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Simone Weil (Premiere partie)

Née le 3 février 1909 à Paris, morte le 24 août 1943 à Ashford (Grande-Bretagne) ; professeure agrégée de philosophie ; militante de la Fédération unitaire de l’Enseignement et du Cercle communiste démocratique ; pacifiste.
(Dans le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social.)

J’ai découvert Simone Weil par la lecture d’Émigrés à New York : les intellectuels français à Manhattan. 1940-1944 de Jeffrey Mehlman.

 

 

 

 

Je ne comprenais pas comment Simone Weil  pouvait être antijudaïque au point d’être qualifiée par certains d’antisémite.

J’ai alors lu deux livres, celui de Jacques Juliard : Le choc Simone Weil

et celui de Geneviève Azam et Françoise Valon : Simone Weil, l’expérience de la nécessité.

Le premier, celui de Jacques Juliard m’a permis de rentrer un peu dans sa pensée et surtout de ressentir la passion presque amoureuse de son auteur pour cette très jeune et brillante philosophe.

Le second de Geneviève Azam et Françoise Valon insiste surtout sur le refus du technicisme, la découverte des limites. Il y a des passages difficiles à comprendre, il est plus technique et j’ai eu peur qu’elles tirent un peu trop la couverture vers la décroissance.

J’ai donc commencé à lire tout ce que j’ai trouvé sur Simone Weil. Passionnante, bouleversante, en avance sur son temps.

Elle déteste le judaïsme, par refus de l’ancien testament et d’un dieu autoritaire, de la guerre, des massacres, de la violence. Du coup on la caricature en antisémite, ce qui est très bête. Elle est surtout mystique d’un Christ d’amour aux antipodes de Jéhovah.

Pour moi je ressens maintenant une filiation entre Etty Hillesum, Simone Weil et Albert Camus.

Politiquement, en 1933, elle est franchement en avance sur toute l’extrême gauche.

Le premier texte que je découvre c’est la lettre à Bernanos, écrite en 1938, alors qu’elle rentre d’Espagne où elle a combattu avec les anarchistes de la colonne Durruti.

LETTRE DE SIMONE WEIL A GEORGES BERNANOS

Monsieur,
Quelque ridicule qu’il y ait à écrire à un écrivain, qui est toujours, par la nature de son métier, inondé de lettres, je ne puis m’empêcher de le faire après avoir lu Les Grands Cimetières sous la lune. Non que ce soit la première fois qu’un livre de vous me touche ; le Journal d’un curé de campagne est à mes yeux le plus beau, du moins de ceux que j’ai lus, et véritablement un grand livre. Mais si j’ai pu aimer d’autres de vos livres, je n’avais aucune raison de vous importuner en vous l’écrivant. Pour le dernier, c’est autre chose ; j’ai eu une expérience qui répond à la vôtre, quoique bien plus brève, moins profonde, située ailleurs et éprouvée, en apparence – en apparence seulement -, dans un tout autre esprit.

Je ne suis pas catholique, bien que – ce que je vais dire doit sans doute sembler présomptueux à tout catholique, de la part d’un non-catholique mais je ne puis m’exprimer autrement – bien que rien de catholique, rien de chrétien ne m’ait jamais paru étranger. Je me suis dit parfois que si seulement on affichait aux portes des églises que l’entrée est interdite à quiconque jouit d’un revenu supérieur à telle ou telle somme, peu élevée, je me convertirais aussitôt. Depuis l’enfance, mes sympathies se sont tournées vers les groupements qui se réclamaient des couches supérieures de la hiérarchie sociale, jusqu’à ce que j’aie pris conscience que ces groupements sont de nature à décourager toute ces sympathies. Le dernier qui m’ait inspiré quelque confiance, c’était la CNT espagnole. J’avais un peu voyagé en Espagne – assez peu – avant la guerre civile, mais assez pour ressentir l’amour qu’il est difficile de ne pas éprouver envers ce peuple ; j’avais vu dans le mouvement anarchiste l’expression naturelle de ses grandeurs et de ses tares, de ses aspirations les plus et les moins légitimes. La CNT, la FAI étaient un mélange étonnant, où on admettait n’importe qui, où, par la suite, se coudoyaient l’immoralité, le cynisme, le fanatisme, la cruauté mais aussi l’amour, l’esprit de fraternité, et surtout la revendication de l’honneur si belle chez les hommes humiliés ; il me semblait que ceux qui venaient là animés par un idéal l’emportaient sur ceux que poussait le goût de la violence et du désordre. En juillet 1936, j’étais à Paris, je n’aime pas la guerre ; mais ce qui m’a toujours fait le plus horreur dans la guerre, c’est la situation de ceux qui se trouvent à l’arrière. Quand j’ai compris que, malgré tous mes efforts, je ne pouvais m’empêcher de participer moralement à cette guerre, c’est-à-dire de souhaiter tous le séjours, toute les heures, la victoire des uns, la défaites des autres, je me suis dit que Paris était pour moi l’arrière, et j’ai pris le train pour Barcelone dans l’intention de m’engager. C’était au début d’août 1936.

[…]J’ai quitté l’Espagne malgré moi avec l’intention d’y retourner ; par la suite, c’est volontairement que je n’en ai rien fait. Je ne sentais plus aucune nécessité intérieure de participer à une guerre qui n’était plus, comme elle m’avait paru être au début, une guerre de paysans affamés contre les propriétaires terriens et un clergé complice des propriétaires, mais une guerre entre la Russie, l’Allemagne et l’Italie.

J’ai reconnu cette odeur de guerre civile, de sang, et de terreur que dégage votre livre ; je l’avais respirée. Je n’ai rien vu de certaines des histoires que vous racontez, ces meurtres de vieux paysans, ces ballilas faisant courir des vieillards à coups de matraques. Ce que j’ai entendu suffisait pourtant. J’ai failli assister à l’exécution d’un prêtre ; pendant les minutes d’attente, je me demandais si j’allais regarder simplement, ou me faire fusiller moi-même en essayant d’intervenir ; je ne sais pas encore ce que j’aurais fait si un hasard heureux n’avait empêché l’exécution.

Combien d’histoires se pressent sous ma plume… Mais ce serait trop long ; et à quoi bon ? Une seule suffira. J’étais à Sitgès quand sont revenus, vaincus les miliciens de l’expédition de Majorque. Ils avaient été décimés. Sur quarante jeunes garçons partis de Sitgès, neuf étaient morts. On ne le sut qu’au retour des trente et un autres. La nuit même qui suivit, on fit neuf expéditions punitives, on tua neuf fascistes ou soi-disant tels, dans cette petite ville où, en juillet, il ne s’était rien passé. Parmi ces neufs, un boulanger d’une trentaine d’années, dont le crime était, m’a-t’on dit, d’avoir appartenu à la milice des « somaten » ; son vieux père, dont il était le seul enfant et le seul soutien, devint fou. Une autre encore : en Aragon, un petit groupe international de vingt-deux miliciens de tous les pays prit, après un léger engagement, un jeune garçon de quinze ans, qui combattait comme phalangiste. Aussitôt pris, tout tremblant d’avoir vu tuer ses camarades à ses côtés, il dit qu’on l’avait enrôlé de force. On le fouilla, on trouva sur lui une médaille de la Vierge et la carte de phalangiste ; on l’envoya à Durruti, chef de la colonne, qui après lui avoir exposé pendant une heure les beautés de l’idéal anarchiste, lui donna le choix entre mourir et s’enrôler immédiatement dans les rangs de ceux qui l’avaient fait prisonnier, contre ses camarades de la veille. Durruti donna à l’enfant vingt-quatre heures de réflexion ; au bout de vingt-quatre heures, l’enfant dit non et fut fusillé. Durruti était pourtant à certains égards un homme admirable. La mort de ce petit héros n’a jamais cessé de me peser sur la conscience, bien que je ne l’aie apprise qu’après coup. Ceci encore : dans un village que rouges et blancs avaient pris, perdu, repris, reperdu, je ne sais combien de fois, les miliciens rouges, l’ayant repris définitivement, trouvèrent dans les caves une poignée d’êtres hagards, terrifiés et affamés, parmi lesquels trois ou quatre jeunes hommes. Ils raisonnèrent ainsi : si ces jeunes hommes, au lieu d’aller avec nous la dernière fois que nous nous sommes retirés, sont restés et ont attendu les fascistes, c’est qu’ils sont fascistes. Ils les fusillèrent donc immédiatement, puis donnèrent à manger aux autres et se crurent très humains. […]

Mais les chiffres ne sont peut-être pas l’essentiel en pareille matière. L’essentiel, c’est l’attitude à l’égard du meurtre. Je n’ai jamais vu, ni parmi les Espagnols, ni même parmi les Français venus soit pour se battre, soit pour se promener – ces derniers le plus souvent des intellectuels ternes et inoffensifs – je n’ai jamais vu personne exprimer même dans l’intimité de la répulsion, du dégoût ou seulement de la désapprobation à l’égard du sang inutilement versé. Vous parlez de la peur. Oui, la peur a eu une part dans ces tueries ; mais là où j’étais, je ne lui ai pas vu la part que vous lui attribuez. Des hommes apparemment courageux – au milieu d’un repas plein de camaraderie, racontaient avec un bon sourire fraternel combien ils avaient tué de prêtres ou de « fascistes » – terme très large. J’ai eu le sentiment, pour moi, que lorsque les autorités temporelles et spirituelles ont mis une catégorie d’êtres humains en dehors de ceux dont la vie a un prix, il n’est rien de plus naturel à l’homme que de tuer. Quand on sait qu’il est possible de tuer sans risquer ni châtiment ni le blâme, on tue ; ou du moins on entoure de sourires encourageants ceux qui tuent. Si par hasard on éprouve d’abord un peu de dégoût, on le tait et bientôt on l’étouffe de peur de paraître manquer de virilité. Il y a là un entraînement, une ivresse à laquelle il est impossible de résister sans une force d’âme qu’il me faut bien croire exceptionnelle, puisque je ne l’ai rencontrée nulle part. J’ai rencontré en revanche des Français paisibles, que jusque-là je ne méprisais pas, qui n’auraient pas eu l’idée d’aller eux-mêmes tuer, mais qui baignaient dans cette atmosphère imprégnée de sang avec un visible plaisir. Pour ceux-là je ne pourrai jamais avoir à l’avenir aucune estime.

