Une histoire avec des mots imposés

Nuit noire, nuit de tempête, nuit d’automne venteuse pluvieuse et froide. 5 heures du matin. Sur la route qui monte au col de Peyresourde les premières maisons du lugubre village de Garin apparaissent dans les phares de la de la camionnette poussive. Le laitier, un vieil homme fatigué, silencieux, pas bien réveillé, est à moitié couché sur le volant. Il devine à peine la route, qu’il connaît pourtant très bien, à peine visible dans la nuit et les rafales de pluie. Le mégot tombant coincé dans l’angle de la bouche, le béret enfoncé sur le sourcil brouillasseux, la gabardine marron, le cache-col entouré deux fois juste en dessous du menton, il n’a pas prononcé un mot depuis la gare de Luchon. Il fait sa tournée nocturne pour aller chercher le lait dans les fermes vers Portet, Jurvielle, Gouaux…
– Z’êtes arrivé. C’est la grande maison grise à droite…
Une seule vague ampoule accrochée à un réverbère rouillé oscille sous les assauts du vent.
– Vous repassez dans combien de temps ?
Le vieux hésite un peu, regarde sa montre et dit :
– Avec c’temps d’merde pas avant sept heures. Je klaxonnerai.
Le passager ouvre la portière, immédiatement assailli par la pluie glacée, remonte son col et s’engouffre dans le chemin qui monte, à droite de la bâtisse, tandis que décroît le bruit du moteur de la Juva4 qui peine à repartir dans la montée.
Une lumière jaune filtre dans la croisée des volets de la maison en haut du raidillon. Il est attendu.
Il tape à la porte, sans être sûr d’être entendu dans le bruit incessant du vent.
– Archie ? C’est vous ?
– Oui, ouvrez. Il fait vraiment mauvais dans votre bled.
Elle le fait entrer et le vacarme du dehors s’estompe sitôt la porte refermée.
– Je vous guettais. Quand j’ai vu la lueur des phares, j’ai pensé que c’était vous. Il n’y a que le laitier qui passe sur la route à cette heure-ci.
La jeune femme aux grands yeux noisettes, très belle, grande, blonde aux cheveux longs rejetés en arrière, dans un sublime déshabillé rose qui moule parfaitement son corps l’aide à se débarrasser de l’imperméable mouillé. Elle est pâle et, sur son front perlent des gouttes de sueur.
Il lui jette un coup d’œil.
– Nous n’avons pas beaucoup de temps. La voiture repasse dans deux heures. Où est-t-il ?
Elle désigne d’un doigt la chambre à l’étage.
– Archie c’est tellement chic de votre part d’être venu à mon secours.
– Je ne l’ai pas fait pour vous, Ava, mais pour mon vieux copain Toni. Que s’est-il passé au juste ?
La jeune femme dont la lèvre tremble un peu lui répond que la veille au soir après avoir mangé Toni s’est plaint, disant qu’il avait mal au ventre.
– Il est monté dans la chambre, s’est allongé. Comme il semblait souffrir j’ai cru bon de vous appeler.
– Vous avez bien fait.
– Puis il a sombré dans un sommeil agité. Il avait de la fièvre, j’ai essayé de le réveiller. Mais rien à faire. Il était inconscient.
Il relève son chapeau sur la nuque et sort son paquet de Chesterfield. En allumant une cigarette, avec la flamme entre ses mains, Archie lui jette un regard, dubitatif.
– Nous ne nous sommes jamais vus, je crois ? Quand je vous ai planqué ici tous les deux pour échapper à la bande d’Eddy Neuman, je ne me doutais pas que vous étiez aussi belle. Toni a bien de la chance.
Puis il monte à l’étage. Son pas lourd fait vibrer l’escalier de bois.
Elle n’a pas bougé de la pièce. Elle entend ses pas dans la chambre au-dessus puis, après un silence, le bruit des meubles qu’il déplace, peut-être le lit. Des sons sourds… Sa voix résonne dans l’escalier :
– Qu’a t’il mangé hier soir ?
– Comme moi. Des aumônières de saumon aux épinards achetées à Toulouse, avant notre fuite, dans l’épicerie cacher de l’avenue Pompidou.
– Sous vide ?
– Oui, surgelées.
Quand il redescend elle le scrute, anxieuse, immobile, les mains serrées sur le rebord de la chaise. Elle sue à grosse goutte.
– Toni est mort. Empoisonné.
Elle s’assoit brutalement, défaite.
– Mais ce n’est pas possible, nous avons mangé le même plat.
– Quand vous m’avez appelé hier, il était encore conscient ?
– Pas vraiment. Il souffrait beaucoup. Il se plaignait du ventre. J’avais très peur et c’est pour cela que je vous ai appelé. Ce n’est qu’après avoir téléphoné que je suis remonté dans la chambre mais il avait déjà sombré dans une sorte de sommeil agité.
– Où est votre téléphone ?
– Ici, dit-elle en désignant l’appareil en bakélite noire sur le buffet de la cuisine.
Archie sort alors un petit bout d’étiquette froissé.
– Il a profité de ce petit moment où vous l’avez laissé seul pour arracher un bout de l’étiquette de la bouteille de vodka qu’il devait avoir à côté du lit et qui est maintenant sur cette table. J’ai trouvé ce bout de papier sous l’oreiller. Le voici ! Et là j’ai la bouteille, à peine entamée. L’arsenic n’était pas dans les aumônières. Il était dans la vodka ! Et l’analyse le démontrera…
Il s’empare du téléphone.
Elle se jette brusquement à ses pieds et le supplie de ne pas appeler la police. Ce faisant elle découvre habilement sa poitrine.
– Ne me laissez pas tomber Archie. Je sais que Toni était votre ami, mais si vous croyez qu’il était un chic type, vous vous trompez lourdement. Il me méprisait. Il me traitait comme une pute. Depuis 4 mois, depuis que nous nous cachons dans ce village il m’en a fait voir de toutes les couleurs. Si vous me sauvez la mise, je ferais tout ce que vous voudrez, je serais toute à vous.
– N’y compte pas ma toute belle. Tu me flingueras au premier tournant.
Archie prend le combiné et fait le numéro 17 sur le cadran. Il lui tourne dos. Il est lourd, calme et imposant. On entend la petite voix métallique et lointaine qui lui demande de patienter.
Dans le tiroir du buffet elle agrippe silencieusement le petit 5 mm, en murmurant :
– Mon Dieu, vous ne devriez pas faire cela Monsieur Mandrite !
Et quand son grands corps est affalé sur le parquet, avec la flaque de sang qui s’élargit elle raccroche le combiné sur son socle puis, se ravisant compose un autre numéro et dit très calmement :
– Neuman ? C’est fait. Vous pouvez m’envoyer une voiture à la gare de Luchon ?
A sept heures, au lever du soleil, la pluie s’est arrêtée et le vent s’est calmé.
Le laitier redescend vers Luchon dans sa guimbarde pleine de bidons et, comme convenu, il fait halte à Garin, près de la grande maison grise. Une jeune femme blonde monte à l’avant, à côté de lui et avec un grand sourire, à peine visible dans la pénombre elle dit :
– Vous pouvez me déposer à la gare à fin de votre tournée. Le Monsieur reste ici quelques jours…

