un artiste, et que les artistes vont toujours au paradis, parce qu’ils ont passé leur vie à rêver la vie et à l’embellir pour eux et pour les autres. En espérant retrouver Gilles le batteur, au paradis des musiciens, au détour d’une note, d’une chanson, pour un bœuf unissant les vivants et ceux qui ont cessé plus tôt que nous de l’être, mais qui le sont toujours au cœur de nos musiques. Je t’embrasse et je pense bien à vous ce soir pour votre soirée autour de Gilles, en répétition avec mon groupe de trad, je lui dédierai en pensée cette valse : « ceux qui s’en vont ».
Bises,
Claire

Cher Gilles,

En un bien court trimestre, tu nous as apporté beaucoup. Beaucoup d’espoir. Tu nous a rappelé que la bataille se livre sur tous les horizons et partout dans le quotidien. Les conditions désastreuses de tous les boulots salariés et les combats que nous devons mener à la base (d’abord l’instruction des « jeunes recrues ») ont de quoi nous occuper dix vies.
Tu es passé comme quelque flamboyante météorite dans la nuit de nos désespoirs.
Cela ne s’oublie pas.
In girum imus nocte et consumimur igni.
Nous tournons en rond dans la nuit en nous consumant dans le feu.
Dominique

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Lui mettre une trump!

Ce soir, à Toulouse, des femmes manifestaient contre le nouveau président des Etats-Unis…2017-01-21 17.13.37 Beaucoup sont américaines. Elles sont le visage d’une autre Amérique!

 

2017-01-21 17.15.26

 

Respect!
Caillou. 21 janvier 2017

Le 21 janvier 2017, au lendemain de la prestation de serment de Donald Trump, les associations féministes et de défense des droits humains organiseront une marche pour les droits des femmes à Washington et partout dans le monde.
Nous sommes tou.te.s mobilisées alors que le nouveau président des Etats-Unis s’apprête à appliquer l’idéologie violemment sexiste, lesbophobe, homophobe, xénophobe et raciste qu’il a défendue durant toute sa campagne. Il envisage de nommer à la cour suprême William Pryor, un juge qui considère que « l’avortement est la pire abomination de l’histoire du droit ». Son vice-président, Mike Pence, promeut ouvertement des thèses créationnistes. Son principal conseiller, Steve Bannon, publie sur son site des messages racistes et misogynes haineux. Il veut aussi détruire la loi sur la santé dite Obama Care.
Cette politique réactionnaire à l’oeuvre aujourd’hui aux Etats-Unis est la concrétisation d’une dynamique plus large dans le monde, en Europe, en France :
• En Europe, des mouvements conservateurs et rétrogrades remettent régulièrement en cause les droits des femmes, en particulier l’avortement (Pologne, Espagne…)
• En France, le danger est réel en provenance de plusieurs candidats à la présidentielle, qui instrumentalisent les droits des femmes. 
Nous marcherons le 21 janvier pour témoigner notre solidarité avec la Women’s March on Washington, car défendre les droits des femmes aux Etats-Unis, c’est défendre les droits des femmes en France et dans le monde entier. Nous marcherons contre les incitations à la haine, les attitudes discriminatoires, les messages et actions réactionnaires. Cette marche se veut ouverte à toutes et tous, et chaque individu.e partout dans le monde sera le/la bienvenu.e.

le 20 aout 1955 et la justification du terrorisme de masse

J’ai déjà parlé de mon étonnement de voir que cette date est honorée en Algérie alors qu’elle est celle d’un massacre d’une centaine de civils européens à Philippeville (actuelle Skikda) par des paysans algériens fanatisés:
http://www.cailloutendre.fr/2012/04/alger-10-avril-2012-belcourt-le-20-aout-1955-et-la-suite/
Dans le film « vu de l’autre côté » de Mehdi Lallaoui, Mohamed Harbi est le principal historien. Il s’exprime à propos du 20 aout 55 à Philipeville.
Voilà ce qu’il dit: Le phénomène fondamental ce sont les évènements du 20 aout 1955 dans la région du Nord-Constantinois. Cet épisode a donné aux partisans de la lutte armée une force nouvelle en ce sens que pour la première fois des masses importantes se sont engagées dans une lutte les uns avec les armes et les autres à mains nues. Il ne faut pas oublier que le 20 aout 1955 avait dans certains endroits des aspects de jacquerie c’est à dire que des gens partaient avec des moyens élémentaires pour essayer d’attaquer ici et là des forces françaises. Alors ce qui s’est passé après c’est qu’il y a eu une répression atroce qui a fait des milliers de morts.
L’expression « des forces française » c’était en l’occurrence des civils Européens, des femmes, des enfants… Et la répression qui a suivie, aussi dégueulasse soit-elle, ne permet nullement de gommer la caractère de crime contre l’humanité que représente « les jacqueries » du 20 aout 1955. Entre bombardement des mechtas, torture, et emprisonnement de tout un peuple d’un côté et attentats aveugles et massacre de civils de l’autre, il ne faut pas choisir!  Mais de la part de ce grand historien dire « des forces française » pour nier le massacre des populations civiles cela justifie totalement le terrorisme de masse que commet Daesh en ce moment en Irak et en Syrie.
Et ce n’est comme cela, en niant l’Histoire, que l’on pourra retrouver le chemin d’une réelle amitié entre les peuples algériens et français.

Caillou, 24 décembre 2016

RAK, chronique d’un film disparu.