Une telle atmosphère efface aussitôt le but même de la lutte. Car on ne peut formuler le but qu’en le ramenant au bien public, au bien des hommes – et les hommes sont de nulle valeur. Dans un pays où les pauvres sont, en très grande majorité, des paysans, le mieux-être des paysans doit être un but essentiel pour tout groupement d’extrême gauche ; et cette guerre fut peut-être avant tout, au début, une guerre pour et contre le partage des terres. Eh bien, ces misérables et magnifiques paysans d’Aragon, restés si fiers sous les humiliations, n’étaient même pas pour les miliciens un objet de curiosité. Sans insolences, sans injures, sans brutalité – du moins je n’ai rien vu de tel, et je sais que vol et viol, dans les colonnes anarchistes, étaient passibles de la peine de mort – un abîme séparait les hommes armés de la population désarmée, un abîme tout à fait semblable à celui qui sépare les pauvres et les riches. Cela se sentait à l’attitude toujours un peu humble, soumise, craintive des uns, à l’aisance, la désinvolture, la condescendance des autres.

On part en volontaire, avec des idées de sacrifice, et on tombe dans une guerre qui ressemble à une guerre de mercenaires, avec beaucoup de cruautés en plus et le sens des égards dus à l’ennemi en moins. Je pourrai prolonger indéfiniment de telles réflexions, mais il faut se limiter. Depuis que j’ai été en Espagne, que j’entends, que je lis toutes sortes de considérations sur l’Espagne, je ne puis citer personne, hors vous seul, qui à ma connaissance, ait baigné dans l’atmosphère de la guerre espagnole et y ait résisté. Vous êtes royaliste, disciple de Drumont – que m’importe ? Vous m’êtes plus proche, sans comparaison, que mes camarades de milices d’Aragon – ces camarades que, pourtant, j’aimais.

Ce que vous dites du nationalisme, de la guerre, de la politique extérieure française après la guerre m’est également allé au cœur. J’avais dix ans lors du traité de Versailles. Jusque-là j’avais été patriote avec toute l’exaltation des enfants en période de guerre. La volonté d’humilier l’ennemi vaincu, qui déborda partout à ce moment (et dans les années qui suivirent) d’une manière si répugnante, me guérit une fois pour toutes de ce patriotisme naïf. Les humiliations infligées par mon pays me sont plus douloureuses que celles qu’il peut subir.

Je crains de vous avoir importuné par une lettre aussi longue. Il ne me reste qu’à vous exprimer ma vive admiration. S. WEIL. 

Commentaire

Cette lettre à mis en rage les anarchistes qui croient encore à la force des armes et vénèrent Buenaventura Durruti. Moi j’y lis surtout que la guerre modifie complètement les soldats et toute la société. Que la guerre a sa propre logique et entraine tout le monde vers la glorification des massacres inutiles. Qu’elle transforme l’ennemi en monstre et du coup blanchit tous les actes commis par son propre camp. Comprendre que la guerre n’est pas seulement la continuité de la politique, n’est pas une rupture temporaire de la paix mais qu’elle fait rentrer toute la société dans une machinerie totale me parait très important. Simone Weil ne dit que cela !

…

Une lettre de Lucien Feuillade au journal Libération en 1988

(trouvée sur https://www.partage-noir.fr)

Dans son supplément littéraire du 24 mars [1988], Libération publiait un texte de trois pages de M. Robert Maggiori sur la philosophe Simone Weil, sous le titre : L’Ange rouge. Mystique et révoltée, morte à 34 ans en 1943. Simone Weil a illuminé la philosophie. Cela à propos de l’édition des œuvres com­plètes de Simone Weil. Ce texte, notamment sur l’engagement de Simone Weil dans la guerre d’Espagne aux côtés des anarchistes, méritait quelques précisions et rectifications qui ont fait l’objet d’une lettre de Lucien Feuillade en date du 27 mars à la rédaction de Libération. Cette lettre a valu à l’auteur une carte de M. Maggiori, avec ses remerciements pour les compléments d’information sur Simone Weil. Mais il n’y est pas question d’une publica­tion par Libération. Voici donc le texte de la lettre en question.

La rédaction
Au rédacteur en chef de Libération

J’ai pris connaissance, dans votre supplément littéraire du 24 mars, de l’article de M. Robert Maggioni consacre a Simone Weil. J’en ai apprécié le ton et l’objectivité, pour autant que je m’y retrouve dans le périple compli­qué que fut la vie de Simone Weil.

Elle ne fit jamais quelque chose très longtemps, écrit M. Mag­gioni. C’était dans sa nature. Elle fut notamment anarchiste, sympa­thisante, puis militante, puis com­battante, durant plusieurs années. Le paragraphe concernant son engagement durant la guerre d’Espagne m’a paru un peu court, et mériterait, je crois, quelques compléments et précisions.

Simone Weil rejoignit en Espa­gne, au groupe international de la colonne Durruti, un certain nombre d’anarchistes français qu’elle consi­dérait alors comme ses amis.

M. Gustave Thibon, dans sa pré­face à La pesanteur et la grâce, écrit qu’au moment de la guerre d’Espagne elle s’engagea parmi les Rouges, mais elle eut à cœur de ne jamais se servir de ses armes et fut une animatrice plutôt qu’une com­battante. Les Rouges en question étaient en fait les « rouge et noir », anarchistes donc. Quant aux fusils, qui étaient rares, on n’en obtenait que pour s’en servir.

Voici quelques témoignages qui figurent dans le numéro de la revue l’Age nouveau daté de mai 1951.

Simone Weil pendant la guerre d’Espagne (1936).
En août 1936, en Aragon, les milices confédérales espagnoles, à la tête desquelles se trouvait Buena­ventura Durruti (…) manquaient d’armes et de matériel, écrit l’anarchiste Louis Mercier, combat­tant lui-même, et très proche de Simone Weil… C’est à ce noyau de risque-tout que Simone Weil vint se rallier… Elle est armée d’un mous­queton Mauser, dont le maniement lui a été enseigné par un ancien ser­gent français qui a fait la guerre du Maroc… (Simone Weil) déclare notamment qu’elle est venue en Espagne non pas en touriste ou en observatrice, mais pour combattre… Quand le capitaine français Louis Berthomieu, conseiller militaire, décide de placer Simone Weil à la cuisine, c’est à nouveau des protes­tations qui s’élèvent chez l’intéres­sée, laquelle réclame sa part de dan­ger, veut participer aux patrouilles et aux gardes… A Sitges, Simone Weil porte sur sa combinaison de mécanicien – c’est l’uniforme des milices – d’énormes initiales C.N.T. (qu’on peut voir en partie sur le portrait que vous avez publié). A Paris, elle participe à tous les meetings de solidarité en faveur de la révolution espagnole et soutient les organisations extrémis­tes.

Ici, un témoignage de Michel Collinet, professeur, militant fran­çais du P.S.O.P. : Son pied brûlé guérissait mal. J’eus l’impression que le personnel sanitaire la négli­geait ou même la boycottait (cet hôpital était placé sous la responsa­bilité de l’Union générale des tra­vailleurs, d’inspiration commu­niste, et les anarchistes n’y étaient pas en odeur de sainteté).

Rentrée en France, ajoute Michel Collinet, Simone Weil se livra à une propagande active en faveur de la révolution espagnole. Elle participa à des meetings organi­sés par la Solidarité internationale antifasciste, aux côtés des libertaires français, arborant le foulard rouge et noir de la C.N.T.-F.A.I. Je l’entendis au cours d’un meeting organisé dans un cinéma de l’ave­nue Emile-Zola. Elle y prit à partie les staliniens français et espagnols et défendit vigoureusement les anar­chistes et leurs réalisations sociales en Catalogne.

Je relève, dans votre article, la phrase suivante : Dans une lettre qu’elle écrit à Bernanos, elle dénon­cera l’idolâtrie grégaire et l’ivresse de tuer, également partagée entre les deux camps.

Je ne crois pas que ces termes tra­duisent bien, sinon sa pensée d’alors, si changeante, et presque au même moment, du moins son comportement personnel au cours de la guerre d’Espagne. Si l’anar­chie est une idolâtrie, Simone Weil fut pendant de nombreux mois ido­lâtre. Quant à l’ivresse de tuer, j’imagine mal qu’on ne la ressente pas lorsqu’on demande un fusil. Simone Weil en portait un et elle voulait s’en servir.