 

Les mots imposés par Maryse : une histoire policière avec
archimandrite, vodka, Garin, casher et Dieu.
Caillou, le 7 septembre 2016

Le temps et le dessin

Pourquoi poser ses valises et arrêter le temps pour, par exemple, dessiner l’église romane de Fillols ou le massif du Canigou ? (Pyrénées-orientales)

Ce serait si simple et pratique d’en faire une image avec son portable puis, après l’avoir vaguement regardée une ou deux fois, de l’enfouir dans la mémoire de son ordinateur.
Et bien je crois que ce n’est le résultat qui compte mais le chemin pour y parvenir.
Et je préfère perdre mon temps… essayer de m’exclure du temps qui passe… pour retrouver l’observation minutieuse du monde et essayer d’en dessiner chaque parcelle, chaque feuille tremblotante, chaque pierre.

Fillols
Fillols, 26 juillet 2016

9782266178747

 

Sur cette notion du temps, je suis en train de lire l’excellent petit livre de Sylvain Tesson: Éloge de l’énergie vagabonde. Ce récit de voyage est traversé de fulgurances qui me laisse rêveur. En voici une:

L’énergie humaine se nourrit de changement. 
Selon Bergson, l’ « immense efflorescence d’imprévisible nouveauté » allège la lourde marche de la « durée ». 1° 
Dans une vie, le feu routant de la nouveauté brise les chaînes de la monotonie et donne aux jours leur puissance. L ‘énergie de l’existence se trouve contenue dans la propre incertitude de son déroulement. Comme il est impossible de prédire ce qui va advenir, chaque instant se crée et se recrée et abolit ainsi toute fatalité. La joie de l’expérience intérieure est de se laisser féconder comme un terreau propice, par des émotions inconnues, portées par le vent des hasards. Au delà des destinés individuelles la grandeur de l’Histoire, sa liberté, se tient dans cette imprévisibilité des actes humains 2° 
Une décision politique provoquera ainsi une cascade de conséquences inconnues.
La vie des hommes n’est pas une science exacte, elle échappe aux lois de la physique qui conditionnent l’évolution du monde. Nul déterminisme pour la guider. Elle est dangereuse car imprédictible. 
Le principe qui s'oppose le plus radicalement à l’énergie de la nouveauté jaillissante c’est l’habitude. L’enfermement de l’être sous le couvercle d'heures et de lieux épuisés de se ressembler trop. Peguy soutient qu'« une âme morte est une âme tout entière envahie par l’encroutement de son habitude, par l’incrustation de sa mémoire ». 3°
L’énergie déserte les êtres qui connaissent trop bien les recoins du labyrinthe de leur vie, ceux qui n'attendent plus rien des instants à venir et ceux qui, par peur de l’inattendu, s’enferment dans le mur de l’habitude. À chaque tic-tac de l’horloge du temps, les parois leur renvoient l’écho du tic-tac précédent au lieu de leur chanter la musique de l’inconnu !
1° Henry Bergson, la pensée et le mouvement.
2°Sur cette notion : Hannah Arendt, le concept d’histoire la crise de la culture
3° Charles Peguy, Note conjointe sur Monsieur Descartes
Canigou
Le massif du Canigou, 27 juillet 2016.

