Un blues à New York

New-York, Greenwich village, Blecker Street.

Il n’y a rien, de simple et pas trop cher pour manger. On finit par aller dans une pizzeria où le serveur nous fait une pizza énorme, avec des anchois. C’est absolument délicieux et finalement on arrive à tout manger jusqu’au bout. Naturellement je me tache la belle chemise blanche ! Je me sens tellement manche avec cette langue à laquelle je ne comprends rien, ces coutumes étranges, cette conversion entre l’euro et le dollart argent qui ne me paraît toujours pas très clair.

Enfin nous arrivons au Terra Blues, la vraie boîte de blues du quartier. Le patron dit d’ailleurs que c’est la seule vraie boîte de blues de toute la ville ! C’est au premier étage, en haut d’un escalier. Nous ne payons pas à l’entrée, mais c’est encore très tôt.

On ne voit presque rien. Le lieu est sombre et rouge avec une décoration affreuse, le genre surréaliste, masques et corps de plâtre blancs s’effilochant en draps de long des voûtes. Un bar face à l’entrée, une scène au fond et entre les deux des petites tables avec des chaises et des banquettes le long des murs. La serveuse nous conduit à une table et l’on s’assoit sur la banquette. Il n’y a pas encore grand monde. Un couple de noirs, au milieu de la salle, qui se roulent des pelles, 3 ou 4 Françaises qui parlent tout le temps et des blancs, des américains, qui sont au premier rang, à gauche de la scène. Eux doivent être de vrais amateurs car ils se taisent et regardent le chanteur qui est assis sur la scène, juste devant eux.

Le vieux type qui officie ce soir c’est Ray Schinnery. Il a une casquette vissée sur la tête et des lunettes ce qui fait que l’on ne voit jamais ses yeux et très peu son visage. L’éclairage de scène ne vient que du haut. Il joue d’une guitare électrique, un jeu un peu rapide, dès fois un peu brouillon, incertain dans les notes, mais dont l’intérêt est qu’il retombe toujours sur ses pattes, dans le temps. Il reprend des blues classiques, parfois lents, parfois plus cognés, à deux ou trois exceptions près, dont une chanson de sa composition, qui a l’air bien triste.

Il chante bien sur et c’est sans effets, sans trémolos, sans artifices, juste un blues dès fois un peu parlé, dès fois plus chanté, qui ne va jamais dans le décoratif. C’est tout juste s’il scande d’un “yeah” certaines fins de phrases, ou d’un rire. Il parle très peu entre les morceaux et regarde juste sa montre et puis il repart… Je reconnais quelques mélodies.

Un papier sur la table indique l’on doit consommer au moins 2 fois par set. Nous prenons 2 bières, des gros demis à la pression, elle est plutôt bonne d’ailleurs… Et l’on se prépare pour une bonne soirée de blues. Le groupe suivant c’est le Saron Creenshaw Band. Il y a un entracte. Avant la serveuse fait passer un seau à champagne en guise de chapeau et annonce que c’est “pour le band”.

Pendant l’entracte, la sono passe des très vieux enregistrements qui grattent. Le public arrive de plus en plus. Un couple d’asiatiques qui se met au premier rang à droite de la scène et qui, sans un regard pour le chanteur revenu, se met à parler et à rire très fort. Il y a toujours les Françaises qui rigolent. Au fond, aussi, de l’autre côté de la salle, vers les fenêtres qui donnent sur la rue, il y a tout un groupe qui gueule !

Ray revenu sur la scène, un couple de New Yorkais vient s’asseoir juste devant nous. La quarantaine bien avancée ils se draguent et ne jettent pas un regard vers le chanteur. Et cela papote, papote. J’ai l’impression d’être dans une volière avec une musique d’ambiance en fond sonore. Pourtant ce vieux bonhomme est tout à fait émouvant. Il est certainement meilleur dans les blues rapides et scandés que dans les ballades lentes, mais je trouve qu’il mérite mieux que ce public de blasés, ce public d’habitués du blues en public…

Du coup cela me met en rogne. Je ne nous vois pas rester pour un deuxième groupe, repayer des bières alors que ma compagne n’en a pas envie… Et malgré tout on se décide à partir… Un peu écœuré.

Sur d’autres dépliants, pour d’autres boîtes de Jazz, il était indiqué qu’il était interdit de parler, ce qui nous avait choqué… Mais maintenant je comprends mieux pourquoi !

Caillou, 17 juin 2009

2 réflexions au sujet de « Un blues à New York »

  1. Bonjour Caillou, et merci de nous faire partager ainsi un bout de ton voyage. j’ai un copain qui jouait de la guitare dans des cabarets et qui pourra témoigner que depuis la scène c’est encore plus insupportable, mais je pense que tu comprends! Bises, cp

    petite erreur: “Et malgré tout on se décide à se partir… “

  2. Et oui! Je suis le copain, et je confirme triplement…
    D’abord depuis la scène, au début c’est épouvantable et décourageant, d’autant que certains parleurs viennent parfois à la fin faire des compliments et qu’on s’aperçoit qu’ils ont entendu (écouter???). Mais à force, on s’habitue…
    C’est plus traumatisant quand on est spectateur, car on a envie de mettre des baffes… (vengeance?)
    Enfin, c’est triste quand on est à l’étranger et qu’un autochtone qui a reconnu votre bel accent montre du doigt une table bruyante en disant ‘French people’…
    Ça m’est arrivé à New York, Los Angeles et San Francisco en ce qui concerne les USA…
    Depuis, je comprends que c’est toujours pareil et en plus, il y a les sonneries de portables…!
    Bravo et bon séjour! 🙂

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