Quelques mots encore de Michel Collinet sur le sentiment de Simone Weil à l’égard de la guerre : Je ne me souviens pas que Simone Weil ait dénoncé les atrocités ; il y en avait, comme dans toutes les guer­res, et nous les déplorions, mais nous n’ignorions pas ce qui se fai­sait de l’autre côté. Les militants ont toujours eu le souci d’éviter les massacres gratuits. Simone Weil en avait conscience. Nous étions à Sit­ges quand on apprit que douze mili­ciens de cette ville avaient trouvé la mort dans une opération militaire contre les Baléares.

L’émotion populaire fut consi­dérable, et le comité des miliciens décida de fusiller douze otages fascistes. Nous avons désap­prouvé cette mesure, mais les forces déchaînées de la guerre échappaient partout à la volonté des militants. Nous déplorions cette impuissance, que nous avons toujours essayé de surmonter, Simone Weil avec nous et comme nous.

Quant à « l’égalité » dans les atrocités, je ne pense pas qu’on puisse mettre sur le même plan, et Simone Weil ne le pensait pas non plµs au cours de son engagement politique, Durruti assassiné et Franco vainqueur. Le groupe mili­taire anarchiste auquel Simone Weil appartenait s’est toujours interdit tout acte répressif en dehors des combats. Les anarchistes français ne fusillaient pas des hommes désarmés.

Au cours de l’hiver 1936-1937, écrit Michel Collinet, l’échec de la révolution socialiste et libertaire se précisait… Continuer la guerre paraissait inutile à certains militants français… C’est alors qu’au sein du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, Simone Weil se rallia à l’idée d’un compromis avec Franco.

Nous étions quelques-uns, dont des amis de Simone Weil, à l’Union anarchiste, à penser et à dire qu’il fallait terminer cette guerre, alors qu’en Catalogne, depuis mai 1937, des militants anarchistes et poumis­tes étaient massivement emprison­nés et assassinés, par les staliniens notamment. Cette position intel­lectuellement soutenable, dit Michel Collinet, n’avait qu’un défaut : c’est que Franco ne voulait sans doute pas de compromis. Ce n’était pas tout à fait la question : il séagissait alors d’accueillir courtoi­sement, en France, ceux qui doréna­vant ne pouvaient que perdre cette guerre. La France démocratique, qui avait salué la révolution, se con­tenta de parquer une masse de réfu­giés dans la boue de terrains vagues, ou peut s’en faut, entourés de barbelés.

Un détail encore. Il est dit inci­demment dans votre article qu’Albert Camus avait toujours une photo de Simone Weil sur son bureau. Je peux vous affirmer qu’il eut aussi sur ce bureau une photo de Netchaïev, que je lui avais remise en 1950, au moment où il publiait dans sa collection « Espoir » notre livre, Tu peux tuer cet homme, souvenirs de socialistes révolutionnai­res et d’anarchistes russes d’après 1860. Nétchaïev fut un ami de Bakounine. Peut-être ce portrait subsista-t-il, sur le bureau d’Albert Camus, avec d’autres qu’il aimait, et au voisinage de Simone Weil.

…

Mes commentaires sur « Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale »

Le texte étant très long (80 pages) et très touffu, je n’ai enregistré que mes notes, au fur et à mesure de ma lecture. Ce sont donc mes commentaires, et quelques extraits du texte lui même en rouge.

Simone Weil, dans une première présentation, propose une description de la période (1932) marquée par l’arrivée des régimes fascistes, une situation sociale objectivement explosive mais aussi une apathie des luttes.

Simone Weil continue par une remise en cause du dogme révolutionnaire qu’elle oppose à l’analyse réelle .
La suppression de la propriété privée serait loin de suffire à empêcher que le labeur des mines et des usines continue à peser comme un esclavage sur ceux qui y sont assujettis.
Elle critique fermement le marxisme, qui ne voit que la confrontation économique là où elle analyse la subordination ouvrière comme étant essentiellement psychologique.
Enfin elle remet en cause le progrès comme étant le développement sans limite de la production.
La tâche des révolutions consiste essentiellement dans l’émancipation non pas des hommes mais des forces productives.
La conception marxiste de la révolution, est absolument dépourvue de tout caractère scientifique.
La grande idée de Marx, c’est que dans la société aussi bien que dans la nature, rien ne s’effectue autrement que par des transformations matérielles.

Avec une analyse matérialiste, l’illusion du technicisme apparait, l’illusion de croire qu’on pourrait travailler moins !
Elle montre les limites de l’extractivisme. Les ressources ne sont pas illimitées. Le progrès scientifique est souvent dû au hasard, et on ne peut pas compter dessus comme une certitude.
Le progrès par l’organisation du travail, la spécialisation géographique, le taylorisme a lui aussi des limites.
La machine ne libère pas l’homme du travail
Pire, le machinisme est mauvais pour la production
L’idéologie du progrès infini est une mythologie alors qu’en fait, c’est l’oppression qui est le vrai problème

Dans une seconde partie, elle analyse ce qu’est l’oppression.

L’oppression est de tout temps et universelle mais Marx a lié l’oppression au capitalisme
En analysant pourquoi l’oppression existe et comment elle est apparue. Du coup, elle aborde l’anthropologie.
Ce qui est central, la notion clef, c’est la force, la puissance
Et elle rejoint la Boétie
La puissance engendre la puissance à moins d’envisager un pouvoir stable, ce qui est une chimère. Car tout pouvoir est instable.
Plus que le pouvoir lui-même, c’est la course au pouvoir qui règne. Le vertige de l’absurdité de la course au pouvoir.
Le pouvoir est une fin en soi. Il faut donc étudier comment fonctionne la logique interne du pouvoir, qui dépasse la simple volonté humaine.
Le pouvoir est borné par des conditions matérielles objectives.
Le pouvoir collectif est une fiction car borné par les capacités de l’individu et par ces capacités de production.
Mais on ne peut pas le savoir car le pouvoir est caché par des religions ou des idéologies.
Ces trois éléments agissant de façon dialectique construisent les rapports sociaux.
C’est donc les progrès, dus au hasard, qui engendrent de nouveaux progrès pour l’expansion de la sphère générale, mais cette expansion n’est pas illimitée
Et c’est là la contradiction entre la logique d’expansion et les limites qui engendre l’effondrement et tue la poule aux œufs d‘or.
Cet effondrement engendre alors de nouvelles formes sociales qui étaient déjà contenues dans le monde ancien. Il n’y a révolution, mais substitution.
L’idée même de révolution où la faiblesse fait tomber la force est impossible. Il ne s’agit que d’évolution où des forces remplacent d’autres forces.
C’est ainsi que l’affranchissement des forces de la nature est remplacé par les forces de l’oppression sociale. L’homme reste donc esclave, par le travail contraint, contre la nature, puis par les oppresseurs.
Au moins le premier pouvait réfléchir ce qui est devenu impossible au second. ,Car au départ, l’homme doit survivre et penser aux moyens de survivre. Alors qu’après l’homme travaille pour des tâches dont seules les générations suivantes verront l’utilité. C’est donc un travail stérile.
En plus il ne s’agit pas d’un travail individuel mais d’un travail collectif, ce qui suppose coordination et donc coordinateur qui pensent et des esclaves qui ne pensent pas.
L’organisation égalitaire de l’homme primitif qui donne un travail individuel est remplacée par l’organisation inégalitaire qui produit un travail collectif.
Donc le progrès, la technique n’a fait que remplacer une souffrance par une autre, du moins pour les exécutants. La technique n’a fait qu’engendrer le pouvoir.
Et les tentatives pour conserver la technique en virant l’oppression ont été vaines, que ce soit en petite échelle (coopératives) ou en grande (révolution)

Elle avance alors un tableau théorique d’une société libre

La liberté comme un rêve, doit être remplacée par la liberté comme projet. Une liberté comme un idéal à atteindre par degrés. D’autant que la liberté rêvée d’un homme libéré de toute contrainte (désir-satisfaction) serait nier la vie humaine elle-même.
L’autre liberté, c’est le rapport entre pensée et action. Où l’homme libre dispose de ses propres actions.
Cette différence entre l’esclave qui ne peut pas penser et l’homme libre qui dispose de ses propres actions est en degrés.
Le désir ou la crainte ne mène à rien, seule la pensée construit.
Mais cette liberté est un idéal. Pour la construire, la première difficulté, c’est la complexité du monde qui n’est pas pensable par la pensée d’un seul.
Sauf si la pensée passe par une chaine d’intermédiaires unissant les efforts (ce qui me parait contradictoire avec ce qu’elle disait des coopératives !)
Contradiction dont elle sort en disant que ce n’est possible que si coordination est subordonnée à la pensée
Je crois comprendre qu’elle se pose le problème de la différence entre la pensée et le corps, donc entre la pensée et l’instinct ? Ce dont elle pense que cela donna lieu à la magie et aux superstitions. Ce qui a disparu avec la technique, l’absence de pensée.
Elle retrouve sa critique de l’absence de pensée dans le technicisme et théorise la différence entre le concept et sa figuration.
La pensée par des figurations abstraites comme des signes, éloigne de la pensée qui va de la conception à l’action. (C’est un peu ce qui se passe avec l’IA.)
Le degré de complication des difficultés à résoudre ne doit jamais être trop élevé, sous peine d’établir une coupure entre la pensée et l’action.
Il faut donc trouver pour cela un équilibre entre l’esprit et l’objet.
Le second effet de la limite, c’est la domination de l’homme, la hiérarchie. Ou la collectivité. Car si la pensée est individuelle, les collectivités, elles, ne pensent pas.
Et la condition pour que le système pensée/action fonctionne, c’est en premier lieu l’amitié.
Ainsi, l’on posséderait en plus de la liberté un bien plus précieux encore ; car si rien n’est plus odieux que l’humiliation et l’avilissement de l’homme par l’homme, rien n’est si beau ni si doux que l’amitié.
Mais c‘est théorique.
C’est une perspective (la pensée) qui s’écarte de Marx qui avait tout construit sur les rapports de production.
Le progrès n’éclaire pas le passé. On ne peut pas analyser le passé comme une marche du progrès.
Mais on peut voir le passé avec des échelles de valeurs (quelle différence ?) où le mieux, c’est le collectif d’artisans qui travaille librement pour construire à partir d’une pensée commune.
Et elle montre que le rapport entre la pensée individuelle et l’oppression est changeant suivant les degrés de l’échelle.
Pour elle, le travail manuel au centre !
Il faut donc trouver la joie de l’équilibre entre pensée et action dans le travail, la culture, la science !
Cette soumission consciente à la nécessité qu’il y a dans la notion de travail comme valeur humaine. C’est le contraire du bannissement biblique.

