Archives de catégorie : Points de vue

D’un crime sordide et de son utilisation

LE CRIME
Meurtre de Vanesa Campos au bois de Boulogne.
Cinq suspects mis en examen

Une travailleuse du sexe a été tuée alors qu’elle tentait d’empêcher plusieurs hommes de dépouiller un client dans ce haut lieu de la prostitution à Paris.
LE MONDE | 27.08.2018
Cinq personnes ont été mises en examen et placées en détention provisoire pour le meurtre d’une prostituée trans dans le bois de Boulogne, a-t-on appris de source judiciaire, lundi 27 août. Vanesa Campos, 36 ans, d’origine péruvienne, a été tuée dans la nuit du 16 au 17 août alors qu’elle tentait d’empêcher plusieurs hommes de dépouiller un client dans ce haut lieu de la prostitution parisienne.
Huit personnes ont été interpellées le 21 août et cinq d’entre elles mises en cause dans le cadre de cette enquête pour « meurtre commis en bande organisée » et « vols en réunion avec dégradations ».
«Responsabilité politique»
Ce meurtre résulte d’une «responsabilité politique» liée à l’adoption de la loi sur la prostitution, ont dénoncé des associations LGBT lors du rassemblement en son hommage, vendredi, à Paris.
Des organisations, dont l’association de défense des personnes trans Acceptess-T, demandent l’abrogation de ce texte qui ferait baisser les revenus des prostituées et les obligerait à exercer dans des endroits plus isolés, à l’écart de la police, où elles sont davantage exposées aux agressions.
Alors que les associations dénonçaient le silence du gouvernement depuis le meurtre, le secrétariat d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes a tweeté vendredi un message de condoléances de Marlène Schiappa adressé aux proches de la victime. «Toutes les femmes doivent être protégées des violences sexistes et sexuelles, toutes ces violences doivent être condamnées», a déclaré la secrétaire d’Etat.

ET SON UTILISATION
Communiqué du réseau Zéromacho

On ne dit jamais assez de bien des congrès internationaux. Comme on peut le constater à la lecture du compte rendu ci-dessous, ils sont une source inépuisable d’enseignements, et on y fait des rencontres enrichissantes. Ainsi, les deux membres de Zéromacho qui sont intervenus lors du Congrès international des recherches féministes dans la francophonie ont eu la chance de découvrir le « féminisme pute » et d’échanger avec quelques-un·es de ses représentant·es.
Oui, nous l’avouons, nous ignorions tout, jusqu’à son existence même, du «féminisme pute». Nous en connaissons désormais, sinon toutes les subtilités, du moins l’essentiel. Le «féminisme pute» a la rhétorique tendue comme un élastique de string, n’hésite pas à employer des raccourcis imagés, postillonne volontiers dans les narines de ses interlocuteurs et est très tatillon sur le droit à l’image.
Si l’évolution des luttes pour l’égalité suit son cours actuel, lors d’un prochain congrès, nous ne désespérons pas de pouvoir échanger avec des représentant·es du «féminisme maquereau».

Nous devions présenter une communication, au titre de deux associations dont nous sommes membres, Zéromacho et Femmes pour le dire, femmes pour agir (FDFA).
À 14h, Olivier Manceron, qui préside la réunion, ouvre la séance, en présence d’une douzaine de congressistes, puis passe la parole à Alain Piot. À 14h05, un groupe fait irruption très bruyamment, hurlant et bousculant tables et chaises. Il se compose de cinq personnes, âgées de 20 à 50 ans, trois hommes et deux femmes.
Ces personnes cherchent Patric Jean, l’un des fondateurs de Zéromacho. Elles s’approchent de nous et nous demandent : «Êtes-vous Patric Jean, celui qui a fait des discours pour justifier cette loi épouvantable ?» Non, aucun de nous n’est Patric Jean. Elles reprennent : «Est-ce qu’il a changé d’avis ? Est-ce que vous êtes de son avis ?» Oui, nous partageons la position de Patric Jean. Ces personnes, qui se présentent comme appartenant au STRASS (Syndicat des travailleurs/ses du sexe), s’en prennent alors à nous comme si nous étions les responsables de la loi qui, selon elles, les «livre à la violence». Elles hurlent : «Si je veux passer ma vie à sucer des bites, c’est mon choix» ; «C’est mon sang que vous avez sur les mains» ; «Vous êtes des assassins, vous avez sur les mains le sang de Vanesa, vous êtes contre notre métier et pour la loi contre nos clients ».
Vanesa était une personne prostituée péruvienne, qui a été tuée dans le bois de Boulogne pendant la nuit du 16 au 17 août. La loi dont il s’agit est celle du 13 avril 2016, qui prévoit la pénalisation des hommes payant pour un acte de prostitution.
La violence de ces personnes est d’abord dans leurs mots et leurs gestes. Puis elles s’aperçoivent que certaines participantes, assises à leur place, ont pris des photos ou des vidéos. Elles exigent de façon menaçante de se faire remettre les téléphones portables pour pouvoir effacer ces témoignages : en témoigne Annie Sugier qui avait effectivement pris des photos avec son IPhone.
Alerté·es par les hurlements agressifs, d’autres participant·es au congrès arrivent des salles voisines, observent la scène mais n’interviennent pas. À 14h30, les 5 personnes se retirent. Bilan : vingt-cinq minutes de violence verbale et de menaces pour intimider et réduire au silence deux hommes engagés contre le système prostitueur et pour la défense des femmes handicapées.
Nous n’avons pas identifié les agresseurs. Comme ils ont pu entrer dans le congrès, ce qui supposait une inscription, nous pensons qu’ils ont participé au colloque, inclus dans le CIRFF, et intitulé « Féminisme pute, expertise et luttes des travailleurs/ses du sexe ».
Cordialement,
Les responsables de Zéromacho

Il y a sûrement dans votre entourage des hommes prêts à dire publiquement NON à la prostitution et OUI à l’égalité femmes-hommes. Prière de leur proposer de signer le manifeste sur le site zeromacho.org ! L’union fait la force !