J’ai retrouvé, grâce à Internet, un film que je n’avais jamais oublié:

RAK de Charles Belmont

rak-lila-et-sami

Ce film est touchant, émouvant, mais il n’est pas que cela. Je dois dire qu’en 2016 comme en 1973 je l’ai vu en m’identifiant à David. En 73 parce que, fils unique, je venais de perdre ma mère, Madeleine, qui vivait seule à Paris. Et en 2011 par la disparition de Maria, en 3 mois d’un cancer intestin/poumon, une femme qui était resté, même divorcée, une très grande amie et une camarade. Comme c’est un film ancien j’y vois maintenant des défauts, (rien de rédhibitoire) et d’immenses qualités.
Il y un sujet principal dans ce film qui est celui de la médecine « de classe » et du rapport entre le médecin et son patient. Sur ce point je crois qu’il date un peu. Le décès de Maria, m’a montré que la médecine hospitalière a progressé dans les droits du malade, dans le refus de la souffrance, dans le regard du personnel hospitalier et même dans la vérité donnée aux malades, si du moins ceux-ci veulent la connaître. Sur ce point la visite du grand patron ressemble à une farce. Elle est d’ailleurs traitée comme telle. J’espère que cela est devenu l’exception et date d’une période définitivement révolue.
Plus subtile, mais bien argumentée dans ce film, la dénonciation du rapport exclusif entre soignant et patient est lui toujours d’actualité. Même si la pratique reste ce rapport de domination il me semble qu’il a depuis longtemps été remis en cause et que d’autres visions de la médecines ont fait leur apparition. Que des progrès ont eu lieu comme avec l’institut Renaudot (et la médecine communautaire) ou, et je l‘ai découvert sur votre blog, la revue de la « Santé intégrative ».
L’autre critique que je ferais à ce film c’est le côté militant un peu lourdingue, un peu appuyé, comme avec les interventions des médecins contestataires ou cette phrase sur la médecine dans la Chine Populaire qui fait maintenant sourire. Mais c’était l’époque !
Je le sais, j’y étais…
Mais ces critiques ne sont rien devant l’autre sujet, pour moi bien plus important, qui est le rapport intime entre ce jeune homme, David et sa mère en train de mourir.
La disparition de son père et l’absence de sa sœur en fait un fils unique. Il ne vit pas encore avec sa compagne. Il est seul avec la maladie de sa mère, avec en tête la certitude de son décès proche, son incapacité à lui dire la vérité. Il doit à la fois sacrifier une partie de sa vie personnelle (la scène où il lit le journal et où sa mère le dérange) et devenir l’adulte responsable. C’est une inversion des rôles fils/mère. Le fait de l’appeler « petite mère » ne me semble pas avoir seulement une résonnance russe, c’est aussi se penser le protecteur, l’adulte devant la maladie qui infantilise sa mère. Et cela l’irrite.
Il y a des notations très fines et très vraies comme la culpabilisation : «  C’est quand tu es parti que j’ai commencé à me sentir fatiguée… » . La tension qui suit, l’affrontement feutré est absolument terrible. D’autant qu’il se termine par « Moi aussi j’ai besoin de toi » et que la mère reçoit cet aveu avec fierté.
Pour dépasser ce rapport de prise de pouvoir sur l’autre, inversé lorsqu’il s’agit d’un jeune homme sur sa mère il va falloir se battre ensemble et donc casser le silence. Il faut lui dire la vérité sur sa maladie et lui annoncer l’issue très probable de son cancer. La séquence de la salle de bains est certainement la plus forte du film, la scène ou Samy Frey se cache dans son dos pour lui dire ce que peut-être elle sait déjà tandis qu’elle se regarde dans la glace et pleure silencieusement est pour moi une situation qu‘il me semble avoir vécue.
Ma mère est morte brutalement empoisonnée par l’oxyde de carbone. Je n’ai pas pu me préparer à sa mort. Il n’y a donc pas de ressemblance. Mais l’imaginaire d’un spectateur n’a peut-être pas besoin d’être aussi précis pour s’identifier avec un personnage fictif.
J’y ai vu d’ailleurs une grande part d’autobiographie avec toutes ces anecdotes qui sentent vraiment le vécu…
Et puis c’est merveilleusement bien joué par Lila Kedrova et Samy Frey. Par exemple cette pantomime ou ils jouent comme des enfant.
Même si les couleurs ne sont plus très bonnes, même si le son doit pouvoir être amélioré, (mais je deviens un peu sourd moi aussi !) les cadrages sont très bons, il y a peu de mouvements de caméra et ils sont à chaque fois cohérents, rien n’est au hasard, le montage est très beau puisque il ne se voit pas, et la non-chronologie renforce l’attention. C’est un très beau film, même si, par son côté militant, il date un peu. Il faut qu’on puisse le voir et le revoir

Caillou, le 14 décembre 2016

On ne le trouve pas dans le commerce. « Malheureusement les droits de RAK appartiennent à une production qui ne s’en occupe pas du tout. Le film n’est visible nulle part sauf au Forum des images à Paris « 
Une association: les amis de Charles Belmont
veut montrer en DVD les films de ce réalisateur.

On peut lire aussi:

lire sur http://www.santeintegrative.com/articles/rak
RAK par Marielle ISSARTEL

À l’occasion de la rétrospective de tous les films de Charles Belmont à Paris en avril, focus sur RAK qui dès 1972 posait la question de l’unité du malade et de la relation qu’il lui serait nécessaire d’établir avec les personnes qui le soignent. À la fois une histoire d’amour et un réquisitoire au vitriol.