Esquisse de la vie sociale contemporaine,

Cette partie commence par un texte magistral :
Il est impossible de concevoir quoi que ce soit de plus contraire à cet idéal que la forme qu’a prise de nos jours la civilisation moderne, au terme d’une évolution de plusieurs siècles. Jamais l’individu n’a été aussi complètement livré à une collectivité aveugle, et jamais les hommes n’ont été plus incapables non seulement de soumettre leurs actions à leurs pensées, mais même de penser. Les termes d’oppresseurs et d’opprimés, la notion de classes, tout cela est bien près de perdre toute signification, tant sont évidentes l’impuissance et l’angoisse de tous les hommes devant la machine sociale, devenue une machine à briser les cœurs, à écraser les esprits, une machine à fabriquer de l’inconscience, de la sottise, de la corruption, de la veulerie, et surtout du vertige. La cause de ce douloureux état de choses est bien claire. Nous vivons dans un monde où rien n’est à la mesure de l’homme ; il y a une disproportion monstrueuse entre le corps de l’homme, l’esprit de l’homme et les choses qui constituent actuellement les éléments de la vie humaine ; tout est déséquilibre.

Les limites de l’homme sont dépassées par la volonté de puissance qui le déshumanise. Individuellement… et collectivement, dans la science, dans l’entreprise, et dans la vie sociale, par les signes, par les machines, par les procédures… qui ne font qu’imiter la pensée.
Seul résiste l’art et la littérature. Mais dans des domaines réservés.
Et le jugement sur l’intérêt ou pas de ce mode de pensée automatique est fixé lui-même par ce mode de pensée automatique. Il n’y a plus de progression mais destruction.
D’autant que deux phénomènes connexes viennent aggraver la situation : L’État et la subordination de l’économie par le militaire
Ce qui nous mène à une société totalitaire. (Fascismes et URSS)

Et la perte des rêves d’émancipation. Car pour elle aiguiller l’histoire est un rêve.
Que plus personne ne comprend rien et tout le monde croit que les autres savent.
Et que, du coup, n’importe quel fascisme apparait comme possible.
Il est bien injuste de dire, par exemple, que le fascisme anéantit libre qui rend possible d’imposer par la force des doctrines officielles entièrement dépourvues de signification.
Et quand les mouvements ouvriers se font, ils reproduisent les mêmes schémas
Il faudrait une coopération entre puissant et faibles, ce qui est impossible.
Et on ne peut pas y faire grand-chose. Ce qui nous laisse une liberté d’esprit merveilleuse.

Et elle conclue

en écrivant qu’il nous reste à faire un travail d’analyse
Ce qui n’est pas facile et nous isole de la société.
Il s’agirait donc de séparer, dans la civilisation actuelle, ce qui appartient de droit à l’homme considéré comme individu et ce qui est de nature à fournir des armes contre lui à la collectivité, tout en cherchant les moyens de développer les premiers éléments au détriment des seconds. La pensée libre ; en réalité c’est l’absence de pensée !

Ce texte date de 1934.

À suivre…

Caillou, le 27 septembre 2027

« Le silence des hommes doit cesser »

J’ai signé cette pétition

Tribune : « Le silence des hommes doit cesser » d’ONU Femmes France

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La rédaction

Tribune Agissons ensemble
25 novembre 2025

Le silence des hommes doit cesser

Tribune. Alors que les violences faites aux femmes persistent et que les discours masculinistes gagnent du terrain, un collectif d’hommes appelle à rompre avec l’inaction masculine.

Des hommes ordinaires

Une femme sur trois subit au cours de sa vie des violences, commises dans plus de 90 % des cas par des hommes. Dans 97 % des cas de viols et 96 % des agressions sexuelles, les auteurs sont des hommes. Derrière ces chiffres, ce sont des millions de récits de douleur, de souffrance, d’injustice et de silence.

Il est essentiel de le rappeler : les auteurs de violences ne sont pas des cas isolés et n’ont pas de profil particulier. Ce sont des hommes ordinaires, de tous âges, tous milieux sociaux, toutes professions.

Certains d’entre nous ont découvert la violence dans leurs propres familles. D’autres l’ont côtoyée sans la voir. Tous, nous avons compris que le silence ne protège personne et en premier lieu jamais les victimes.

Une retenue qui laisse le champ libre

Face à ce constat, la majorité des hommes désapprouve, rejette, condamne ces violences. Mais beaucoup restent en retrait. Par indifférence ou par doute : est-ce notre place ? Que pouvons-nous vraiment faire ? Ne risquons-nous pas de nous mêler de ce qui ne nous regarde pas ? Cette retenue laisse le champ libre aux auteurs de violence. Elle permet au sexisme ordinaire de prospérer, aux violences de se perpétuer. Ne rien faire, c’est laisser faire.

Un contexte qui rend l’urgence criante

Aujourd’hui, le contexte rend notre engagement d’autant plus urgent. Sur les réseaux sociaux, des discours masculinistes séduisent de plus en plus de jeunes garçons. Des influenceurs condamnés pour trafic d’êtres humains et viol cumulent des milliards de vues en vendant aux adolescents un modèle de virilité toxique déguisé en « développement personnel ». Sur TikTok, YouTube ou Instagram, des contenus misogynes se
diffusent massivement, présentant les femmes comme des adversaires à manipuler ou des objets à conquérir. Les cyberviolences envers les femmes atteignent une virulence inédite : partage de contenus sexuels sans le consentement, cyberharcèlement, raids numériques contre celles qui prennent la parole. Dans de nombreuses parties du monde, les droits des femmes reculent ou sont mis en péril.

L’impact social de ces violences est dévastateur, y compris pour notre économie : problèmes de santé, addictions, tentatives de suicides, arrêts de travail, invalidité, etc. Le rapport du Sénat en date du 2 juillet 2025, cite plusieurs études évaluant le coût sociétal annuel des violences conjugales à 3,6 milliards d’euros par an, rien qu’en France.

Nous ne pouvons plus tolérer ni rester inactifs face à la souffrance des femmes victimes.

Nos voix peuvent faire la différence

En tant qu’hommes, il est temps de reconnaître la réalité : nos voix, nos actes peuvent faire la différence. Nous ne pouvons plus être seulement témoins. Nous avons tous un rôle à jouer pour faire reculer ces violences qui menacent toutes les femmes, y compris nos mères, nos filles, nos partenaires, nos collègues, nos amies. Être solidaire, ce n’est pas seulement ne pas commettre de violence, c’est aussi passer à l’action.

Que faire concrètement ?

Nous pouvons agir à plusieurs niveaux.

Dans notre quotidien, cela commence par l’écoute et le respect, par l’égalité dans le foyer et le partage réel des tâches domestiques et parentales. Il ne s’agit pas “d’aider », mais de prendre notre part. Cela passe aussi par l’exemplarité auprès des jeunes garçons : les éduquer au consentement, au respect, à l’égalité. Leur montrer qu’être un homme ne signifie pas dominer, mais respecter.

Dans nos interactions sociales, nous pouvons intervenir dès qu’un propos sexiste est tenu. Dire simplement « cette blague n’est pas drôle, elle est dévalorisante pour les femmes » ou « ce comportement n’est pas acceptable » peut suffire. Ne plus rire par politesse. Ne plus laisser passer « pour ne pas plomber l’ambiance ». Recadrer un ami qui insiste lourdement en soirée. Signaler un collègue dont le comportement pose problème.

Dans notre entourage, nous pouvons questionner et faire évoluer nos comportements. Être de véritables acteurs de prévention auprès des autres hommes, auprès des garçons. Relayer la parole des femmes, défendre la cause, devenir des alliés actifs. Croire les victimes plutôt que de protéger les agresseurs qu’on connaît, même quand c’est difficile.

Par notre engagement, nous pouvons relayer des messages de prévention et de lutte contre les violences masculines, comme cette tribune. Apporter un soutien financier aux organisations féministes comme ONU Femmes France qui luttent sans relâche pour les droits des filles et des femmes, ou nous engager à leurs côtés.

Un combat collectif

Nous ne sommes pas les premiers hommes à prendre la parole. D’autres l’ont fait avant nous, d’autres le feront après. C’est par cette répétition, cette amplification collective que nous ferons bouger les lignes.

Les moyens de s’engager concrètement sont nombreux, mais quelle que soit la forme que cela prend, en tant qu’hommes, nous ne pouvons plus accepter de rester passifs face à ce déferlement de violence au quotidien. En ce 25 novembre, journée internationale pour l’élimination des violences à l’encontre des femmes, faisons entendre notre voix, agissons véritablement à leurs côtés.