Bonnes vacances!
Caillou, le 7 août 2016

Traces, absences, fantômes…

J’ai, comme tous les voyageurs, fait un voyage intérieur. Certains peuvent dire que l’on ne voit que ce que  l’on était venu chercher. Ce n’est pas faux. D’autant qu’avec les guides, les films, les livres, le voyage, au pire, n’est que la confirmation visuelle d’un univers imaginaire que l’on porte en soi.

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Varsovie

Et pourtant, j’aurais été surpris par l’odeur du tilleul qui est partout à Varsovie, par ses avenues larges, ses grands parcs, ses derniers souvenirs architecturaux du « socialisme réel ».

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Et pourtant j’ai été étonné par la richesse culturelle d’un pays que je connais si peu et si mal. Partout ses cathédrales, ses dômes, ses églises, ses maisons baroques toutes peintes et décorées.

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Cracovie, le Ryneck Glowny.
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Varsovie, Kosciol Nawiedzenia


Cracovie Kosciol petit

 

Cracovie St Aldebert petit

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Cracovie, Saint Aldebert.
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Lublin, la chapelle du château.

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Lublin

 

 

 

 

 

 

 

 

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Charmé par les tramways de Varsovie ou les gargottes de Cracovie,

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et la cuisine polonaise, le SLEDZ (les harengs marinés), le BARSZCZ (la soupe de betterave, le KALZKA Z JABXKAMI (le canard farci aux pommes), ou ukrainienne comme, ci-dessous, le ZARKE (goulasch cuit dans un faitout recouvert d’un chapeau en pâte feuilletée).

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J’ai aussi été Interloqué par le grand nombre de restaurants spécialisés dans la cuisine juive… Dans un pays où il y en a maintenant si peu. Comme dans le sud du Chili où l’on vend un peu partout des bijoux et des vêtements inspirés par la culture indienne (Alacalufes, Onas, Tehuelches) après les avoir massacrés en masse.

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Même si la Pologne d’aujourd’hui n’est en rien responsable des crimes commis hier et de surcroit par le nazisme allemand, ce pays reste le lieu où s’est commis le pire génocide de l’Histoire. Je le savais déjà en venant. Mais j’avais envie de le voir vraiment comme si c’était un pèlerinage, (mot que je déteste pourtant).
D’autant que le climat actuel, ici comme là-bas, comme dans toute l’Europe, porte de vives inquiétudes, avec la montée des nationalismes, des intégrismes religieux, du racisme, de la peur des migrants et, toujours présent, de l’antisémitisme.
Je suis content d’y avoir été et d’avoir pu, malgré la barrière de la langue,  malgré ma méconnaissance de sa culture et de sa littérature, entrevoir ce que la Pologne est devenue.

Je remercie Agnieszka du Brama Grodzka – Teatr NN, à Lublin et Jean-Yves Potel, à Paris  et je vous invite à lire et à relire Anna Langfus… (Le sel et le souffre, les bagages de sable, Saute Barbara). Et je termine par ce dessin d’une bougie, que nous avions allumée devant le grillage du camp d’Auschwitz. C’était pour une amie. Elle se reconnaîtra.

La bougie d'Auschwitz petit

Caillou le 3 juillet 2016, (jour ou l’on apprend la disparition d’Elie Wiesel)

Traces, absences, fantômes… Cracovie, Kazimierz et Podgorze.

Après le silence gris et glacé de Birkenau, retrouver les joies colorées et trépidantes d’une ville touristique comme Cracovie c’est un peu déconcertant.

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Nous avons changé d’hôtel et sommes allés au 24 Guesthouse, 24 rue SZLAK. Nous le conseillons vivement. C’est un peu plus loin du centre historique, au nord, mais c’est très calme, la chambre est spacieuse et c’est bien moins cher que le cloaque d’où nous venons.

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L’ancienne Halle aux draps.

Nous visitons la ville et allons en particulier Kazimierz. C’est maintenant un quartier de l’ancienne capitale polonaise mais il a été longtemps une ville à part entière, le centre de la culture juive de Pologne. C’est ce que montrait la très jolie maquette du musée Polin de Varsovie.