Un sujet qui dit « Je »

Ce film fut écrit d’abord sous forme d’un pur cri de révolte, à partir d’une expérience personnelle de Charles Belmont, très douloureuse, la mort foudroyante de sa mère d’un cancer(1). Puis la réflexion et l’analyse appliquées à cette expérience intime lui ont donné une portée humaine et sociale, et même politique. La structure non chronologique du scénario et la voix off du personnage du fils témoignent de ce double mouvement subjectif et réflexif en tension. Dans RAK les sentiments s’expriment sans crainte des scènes périlleuses, mais pour dépasser la révolte personnelle et écrire sans exagération la scène de la visite du grand patron hospitalier, Charles Belmont a réuni une quinzaine d’amis du Groupe Information Santé (ex Secours Rouge, avec qui ensuite il fera Histoires d’A) qui ont mis en commun leur expérience ordinaire en évacuant l’exceptionnel. Comme la réalité dépasse la fiction, la scène traitée en parade de cirque fait plus vrai que nature. Elle fut d’ailleurs l’objet d’une censure d’Antenne2 qui demanda à Charles Belmont de la couper avant diffusion pour ne pas choquer les mandarins qui devaient débattre ensuite. Mais accepter la censure n’était pas de son goût et il préféra annuler la vente.

La relation dominant/dominé du patient le bien-nommé n’est pas seule en cause dans le film. Le rôle du psychisme dans la maladie et la maladie considérée comme réponse au mal-être sont des pistes ouvertes à la fois par l’histoire incarnée de ce couple d’un fils avec sa mère, mais aussi par l’irruption de médecins en chair et en os sous forme d’interviews. Parmi eux, le Dr Richard Dabrowski : « Est-ce qu’on a déjà vu un foie ou une moelle épinière se promener dans la rue ? non, il y a toujours le sujet qui dit « Je » autour, et qui dit : « moi j’ai mal ». »

Dans le dossier de presse en 1972, Charles Belmont écrivait : « Si j’ai fait RAK, c’est pour partager quelques idées, pas nouvelles du tout, mais enfouies, très dissimulées. La santé physique n’est qu’un des aspects de l’épanouissement de l’individu. On connaît depuis longtemps l’influence des conditions de vie sur les maladies. On sait depuis l’Antiquité que l’individu forme un tout dialectique. Et ces certitudes, non codifiables, non « scientifiques » sont purement et simplement ignorées sinon niées par une grande partie du corps médical, dont c’est pourtant en principe le champ opérationnel. On fait la part du feu en abandonnant l’investigation psychologique à des spécialistes isolés et ignorés des médecins du corps.
Si j’ai introduit dans mon scénario le docteur Renard, généraliste, médecin de ville, dont j’avais besoin pour le déroulement scénaristique, ce n’est en aucune manière pour l’opposer  au spécialiste. C’est la relation humaine que j’implique, rendue impossible par les conditions de la pratique médicale actuelle ; cette relation cependant est si nécessaire qu’elle devient un mythe, nécessaire aussi bien pour le médecin que pour le malade. Le même mythe existe aussi pour l’infirmière, tel une entrave antipathique dans la mesure où l’infirmière est encore moins libre que le médecin, encore plus définie et déterminée en tant que rouage. »
C’est dire que ce film fit l’objet de vifs débats et de controverses au sein du corps médical et tout simplement dans la société, ce dont nombre d’articles témoignent. Caricatural, le professeur Georges Mathé, cancérologue réputé, interrogé pour le journal l’Aurore après avoir vu le film déclarait off the record : « Le psychisme, ça n’existe pas ! ». Un autre professeur, Robert Zittoun, spécialiste en hémato-cancérologie, écrivait au contraire dans Pariscope: « Ce film m’a beaucoup touché, il est très beau et aussi très important (…) Cet amour qui revit, qui flambe, n’a peut-être pas prolongé la vie de sa mère, il l’a embellie et nous embellit ».
Pour beaucoup de gens, les problématiques posées dans RAK et particulièrement le silence autour de la mort, perdurent.

Faut-il dire ou non la vérité au malade ?

Pour poursuivre sa réflexion au delà de ses sentiments, Charles Belmont s’était référé aux écrits d’Élisabeth Kubler Ross qui écrivait dans Les derniers instants de la vie(2) : « Je considère que la question ne doit pas être posée ainsi : « Dois-je dire la vérité à mon malade ? » mais formulée comme suit : « Comment puis-je partager cette connaissance avec mon malade ? ». Le médecin devrait tout d’abord examiner sa propre attitude autour de la maladie et de la mort, afin d’être capable de parler de sujets aussi graves sans angoisses exagérées. Il devrait recueillir les indices que le malade lui apporte afin d’évaluer le désir qu’a le malade d’affronter la vérité. » (3)
Dans le film, le fils ne supporte plus le silence, les gênes, la détérioration de la relation qu’il a avec sa mère et les frustrations que celle-ci exprime. Dans un mouvement d’émotion, il lui « avoue » qu’elle a un cancer, et ils décident ensemble de se battre. RAK ! elle lutte avec ses jambes, avec ses muscles affaiblis ! Surtout, à partir de ce moment, la mère reprend sa place de mère – ce qu’expriment les cadrages – et lui reprend sa place de fils aimant et complice. Elle ne guérira pas, on le sait dès le début du film, Charles Belmont n’a pas voulu faire croire au miracle, mais montrer une relation réhabilitée et une fin de vie digne.
Lors de la rétrospective Belmont, chaque film sera accompagné de débats et rencontres afin d’en faire une manifestation vivante, plusieurs des films traitant des thématiques enfouies à l’époque qui émergent maintenant(4). Deux membres du comité de rédaction de Santé intégrative seront présents au débat qui suivra la projection de RAK. Mais c’est avant tout une merveilleuse histoire d’amour que je vous invite à partager.