Signataires tribune contre les violences faites aux femmes au 11/11/2025
Matthieu Arrault, Administrateur ONU Femmes France
Gilles Lazimi, Administrateur ONU Femmes France
David Pelicot, père et mari
Thomas Perraud, Administrateur ONU Femmes France
Bruno Solo, Comédien
Michel Cymes, médecin
Mory Sacko, Chef du restaurant étoilé Mosuke
Nagui, Père et mari
Vianney, Auteur-compositeur-interprète-parolier
Humbert de Freminville, Professeur associé en médecine générale
Pierre-Yves Ginet, Consultant égalité, membre du Haut Conseil à l’Egalité
Jeremy Ferrari, Humoriste
Arnaud Tsamere, Comédien
Baptiste Lecaplain, Acteur
Florian Gazan, Journaliste et animateur
Philippe Caverivière, Humoriste
Hugo Marchand, Danseur étoile de l’Opéra de Paris et Directeur de l'association Hugo Marchand
pour la danse
Claude Richet, Administrateur du GAMS
François Fatoux, Consultant RSE et égalité femmes/hommes
Maxime Ruszniewski, Avocat
Anthony Babkine, Co-fondateur de l’association Diversidays & du Festival UNIQUES
Guillaume Richard, Directeur-Général de Oui Care (ou Président Fondateur Oui Care ?)
François Destribois, Directeur-Général de Hitachi
Didier Gustin, Acteur et humoriste
Paul de Saint Sernin, Comédien
Michel Jonasz, Interprète/compositeur
David Lacombled, Président La villa numeris
Nils Pedersen, Délégué Général du Pacte Mondial Réseau France
David Smetanine, Champion paralympique de natation
Samuel Arnold, Acteur
Abdelaali El Badaoui, président et fondateur de l’association Banlieues Santé
Timothée Delacôte, Délégué Général de la Fondation Agir Contre l’Exclusion (FACE)
Francis Renaud, acteur

Michel Charles est décédé !

C’est quand les copains partent qu’on se rend compte de la place qu’ils occupaient dans nos vies, dans nos cœurs.
Michel, c’était le grand gaillard un peu taiseux, en ciré jaune, aux commandes de la péniche Titaneige, qui accompagnait la Marche des chômeurs d’AC! au printemps 94.
Michel était souvent à l’arrière sur les photos, toujours en train de s’affairer pour que l’action, l’occupation, le squat, l’affichage se déroule sans problème.
Il était de tous les coups pendant ces années 90, de frénésie militante.
Je pense l’avoir rencontré dans l’éphémère Sauce (Seule l’action Utopique des Citoyens Etc) du quartier St .Michel. Il a conduit le bus de l’opération Mir Sada, la solidarité avec la Bosnie-Herzégovine, pour séparer les combattants, en pleine guerre en ex-Yougoslavie. Il a ouvert des logements pour les sans-abris. Il était dans les luttes pour l’accueil des migrants, contre toutes les formes de racisme, pour la solidarité avec les chômeurs, avec AC! , contre Le Pen, pour défendre l’écologie…
Et puis, en 2001, il y eut l’explosion de l’AZF qui leur a fait tellement de mal, à lui et à Danielle.
Michel était de ceux qui ne parlent pas tellement au mégaphone, mais qui agissent concrètement pour faire changer la société. Alors, bien sûr, il y eut des disputes et des coups de gueule, mais il était là, à chaque fois, toujours présent, toujours solide.
Et c’est maintenant qu’il est parti qu’on peut s’en rendre compte : il va nous manquer cruellement.
Alors, merci camarade ! Et souhaitons beaucoup de courage à sa compagne, Danielle, qui l’a soutenu pendant toutes ces années dans la terrible épreuve de la maladie…  ainsi qu’à toute sa famille.
Caillou, 26 janvier 2025

 

 

Le courage et la honte

À la sortie du tribunal d’Avignon, le courage d’une femme, devenue une icône, par sa décision de rendre public le procès de ses violeurs, de refuser la honte d’un huis clos.
Giselle Pelicot a, par son geste, crevé l’abcès de la culture du viol. La monstruosité de ce qui lui a été fait n’a pas été cachée, comme d’habitude, pour préserver soi-disant l’intimité de la victime, mais en fait préserver l’intimité du public, les bonnes mœurs, l’ordre établi.
Quel courage !
Et quelle admiration pour son attitude de dignité après plusieurs semaines d’un procès épouvantable où ont été étalées les grandes saloperies et les petites bassesses. La rage aussi de voir où nous mènent les réseaux sociaux et la possibilité d’échanger aussi facilement les pires tractations humaines.

Et puis, en face, la honte devant le tribunal.
Ces gens qui soutiennent cette femme admirable en brandissant des pancartes réclamant 20 ans de prison pour tous !
20 ans de prison comme la seule solution ! 20 ans de prison pour les violeurs, bien sûr, mais aussi 20 ans d’exclusion sociale pour leurs familles, pour leurs parents, peut-être pour leurs enfants. 20 ans de punition comme si cela résolvait quelque chose, comme si cela ferait réfléchir de futurs violeurs !
Comme si nous ne savions pas ce que sont les conditions de vie dans les prisons de notre pays, la surpopulation, la violence, la misère, les rats…
Le nombre infime de prisonniers réinsérés, après toutes ces années, enfermés dans ces poubelles. La plupart prêt à recommencer puisque sans solutions sociales ou sans travail sur eux-mêmes.

Et si on s’en offusque, la réponse, binaire, est toute prête.
Le bien contre le mal. Vous avez honte de réclamer 20 ans de prison pour tous ? C’est que vous soutenez les violeurs, c’est que vous partagez avec eux la culture du viol !

Envie de vomir.
À bas toutes les prisons !

Caillou , le 25 décembre 2024

« OUBLIER CAMUS » d’Olivier CLOAG

Critique d’un pamphlet.

Un petit livre, de 160 pages, paru en septembre 2023 aux Éditions La Fabrique fait un tabac dans les milieux intellectuels, militants et chez les amoureux d’Albert Camus. 64 ans après sa mort, un universitaire de Caroline du Nord aux États-Unis propose d’oublier Camus.

 

En trois parties :

1° Ce pamphlet est un torchon bourré de citations tronquées, d’interprétations tendancieuses, de falsifications historiques, de rumeurs invérifiables.
Il est anachronique, car incapable de se replacer dans la période historique, qui date de plus de 70 ans. Il juge Camus au nom d’une idéologie contemporaine, moraliste, américaine, le décolonialisme, que l’on peut rapprocher des théories post-modernes de déconstruction.
2° Heureusement Albert Camus a beaucoup écrit et on peut trouver assez facilement ce qu’il disait, pensait et sentait, politiquement et humainement sur son pays de naissance l’Algérie. Une partie de cette critique va donc constituer à s’appuyer sur les textes mêmes d’Albert Camus pour remettre les choses en place, jeter l’ouvrage de Mr Cloag à la poubelle et enfin, relire Camus
3° Car le lire, maintenant, dans cette impasse épouvantable de la guerre entre Israël et le Hamas, c’est aussi un formidable rappel du courage d’être humain. C’est un appel aux hommes et femmes de paix, aux refus des haines qui divisent et de la violence qui ne fait qu’engendrer la violence.

1° Un torchon
Commençons par une citation tronquée :
Page 16
Notons ce qui ne choque pas Camus :
le détail du salaire horaire des uns et des autres, les Algériens gagnant après les grèves 2,30 frs et les pieds-noirs 7,20 Fr.
Camus ne remet pas cette injustice criante en cause, au contraire, il la prend comme donnée absolue dans ses calculs. C’est l’acceptation de l’axiome impérial : les Européens gagnent plus que les Algériens à travail égal.
Du coup je vais chercher l’article de Camus dans Alger républicain du 12 octobre 1938
et je trouve :
La spéculation contre les lois sociales
… La hausse des salaires a donc un peu amélioré la situation du manœuvre indigène. Mais lorsqu’il s’agit d’un homme qui gagnait 11 frs 20 par jour, on sent bien qu’une amélioration de cet ordre n’est encore qu’un pis-aller.

Page 21 :
les colons européens vivent cette décision comme une atteinte à leurs privilèges.
Mais qu’est-ce qu’un colon ? Dans le dictionnaire Robert, je lis :
Personne libre attachée héréditairement au sol qu’elle exploite.
Personne qui est allée peupler ou exploiter une colonie.
Habitants d’une colonie.

En langage commun, un colon c’est un propriétaire terrien. Donc une minorité des européens d’Algérie, plutôt habitants des villes, et artisans, commerçants ou employés.
Olivier Cloag essentialise tous les Européens d’Algérie sous le terme de colon.
Voyons ce qu’écrit Albert Camus sur le terme « colon » :
Chroniques Algériennes : Page 359 des œuvres complètes
LA BONNE CONSCIENCE
Entre la métropole et les Français d’Algérie, le fossé n’a jamais été plus grand. Pour parler d’abord de la métropole, tout se passe comme si le juste procès, fait enfin chez nous à la politique de colonisation, avait été étendu à tous les Français qui vivent là-bas. À lire une certaine presse, il semblerait vraiment que l’Algérie soit peuplée d’un million de colons à cravache et à cigare, montés sur Cadillac.
Cette image d’Épinal est dangereuse. Englober dans un mépris général, ou passer sous silence avec dédain, un million de nos compatriotes, les écraser sans distinction sous les péchés de quelques-uns ne peut qu’entraver, au lieu de favoriser la marche en avant que l’on prétend vouloir. … /… 80 % des Français d’Algérie ne sont pas des colons, mais des salariés ou des commerçants.