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Entre les deux le château Wawel, l’ancienne résidence des rois de Pologne, devenue, pendant la guerre, l’antre du Gouverneur nazi Hans  Franck.

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La synagogue Tempel, progressiste.

 

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Le marché de la place Nowy qui était le centre du quartier juif.
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La Haute Synagogue

Sur une jolie place, beaucoup de restaurants et de cafés célèbres.
Ce quartier vit beaucoup la nuit.

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Sur la place, la statue de Yan Karsky,  « Juste parmi les nations ».
C’est un résistant polonais.

Il a vu ce qui se passait dans le ghetto de Varsovie dans l’été 1942. Il a informé les Alliés que la « solution finale » donc l’extermination des juifs d’Europe avait lieu. Et ils n’ont pas voulu le croire.

Son témoignage, bouleversant est à voir dans le quatrième volet du film de Claude Lanzmann: Shoah.

Lire aussi: https://fr.wikipedia.org/wiki/Jan_Karski

 

 

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La vielle synagogue.

Mais toute la ville a été vidée de ses habitants qui ont été déportés dans le ghetto de Podgorze, de l’autre côté du fleuve, puis très rapidement liquidés dans les camps et en particulier dans celui, tout proche de Plaszow.
Voir à ce sujet le film de Spielberg la liste de Schindler.

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Les chaises vides de l’ancienne place d’appel de Podgorze.
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Un petit bout du mur du ghetto.

Et dans une zone industrielle nous visitons le musée Schindler qui montre la vie d’avant la guerre, à Kazimierz, et la descente en enfer…

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La dernière salle du musée Schindler pose une question essentielle: qu’aurions-nous fait à la place des témoins de la Shoah ? Et les réponses, dans toutes les langues, sont souvent très belles et étonnantes. C’est en tout cas la première fois que je vois donner la parole à ceux qui ont vu et se sont tus.

Nous retournons dans la vieille ville…

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Le beffroi de Cracovie

que j’essaie de dessiner…

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Cracovie Beffroi petit
Le beffroi de Cracovie

 

 

 

 

 

 

 

A suivre: Le retour à Varsovie.

Caillou, le 2 juillet 2016

Traces, absences, fantômes… Cracovie et Auschwitz

Nous quittons Lublin avec un minibus, voyage long et inconfortable. Et nous arrivons à Cracovie, ancienne capitale de la Pologne, sous l’orage. Du coup nous arrivons trempés à l’hôtel que nous avions réservé:
Nous déconseillons absolument l’hôtel Heynow Hostel. La chambre pour deux est tellement minuscule que l’on ne peut pas circuler si l’autre n’est pas sur le lit. Il n’y a pas d’armoire pour ranger ses vêtements. On se cogne en permanence. Il n’y a qu’une personne à l’accueil. Les toilettes communes étaient dégueulasses dès l’après-midi et donc le lendemain matin. En pleine nuit les gens gueulaient dans l’escalier, à chaque fois qu’ils rentraient complètement saouls en se trompant de porte. Nous n’avons pas dormi. Pour le prix cet hôtel, très bien situé, est une honte pour Cracovie ! Pour un prix bien inférieur nous avons fuis au plus vite dans un hôtel plus loin du centre mais plus calme, plus propre et avec une chambre plus spacieuse.

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Épargnée par les bombardements Cracovie est très riche en édifices, églises, maison baroques et renaissances… La place centrale est gigantesque. Beaucoup de monde, des jeunes, des étudiants, des touristes, des supporters de foot.

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Nous mangeons sur un petit marché…

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Et la bière est toujours aussi bonne…

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Le lendemain nous allons en bus jusqu’au camp de Auschwitz. Le parking est noir de monde. Des cars de touristes de partout. Un peu comme le Mont St Michel ou la Tour Eiffel. On s’apostrophe dans toutes les langues.

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L’entrée du camp est gratuite mais entre 10h et 15h elle ne peut se faire sans un guide payant. En attendant l’heure de pénétrer dans le camp on peut regarder une très belle exposition de photos sur les survivants du camp.

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Nous avons vraiment craint le contraste entre la visite d’Auschwitz et la foule touristique. Or un dispositif assez ingénieux permet d’intérioriser ce que chacun voit et de faire abstraction de la foule. En effet nous sommes équipés d’un casque audio qui permet d’entendre les propos de l’excellente guide qui nous fait visiter les lieux. Elle peut ainsi murmurer et comme elle évite absolument le pathos ou la grandiloquence, on peut parfaitement  l’entendre sans déranger qui que ce soit. Et puis l’horreur absolue de ce qui est montré ici transforme très rapidement les comportements. Nous avons eu l’impression d’un grand recueillement.