Caillou, le 13 septembre 2018

La terre des morts

J’entends une publicité sur “France inter”, radio publique donc radio commune. (Si j’en crois la nouvelle idéologie des biens communs) :
                               Jamais un polar ne vous aura autant torturé de plaisirs
Il s’agit de la dernière œuvre de Jean-Christophe Grangé, «La terre des morts».
                                Avec son nouveau polar « La Terre des morts », Jean-Christophe Grangé frappe fort et entraîne le lecteur dans les bas-fonds de la nature humaine. Le commandant Stéphane Corso se retrouve chargé d’une enquête particulièrement sordide. Autour de meurtres crapuleux de strip-teaseuses, nous voilà plongés dans les méandres du porno d’une rare violence, celui où les limites n’existent pas et où toutes les déviances sont possibles. http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/livres/la-terre-des-morts-jean-christophe-grange-de-plus-en-plus-noir-03-05-2018-7695504.php

Je vais tenter de rester simple et calme :

– Cette « littérature » du toujours plus éveille en chacun de nous la part de monstruosité que la civilisation et la culture ont mis des milliers d’années à juguler.

– L’extension infinie de la sphère du commerce exige maintenant que l’on se plie à toutes ces perversions à condition que l’on paie son livre, sa place de cinéma, sa redevance télé…

– Il y a un écho étrange entre nos indignations devant les faits divers les plus glauques, les plus sordides et les plus monstrueux, et cet engouement pour le « encore plus » de la littérature policière en générale et du noir en particulier.

– Nous traversons une période historique dramatique ou la violence sociale, politique, économique se généralise et où la radicalité s’installe : fondamentalisme, nationalismes, fascisme, racisme, haines de toutes sortes. La liberté de l’internet qui permet les diffusions de toutes les pires idéologies fonctionne à plein rendement. Ce n’est pas un hasard si le monstre collectif qui s’éveille ainsi sous nos yeux se nourrit de toutes ces parts d’ombres individuelles que la littérature « noire » caresse dans le sens du poil.

– Trente secondes de publicité à France Inter entre 7h30 et 8h coûte 12 700 € HT (http://www.radiofrancepub.com/wp-content/uploads/2018/05/Tarif-National-Mai-2018.pdf) C’est donc avec des publicités telles que:
                          Il force des prostituées à se donner la mort elles-mêmes
que la radio « publique » va survivre…

Pour la dignité de toutes et tous et y compris des prostitués, je préfère me torcher avec le nouveau “livre” de Granger.

Caillou, le 1er juin 2018

La mine de Salau.

Suite du billet précédent…

Attendre l’arrivée du canoë. C’est au port de la Daurade à Toulouse.
Voila, il arrive avec le fut, chargé de résidu de l’ancienne mine.
Débarquement
Voila l’échantillon des restes de la mine.
La manifestation part dans les rues de Toulouse
Et arrive place du Capitole. Demain il sera livré au Conséil régional. 

Caillou, le 29 octobre 2017

Mine de Salau : les opposants vont manifester jusqu’à Toulouse

Depuis la fin des années 2000, nous assistons à la relance de l’exploitation du sous-sol français, en vu d’extraire des substances minérales et des hydrocarbures, pour des raisons économiques et politiques : variation des cours et volonté de sécuriser un approvisionnement en ressources stratégiques.

 L’après-mine à Salau … plus rien ne pousse sur les terrils depuis 30 ans !
Concernant les substances minérales, ces facteurs économiques et politiques sont les suivants :
– premièrement, les prix des métaux se sont envolés (ils ont globalement triplé entre 2002 et 2008),
– deuxièmement, la Chine, dont l’Union Européenne est fortement dépendante, a réduit ses exportations de différentes substances (terres rares, tungstène et molybdène) en imposant des quotas et des taxes d’exportation dès 2004. Ces restrictions ont été utilisées comme arme économique contre le Japon lors d’un différend en mer de Chine en 2010, entraînant une inquiétude au sein des gouvernements européens et une bulle spéculative sur les marchés. Ce contexte global a amené l’Union Européenne à adopter une initiative «Matières premières – répondre à nos besoins fondamentaux pour assurer la croissance et créer des emplois en Europe», en novembre 2008. Cette initiative prévoit notamment de «favoriser l’approvisionnement durable en matières premières en provenance de sources européennes». C’est dans cette logique que le gouvernement français a multiplié les déclarations : d’Arnaud Montebourg annonçant en 2014 la création de la «Compagnie nationale des mines de France» à Emmanuel Macron en 2015 déclarant «Oui. On peut dire que la France va rouvrir de nouvelles mines». Et la démarche est déjà lancée, comme nous le verrons.