Page 24 :
Le soutien de la gauche en Algérie au projet Blum/Violette est considéré par Cloag comme le meilleur moyen de neutraliser toute velléité d’indépendance :
Considérant que loin de nuire aux intérêts de la France, ce projet les sert de la façon la plus actuelle. Dans la mesure où il fera apparaître aux yeux du peuple arabe le visage d’humanité qui doit être celui de la France.
En adoptant cette attitude, Camus ne remet donc pas en cause la structure coloniale. S’il est exact que Camus est assimilationniste, donc pour une assimilation des Algériens à la République française, dont les premiers pas étaient la proposition Blum Violette cela ne signifie nullement qu’il était pour la colonisation.

Page 26
Puis quand le Parti Communiste (Algérien) quitte ce soutien à la réforme Blum/Violette alors Camus quitte le PCA. C’est à ce moment en 1937 que Camus quitte le parti communiste algérien… C’est un mensonge pur et simple ! Voilà ce qu’écrit l’historien Guy Pervillé dans une conférence :
Ainsi s’explique son adhésion juvénile au PCA, à la fin de l’été 1935. Il en fut exclu deux ans plus tard parce qu’il refusait le reniement de la solidarité anticolonialiste avec l’Étoile nord-africaine puis le Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj au nom de l’antifascisme.
(http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=274

Page 27
Pour Cloag quand Camus écrit sur la misère en Kabylie (page 27) c’est pour montrer que la France ne fait pas ce qu’il faut. Même si le journal ou il publie ces articles est interdit, cela prouve qu’il soutient la colonisation. Il suffit de lire « misère en Kabylie » pour voir le contresens absolu.
Page 1413 des œuvres complètes : Notice. Camus et l’Algérie.
D’une enquête en Kabylie, il rapporte, en juin 1939, les onze articles de « Misère de la Kabylie », description minutieuse des ravages de l’organisation économique et sociale mise en place par le système colonial. Le ton est modéré, mais la dénonciation implacable ; dorénavant, Camus est aux prises avec une censure qui le réduit au chômage l’année suivante, ce qui l’oblige à partir pour Paris.

Page 31
Quand Camus n’écrit pas sur les massacres de Sétif et Guelma, cela prouve qu’il soutient la répression. Ce qui est totalement faux. Camus écrit :
Chroniques Algériennes : Page 360 des œuvres complètes.
Qui, en effet, depuis trente ans, a naufragé tous les projets de réforme, sinon un Parlement élu par les Français qui fermait ses oreilles aux cris de la misère arabe, qui a mis que la répression de 1945 se passe dans l’indifférence, sinon la presse française dans son immense majorité ? (Note : Sur les évènements de Sétif.)

Donc qu’il écrive ou pas Camus est un colonialiste.
Ce livre est donc bourré de contresens.
À partir de là je me méfie de toutes les citations tronquées.

On en arrive à l’affirmation page 34 qui cite 5 lignes :
Entre ces deux causes, celle de l’humanisme et celle de l’Algérie française, Camus a effectivement choisi la seconde. Le masque tombe quand il dit à Quillot, en septembre 1959, « si l’Algérie devient indépendante, je quitterai la France. Je partirai au Canada. 48 »
Je cherche la source. Gloag indique par une note N° 48 : Œuvres complètes. Tome II, Page 1861.
Dans l’exemplaire CAMUS œuvre complète Tome II, page 1861, édition de 1965 cette note ne figure pas ?
Un camarade m’envoie une autre version du même livre. Et il me précise par mail : Il s’agit de la réédition de 2000 d’une édition originale de 1965 de « Albert Camus Essais ». Dont acte ! 40 ans après sa mort, Camus parle encore !!!
Cette phrase est citée également dans la même conférence de Guy Pervillé de 2012
La seconde [29] est une sorte de conclusion personnelle ajoutée par Roger Quilliot : « Dirai-je, pour finir, que Camus ne parvint jamais à se faire à l’idée d’indépendance de l’Algérie. La dernière fois que je le vis en 1959, après le discours sur l’autodétermination, il me dit : « (…) si l’Algérie devient indépendante, je quitterai la France. Je partirai au Canada ». La contradiction avec la lettre du 19 octobre 1959 citée par Philippe Vanney semble totale, mais sans doute faut-il comprendre que Camus évoquait devant Roger Quilliot l’hypothèse d’une victoire de la sécession.
Il s’agit donc d’une phrase dite par Camus dont se souvient Quilliot, plusieurs années plus tard.
Cette phrase isolée (et qui n’a pas dit une connerie à un moment ou à un autre de sa vie !) est en contradiction avec tout ce qu’écrit Camus.
Mais Cloag en fait ses choux gras !

Après les phrases tronquées, passons aux interprétations :
Page 45
Sa lecture du symbolisme des rats dans la peste roman écrit en 1941, est proprement dégueulasse. Les rats de la peste sont, d’après Olivier Cloag, les Algériens qui vont envahir Oran. Alors que tous les autres lecteurs y ont vu une allégorie de l’occupation allemande de la France. Non seulement cette interprétation est scandaleuse pour Camus mais elle l’est aussi pour les Algériens !

J’en profite pour signaler que France 2 a annoncé que le premier épisode de « La Peste » serait diffusé le lundi 4 mars à 21h10. La chaîne publique proposera les deux premiers épisodes ce soir-là. Réalisée par Antoine Garceau sur un scénario de Gilles Taurand et Georges-Marc Benamou, cette nouvelle mini-série en quatre épisodes s’inspire du célèbre livre éponyme écrit par Albert Camus.

Page 53
Cloag fait l’apologie de la violence révolutionnaire des colonisés. Il suit en cela la bonne lecture d’un Fanon ou d’un Sartre tandis que Camus, qui est fondamentalement contre la violence, qu’elle soit coloniale ou révolutionnaire écrit :
Chroniques Algériennes : Page 364 des œuvres complètes.
Telle est, sans doute, la loi de l’histoire. Quand l’opprimé prend les armes au nom de la justice, il fait un pas sur la terre de l’injustice (1°). Mais il peut avancer plus ou moins et, si telle est la loi de l’histoire, c’est en tout cas la loi de l’esprit que sans cesser de réclamer justice pour l’opprimé, il ne puisse l’approuver dans son injustice, au-delà de certaines limites. Les massacres des civils, outre qu’ils relancent les forces d’oppression, dépassent justement ces limites et il est urgent que tous le reconnaissent clairement. 1° (Argumentation reprise dans l’Homme révolté)

Mais on va trouver encore plus amusant :
Page 57 où Sartre devient résistant !
On parle bien du Sartre qui fait applaudir Les mouches  au théâtre de la Cité le 2 juin 1943 :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Mouches
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Paul_Sartre
« Je maintiens qu’en une vingtaine d’années consacrées à la recherche et à des travaux sur l’histoire de la Résistance en France, je n’ai jamais rencontré Sartre ou Beauvoir. »
Dit le journaliste résistant Henri Noguères à l’historien Gilbert Joseph :

Et Page 62 ou Camus devient un collabo des Allemands puisque défaitiste-pacifiste dès 1939. (Ce qui d’ailleurs était aussi le cas de Giono)
En 1943, il devient lecteur chez Gallimard, entre dans la Résistance et prend la direction de Combat.
Le journal se revendique comme la « voix de la France nouvelle » et Camus ne souhaite pas qu’il soit associé à un quelconque parti politique. En mai ; la résistance lui délivre une fausse carte d’identité sous le nom de Albert Mathé, lui donnant comme résidence rue de petit vaux à Epinay-sur-Orge. Son pseudonyme, dans la Résistance, était Bauchard.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Camus

Page 103
À propos du dernier livre d’Albert Camus, Le Premier Homme, et de la xénophobie des pieds-noirs :
Cette subordination n’est pas relevée de façon critique bien au contraire, elle est défendue comme excusable parce que humaine. Cette tentative de justification de la xénophobie renvoie une conception de l’humanité comme motivée par des atavismes purement identitaire.

Ce type n’a rien compris entre l’humain, le sensible et son « antiracisme ». Camus est le fils d’un temps et d’une société donnée. Il est déchiré entre un humanisme universel qui lui fait dénoncer toute sa vie ce que le colonialisme fait subir aux Algériens, et la peur qu’il ressent de ce qui va arriver aux Français d’Algérie.

C’est qu’il exprime dans son fameux :
« En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère. »
Lors de la remise du Nobel.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27Alg%C3%A9rie

Page 105
Ce que Cloag décrit comme haine des anticolonialistes parisiens de la part de Camus :
Cette obsession contre les métropolitains indépendantistes, perçue comme une cinquième colonne, est une autre manière de minimiser le rôle des Algériens dans leur propre libération.
Alors que cette haine est le reflet de l’incompréhension des élites parisiennes pour le drame des pieds-noirs qui devaient s’exiler.
C’est vrai que je me dis que le racisme des pieds noirs aurait été difficilement intégrable dans une Algérie algérienne… mais leur souffrance m’est chère !