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L’entrée d’Auschwitz 1

DSC00687Auschwitz 1 ayant surtout été un camp de concentration…

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Pendaisons, fusillades… Et la prison dans la prison…

 

 

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Quelques photos de déportées.
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Des jumelles polonaises. En dessous on peut lire la date d’entrée dans le camp et la date de décès, quelques semaines dans la plupart des cas.

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Qu’il ne faut pas confondre, même si il y a eu une chambre à gaz,
avec un camp d’extermination comme Auschwitz 2: Birkenau

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La sélection sur la rampe de Birkenau.
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Maquette d’une des chambres à gaz de Birkenau

Que, toujours avec la même guide nous allons visiter, à quelques kilomètres.

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En allant vers la rampe…
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La toute fin du voyage…

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Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes,
de femmes et d’enfants, en majorité des Juifs de divers pays d’Europe,
soit à jamais pour l’Humanité un cri de désespoir  et un avertissement.

Auschwitz-Birkenau 1940-1945

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Une des chambres à gaz dynamitées par les SS lors de l’évacuation du camp.
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Une étable à déporté(e)s dans un des baraquements en brique de Birkenau.

Je conseille au sujet de cette image de voir le film de Marceline Loridan-Ivens, elle même rescapée de Birkenau, tournée en 2003 :  La Petite Prairie aux bouleaux, avec Anouk Aimée.

La visite guidée, bien qu’absolument nécessaire, nous ayant parue quand même trop courte, nous sommes revenus le surlendemain à Auschwitz 1, pour, après 15h, faire notre propre visite, silencieusement, à notre rythme. Il y avait moins de monde. On pouvait s’arrêter sur un point particulier.  Visiter en particulier les expositions présentées par pays. Celui de la Hollande, de la France, de la Hongrie… Je crois vraiment qu’il faut les deux moments… Du moins si on en a le temps…

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Mettre des visages sur des noms… Dans l’exposition française.

Ou, dans l’exposition hollandaise ce tract du Parti Communiste qui appelle à la grève des 24 et 25 février 1941, pour faire cesser la persécution des juifs. La seule grève massive dans toute l’Europe contre l’antisémitisme des nazis.DSC00690
(Lire à ce sujet le très bel article suivant: http://www.gauchemip.org/spip.php?article4594)

 

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À suivre : Kazimierz, donc le quartier juif de Cracovie, puis le ghetto…

Caillou, le 1er juillet 2016

Traces, absences, fantômes… Majdanek

Toute la population juive de Lublin a disparu. Mais où? Et bien une très grande partie a été massacrée dans le camp d’extermination, tout proche de Majdaneck. 235 000 victimes.

Pour aller voir ce camp, à 5 kilomètres, on peut prendre le trolley-bus N°156, en haut de la ville, à côte de la porte de Cracovie, mais attention, il y a deux arrêts « Majdaneck » et il vaut mieux s’arrêter au second.

Dès l’arrivée on voit le monument gigantesque qui domine les lieux de cet immense camp.

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Je ne vais pas décrire notre visite car ce qui est le plus épouvantable ne passe pas par les mots. Nous étions très peu nombreux ce matin là. Le ciel était gris…

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l’extérieur de la chambre à gaz
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La salle précédant la chambre à gaz.
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L’entrée de la chambre à gaz
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L’arrière du bâtiment
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Le bâtiment de la chambre à gaz en 1945
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Une des entrées du camp de concentration.

Beaucoup d’autres « blocks » en bois se visitent. Avec des documents, des photos, quelques films. et puis, tout au fond du camp un bâtiment en briques…

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Les fours crématoires.
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La montagne de cendres dans le monument en forme de coupole.

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Et puis, juste une image, des enfants juifs du ghetto de Lublin, pieds nus, souriants, à côté d’un soldat allemand qui photographie.

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Autant dire que l’on ne sort pas de là indemne. On a beau « savoir » ce qui s’est passé là, l’émotion qui nous saisit devant l’horreur épouvantable du crime qui y a été commis est bien au-delà. Nous n’avons pas toujours retenu nos larmes.

A suivre: Cracovie

Caillou, le 30 juin 2016

Traces, absences, fantômes… Lublin

Lublin est une ville historique, dans l’est de la Pologne, avec un vieux quartier en pente, le château en face sur une colline et tout autour le quartier juif dont la plus grande partie a été détruite par les nazis, transformé en espaces verts.

Nous y logeons dans un monastère dominicain transformé en hôtel, le Dom Na Podvalu. Il est situé juste sous les remparts. D’un côté le château de l’autre côté la ville…
Quel confort, quel calme! Grande chambre, superbe petit déjeuner… 

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Hôtel Dom na Podwalu, en contrebas

Le centre historique de Lublin est traversé par la rue principale, la rue Grodska, ouverte par une porte fortifiée, la porte de Cracovie, avec, au centre la place du marché, le Ryneck.