Source : Creuser et forer, pour quoi faire ? Réalités et fausses vérités du renouveau extractif en France – Rapport / Les Amis de la Terre France / Décembre 2016

 La situation à Salau-Couflens

C’est dans ce contexte que Variscan mines à déposé un Permis Exclusif de Recherche Minière (PERM) sur la commune de Salau-Couflens le 20/11/2014, un an après l’octroi du premier PERM de Tennie entre la Sarthe et la Mayenne. Variscan assure que son permis n’aura pas d’impact négatif sur l’environnement et sur le contexte social de la vallée. Au contraire, son projet serait porteur de développement économique pour le secteur concerné. La société minière « junior » se contente d’analyser les contraintes du projet de recherche alors que l’objectif final est celui d’une exploitation minière avec tous les impacts liés à ce type d’activité. Point crucial car ce permis vaut autant pour l’exploitation que pour la recherche minière.
Ce faisant, Variscan oublie au passage que cette vallée a déjà beaucoup donné à ce type d’exploitation pour l’extraction du tungstène entre 1971 et 1986 et que les habitants, abandonnés par les précédents actionnaires ont cherché d’autres types de développements, incompatibles aujourd’hui avec une nouvelle exploitation industrielle.

Pour Stop Mine Salau les enjeux sont donc multiples :

  • Faire valoir et protéger les activités économiques existantes dans la vallée du Haut-Salat qui seraient mise en danger par une prospection et une exploitation minière polluante (présence d’amiante, d’arsenic, circulation de camions).
  • Veiller à la santé des habitants du bassin versant du Salat en raison des risques sanitaires liés à la présence d’amiante et d’arsenic.
  • Refuser de mettre en danger la santé, l’environnement et l’économie locale pour le profit d’une société dont la sincérité du discours et des engagements pris nous parait fortement douteuse, notamment car ce type de société est reconnu pour s’invertir dans des projets très prometteurs pour des perspectives de spéculation financière.
 Qui est Variscan Mines ?

Variscan Mines SAS, dont le siège social est à Orléans (France), est une société (par actions simplifiée à associé unique, SASU) dont l’associé unique est Variscan Mines Limited une société enregistrée et cotée à la bourse de Sydney (Australian Stock Exchange, ASX).
Le président de Variscan Mines SAS est M. Jack Testard, le directeur général est M. Michel Bonnemaison : tous deux sont des anciens membres du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), l’établissement public de référence dans les applications des sciences de la Terre pour gérer les ressources et les risques du sol et du sous-sol.

Variscan Mines est une société dite «junior», c’est à dire une société de taille modeste qui se consacre exclusivement à l’exploration minière et qui ne possède pas les moyens financiers, humains et matériels pour faire de l’exploitation (cas des sociétés dites «major»).

Une société junior se développe dans deux situations :

  • Si leurs prospections sont fructueuses et qu’un gisement s’avère exploitable, elles revendent leur permis à une société “major”.
  • Si les gisements ne sont pas exploitables, elles se retirent mais profitent de l’argent investi en bourse par des investisseurs ayant « misés » sur ces mines potentielles.

Nouvelle opération de sensibilisation de l’opinion publique. Et cette fois «à grande échelle» puisque l’association Stop-Mine-Salau (SMS) se mobilise depuis Saint-Girons jusqu’aux rives de la Garonne… avec comme destination finale le parvis de l’Hôtel de Région à Toulouse, sous les fenêtres de la présidente Carole Delga.


C’est sous la double forme « d’une marche citoyenne et une descente des rivières » que du samedi 21 au lundi 30 octobre que Stop-Mine-Salau invite tous ceux qui le souhaitent à se lancer dans l’opération baptisée « Plus/Pou Belle Rivière ». « Afin de sensibiliser les populations riveraines du Salat et de la Garonne aux pollutions laissées par l’ancienne mine de Salau et les prévenir des pollutions futures ». Avec le soutien du Comité écologique ariégeois et de l’association ariégeoise de défense des rivières « Le Chabot ».

SMS rappelle que « depuis plus de trente ans, un million de mètres cubes de déchets pollués ont été abandonnés à l’air libre sur le site de l’ancienne mine de Salau. Ces résidus miniers qui contiennent des quantités importantes d’arsenic, de bismuth, de cadmium et autres substances toxiques sont en état instable, ne bénéficiant d’aucune protection contre les incidents climatiques et les mouvements de terrains ». Des déchets stockés au dessus du ruisseau du Cougnets qui rejoint le Salat, « aujourd’hui maintenus par des digues constituées de sacs plastiques détériorés qui ont infecté les sédiments ; ceci contenant de grandes quantités d’arsenic et autres métaux lourds, sont retenus dans un bassin qui n’a jamais été vidé ». L’association dénonce une fois encore l’Etat, « en charge de l’étude et de la gestion du passif minier de Salau, il ne prend pas en compte les demandes légitimes des populations locales en termes de protection et de dépollution, mais il a délivré un permis de recherche de mine à la société Variscan concernant le même gisement ». Un PERM au delà duquel, « l’accentuation de ces pollutions se fera de manière exponentielle ! »

La prochaine descente des cours du Salat et de la Garonne doit donc marquer les esprits. «Il est très important que nos concitoyens, riverains et utilisateurs des rivières, qui sont et seront le vecteur principal de la dissémination de tous ces polluants soient informés et prennent conscience du danger».

Sept jours « pour dénoncer »

Samedi 21 octobre – Saint-Girons. Au parc du tribunal, de 10 h 30 à 14 heures, animation canoë et stand d’information.

Mercredi 25 octobre – Salies-du-Salat. A 15 heures, marche citoyenne ; à 17 heures, conférence public avec l’association ariégeoise de défense des rivières « Le Chabot ».

Jeudi 26 octobre – Cazères. A 15 heures, marche citoyenne ; à 17 heures, conférence publique avec le Comité écologique ariégeois.

Vendredi 27 octobre – Carbonne. A 15 heures, marche citoyenne ; à 17 heures, projection publique du film « Mine de rien » , suivie d’un débat.