(1) RAK veut dire cancer en russe.
(2) On Death and dying n’était pas traduit à l’époque donc voici la traduction libre présentée aux journalistes dans le dossier de presse.
(3) Cette problématique est posée dans le dossier sur la fin de vie de Santé Intégrative N°37
(4) D’où le titre : Rétrospective Charles Belmont, l’éclaireur ». Du 8 au 12 avril, Cinéma la Clef à Paris. Page facebook : L’Écume des Jours et les films de Charles Belmont.

 

 

Le temps et le dessin

Pourquoi poser ses valises et arrêter le temps pour, par exemple, dessiner l’église romane de Fillols ou le massif du Canigou ? (Pyrénées-orientales)

Ce serait si simple et pratique d’en faire une image avec son portable puis, après l’avoir vaguement regardée une ou deux fois, de l’enfouir dans la mémoire de son ordinateur.
Et bien je crois que ce n’est le résultat qui compte mais le chemin pour y parvenir.
Et je préfère perdre mon temps… essayer de m’exclure du temps qui passe… pour retrouver l’observation minutieuse du monde et essayer d’en dessiner chaque parcelle, chaque feuille tremblotante, chaque pierre.

Fillols
Fillols, 26 juillet 2016

9782266178747

 

Sur cette notion du temps, je suis en train de lire l’excellent petit livre de Sylvain Tesson: Éloge de l’énergie vagabonde. Ce récit de voyage est traversé de fulgurances qui me laisse rêveur. En voici une:

L’énergie humaine se nourrit de changement. 
Selon Bergson, l’ « immense efflorescence d’imprévisible nouveauté » allège la lourde marche de la « durée ». 1° 
Dans une vie, le feu routant de la nouveauté brise les chaînes de la monotonie et donne aux jours leur puissance. L ‘énergie de l’existence se trouve contenue dans la propre incertitude de son déroulement. Comme il est impossible de prédire ce qui va advenir, chaque instant se crée et se recrée et abolit ainsi toute fatalité. La joie de l’expérience intérieure est de se laisser féconder comme un terreau propice, par des émotions inconnues, portées par le vent des hasards. Au delà des destinés individuelles la grandeur de l’Histoire, sa liberté, se tient dans cette imprévisibilité des actes humains 2° 
Une décision politique provoquera ainsi une cascade de conséquences inconnues.
La vie des hommes n’est pas une science exacte, elle échappe aux lois de la physique qui conditionnent l’évolution du monde. Nul déterminisme pour la guider. Elle est dangereuse car imprédictible. 
Le principe qui s'oppose le plus radicalement à l’énergie de la nouveauté jaillissante c’est l’habitude. L’enfermement de l’être sous le couvercle d'heures et de lieux épuisés de se ressembler trop. Peguy soutient qu'« une âme morte est une âme tout entière envahie par l’encroutement de son habitude, par l’incrustation de sa mémoire ». 3°
L’énergie déserte les êtres qui connaissent trop bien les recoins du labyrinthe de leur vie, ceux qui n'attendent plus rien des instants à venir et ceux qui, par peur de l’inattendu, s’enferment dans le mur de l’habitude. À chaque tic-tac de l’horloge du temps, les parois leur renvoient l’écho du tic-tac précédent au lieu de leur chanter la musique de l’inconnu !
1° Henry Bergson, la pensée et le mouvement.
2°Sur cette notion : Hannah Arendt, le concept d’histoire la crise de la culture
3° Charles Peguy, Note conjointe sur Monsieur Descartes
Canigou
Le massif du Canigou, 27 juillet 2016.

Bonnes vacances!
Caillou, le 7 août 2016

Les amalgameurs

Les amalgameurs

Beaucoup de braves gens estiment que les attentats islamistes poussent l’opinion publique à l’amalgame entre Islam et islamisme, entre musulmans et terroristes. Et de fait on constate une vague d’islamophobie générale.

Mais l’amalgame entre Islam et islamisme n’est pas le seul fait d’une xénophobie déguisée sous la notion d’islamophobie. Cet amalgame devient aussi le pivot central d’une pensée de gauche qui, par peur de l’islamophobie, ne veut pas critiquer ou remettre en question l’islamisme politique.

La conférence de Shlomo Sand, à la Bourse du Travail de Toulouse le 11 avril, et son public, chauffé à blanc par un sentiment pro-palestinien sans nuances, en sont une des dernières illustrations locales.

D’un côté nous avons le premier ministre Vals qui assimile l’antisionisme à un antisémitisme et prend donc fait et cause pour le CRIF contre la campagne BDS (et je précise que je suis outré de ces propos !) et de l’autre un orateur qui n’explique la montée de l’islamophobie que par la volonté de détournement des questions sociales ou par des intellectuels de médias dévoyés comme Houellebecq, BHL ou Finkelkraut.