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Elle  est  refermée par une autre la porte Grodska, où se trouve l’association que je venais voir: le teatr NN.

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Cette association travaille depuis des années sur la mémoire juive de Lublin. C’est donc à la fois une sorte de musée avec des expositions permanentes et temporaires et un centre de documentation qui permet de reconstituer, à l’aide de photographie et de documents la vie des communautés juives qui habitaient pour un tiers cette ville polonaise avant la Shoah. Rue par rue, numéro par numéro, nom par nom, le teatr NN essaie de nommer et parfois de donner un visage à tous les disparus. Voir ici leur site, en polonais: http://teatrnn.pl

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La rue Lubartowska

Anna Langfus était née à Lublin. Dans une partie de la ville que les nazis n’ont pas détruite.  Rue Lubartowska.

En mars 1941, Anna, son mari ainsi que toute sa famille sont expulsés de cette maison pour être enfermés dans le ghetto.

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panneau exposé dans le musée de Majdanek
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La rue Cyrulicza

Ils s’entassent dans des chambres rue Cyrulicza. Elle arrive à fuir pour Varsovie, peut-être avec sa mère et son mari, mais le ghetto est liquidé, en plusieurs actions et ses habitants disparaissent en mars 1942.

Je me promène un peu dans ces lieux, séparés de la vieille ville par une voute.

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A quelques pas de l’animation du centre ville, de ses terrasses éclairées, les traces lépreuses de ce quartier sont encore bien visibles.

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Dans le musée du teatr NN on peut voir la maquette de la ville de Lublin avant la destruction du ghetto et la disparition des 46 000 juifs qui y vivaient.

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A suivre: Majdanek, le lieu de la disparition.

Caillou, le 29 juin 2016

Traces, absence, fantômes… Varsovie

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Je reviens de Pologne. Ce n’est pas un voyage facile et agréable. Bien sûr on peut aller visiter ce beau pays touristique, ses villes du moyen-âge, ses églises en bois, ses  forêts profondes… Mais ce n’était pas le but de mon voyage. J’y allais pour voir le pays d’Anna Langfus dont j’ai déjà parlé sur ce blog. Pour mettre des paysages, des lieux, peut-être des visages, sur cette histoire terrible qu’elle raconte dans ses livres et que son biographe, Jean-Yves Potel, détaille dans Les disparitions d’Anna. Depuis des années ce voyage s’imposait. Je vais donc essayer de le raconter ici, avec des images et parfois des conseils, (en vert) pour celles et ceux qui cherchent des renseignements pratiques.

Nous sommes arrivés à Varsovie le 6 juin au soir. Nous avions choisi l’Hôtel OKI DOKI qui se trouve sur la place Dąbrowskiego, dans le centre. C’est une sorte d’auberge de jeunesse très ouverte colorée et sympathique. Beaucoup de chambres avec des dortoirs, d’autres individuelles, toutes décorées. Ce n’est pas luxueux mais c’est convivial. Et Le prix lui aussi est plutôt sympathique.

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Dès le lendemain nous partons à la découverte de la ville. Entièrement détruite pendant la seconde guerre mondiale, son architecture en damier est donc celle des années cinquante. Avec de très larges avenues qui se coupent au cordeau on peut y voir l’héritage de l’urbanisme soviétique mais c’est aussi le cas des villes françaises reconstruites comme Brest ou le Havre.

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À Varsovie la vielle ville historique a été reconstruite à l’identique, d’après les dessins et les peintures baroques. On a donc un peu l’impression d’y évoluer dans un décor de cinéma.

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Tous les musées sont fermés le mardi. Il fait beau. Nous nous promenons donc dans le vieux quartier. 

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C’est de bonne heure. Il n’y a pas encore beaucoup de touristes. Juste quelques excursions de scolaires, (comme d’ailleurs nous en avons vus tout au long de notre voyage). Sur la place du marché, le Ryneck, encore calme à cette heure, des enfants jouent devant la statue de la sirène qui est l’emblème de la ville.

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Au nord du quartier nous en sortons par la barbacane et les remparts…

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et nous découvrons la statue du petit combattant, qui est un hommage à l’insurrection de Varsovie de l’été 1944.

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Avec son casque énorme et son pistolet trois fois trop grand, ce gosse est émouvant.

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Et puis plus au nord, au coin des rues Franciszkana et Zakroczmska nous découvrons la première trace du ghetto. C’est une photo qui montre le mur qui barrait la rue à cet endroit. Et l’on se rend compte de l’immensité du ghetto…

le ghetto de Varsovie 2

Nous pénétrons dans les rues, toutes reconstruites après guerre, de ce quartier nord de la ville.

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Sur une grande place nous voyons la silhouette massive du tout récent musée de l’histoire juive de Pologne, le musée Polin et en face le monument aux héros de l’insurrection du ghetto du printemps 1943.