Samedi 28 octobre – Muret. A 15 heures, marche citoyenne ; à 17 heures, projection publique du film « Mine de rien » , suivie d’un débat.

Dimanche 29 octobre – Toulouse. A 10 heures, à Saint Aubain, réunion d’information. A 14 heures, marche citoyenne depuis la Daurade jusqu’au Capitole.

Lundi 30 octobre – Toulouse. Parvis de l’Hôtel de Région : à 10 heures, rassemblement populaire, puis conférence de presse et remise d’un fût contenant  des déchets miniers pollués.

 

Tout pompé sur https://www.stopminesalau.com
Pétition sur https://www.change.org ici
Caillou, le 26/10/17

Gilles Ory, Militant !

gilles 04 juillet 2011 interview avanti
Gilles Ory, ante-diluvien par choix (vu que communiste…) baron de trezalouest par la naissance….
J’ai la grande douleur de vous annoncer une disparition brutale, celle de notre ami Gilles Ory, un camarade syndicaliste de SUD PTT, résolu, opiniâtre, fédérateur. Le batteur de l’ancien groupe de musique La Teigne était aussi un nouvel adhérent de Coup de Soleil Midi-Pyrénées. Il est décédé à la suite d’une crise cardiaque.Nous sommes très touchés et très tristes pour ses deux fils, Bastien et David,
pour sa familles et ses camarades de lutte.

L’incinération aura lieu lundi 15 mai à 11H40 à Cornebarrieu.
Quelques messages reçus

Salut à toutes et tous,

Je viens d’apprendre comme vous que Gilles était décédé et le choc est d’autant plus fort que j’étais à son pot de départ en retraite il y a une dizaine de jours à peine. Nous y avions beaucoup échangé sur les élections, le syndicat et lui aussi qui était encore au stade des questions sur sa vie personnelle mais déjà partant à nouveau pour des engagements auprès de Solidaires et ses militant-es.
Nous perdons un deuxième grand bonhomme de notre syndicalisme local après Claude. Cela me touche d’autant plus que j’ai plusieurs documents sur la bagarre pour notre représentativité au Ceser en 2011 que je manie beaucoup dans la période et qui portent leur marque commune quand ce n’est pas leur signature.
Je suis bien triste de cette nouvelle et le sourire comme le regard taquins et futés de Gilles me manquent déjà. En même temps je me dis que nous avons une responsabilité supplémentaire à organiser et poursuivre l’organisation, le fonctionnement et les combats de Solidaires 31 que Claude et Gilles ont mis tant d’énergie à porter et à défendre.
Mes amitiés à toutes et tous
Christian

Merci Christian pour ce message.
Ce sont des amis de la Teigne qui mon appris hier cette terrible nouvelle. Je suis comme toi et beaucoup d’entre les Solidaires toujours sous le choc et n’arrive pas à y croire. Solidaires perd un précieux militant. Gilles était venu avec la Teigne jouer pour mon départ en retraite en Aveyron . Un concert et un moment inoubliable à la lueur d’un lampadaire communal et sur un macadan un peu rugueux ils avaient joué, chanté fait passer des messages de lutte et de solidarité à un public de militants et syndicalistes convaincus mais aussi à un public de villageois aveyronnais émerveillés, tellement séduits qui n’ont pas hésité à rester jusqu’au bout de ce grand moment tellement ils avaient su les captiver. J’ai échangé et travaillé plus particulièrement avec Gilles alors que j’étais élue à la Région pour faire avancer le dossier de la représentativité de Solidaires au CESER. Je voudrais ici témoigner de son esprit d’ouverture, de son intelligence politique, de son souci de rassembler, de fédérer, de ses capacités d’écoute. Gilles était un bosseur, un militant sur qui on pouvait compter, discret, et efficace, soucieux et respecteux du collectif. Oui il a été un précieux maillon dans la défense de ce dossier qui a abouti à la représentaion de Solidaires au CESER . Je ne pourrai pas hélas être lundi à Cornebarrieu pour lui faire mes adieux et lui rendre hommage. Ce que je regrette beaucoup. Je serai de tout coeur avec vous.
Marie-Françoise

Bonjour Marc,
C’est vraiment une triste nouvelle que tu m’apprends là, surtout que faire de la musique ensemble, ça créé des liens particuliers, une entente au délà des mots.
J’ai envie de te raconter cette petite anecdote, lue dans un livre. Une petite fille demande si son papa, qui vient de mourir, va aller ou pas au paradis. La personne qui lui répond, est bien embêtée, car elle ne croit ni au paradis ni à l’enfer, alors elle lui dit que oui, parce que son père était un artiste, et que les artistes vont toujours au paradis, parce qu’ils ont passé leur vie à rêver la vie et à l’embellir pour eux et pour les autres. En espérant retrouver Gilles le batteur, au paradis des musiciens, au détour d’une note, d’une chanson, pour un bœuf unissant les vivants et ceux qui ont cessé plus tôt que nous de l’être, mais qui le sont toujours au cœur de nos musiques. Je t’embrasse et je pense bien à vous ce soir pour votre soirée autour de Gilles, en répétition avec mon groupe de trad, je lui dédierai en pensée cette valse : “ceux qui s’en vont”.
Bises,
Claire

Cher Gilles,

En un bien court trimestre, tu nous as apporté beaucoup. Beaucoup d’espoir. Tu nous a rappelé que la bataille se livre sur tous les horizons et partout dans le quotidien. Les conditions désastreuses de tous les boulots salariés et les combats que nous devons mener à la base (d’abord l’instruction des “jeunes recrues”) ont de quoi nous occuper dix vies.
Tu es passé comme quelque flamboyante météorite dans la nuit de nos désespoirs.
Cela ne s’oublie pas.
In girum imus nocte et consumimur igni.
Nous tournons en rond dans la nuit en nous consumant dans le feu.
Dominique

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Lui mettre une trump!