Page 106 :
Une citation (immonde) tirée du livre Le premier homme. Il s’agit d’un songe du personnage.
Il le rêve dans la sieste : demain, six cents millions de Jaunes, des milliards de Jaune, de Noirs, de basané, déferleraient sur le cap de l’Europe… Et au mieux la convertiraient. Alors tout ce qu’on avait appris, à lui et à tout ce qui lui ressemblaient, tout ce qu’il avait appris aussi, de ce jour les hommes de sa race, toutes les valeurs pourquoi il avait vécu mourraient d’inutilité..
Mais Cloag en tronque la dernière phrase :
Qu’est-ce qu’il faudrait encore alors ? Le silence de sa mère, il déposait ses armes devant elle.
Quand on sait qu’il s’agit d’un livre inachevé, retrouvé dans la voiture à l’état de carnets épars et dont rien ne prouve qu’il aurait voulu publier tel quel ! Il faut tout rechercher, tout relire, car ce torchon est d’une telle mauvaise foi qu’il triche partout !

Je ne vais pas continuer à rechercher si Camus était sexiste ou s’il n’a pas changé d’avis sur la peine de mort.

Tout cela est sans importance face au génie de certaines pages d’Albert Camus.
Je pense à Noces par exemple… Alors effectivement il n’y a pas d’Arabes dans l’Étranger ou dans La Peste. Kamel Daoud, en 2014, dans son roman Meursault contre-enquête, l’avait bien relevé avec finesse. Mais ces absences correspondent à une réalité urbaine de l’Algérie française. Ma mère me disait que, dans son enfance, elle ne rencontrait pratiquement jamais d’Arabes en dehors des femmes de ménage de la pension de jeunes filles où elle était enfermée. Elle n’a vraiment côtoyé des Algériens que pendant la guerre, en Italie, engagée dans la première armée française comme transmissioniste. (Monte-Cassino, le débarquement de Provence, Colmar…) Cela ne l’a pas empêché plus tard d’être pour l’indépendance de ce pays.

Finalement pourquoi cet universitaire, Monsieur Cloag, a-t-il écrit un pamphlet aussi mensonger ? Je pense qu’il s’agit d’une idéologie : les études décoloniales.
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tudes_d%C3%A9coloniales
C’est honorable de vouloir faire prendre conscience du traumatisme des colonisations.
La richesse des pays développés s’est construite sur cet esclavage, sur ce pillage, sur ces massacres des populations indigènes d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud. Les internationalistes, les communistes, les anarchistes ont toujours été aux côtés des peuples colonisés, des décoloniaux sans le savoir.
Mais aux États-Unis une forme très spécifique de la pensée décoloniale est apparue ces dernières années. Ce sont ces déboulonneurs de statues, qui n’ont rien connu de ces combats internationalistes et qui maintenant construisent les divisions entre les peuples, entre les genres, entre les sexes, au nom d’un droit à l’identité personnelle. C’est une forme de néototalitarisme tout à fait compatible avec le néolibéralisme et le capitalisme mondialisé.

2° Lire, relire, découvrir Camus

Pour Camus, pour son style, pour sa vérité, je voudrais juste placer ici un extrait de son dernier livre de Camus : le premier homme. Pages 73 et suivantes

« Le ragoût va brûler, attends. »
Elle s’était levée pour aller dans la cuisine et il avait pris sa place, regardant à son tour dans la rue inchangée depuis tant d’années, avec les mêmes magasins aux couleurs éteintes et écaillées par le soleil. Seul le buraliste en face avait remplacé par de longues lanières en matière plastique multicolores son rideau de petits roseaux creux dont Jacques entendait encore le bruit particulier, lorsqu’il le franchissait pour pénétrer dans l’exquise odeur de l’imprimé et du tabac et acheter L’Intrépide où il s’exaltait à des histoires d’honneur et de courage. La rue connaissait maintenant l’animation du dimanche matin. Les ouvriers, avec leurs chemises blanches fraîchement lavées et repassées, se dirigeaient en bavardant vers les trois ou quatre cafés qui sentaient l’ombre fraîche et l’anis. Des Arabes passaient, pauvres eux aussi mais proprement habillés, avec leurs femmes toujours voilées mais chaussées de souliers Louis XV. Parfois des familles entières d’Arabes passaient, ainsi endimanchées. L’une d’elles traînait trois enfants, dont l’un était déguisé en parachutiste. Et justement la patrouille de parachutistes repassait, détendus et apparemment indifférents. C’est au moment où Lucie Cormery entra dans la pièce que l’explosion retentit.
Elle semblait toute proche, énorme, n’en finissant plus de se prolonger en vibrations. Il semblait qu’on ne l’entendait plus depuis longtemps, et l’ampoule de la salle à manger vibrait encore au fond de la coquille de verre qui servait de lustre. Sa mère avait reculé au fond de la pièce, pâle, les yeux noirs pleins d’une frayeur qu’elle ne pouvait maîtriser, vacillant un peu. « C’est ici. C’est ici, disait-elle. — Non », dit Jacques, et il courait à la fenêtre. Des gens couraient, il ne savait où ; une famille arabe était entrée chez le mercier d’en face, pressant les enfants de rentrer, et le mercier les accueillait, fermait la porte en retirant le bec-de-cane et restait planté derrière la vitre à surveiller la rue. À ce moment, la patrouille de parachutistes revint, courant à perdre haleine dans l’autre sens. Des autos se rangeaient précipitamment le long des trottoirs et stoppaient. En quelques secondes, la rue s’était vidée. Mais, en se penchant, Jacques pouvait voir un grand mouvement de foule plus loin entre le cinéma Musset et l’arrêt du tramway. « Je vais aller voir », dit-il.
Au coin de la rue Prévost-Paradol, un groupe d’hommes vociférait. « Cette sale race », disait un petit ouvrier en tricot de corps dans la direction d’un Arabe collé dans une porte cochère près du café. Et il se dirigea vers lui. « Je n’ai rien fait, dit l’Arabe. — Vous êtes tous de mèche, bande d’enculés », et il se jeta vers lui. Les autres le retinrent. Jacques dit à l’Arabe : « Venez avec moi », et il entra avec lui dans le café qui maintenant était tenu par Jean, son ami d’enfance, le fils du coiffeur. Jean était là, le même, mais ridé, petit et mince, le visage chafouin et attentif. « Il n’a rien fait, dit Jacques. Fais-le entrer chez toi. » Jean regarda l’Arabe en essuyant son zinc. « Viens », dit-il, et ils disparurent dans le fond. En ressortant, l’ouvrier regardait Jacques de travers. « Il n’a rien fait, dit Jacques. — Il faut tous les tuer. — C’est ce qu’on dit dans la colère. Réfléchis. » L’autre haussa les épaules : « Va là-bas et tu parleras quand tu auras vu la bouillie. » Des timbres d’ambulances s’élevaient, rapides, pressants. Jacques courut jusqu’à l’arrêt du tram. La bombe avait explosé dans le poteau électrique qui se trouvait près de l’arrêt. Et il y avait beaucoup de gens qui attendaient le tramway, tous endimanchés. Le petit café qui se trouvait là était plein de hurlements dont on ne savait si c’était la colère et la souffrance.
Il s’était retourné vers sa mère. Elle était maintenant toute droite, toute blanche. « Assieds-toi », et il l’amena vers la chaise qui était tout près de la table. Il s’assit près d’elle, lui tenant les mains. « Deux fois cette semaine, dit-elle. J’ai peur de sortir. — Ce n’est rien, dit Jacques, ça va s’arrêter. — Oui », dit-elle. Elle le regardait d’un curieux air indécis, comme si elle était partagée entre la foi qu’elle avait dans l’intelligence de son fils et sa certitude que la vie tout entière était faite d’un malheur contre lequel on ne pouvait rien et qu’on pouvait seulement endurer. « Tu comprends, dit-elle, je suis vieille. Je ne peux plus courir. » Le sang revenait maintenant à ses joues. Au loin, on entendait des timbres d’ambulances, pressants, rapides. Mais elle ne les entendait pas. Elle respira profondément, se calma un peu plus et sourit à son fils de son beau sourire vaillant. Elle avait grandi, comme toute sa race, dans le danger, et le danger pouvait lui serrer le cœur, elle l’endurait comme le reste. C’était lui qui ne pouvait endurer ce visage pincé d’agonisante qu’elle avait eu soudain. « Viens avec moi en France », lui dit-il, mais elle secouait la tête avec une tristesse résolue : « Oh ! non, il fait froid là-bas. Maintenant je suis trop vieille. Je veux rester chez nous. »

Mais cela ne suffit pas ! Il me faut citer Camus, comme écrivain politique :

Chroniques Algériennes : LA BONNE CONSCIENCE
Si les Français d’Algérie cultivaient leurs préjugés, n’est-ce pas avec la bénédiction de la métropole ? Et le niveau de vie des Français, si insuffisant qu’il fût, n’aurait-il pas été moindre sans la misère de millions d’Arabes ? La France entière s’est engraissée de cette faim, voilà la vérité. Les seuls innocents sont ces jeunes gens que, précisément, on envoie au combat.

Chroniques Algériennes : TRÊVE POUR LES CIVILS
Je sais, il y a une priorité de la violence. La longue violence colonialiste explique celle de la rébellion. Mais cette justification ne peut s’appliquer qu’à la rébellion armée. Comment condamner les excès de la répression si l’on ignore ou l’on tait les débordements de la rébellion ? Et inversement, comment s’indigner des massacres des prisonniers français si l’on accepte que des Arabes soient fusillés sans jugement ? Chacun s’autorise du crime de l’autre pour aller plus avant. Mais à cette logique, il n’est pas d’autre terme qu’une interminable destruction. « Il faut choisir son camp », crient les repus de la haine ! Je l’ai choisi ! J’ai choisi mon pays, j’ai choisi l’AIgérie de la justice, où Français et Arabes s’associeront librement !

