Georgette VACHER

J’ai retrouvé, dans cette valise des souvenirs, Numériser 4un petit opuscule de poésie, acheté 5 francs, au début des années 80 à Lyon.

À l’occasion de la disparition d’Ourida Chouaki, je lis un poème d’une militante féministe oubliée pour une autre militante de la cause des femmes algériennes: LA VIE

La vie

Pour l’aube en dentelle
Sur les monts neigeux
Et les immortelles
Dans les rochers bleus

Pour la fleur qui s’ouvre
L’étoile qui luit
Pour ta peau si douce
Au creux de mon lit

Chante, mon cœur, la vie !

Pour les papillons
Le goût des framboises
Le chant du maçon
Sur les toits d’ardoise

Pour les myosotis
Les pierres de lune
Les vertes prairies
L’éclair sur la dune

Chante, mon cœur, la vie !

Pour le ciel et l’eau
La fraise des bois
Les coquelicots
Le son de ta voix

Pour l’eau des fontaines
La brise à midi
Pour le gosse qui traîne
Son sac de soucis

Chante, mon cœur, la vie !

Pour l’odeur du pain
Et ta bouche tendre
L’ami qui revient
Les champs de lavande

Pour tes bras ouverts
D’amour infini
Pour ton ventre ouvert
La vie qui jaillit

Chante, mon cœur, la vie !

Pour les vins fruités
Ton rire aux éclats
Le miel et le lait
Ta vie près de moi

Pour les vents d’orage
La grêle et la pluie
Pour Marie-Courage
Qui bosse la nuit

Chante, mon cœur, la vie !

Pour les compagnons
Au fond de l’usine
Les petits canons
Avec les copines

Pour ton corps qui plie
L’âme en arc en ciel
Le travail fini
Les siestes au soleil

Chante, mon cœur, la vie !

Pour le fond des mers
Les poissons nacrés
Les fruits de la terre
Tes lèvres sucrées

Pour les danses folles
Le bain de minuit
La mouette qui frôle
Le lac endormi

Chante, mon cœur, la vie !

Pour les chants d’espoir
Et le cri des pauvres
Les brumes du soir
Dans le sang des nôtres

Pour les poings levés
La mer en furie
Pour la liberté
Le lion qui rugit

Chante, mon cœur, la vie !

Pour la tourterelle
Roucoulant ton nom
Ton cœur qui m’appelle
Dans le chant du monde

Chante, mon cœur, la vie !

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couverture d’Antoinette de mars 1978

Georgette VACHER était une militante féministe, ouvrière chez CALOR et syndicaliste CGT, qui s’est  suicidée à la veille
d’un congrès départemental.

Je participais à l’époque à une section de ce syndicat dans une grande surface de la région toulousaine, principalement avec des femmes, caissières et à temps partiels… Nous soutenions le journal “Antoinette”, mensuel de la CGT. Mais au fur et à mesure que ce journal devenait un journal “féministe” et de moins en moins “féminin”, le conflit se durcissait entre Antoinette et la direction confédérale de la CGT. On en trouve un écho dans le conflit qui opposait Georgette VACHER et son Union Départementale.

 

J’ai trouvé une référence à Georgette Vacher dans

«  Crise du monde ouvrier et nouveaux mouvements sociaux »
de Christiane Passevant

Georgette Vacher: “Chacun compte pour un”

Lyon, M. B. Composition/Édition, 1989.
In: L Homme et la société, N. 98, 1990.. p. 132.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/homso_0018-4306_1990_num_98_4_2520

Permanente à l’Union Départementale-CGT du Rhône et responsable du secteur féminin, Georgette Vacher s’est suicidée en octobre 1981, à la veille du congrès de l’UD, parce qu’on lui retirait ses responsabilités syndicales. Ce livre est la transcription de ses notes pendant la dernière année de sa vie, une sorte de carnet de route et un journal de réflexion sur sa position au sein du syndicat et, plus largement, sur la place des militantes dans cette branche industrielle du monde ouvrier. Le texte est resté très proche du langage parlé et répond aux questions que certains se posent actuellement. Redéfinition de l’individu dans le collectif, position de la militante face aux rapports hiérarchiques et à ses formes bureaucratiques. Témoignage sur la crise du syndicalisme. Rôle des femmes dans la lutte syndicale et pour une reconnaissance de leur identité.
Après sa disparition, plusieurs de ses compagnes de travail, ouvrières chez Calor et de ses amis ont décidé de faire paraître le message que laissait Georgette Vacher.
Le travail du collectif féminin dont elle a été l’animatrice et le souvenir de ses combats permettent de saisir combien sa conception du travail collectif ne correspondait pas à l’idée traditionnelle que s’en faisait le monde syndical. Pour elle chacun(e) compte pour un(e). Pas de responsable en titre. Pas de hiérarchie. Les femmes travaillaient ensemble et discutaient des difficultés rencontrées dans leur travail comme dans le fonctionnement de la structure syndicale.
L’élan solidaire de chacune a créé une dynamique de groupe qui, finalement, est devenue gênante pour la hiérarchie syndicale, d’ailleurs à forte majorité masculine. « La bagarre dans la boîte, les conditions de travail, les salaires, toute l’activité syndicale, ça n’a jamais été cloisonné. » En effet, sans parfois tenir compte des mots d’ordre du syndicat, les femmes se regroupaient en cas de conflits dans les entreprises et s’associaient avec des syndiquées d’autres syndicats ou des non-syndiquées pour des luttes ponctuelles.
La question des femmes dans le contexte syndical est cruciale puisqu’elle tourne autour du pouvoir et des revendications égalitaires. Impossible d’évacuer le problème du pouvoir et de la domination qui est au cœur de la problématique syndicale et sociale. Impossible d’évoquer un système social égalitaire sans rechercher de nouvelles valeurs sur des bases nouvelles. Et pour juger de l’évolution du système, l’un des critères essentiels n’est-il pas l’égalité entre sexes ? « En tant que femme, j’ai vraiment vu les pires choses, pas uniquement pour moi mais pour les copines aussi. Le regard de ces mecs sur les militantes, sur les femmes en général, c’était le regard de la société où on est. »
Le rapport de domination entre les individus étant au centre des tensions sociales, il n’est pas suffisant de respecter certains quotas pour permettre une présence plus importante des femmes au sein des formations syndicales ou politiques, il faut créer de nouvelles valeurs pour établir de nouveaux rapports entre les personnes.
Georgette Vacher a été une de ces femmes dont les principes et la pratique souvent à contre-courant, de même que la constante remise en cause ont permis une prise de conscience. Responsable syndicale du secteur féminin, elle n’a pas accepté de récupérer ce mouvement et c’est pour cela qu’elle a été écartée. « Je n’ai jamais rencontré dans la CGT, dans les dirigeants, de véritables camarades fraternels et sains. J’ai toujours rencontré des gars imbus de leur personne, des gens qui se prenaient très au sérieux, des dictateurs […] mal dans leur peau et qui faisaient peser sur moi, sur la “femme” tout ce que probablement ils ne pouvaient pas vivre ailleurs. »
C’est pourquoi il est intéressant de découvrir ce texte où il est question de respect, de conscience, de la lutte au quotidien des femmes, de leurs revendications face à une société où chacun(e) devrait compter pour un(e).
Christiane Passevant

Caillou, le 29 août 2015

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