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Cet art pompeux de la période stalinienne montre des héros plutôt bien nourris…

Puis nous recherchons, encore plus au nord du quartier, l’Umschlagplatz, ce lieu où les nazis rassemblaient les juifs pour les entasser dans les trains qui les emmenaient vers les camps d’extermination.

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C’est un monument bien plus émouvant et plus sobre, sur les bords d’une grande avenue passante. Il comporte des centaines de prénoms de victimes… Tout autour la vie continue, les passants tracent leurs chemins, les autobus klaxonnent… Il est midi.

Nous allons manger dans la vielle ville. Au Restaurant Goscinec, juste en face du rempart. Et nous découvrons les Pierogi. Ce sont des sortes de raviolis farcis. Ils peuvent être frits ou cuits à la vapeur. Nous les avons choisis farcis aux épinards pour l’un et aux choux et aux champignons  pour l’autre. La bière (à la pression) était de la Zywiec. Elle est assez douce. Après ce très bon et copieux repas nous allons digérer sur la grande place du Ryneck devant toutes ses maisons baroques.Numériser

Il y a maintenant beaucoup de monde, des touristes, des Polonais mais aussi et surtout des dizaines d’enfants amenés là en groupe par leurs écoles. Ils se précipitent pour acheter des pétards à un marchand ambulant et effaroucher les pigeons… Alors nous allons nous promener dans la ville moderne, ses larges avenues, ses gratte-ciel et ses magasins de mode…

Le lendemain nous allons visiter le musée Polin. C’est incontournable. Il montre l’histoire des juifs en Pologne depuis plus de 1000 ans. Donc c’est très grand. Une première partie, didactique, avec beaucoup de documents, des mannequins, des reconstitutions, des maquettes. On y apprend aussi beaucoup sur l’histoire de la Pologne. Jusqu’au 20 ème siècle et la richesse culturelle, politique, sociale que représentait le peuple juif en Pologne, avec toutes ses diversités et même ses oppositions. Mais c’est est aussi l’occasion de découvrir l’antisémitisme polonais d’avant-guerre, le numerus clausus pour éjecter les juifs de l’enseignement, les violences contre les magasins, les pogroms, les meurtres. Et puis, et c’est cela surtout que nous étions venu chercher, après l’invasion de la Pologne en 1939 comment les nazis ont organisés les ghettos puis la destruction physique des juifs de toute l’Europe en choisissant la Pologne comme le lieu principal de l’extermination.
On en sort éprouvés. Nous avons beau savoir par les livres, les films et les photos tout ce qui s’est passé ici, c’est toujours aussi impressionnant et incompréhensible.

Nous mangeons à la cafétéria du musée. C’est un self service ce qui est pratique car on peut voir ce que l’on va manger, ce qui est bien quand on ne lit pas le polonais et très peu l’anglais. C’est vraiment très bon et frais. 

Plus tard, à la fin de notre voyage, nous allons aussi voir, à l’autre bout du ghetto, un petit bout du mur qui a été conservé. Ce n’est pas facile à trouver car c’est dans l’arrière cour d’un bâtiment au 55/59 de la rue Sienna.

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On peut aussi aller voir le musée de l’insurrection de Varsovie. C’est un peu patriotique, anticommuniste, revanchard. Il glorifie la Pologne résistante et en particulier l’AK. Mais c’est très bien fait, avec énormément de documents et de mise en situation. Malheureusement quand nous l’avions visité il y avait énormément de visiteurs et en particuliers des groupes scolaires et c’est vite devenu éprouvant…

A suivre: LUBLIN.

Caillou, le 28 juin 2016

 

Les amalgameurs

Les amalgameurs

Beaucoup de braves gens estiment que les attentats islamistes poussent l’opinion publique à l’amalgame entre Islam et islamisme, entre musulmans et terroristes. Et de fait on constate une vague d’islamophobie générale.

Mais l’amalgame entre Islam et islamisme n’est pas le seul fait d’une xénophobie déguisée sous la notion d’islamophobie. Cet amalgame devient aussi le pivot central d’une pensée de gauche qui, par peur de l’islamophobie, ne veut pas critiquer ou remettre en question l’islamisme politique.

La conférence de Shlomo Sand, à la Bourse du Travail de Toulouse le 11 avril, et son public, chauffé à blanc par un sentiment pro-palestinien sans nuances, en sont une des dernières illustrations locales.

D’un côté nous avons le premier ministre Vals qui assimile l’antisionisme à un antisémitisme et prend donc fait et cause pour le CRIF contre la campagne BDS (et je précise que je suis outré de ces propos !) et de l’autre un orateur qui n’explique la montée de l’islamophobie que par la volonté de détournement des questions sociales ou par des intellectuels de médias dévoyés comme Houellebecq, BHL ou Finkelkraut.