Ce soir, à Toulouse, des femmes manifestaient contre le nouveau président des Etats-Unis…2017-01-21 17.13.37 Beaucoup sont américaines. Elles sont le visage d’une autre Amérique!

 

2017-01-21 17.15.26

 

Respect!
Caillou. 21 janvier 2017

Le 21 janvier 2017, au lendemain de la prestation de serment de Donald Trump, les associations féministes et de défense des droits humains organiseront une marche pour les droits des femmes à Washington et partout dans le monde.
Nous sommes tou.te.s mobilisées alors que le nouveau président des Etats-Unis s’apprête à appliquer l’idéologie violemment sexiste, lesbophobe, homophobe, xénophobe et raciste qu’il a défendue durant toute sa campagne. Il envisage de nommer à la cour suprême William Pryor, un juge qui considère que « l’avortement est la pire abomination de l’histoire du droit ». Son vice-président, Mike Pence, promeut ouvertement des thèses créationnistes. Son principal conseiller, Steve Bannon, publie sur son site des messages racistes et misogynes haineux. Il veut aussi détruire la loi sur la santé dite Obama Care.
Cette politique réactionnaire à l’oeuvre aujourd’hui aux Etats-Unis est la concrétisation d’une dynamique plus large dans le monde, en Europe, en France :
• En Europe, des mouvements conservateurs et rétrogrades remettent régulièrement en cause les droits des femmes, en particulier l’avortement (Pologne, Espagne…)
• En France, le danger est réel en provenance de plusieurs candidats à la présidentielle, qui instrumentalisent les droits des femmes. 
Nous marcherons le 21 janvier pour témoigner notre solidarité avec la Women’s March on Washington, car défendre les droits des femmes aux Etats-Unis, c’est défendre les droits des femmes en France et dans le monde entier. Nous marcherons contre les incitations à la haine, les attitudes discriminatoires, les messages et actions réactionnaires. Cette marche se veut ouverte à toutes et tous, et chaque individu.e partout dans le monde sera le/la bienvenu.e.

le 20 aout 1955 et la justification du terrorisme de masse

J’ai déjà parlé de mon étonnement de voir que cette date est honorée en Algérie alors qu’elle est celle d’un massacre d’une centaine de civils européens à Philippeville (actuelle Skikda) par des paysans algériens fanatisés:
http://www.cailloutendre.fr/2012/04/alger-10-avril-2012-belcourt-le-20-aout-1955-et-la-suite/
Dans le film “vu de l’autre côté” de Mehdi Lallaoui, Mohamed Harbi est le principal historien. Il s’exprime à propos du 20 aout 55 à Philipeville.
Voilà ce qu’il dit: Le phénomène fondamental ce sont les évènements du 20 aout 1955 dans la région du Nord-Constantinois. Cet épisode a donné aux partisans de la lutte armée une force nouvelle en ce sens que pour la première fois des masses importantes se sont engagées dans une lutte les uns avec les armes et les autres à mains nues. Il ne faut pas oublier que le 20 aout 1955 avait dans certains endroits des aspects de jacquerie c’est à dire que des gens partaient avec des moyens élémentaires pour essayer d’attaquer ici et là des forces françaises. Alors ce qui s’est passé après c’est qu’il y a eu une répression atroce qui a fait des milliers de morts.
L’expression “des forces française” c’était en l’occurrence des civils Européens, des femmes, des enfants… Et la répression qui a suivie, aussi dégueulasse soit-elle, ne permet nullement de gommer la caractère de crime contre l’humanité que représente “les jacqueries” du 20 aout 1955. Entre bombardement des mechtas, torture, et emprisonnement de tout un peuple d’un côté et attentats aveugles et massacre de civils de l’autre, il ne faut pas choisir!  Mais de la part de ce grand historien dire “des forces française” pour nier le massacre des populations civiles cela justifie totalement le terrorisme de masse que commet Daesh en ce moment en Irak et en Syrie.
Et ce n’est comme cela, en niant l’Histoire, que l’on pourra retrouver le chemin d’une réelle amitié entre les peuples algériens et français.

Caillou, 24 décembre 2016

RAK, chronique d’un film disparu.

J’ai retrouvé, grâce à Internet, un film que je n’avais jamais oublié:

RAK de Charles Belmont

rak-lila-et-sami

Ce film est touchant, émouvant, mais il n’est pas que cela. Je dois dire qu’en 2016 comme en 1973 je l’ai vu en m’identifiant à David. En 73 parce que, fils unique, je venais de perdre ma mère, Madeleine, qui vivait seule à Paris. Et en 2011 par la disparition de Maria, en 3 mois d’un cancer intestin/poumon, une femme qui était resté, même divorcée, une très grande amie et une camarade. Comme c’est un film ancien j’y vois maintenant des défauts, (rien de rédhibitoire) et d’immenses qualités.
Il y un sujet principal dans ce film qui est celui de la médecine « de classe » et du rapport entre le médecin et son patient. Sur ce point je crois qu’il date un peu. Le décès de Maria, m’a montré que la médecine hospitalière a progressé dans les droits du malade, dans le refus de la souffrance, dans le regard du personnel hospitalier et même dans la vérité donnée aux malades, si du moins ceux-ci veulent la connaître. Sur ce point la visite du grand patron ressemble à une farce. Elle est d’ailleurs traitée comme telle. J’espère que cela est devenu l’exception et date d’une période définitivement révolue.
Plus subtile, mais bien argumentée dans ce film, la dénonciation du rapport exclusif entre soignant et patient est lui toujours d’actualité. Même si la pratique reste ce rapport de domination il me semble qu’il a depuis longtemps été remis en cause et que d’autres visions de la médecines ont fait leur apparition. Que des progrès ont eu lieu comme avec l’institut Renaudot (et la médecine communautaire) ou, et je l‘ai découvert sur votre blog, la revue de la « Santé intégrative ».
L’autre critique que je ferais à ce film c’est le côté militant un peu lourdingue, un peu appuyé, comme avec les interventions des médecins contestataires ou cette phrase sur la médecine dans la Chine Populaire qui fait maintenant sourire. Mais c’était l’époque !
Je le sais, j’y étais…
Mais ces critiques ne sont rien devant l’autre sujet, pour moi bien plus important, qui est le rapport intime entre ce jeune homme, David et sa mère en train de mourir.
La disparition de son père et l’absence de sa sœur en fait un fils unique. Il ne vit pas encore avec sa compagne. Il est seul avec la maladie de sa mère, avec en tête la certitude de son décès proche, son incapacité à lui dire la vérité. Il doit à la fois sacrifier une partie de sa vie personnelle (la scène où il lit le journal et où sa mère le dérange) et devenir l’adulte responsable. C’est une inversion des rôles fils/mère. Le fait de l’appeler « petite mère » ne me semble pas avoir seulement une résonnance russe, c’est aussi se penser le protecteur, l’adulte devant la maladie qui infantilise sa mère. Et cela l’irrite.
Il y a des notations très fines et très vraies comme la culpabilisation : «  C’est quand tu es parti que j’ai commencé à me sentir fatiguée… » . La tension qui suit, l’affrontement feutré est absolument terrible. D’autant qu’il se termine par « Moi aussi j’ai besoin de toi » et que la mère reçoit cet aveu avec fierté.
Pour dépasser ce rapport de prise de pouvoir sur l’autre, inversé lorsqu’il s’agit d’un jeune homme sur sa mère il va falloir se battre ensemble et donc casser le silence. Il faut lui dire la vérité sur sa maladie et lui annoncer l’issue très probable de son cancer. La séquence de la salle de bains est certainement la plus forte du film, la scène ou Samy Frey se cache dans son dos pour lui dire ce que peut-être elle sait déjà tandis qu’elle se regarde dans la glace et pleure silencieusement est pour moi une situation qu‘il me semble avoir vécue.
Ma mère est morte brutalement empoisonnée par l’oxyde de carbone. Je n’ai pas pu me préparer à sa mort. Il n’y a donc pas de ressemblance. Mais l’imaginaire d’un spectateur n’a peut-être pas besoin d’être aussi précis pour s’identifier avec un personnage fictif.
J’y ai vu d’ailleurs une grande part d’autobiographie avec toutes ces anecdotes qui sentent vraiment le vécu…
Et puis c’est merveilleusement bien joué par Lila Kedrova et Samy Frey. Par exemple cette pantomime ou ils jouent comme des enfant.
Même si les couleurs ne sont plus très bonnes, même si le son doit pouvoir être amélioré, (mais je deviens un peu sourd moi aussi !) les cadrages sont très bons, il y a peu de mouvements de caméra et ils sont à chaque fois cohérents, rien n’est au hasard, le montage est très beau puisque il ne se voit pas, et la non-chronologie renforce l’attention. C’est un très beau film, même si, par son côté militant, il date un peu. Il faut qu’on puisse le voir et le revoir

Caillou, le 14 décembre 2016

On ne le trouve pas dans le commerce. “Malheureusement les droits de RAK appartiennent à une production qui ne s’en occupe pas du tout. Le film n’est visible nulle part sauf au Forum des images à Paris “
Une association: les amis de Charles Belmont
veut montrer en DVD les films de ce réalisateur.

On peut lire aussi:

lire sur http://www.santeintegrative.com/articles/rak
RAK par Marielle ISSARTEL

À l’occasion de la rétrospective de tous les films de Charles Belmont à Paris en avril, focus sur RAK qui dès 1972 posait la question de l’unité du malade et de la relation qu’il lui serait nécessaire d’établir avec les personnes qui le soignent. À la fois une histoire d’amour et un réquisitoire au vitriol.

Un sujet qui dit “Je”

Ce film fut écrit d’abord sous forme d’un pur cri de révolte, à partir d’une expérience personnelle de Charles Belmont, très douloureuse, la mort foudroyante de sa mère d’un cancer(1). Puis la réflexion et l’analyse appliquées à cette expérience intime lui ont donné une portée humaine et sociale, et même politique. La structure non chronologique du scénario et la voix off du personnage du fils témoignent de ce double mouvement subjectif et réflexif en tension. Dans RAK les sentiments s’expriment sans crainte des scènes périlleuses, mais pour dépasser la révolte personnelle et écrire sans exagération la scène de la visite du grand patron hospitalier, Charles Belmont a réuni une quinzaine d’amis du Groupe Information Santé (ex Secours Rouge, avec qui ensuite il fera Histoires d’A) qui ont mis en commun leur expérience ordinaire en évacuant l’exceptionnel. Comme la réalité dépasse la fiction, la scène traitée en parade de cirque fait plus vrai que nature. Elle fut d’ailleurs l’objet d’une censure d’Antenne2 qui demanda à Charles Belmont de la couper avant diffusion pour ne pas choquer les mandarins qui devaient débattre ensuite. Mais accepter la censure n’était pas de son goût et il préféra annuler la vente.