Dans ce concert d’amalgames essentialistes la voie des victimes du terrorisme islamiste algérien (GIA) des années 90 devient inaudible, même si elles étaient souvent de religion musulmane. (200 000 morts !) La voie des féministes (par exemple égyptiennes ou tunisiennes) qui se battent pour la liberté et les droits des femmes contre la terreur des fondamentalistes ne s’entend plus. La gauche radicale se tait dès qu’il s’agit de soutenir les démocrates, les syndicalistes, les féministes et les homosexuels qui, là-bas sont pourchassés par la montée de l’Islam politique.

Par contre, ici, chaque propos maladroit (comme celui de Laurence Rossignol, déléguée des Droits des femmes, qui voulait montrer le caractère d’oppression du voile islamique) est monté en épingle, détourné, réduit au seul discours d’exclusion.

L’émotion populaire qui a suivi des attentats de Paris et de Bruxelles est ridiculisée, uniquement vue comme une manipulation médiatique et politique pour obtenir l’état d’urgence, plus de contrôle social et détourner l’attention des vrais problèmes sociaux

Gouverné par « Le Monde Diplomatique » et « Politis » cette gauche radicale se fourvoie dans l’amalgame qu’elle entend dénoncer. Elle amalgame elle même les musulmans et l’islamisme.

Refuser l’amalgame islam–islamisme d’où qu’il vienne, c’est être aux côtés des syndicalistes tunisiens, des démocrates algériens, des féministes égyptiennes, des homosexuels marocains bref de toutes celles et ceux qui aspirent à la liberté, qu’ils ou elles soient croyants, musulmans, chrétiens, juifs ou non croyants.

Caillou, le 16 avril 2016

 

Les femmes laïques s’organisent et « Coup de soleil Midi-Pyrénées »

Tournant historique dans la lutte contre l’intégrisme musulman :
les femmes laïques s’organisent 

par Marieme Helie Lucas, sociologue et coordonnatrice de Secularism Is A Women’s Issue

Lire ici: http://sisyphe.org/spip.php?article5234

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L’association Coup de Soleil midi-Pyrénées s’exprime sur la censure de Kamel Daoud:

SOUTIEN A KAMEL DAOU

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L’association « Coup de Soleil Midi-Pyrénées » affirme son total soutien au romancier et journaliste algérien Kamel Daoud dans la polémique engendrée par son article : « Cologne, lieu de fantasme » paru dans Le Mondedu 31 janvier dernier.
Un collectif d’intellectuels et d’universitaires, au travers d’une pétition paru le 5 février traite Kamel Daoud d’orientaliste, d’islamophobe, voir de soutien à l’extrême droite raciste allemande et européenne, parce qu’il relève que les incidents de Cologne et d’Allemagne lors des fêtes de la Saint Sylvestre (agressions sexuelles sur des femmes par des inconnus vraisemblablement d’origine maghrébine) sont liés à la culture machiste, renforcée par l’islamisme dominant, qui baigne une grande partie de la jeunesse mâle du Maghreb.

Nous disons tout d’abord que Kamel Daoud met le doigt sur un vrai problème et que notre profonde amitié pour le Maghreb et sa culture, tous les liens qui nous lient aux trois pays de Maghreb, ne nous aveuglent pas. Oui, nos 3 pays de Tunisie, du Maroc et de l’Algérie sont confrontés à un système d’éducation patriarcal qui favorise les garçons et qui entraîne, malgré tous leurs combats, la domination légale et pratique des femmes. Ce type de société que dénonce Kamel Daoud, il le connait bien puisqu’il en est issu.

A Cologne, les féministes allemandes refusent que les agressions sexuelles commises par des immigrés soient récupérées par l’extrême droite. Nous l’affirmons avec elles : quelle que soit l’identité de l’agresseur, nous sommes aux côtés des femmes victimes de violence et d’agressions sexuelles.

images-2Nous affirmons que Kamel Daoud, menacé de mort dans son propre pays par une fatwa islamiste, survivant de la centaine de journalistes, de femmes, de cinéastes, d’enseignants, d’actrices,  de dessinateurs et de dessinatrices assassiné(e)s par les intégristes pendant la décennie noire est, avec Boualem Sansal et Rachid Boudjedra, un homme courageux et clairvoyant et que son combat contre l’obscurantisme est le nôtre.

Unknown-4Enfin nous condamnons ceux qui veulent le faire taire. Ce n’est pas au nom d’une nécessaire solidarité avec les migrants, au nom d’un refus des thèses de l’extrême droite européenne et du racisme que l’on doit inverser les valeurs, se liguer avec les islamistes, nier les droits des femmes ici comme là-bas, et fermer les yeux sur les réalités du monde que l’islamisme construit à nos frontières.

Bienvenue aux migrants, mais, sans angélisme: « Non à la violence contre les femmes ».

Coup de Soleil Midi-Pyrénées
http://midi-pyrenees.coupdesoleil.net

 

 

Cologne, l’analyse d’une sociologue algérienne.

Pour enrichir le débat autour de la censure qui vise Kamel Daoud, on peut lire ici un point de vue très intéressant. C’est paru dans Télérama le 8 février dernier.