Chroniques Algériennes : LE PARTI DE LA TRÊVE
On me dit qu’une partie du mouvement arabe propose une forme d’indépendance qui signifierait, tôt ou tard, l’éviction des Français d’Algérie. Or, par leur nombre et l’ancienneté de leur implantation, ceux-ci constituent eux aussi un peuple, qui ne peut disposer de personne, mais dont on ne peut disposer non plus sans son assentiment.
Les éléments fanatiques de la colonisation, de leur côté, brisent les vitres au cri de « Répression », et renvoient après la victoire des réformes mal définies. Cela signifie pratiquement la suppression, au moins morale, d’une population arabe dont ni la personnalité ni les droits ne peuvent être niés. Ce sont là des doctrines de guerre totale. Ni dans un cas ni dans l’autre, on ne peut parler d’une solution constructive.
Et dans son discours pour une trêve civile qui demandait que d’un côté (l’armée française) comme de l’autre (Les fellaghas) on arrête de s’en prendre aux civils :
En ce qui me concerne, j’ai aimé avec passion cette terre où je suis né, j’y ai puisé tout ce que je suis, et je n’ai jamais séparé dans mon amitié aucun des hommes qui y vivent, de quelque race qu’ils soient.

Car enfin, ce grand poète a aussi essayé de faire cesser les massacres qui ont ponctué la guerre d’Algérie !
https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Appel_pour_une_Tr%C3%AAve_Civile

3° L’actualité d’Albert Camus

Armé de son humanisme universel, il a essayé de faire entendre raison à la barbarie des siens et des autres.
Camus, un libertaire, pacifiste, humain, anticolonialiste, avec toutes ses contradictions, a voulu une fédération entre l’Algérie et la France. Il a essayé jusqu’au bout d’enrayer la machine qui a séparé ces peuples qui auraient pu vivre ensemble, Arabes, Berbères, Juifs, Français, Espagnols, Maltais… Cette terre leur était commune.
Mais la naissance d’une Algérie indépendante s’est faite dans la haine, dans le sang et dans l’exil. Il aurait pu en être autrement.
Comment ne pas voir que cette situation épouvantable se reproduit en ce moment même en Palestine/Israël ? Où l’horreur intégrale du massacre du 7 octobre dernier puis les bombardements sur tout un peuple, enfermé dans un tout petit territoire et sans aucun moyen de fuir semble sans espoir.
Alors bien sûr c’est compliqué. L’histoire est compliquée.
Mais une terre commune pour des peuples qui ont tout pour vivre ensemble, c’est déjà le message de Camus, il a 65 ans !

Caillou. 22 février 2023

Bibliographie :
Bien sûr tout Camus et en particulier : Noces, L’étranger, La peste, le premier homme. Et tous les écrits politiques
Albert Camus de Danièle Boone, aux éditions Henry Veyrier – 1987
Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud paru en octobre 2013 et réédité en 2014 chez Actes Sud
Albert Camus, fils d’Alger de Vircondelet, 2010. Paris, Fayard, 2010. ISBN 9782213638447.
Albert Camus : une vie d’Olivier Todd, Gallimard, coll. « NRF Biographies » en 1996, 864 p. ISBN 9782070732388.
L’ombre d’un homme qui marche au soleil de Maïssa Bey (préf. Catherine Camus), : Chèvre-feuille étoilée, 2006. (ISBN 2914467370)
Albert Camus, Élisée Reclus et l’Algérie de Philippe Pelletier, : les « indigènes de l’univers », Le Cavalier bleu, 2015

Et l’excellent article de Lou Marin sur l’excellente revue Divergences
https://divergences.be/spip.php?article3519

Je me suis beaucoup servi de cette application en ligne:

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Des nouvelles de Serge, par Serge…

Serge donne de ses nouvelles dans un texte publié ici: https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article3831

Je précise que je ne souscris pas du tout à la seconde partie de son discours,
à ce romantisme de la violence, et en particulier à la notion de bâtard
que je trouve totalement insultante pour les enfants illégitimes.
Mais c’est son texte et c’est important de savoir qu’il s’en sort…  Caillou

 

Salut tout le monde,

Je m’appelle Serge et j’ai été gravement blessé, comme beaucoup d’autres, à la manifestation contre la mégabassine de Sainte Soline du 25 mars 2023. J’ai été atteint à la tête par une grenade, probablement tirée en tendu par un gendarme équipé d’un lanceur de grenade cougar. J’ai subi un grave traumatisme crânien qui m’a mis en situation d’urgence absolue, situation aggravée par le blocage de ma prise en charge par les secours durant la manifestation. Après un mois de coma artificiel et six semaines en réanimation, j’ai été transféré dans un service de neurochirurgie, puis en centre de rééducation. A l’heure actuelle, je ressens d’énormes progrès dans ma faculté à bouger, manger et tout simplement échanger et réfléchir. Le chemin va être extrêmement long mais je suis déterminé à tout donner, à me battre pour récupérer ce qui me constituait, tant physiquement que mentalement. Je le fais évidemment pour moi, mais aussi parce que je pense que refuser d’abdiquer, refuser d’être écrasé par la machine répressive est une nécessité politique, à l’heure où les Etats font le pari de la terreur et de notre passivité.

Je tiens d’abord à remercier celles et ceux qui, dans ce champ de mines, m’ont porté, tenu la main, protégé, promulgué les premiers soins (ralentissement de l’hémorragie, massage cardiaque, intubation etc.) et m’ont tout simplement permis de rester en vie. Je tiens également à remercier les soignants qui, à chaque stade, ont pris soin de moi et m’aident encore aujourd’hui à reconquérir mon corps et ma tête. Je ne peux que vous faire part du bien fou que j’ai ressenti à ma sortie du coma devant la solidarité massive qui s’est exprimée : assemblées, textes, tags, dons, musiques, actions et messages divers de camarades de par le monde. L’écho de vos voix et des rugissements de la rue nous a aidé, mes proches et moi, à ne rien lâcher. Pour tout cela, je vous dis à toutes et tous un grand merci. Vous avez été énormes.

Tout ceci nous rappelle qu’il est primordial qu’aucun tabassage, qu’aucune mise en geôle, qu’aucune mutilation, qu’aucun meurtre ne soit passé sous silence par les forces de l’ordre social capitaliste. Ils mutilent et assassinent tellement souvent que cela n’a rien d’accidentel, c’est dans leur fonction. Beaucoup trop d’histoires dans le monde nous rappellent qu’il n’y a pas plus vrai que la formule « ACAB ». Tous les flics sont bien des bâtards. Ils sont et resteront les larbins de la bourgeoisie dont ils protègent les intérêts et assurent, jusqu’à maintenant, la pérennité.

La classe capitaliste a comme seule perspective la dégradation de nos conditions de vie à une large échelle et tous les prolétaires d’ici et d’ailleurs en font actuellement l’amer expérience. Face aux luttes que nous menons pour contrecarrer ce funeste destin, ils ont clairement fait le choix d’augmenter drastiquement la répression, autant par des nouvelles lois répressives que par le fait de donner carte blanche aux forces de l’ordre, comme à Sainte Soline. Nous devons en prendre acte, et porter collectivement l’idée qu’il est hors de question de participer à une lutte sans des protections efficaces et des capacités de résistance. Nous ne sommes pas des martyrs.

Néanmoins, notre force n’a pas grand-chose à voir avec une histoire de champ de bataille. Notre force, c’est notre nombre, notre place dans la société et le monde meilleur auquel nous aspirons. Contre les quelques organisations de dirigeants et de bureaucrates qui souhaiteraient nous ramener à la maison une fois leur place au soleil acquise sur notre dos, il nous faut mille façons de nous organiser à la base par et pour des solidarités concrètes, à destination des camarades du mouvement mais aussi, et peut-être surtout, à toutes celles et ceux qui rejoindront les élans révolutionnaires futurs.

Force aux camarades actuellement dans le viseur des États !

Vive la Révolution !

A vite dans les luttes.

Le S

 

Communiqué des parents de Serge

10 Mai 2023

Des nouvelles de Serge

Depuis qu’il est officiellement sorti du coma, l’état de Serge progresse lentement mais assez régulièrement. Il est encore pas mal confus, parle peu mais un peu plus clairement chaque jour ; il répond à des questions, nous reconnaît à la voix, râle sur son inconfort et son manque de nourriture.
Il devrait bientôt sortir du service de réanimation pour entrer dans celui de soins continus, puis aller dans celui de rééducation (le problème étant de lui trouver une place).
Nous n’avons aucune nouvelle de l’enquête conduite par l’IGGN suite à notre plainte pour tentative de meurtre et entrave volontaire à l’arrivée des secours, mais on s’y attendait…
De nombreuses actions de solidarité (envers tous les blessés) ont eu lieu un peu partout en France, et même dans d’autres pays (Grèce, Espagne, Brésil, Mexique, Italie, Belgique…), bien au-delà de la mouvance politique de Serge – par exemple venant de ses collègues accompagnateurs de montagne.
Nous organisons samedi prochain à Poitiers un Forum des luttes et des livres anticapitalistes. Nous pensons en effet qu’il est nécessaire de se sortir de la stricte antirépression pour replacer les événements de Sainte-Soline dans le cadre des luttes actuelles et de leur répression y compris sur les lieux de travail, trop souvent oubliés.
Merci encore pour votre soutien qui nous aide beaucoup.

JPD