La relation dominant/dominé du patient le bien-nommé n’est pas seule en cause dans le film. Le rôle du psychisme dans la maladie et la maladie considérée comme réponse au mal-être sont des pistes ouvertes à la fois par l’histoire incarnée de ce couple d’un fils avec sa mère, mais aussi par l’irruption de médecins en chair et en os sous forme d’interviews. Parmi eux, le Dr Richard Dabrowski : « Est-ce qu’on a déjà vu un foie ou une moelle épinière se promener dans la rue ? non, il y a toujours le sujet qui dit “Je” autour, et qui dit : “moi j’ai mal”. »

Dans le dossier de presse en 1972, Charles Belmont écrivait : « Si j’ai fait RAK, c’est pour partager quelques idées, pas nouvelles du tout, mais enfouies, très dissimulées. La santé physique n’est qu’un des aspects de l’épanouissement de l’individu. On connaît depuis longtemps l’influence des conditions de vie sur les maladies. On sait depuis l’Antiquité que l’individu forme un tout dialectique. Et ces certitudes, non codifiables, non “scientifiques” sont purement et simplement ignorées sinon niées par une grande partie du corps médical, dont c’est pourtant en principe le champ opérationnel. On fait la part du feu en abandonnant l’investigation psychologique à des spécialistes isolés et ignorés des médecins du corps.
Si j’ai introduit dans mon scénario le docteur Renard, généraliste, médecin de ville, dont j’avais besoin pour le déroulement scénaristique, ce n’est en aucune manière pour l’opposer  au spécialiste. C’est la relation humaine que j’implique, rendue impossible par les conditions de la pratique médicale actuelle ; cette relation cependant est si nécessaire qu’elle devient un mythe, nécessaire aussi bien pour le médecin que pour le malade. Le même mythe existe aussi pour l’infirmière, tel une entrave antipathique dans la mesure où l’infirmière est encore moins libre que le médecin, encore plus définie et déterminée en tant que rouage. »
C’est dire que ce film fit l’objet de vifs débats et de controverses au sein du corps médical et tout simplement dans la société, ce dont nombre d’articles témoignent. Caricatural, le professeur Georges Mathé, cancérologue réputé, interrogé pour le journal l’Aurore après avoir vu le film déclarait off the record : « Le psychisme, ça n’existe pas ! ». Un autre professeur, Robert Zittoun, spécialiste en hémato-cancérologie, écrivait au contraire dans Pariscope: « Ce film m’a beaucoup touché, il est très beau et aussi très important (…) Cet amour qui revit, qui flambe, n’a peut-être pas prolongé la vie de sa mère, il l’a embellie et nous embellit ».
Pour beaucoup de gens, les problématiques posées dans RAK et particulièrement le silence autour de la mort, perdurent.

Faut-il dire ou non la vérité au malade ?

Pour poursuivre sa réflexion au delà de ses sentiments, Charles Belmont s’était référé aux écrits d’Élisabeth Kubler Ross qui écrivait dans Les derniers instants de la vie(2) : « Je considère que la question ne doit pas être posée ainsi : “Dois-je dire la vérité à mon malade ?” mais formulée comme suit : “Comment puis-je partager cette connaissance avec mon malade ?”. Le médecin devrait tout d’abord examiner sa propre attitude autour de la maladie et de la mort, afin d’être capable de parler de sujets aussi graves sans angoisses exagérées. Il devrait recueillir les indices que le malade lui apporte afin d’évaluer le désir qu’a le malade d’affronter la vérité. » (3)
Dans le film, le fils ne supporte plus le silence, les gênes, la détérioration de la relation qu’il a avec sa mère et les frustrations que celle-ci exprime. Dans un mouvement d’émotion, il lui “avoue” qu’elle a un cancer, et ils décident ensemble de se battre. RAK ! elle lutte avec ses jambes, avec ses muscles affaiblis ! Surtout, à partir de ce moment, la mère reprend sa place de mère – ce qu’expriment les cadrages – et lui reprend sa place de fils aimant et complice. Elle ne guérira pas, on le sait dès le début du film, Charles Belmont n’a pas voulu faire croire au miracle, mais montrer une relation réhabilitée et une fin de vie digne.
Lors de la rétrospective Belmont, chaque film sera accompagné de débats et rencontres afin d’en faire une manifestation vivante, plusieurs des films traitant des thématiques enfouies à l’époque qui émergent maintenant(4). Deux membres du comité de rédaction de Santé intégrative seront présents au débat qui suivra la projection de RAK. Mais c’est avant tout une merveilleuse histoire d’amour que je vous invite à partager.

(1) RAK veut dire cancer en russe.
(2) On Death and dying n’était pas traduit à l’époque donc voici la traduction libre présentée aux journalistes dans le dossier de presse.
(3) Cette problématique est posée dans le dossier sur la fin de vie de Santé Intégrative N°37
(4) D’où le titre : Rétrospective Charles Belmont, l’éclaireur”. Du 8 au 12 avril, Cinéma la Clef à Paris. Page facebook : L’Écume des Jours et les films de Charles Belmont.

 

 

Le temps et le dessin

Pourquoi poser ses valises et arrêter le temps pour, par exemple, dessiner l’église romane de Fillols ou le massif du Canigou ? (Pyrénées-orientales)

Ce serait si simple et pratique d’en faire une image avec son portable puis, après l’avoir vaguement regardée une ou deux fois, de l’enfouir dans la mémoire de son ordinateur.
Et bien je crois que ce n’est le résultat qui compte mais le chemin pour y parvenir.
Et je préfère perdre mon temps… essayer de m’exclure du temps qui passe… pour retrouver l’observation minutieuse du monde et essayer d’en dessiner chaque parcelle, chaque feuille tremblotante, chaque pierre.