Dans ce concert d’amalgames essentialistes la voie des victimes du terrorisme islamiste algérien (GIA) des années 90 devient inaudible, même si elles étaient souvent de religion musulmane. (200 000 morts !) La voie des féministes (par exemple égyptiennes ou tunisiennes) qui se battent pour la liberté et les droits des femmes contre la terreur des fondamentalistes ne s’entend plus. La gauche radicale se tait dès qu’il s’agit de soutenir les démocrates, les syndicalistes, les féministes et les homosexuels qui, là-bas sont pourchassés par la montée de l’Islam politique.

Par contre, ici, chaque propos maladroit (comme celui de Laurence Rossignol, déléguée des Droits des femmes, qui voulait montrer le caractère d’oppression du voile islamique) est monté en épingle, détourné, réduit au seul discours d’exclusion.

L’émotion populaire qui a suivi des attentats de Paris et de Bruxelles est ridiculisée, uniquement vue comme une manipulation médiatique et politique pour obtenir l’état d’urgence, plus de contrôle social et détourner l’attention des vrais problèmes sociaux

Gouverné par « Le Monde Diplomatique » et « Politis » cette gauche radicale se fourvoie dans l’amalgame qu’elle entend dénoncer. Elle amalgame elle même les musulmans et l’islamisme.

Refuser l’amalgame islam–islamisme d’où qu’il vienne, c’est être aux côtés des syndicalistes tunisiens, des démocrates algériens, des féministes égyptiennes, des homosexuels marocains bref de toutes celles et ceux qui aspirent à la liberté, qu’ils ou elles soient croyants, musulmans, chrétiens, juifs ou non croyants.

Caillou, le 16 avril 2016

 

Les femmes laïques s’organisent et « Coup de soleil Midi-Pyrénées »

Tournant historique dans la lutte contre l’intégrisme musulman :
les femmes laïques s’organisent 

par Marieme Helie Lucas, sociologue et coordonnatrice de Secularism Is A Women’s Issue

Lire ici: http://sisyphe.org/spip.php?article5234

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L’association Coup de Soleil midi-Pyrénées s’exprime sur la censure de Kamel Daoud:

SOUTIEN A KAMEL DAOU

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L’association « Coup de Soleil Midi-Pyrénées » affirme son total soutien au romancier et journaliste algérien Kamel Daoud dans la polémique engendrée par son article : « Cologne, lieu de fantasme » paru dans Le Mondedu 31 janvier dernier.
Un collectif d’intellectuels et d’universitaires, au travers d’une pétition paru le 5 février traite Kamel Daoud d’orientaliste, d’islamophobe, voir de soutien à l’extrême droite raciste allemande et européenne, parce qu’il relève que les incidents de Cologne et d’Allemagne lors des fêtes de la Saint Sylvestre (agressions sexuelles sur des femmes par des inconnus vraisemblablement d’origine maghrébine) sont liés à la culture machiste, renforcée par l’islamisme dominant, qui baigne une grande partie de la jeunesse mâle du Maghreb.

Nous disons tout d’abord que Kamel Daoud met le doigt sur un vrai problème et que notre profonde amitié pour le Maghreb et sa culture, tous les liens qui nous lient aux trois pays de Maghreb, ne nous aveuglent pas. Oui, nos 3 pays de Tunisie, du Maroc et de l’Algérie sont confrontés à un système d’éducation patriarcal qui favorise les garçons et qui entraîne, malgré tous leurs combats, la domination légale et pratique des femmes. Ce type de société que dénonce Kamel Daoud, il le connait bien puisqu’il en est issu.

A Cologne, les féministes allemandes refusent que les agressions sexuelles commises par des immigrés soient récupérées par l’extrême droite. Nous l’affirmons avec elles : quelle que soit l’identité de l’agresseur, nous sommes aux côtés des femmes victimes de violence et d’agressions sexuelles.

images-2Nous affirmons que Kamel Daoud, menacé de mort dans son propre pays par une fatwa islamiste, survivant de la centaine de journalistes, de femmes, de cinéastes, d’enseignants, d’actrices,  de dessinateurs et de dessinatrices assassiné(e)s par les intégristes pendant la décennie noire est, avec Boualem Sansal et Rachid Boudjedra, un homme courageux et clairvoyant et que son combat contre l’obscurantisme est le nôtre.

Unknown-4Enfin nous condamnons ceux qui veulent le faire taire. Ce n’est pas au nom d’une nécessaire solidarité avec les migrants, au nom d’un refus des thèses de l’extrême droite européenne et du racisme que l’on doit inverser les valeurs, se liguer avec les islamistes, nier les droits des femmes ici comme là-bas, et fermer les yeux sur les réalités du monde que l’islamisme construit à nos frontières.

Bienvenue aux migrants, mais, sans angélisme: « Non à la violence contre les femmes ».

Coup de Soleil Midi-Pyrénées

http://midi-pyrenees.coupdesoleil.net