Caillou, le  7 mars 2016

Au réveillon de fin d’année 2015 ont eu lieu des attaques concertées contre les femmes dans l’espace public, à caractère sexuel, simultanément dans une dizaine de villes, principalement en Allemagne, mais aussi en Autriche, en Suisse, en Suède, en Finlande… Plusieurs centaines de femmes, à ce jour, ont porté plainte pour agression sexuelle, vol, et viol. Ces attaques ont été perpétrées par des hommes jeunes issus de l’émigration (qu’ils soient immigrés, demandeurs d’asile, réfugiés récents, ou autre…) originaires du Maghreb et du Moyen Orient.

Les réactions ont été sans surprise : Occultation des faits, de leur coordination internationale et de leur magnitude aussi longtemps que possible par les gouvernements, leurs polices, et les media, sacrifiant comme à leur habitude les droits des femmes à la paix sociale. Levée préventive de boucliers à gauche et parmi un nombre important de féministes pour défendre les étrangers présumés ‘musulmans’ en tant que victimes potentielles de racisme (notons le glissement sémantique de ‘arabes’ ou ‘maghrébins’, une localisation d’origine géographique, comme les ont décrit les femmes agressées et la police, à ‘musulmans’.) Clameurs sécuritaires à l’extrême droite et premier passage à l’acte en Allemagne où s’est produit un pogrom anti bronzés, sans discrimination d’origine. Déni et racisme : Un schéma classique qui accompagne la montée de l’extrême droite intégriste musulmane en Europe depuis les années 80.

Réminiscences :

Centre de Tunis, rassemblement laïque et féministe anti Ben Ali : des groupes de jeunes intégristes (cela a été prouvé) entourent les manifestantes, majoritaires dans la manifestation, les isolent, les agressent sexuellement, touchant leurs sexes et leurs seins et les frappent violemment, malgré les efforts pour les protéger d’hommes de gauche qui sont venus en solidarité. La police regarde.

Place Tahrir au Caire, lieu de rassemblement de la contestation anti gouvernementale : pour la première fois, les femmes saisissent cette occasion de prendre leur place de citoyennes ; elles sont nombreuses dans les manifestations ; des groupes de jeunes gens (à quel degré inféodés aux Frères Musulmans ou manipulés par eux?) agressent sexuellement des centaines de manifestantes (et des journalistes de la presse étrangère), des photos de presse les montrent partiellement dénudées, il y a des plaintes pour viols. La police fait chorus et s’en prend également aux manifestantes qu’elle bastonne très violemment, soumet à des ‘tests’ de virginité, etc… Cette politique de la terreur sexuelle se poursuivra au Caire pendant des mois, les organisations féministes mettent alors sur pied une carte électronique du Caire où sont signalées les agressions en temps réel pour que des équipes de sauveteurs ( hommes) parviennent sur les lieux à temps.

Réminiscence plus ancienne encore : Alger, été 1969, 1er Festival Culturel Pan-Africain : place de la Grande Poste, des centaines de femmes sont assises par terre, occupant tout le large carrefour qui a été pour la circonstance interdit à la circulation automobile ; elles assistent à l’un des nombreux concerts gratuits offerts à la population de 5h de l’après midi à 4h du matin chaque jour pendant des semaines, manifestations culturelles auxquelles les femmes sont très assidues ; la plupart portent le haïk blanc traditionnel de l’Algérois et ont emmené plusieurs enfants chacune. La nuit tombe peu après 8h30 et un cri s’élève : ‘en- nsa, l-ed-dar’, ‘les femmes à la maison’, repris par les centaines d’hommes qui assistent aussi au concert. Petit à petit et à regret, les femmes et les enfants quittent la place. Les hommes rient, triomphants, méprisants. Comme disaient les Nazis : ‘à l’église, à la cuisine, auprès du berceau’…La place dans l’espace public des célèbres femmes algériennes révolutionnaires de notre glorieuse guerre de libération est déjà, 7 ans après l’indépendance, clairement définie. Patriarcat et intégrisme, culture et religion, voguent main dans la main.

Comme il est curieux que de tels liens ne soient pas faits avec l’affaire récente qui nous occupe ici, même par des féministes qui ont soutenu les femmes de la place Tahrir lorsqu’elles y furent agressées.

C’est que l’Europe n’a rien à apprendre de nous, et que rien de ce qui se passe chez nous ne peut ressembler de près ou de loin à ce qui se passe en Europe. Par définition. On ne va quand même pas mélanger les torchons et les serviettes. Un racisme sous-jacent, non explicité dans la gauche radicale, admet implicitement la différence infranchissable entre les civilisés et les sous développés, leurs comportements, leurs cultures, leurs situations politiques. Et sous cette altérité essentialisée, gît une inavouable hiérarchie : la gauche radicale, dans son aveugle défense des réactionnaires ‘musulmans’, accepte implicitement qu’il est normal qu’une situation d’oppression engendre une réponse d’extrême droite chez les non-Européens… nous ne sommes clairement pas dignes, ou capables, d’y apporter des réponses révolutionnaires. (je ne développerai pas ici l’exportation de cette pensée aux élites de gauche en Asie et en Afrique).