Fillols
Fillols, 26 juillet 2016

9782266178747

 

Sur cette notion du temps, je suis en train de lire l’excellent petit livre de Sylvain Tesson: Éloge de l’énergie vagabonde. Ce récit de voyage est traversé de fulgurances qui me laisse rêveur. En voici une:

L’énergie humaine se nourrit de changement. 
Selon Bergson, l’ « immense efflorescence d’imprévisible nouveauté » allège la lourde marche de la « durée ». 1° 
Dans une vie, le feu routant de la nouveauté brise les chaînes de la monotonie et donne aux jours leur puissance. L ‘énergie de l’existence se trouve contenue dans la propre incertitude de son déroulement. Comme il est impossible de prédire ce qui va advenir, chaque instant se crée et se recrée et abolit ainsi toute fatalité. La joie de l’expérience intérieure est de se laisser féconder comme un terreau propice, par des émotions inconnues, portées par le vent des hasards. Au delà des destinés individuelles la grandeur de l’Histoire, sa liberté, se tient dans cette imprévisibilité des actes humains 2° 
Une décision politique provoquera ainsi une cascade de conséquences inconnues.
La vie des hommes n’est pas une science exacte, elle échappe aux lois de la physique qui conditionnent l’évolution du monde. Nul déterminisme pour la guider. Elle est dangereuse car imprédictible. 
Le principe qui s'oppose le plus radicalement à l’énergie de la nouveauté jaillissante c’est l’habitude. L’enfermement de l’être sous le couvercle d'heures et de lieux épuisés de se ressembler trop. Peguy soutient qu'« une âme morte est une âme tout entière envahie par l’encroutement de son habitude, par l’incrustation de sa mémoire ». 3°
L’énergie déserte les êtres qui connaissent trop bien les recoins du labyrinthe de leur vie, ceux qui n'attendent plus rien des instants à venir et ceux qui, par peur de l’inattendu, s’enferment dans le mur de l’habitude. À chaque tic-tac de l’horloge du temps, les parois leur renvoient l’écho du tic-tac précédent au lieu de leur chanter la musique de l’inconnu !
1° Henry Bergson, la pensée et le mouvement.
2°Sur cette notion : Hannah Arendt, le concept d’histoire la crise de la culture
3° Charles Peguy, Note conjointe sur Monsieur Descartes
Canigou
Le massif du Canigou, 27 juillet 2016.

Bonnes vacances!
Caillou, le 7 août 2016

Les amalgameurs

Les amalgameurs

Beaucoup de braves gens estiment que les attentats islamistes poussent l’opinion publique à l’amalgame entre Islam et islamisme, entre musulmans et terroristes. Et de fait on constate une vague d’islamophobie générale.

Mais l’amalgame entre Islam et islamisme n’est pas le seul fait d’une xénophobie déguisée sous la notion d’islamophobie. Cet amalgame devient aussi le pivot central d’une pensée de gauche qui, par peur de l’islamophobie, ne veut pas critiquer ou remettre en question l’islamisme politique.

La conférence de Shlomo Sand, à la Bourse du Travail de Toulouse le 11 avril, et son public, chauffé à blanc par un sentiment pro-palestinien sans nuances, en sont une des dernières illustrations locales.

D’un côté nous avons le premier ministre Vals qui assimile l’antisionisme à un antisémitisme et prend donc fait et cause pour le CRIF contre la campagne BDS (et je précise que je suis outré de ces propos !) et de l’autre un orateur qui n’explique la montée de l’islamophobie que par la volonté de détournement des questions sociales ou par des intellectuels de médias dévoyés comme Houellebecq, BHL ou Finkelkraut.

Dans ce concert d’amalgames essentialistes la voie des victimes du terrorisme islamiste algérien (GIA) des années 90 devient inaudible, même si elles étaient souvent de religion musulmane. (200 000 morts !) La voie des féministes (par exemple égyptiennes ou tunisiennes) qui se battent pour la liberté et les droits des femmes contre la terreur des fondamentalistes ne s’entend plus. La gauche radicale se tait dès qu’il s’agit de soutenir les démocrates, les syndicalistes, les féministes et les homosexuels qui, là-bas sont pourchassés par la montée de l’Islam politique.

Par contre, ici, chaque propos maladroit (comme celui de Laurence Rossignol, déléguée des Droits des femmes, qui voulait montrer le caractère d’oppression du voile islamique) est monté en épingle, détourné, réduit au seul discours d’exclusion.

L’émotion populaire qui a suivi des attentats de Paris et de Bruxelles est ridiculisée, uniquement vue comme une manipulation médiatique et politique pour obtenir l’état d’urgence, plus de contrôle social et détourner l’attention des vrais problèmes sociaux

Gouverné par « Le Monde Diplomatique » et « Politis » cette gauche radicale se fourvoie dans l’amalgame qu’elle entend dénoncer. Elle amalgame elle même les musulmans et l’islamisme.

Refuser l’amalgame islam–islamisme d’où qu’il vienne, c’est être aux côtés des syndicalistes tunisiens, des démocrates algériens, des féministes égyptiennes, des homosexuels marocains bref de toutes celles et ceux qui aspirent à la liberté, qu’ils ou elles soient croyants, musulmans, chrétiens, juifs ou non croyants.

Caillou, le 16 avril 2016