Cassandres inécoutées, nous nous égosillons pourtant depuis trois décennies à pointer du doigt des similitudes qui seraient éclairantes politiquement. Les algériennes surtout, qui ont fui la terreur intégriste des années 90, ne cessent de montrer les différentes étapes de la montée intégriste en Algérie, des années 70 aux années 90, et leur similitude avec ce qui se met en place en France et ailleurs en Europe : d’abord des attaques contre les droits légaux des femmes (pour demander un droit spécifique ‘musulman’ en matière familiale, une ségrégation sexuelle dans les hôpitaux, les piscines, etc..), conjointement avec des demandes particularistes en matière d’enseignement (cursus adapté, non laïque ) puis des attaques ciblées contre les contrevenantes indisciplinées (filles lapidées, brulées) et contre tout laïque rebaptisé ‘kofr’ (journalistes, comédiennes, Charlie), enfin des attaques indiscriminées contre tout comportement qui ne correspond pas à l’idéal intégriste (Bataclan, terrasses de café, match de foot, etc..). Tout ceci s’est développé suivant le même schéma, des années 70 aux années 90 en Algérie, en commençant de la même façon par mettre en cause les droits des femmes, et leur existence dans l’espace public, sachant trop bien que les gouvernements n’hésitent pas à monnayer les droits des femmes en échange du maintien d’une certaine paix sociale avec l’intégrisme.

Mais l’Europe de gauche semble incapable de s’extraire de sa situation spécifique où les personnes d’origine émigrée et, parmi elles, les présumés ‘musulmans’, font effectivement face à des discriminations. Elle extrapole et exporte son analyse à la montée de l’intégrisme dans nos pays même, où pourtant les ’musulmans’ ne sont ni minoritaires ni discriminés sinon par leurs propres frères.

Plus grave encore est que la gauche laisse aux seules forces politiques de l’extrême droite européenne xénophobe traditionnelle le monopole du discours sur l’autre extrême droite, celle de l’intégrisme musulman, lui laissant aussi le monopole de la légitime dénonciation des forces d’extrême droite dite religieuse issues de nos pays. Je crains, beaucoup d’entre nous craignons, de plus en plus, que ce déni ne mène à des actions punitives populaires indiscriminées, ce qui satisferait à la fois le désir de vengeance de l’extrême droite traditionnelle xénophobe, et la tentative de l’extrême droite intégriste de recruter plus largement en Europe. On a déjà assisté à des tentatives de maires d’extrême droite de légitimer la création de milices populaires armées pour ‘protéger’ les citoyens français. Certes la gauche (tout comme la social démocratie) s’en indigne régulièrement, mais dans la mesure où elle se refuse à aborder le problème de l’intégrisme musulman et se cantonne au déni, elle laisse le terrain idéologique à l’extrême droite raciste.

Comment ne pas voir les avancées intégristes en Europe, dont la récente brutale remise en cause de la place des femmes dans l’espace public européen, ce 31 décembre, n’est qu’un signe de plus… La lunette déformante de l’approche européocentriste empêche de voir les similitudes avec ce qui s’est passé, par exemple, au Maghreb et au Moyen Orient. En Europe, les ‘musulmans’ ne peuvent être vus que comme des victimes, des minorités opprimées – ce qui justifie apparemment tout comportement agressif et réactionnaire de leur part – , alors qu’il suffit de franchir quelques frontières pour voir quel est, lorsqu’ils sont en majorité, ou au pouvoir, leur programme politique envers la démocratie, les laïques, les tenants d’autres religions et les femmes. C’est cette absence d’analyse politique qui permet leurs avancées en Europe. Sous prétexte d’oppression capitaliste et xénophobe en Europe, l’extrême droite intégriste se voit dédouanée de ses politiques ultra réactionnaires, non seulement en Europe mais aussi dans nos pays d’origine. Quel européocentrisme…
Que la gauche et bien trop de féministes s’en tiennent à la théorie des priorités (exclusive défense des émigrés – rebaptisés ‘musulmans’- contre la droite occidentale capitaliste) est une erreur fatale dont elles répondront devant l’histoire, et un abandon des forces progressistes de nos pays dont l’absurde inhumanité fera tâche indélébile sur le drapeau de l’internationalisme.

A ce boulet conceptuel de la gauche (l’ennemi principal vs l’ennemi secondaire) s’ajoute une autre théorie des priorités, celle ci issue des organisations de droits humains : une implicite hiérarchie des droits fondamentaux selon laquelle les droits des femmes viennent loin après les droits des minorités, les droits religieux, les droits culturels, pour ne nommer que quelques uns de ceux qui sont régulièrement opposés aux droits des femmes, – et ce jusqu’à l’ONU.

Depuis les attaques du 9-11 aux Etats Unis et des mesures sécuritaires qui s’en sont suivies, on assiste de la part des organisations de droits humains et de la gauche radicale à un véritable tour de passe-passe : l’escamotage de la cause au profit de la conséquence. Ainsi, le thème principal des analyses et des débats est-il ‘la guerre contre la terreur’, les abus notoires qu’elle entraine, la limitation des libertés civiques, la crainte pour la démocratie. (Je ne débattrai pas ici du bien fondé de ces accusations, mais uniquement de la technique discursive employée). Tous ces thèmes sont repris actuellement en France, avec l’Etat d’urgence qui fut instauré après les attentats de novembre à Paris, et la crainte d’un Patriot Act en Europe.

Mais en même temps, la ‘terreur’ elle même disparaît des discours, elle perd de sa réalité, elle devient le simple prétexte – illusion ? – à des actions gouvernementales liberticides : il y a bien une ‘guerre contre la terreur’ mais la ‘terreur’ est devenue une fantaisie de l’extrême droite xénophobe, il y a bien des bombes humaines qui explosent dans Paris, mais il n’y a pas de guerre en France… On élabore sans fin sur ce que le (ou les) gouvernement ne devrait pas faire, on dénonce ses intentions perverses, manipulatoires, attentatoires aux libertés. On dit que rien de tout cela n’est nécessaire à la sécurité des biens et des personnes. On dit que cela provoque ‘les musulmans’.
Ici reparaissent bien une cause et une conséquence, mais inversées. Après l’escamotage, le prestidigitateur illusionniste classique ressort le lapin du chapeau ; ici nous ressortons le chapeau du lapin…

Un phénomène mondial – la montée d’une nouvelle sorte d’extrême droite, celle de l’intégrisme musulman – est non seulement justifié, mais littéralement escamoté derrière la critique des réactions qu’il suscite. Quelles que soient nos prises de position par rapport à la nature et aux dérives de ces réactions, nous ne devrions pas permettre que le phénomène lui même soit escamoté : le déni ne le fera pas disparaître dans la réalité, comme il le fait disparaître des discours de la gauche radicale et des organisations de droits humains.
S’imaginer un instant qu’un phénomène politique mondial puisse être déterminé par la politique intérieure et extérieure de l’occident capitaliste et de lui seul (et ce quels que soient les régimes et les formes de gouvernement sous lesquels il apparaît, le niveau de développement économique et culturel de ces pays, les classes et les forces politiques en présence, etc.. ) , cela relève de la mégalomanie..

Au cours de ces trente dernières années, mettre la tête dans le sable n’a pas permis d’endiguer les demandes croissantes de l’extrême droite intégriste, ni en Europe ni ailleurs – bien au contraire, elle a surfé sur l’occultation de sa nature politique et sur son exploitation cynique des libertés démocratiques et des droits humains.
Ce qui est en jeu va bien plus loin que les simples droits des femmes ; c’est un projet de société théocratique, dans lequel, entre autres, – entre autres seulement -, les droits des femmes seront limités. L’action, concertée au niveau européen, du 31 décembre et sa remise en cause de la place des femmes dans l’espace public joue exactement le même rôle que l’apparition soudaine du prétendu ‘voile islamique’ : il s’agit d’une démonstration de force et de visibilité.

Il se peut qu’elle soit couronnée de succès, comme l’est en partie l’imposition du dit ‘voile islamique’ ; les conseils prodigués aux femmes agressées à Cologne par certaines autorités de l’état allemand en font foi. : adaptez vous, tenez vous éloignées des hommes, ne sortez pas seules, etc…Bref, soumettez vous ou supportez en les conséquences. S’il vous arrive quelque chose, ce sera bien de votre faute, on vous aura prévenues…
Un conseil qui remet en mémoire ce qu’on disait, en plein tribunal, il n’y a pas si longtemps, aux femmes violées : mais qu’alliez vous faire là ? et à cette heure ? et dans cette tenue ?
Un conseil que ne sauraient désavouer les prêcheurs intégristes musulmans…

Que le premier souci ait été de préserver les coupables et non de défendre les victimes est une variante intéressante de l’habituelle défense des hommes coupables de violence envers les femmes. Quel pourcentage de défense du patriarcat et quel de défense des émigrés, minorités ethniques et religieuses ? Quand les intérêts du patriarcat (que la gauche n’ose plus guère défendre officiellement en tant que tel) peuvent se confondre avec la noble défense de l’opprimé (dont l’aura, même à gauche, a quand même pris un sale coup avec les récents attentats de novembre à Paris), cela arrange bien des gens.

Que l’on puisse encore se poser des questions sur le caractère concerté d’attaques simultanées, dans au moins 5 pays différents et une dizaine de villes en Europe, laisse pantois devant tant de mauvaise foi, et d’aveuglement – ou de perversité – politique.

http://www.telerama.fr/idees/apres-cologne-nous-voyons-en-europe-les-signes-precurseurs-de-la-montee-de-l-extreme-droite-integriste,137685.php

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Audrey Morrissey : Mon expérience de l’industrie du sexe n’a rien eu à voir avec un choix.

Bientôt le 8 mars… Je reprends juste ce témoignage, sans rien y ajouter ou retrancher.
Bonne lecture. A+ Caillou

Audrey Morrissey : Mon expérience de l’industrie du sexe n’a rien eu à voir avec un choix.

J’avais 16 ans la première fois que l’on m’a vendue pour du sexe. Mon copain m’a dit que si je l’aimais, lui et notre fille, j’accepterais de faire la rue pour que nous puissions avoir une vie meilleure. Il m’a amenée à croire qu’il n’y avait pas d’autres options. Il m’a convaincue que je ne le faisais pas pour lui, mais pour nous.

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Au nom de Kamel Daoud par Fawzia Zouari

Dans « Libération » du 29 février:

La romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari prend la défense de l’écrivain algérien Kamel Daoud, et appelle de ses vœux un nouveau discours à gauche affranchi de la peur de l’accusation d’islamophobie. Un discours qui conçoit le fait que les musulmans, comme les chrétiens, puissent aimer ou ne pas aimer leur monde, adhérer ou non à leur religion.

Au nom de Kamel Daoud

Kamel Daoud a décidé d’abandonner le journalisme suite à une tribune signée par un collectif d’intellectuels dans le Monde lui reprochant son «culturalisme», ses «clichés orientalistes», son «essentialisme», pour ne pas dire son islamophobie ; soit, à quelque détail près, les mêmes accusations qui lui ont valu d’être menacé de mort par les barbus de son pays. Voilà comment on se fait les alliés des islamistes sous couvert de philosopher… Voilà comment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musulman a le plus besoin.

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