Edmond PUCCINELLI ?

Impossible pour l’instant de mettre un nom sur un visage.
Mais il est très vraisemblable que le “militaire” représenté sur la photo du combat de Bang Tra le 11 juillet 1947 est bien Edmond PUCCINELLI.

Qui était il ?
Edmond Puccinelli est né le 11 septembre 1916 à Nice.

Le 11 septembre 1916, seize heures, est né rue Fermier, vingt et un, Edmond, Francis, René, du sexe masculin de Alexandre Joseph PUCCINELLI, vingt neuf ans, sergent major au troisième Bataillon de Tirailleurs Sénégalais, né à Marseille (Bouches du Rhône) et de Louise Gabrielle Victoria Jacqueline PIETRA, son épouse, vingt quatre ans, employée de commerce, née à Nice et y demeurant.
Dressé par nous le 14 septembre 1916, seize heures, sur présentation de l’enfant et déclaration faite, à défaut du père,  par Benoite MOULIN, soixante deux ans, sage-femme, demeurant à Nice, en présence de Marcel BROQUIN, tapissier en meuble et de Jacqueline COIFFE, herboriste, demeurant à Nice. Qui, lecture faite ont signé avec le déclarant et Nous : signature, Joseph JEUTRE, Adjoint au Maire de Nice, Officier de l’État civil par délégation.
Et les trois signatures de Moulin, Broquin, et Coiffe.

Des recherches généalogiques (Merci Catherine) m’ont permis de retrouver les traces d’un frère aîné, Armand PUCCINELLI, né 3 ans plus tôt, le 23 mars 1912:

Commune NICE NAISSANCE 1912. Le N° 908
PIETRA Armand André
Né à Nice (Plan Keply ? peu lisible) quatre le 23 courant à 9 h du soir, fils de père inconnu, et de PIETRA Louise Gabrielle Victoria Jacqueline, née à Nice Couturière âgée de 20 ans domiciliée à Nice.
L’enfant est de sexe masculin.
L’accoucheuse est ARMAND Nathalie âgée de 31 ans domiciliée à Nice.
Le premier témoin est Charles VECCHI de 73 ans peintre domicilié à Nice
Le second témoin est François VERAN, de 62 ans, commis, domicilié à Nice
5 juin 1912 sur le registre des naissances l’enfant dont la naissance a été reconnu par PIETRA Louise Gabriel Victoria
Un carton placé dessus qui empêche la lecture de la suite et sur le carton est écrit
Reconnu le 22 février 1915 ans cette mairie par Alexandre Joseph Puccinelli

En marge : Marié à Saïgon (Cochinchine) le 17 mai 1941 avec Marguerite, Mireille le Dû
Encore dans la marge : Décédé à Bân-Nhuan (province de Bienoha en Cochinchine) le 25 août 1947. Ecrit en dessous le 18 octobre 1948 le greffier.

Ce frère aîné, marié à Saïgon en 1941 ? Cela confirme les souvenirs de mon père:
Puccinelli ! Au maquis il s’appelait Pontcaral. Son prénom s’était Edmond.
C’est lui qui est parti en Indochine ? En est-il revenu ?
Non il est mort là-bas.
Et tu sais comment il est mort là-bas ?
C’était un gars qui n’avait pas de situation stable. Il n’avait pas d’idées tellement arrêtées. Il était plutôt de gauche… sans plus. Et quand il est parti là-bas, c’était sur l’instigation de son frère, qui lui a dit : écoutes tu ne vas pas continuer à végéter comme ça en France, tu viens en Indochine et tu te feras une situation.
Ah, il est parti comme civil ?
Oui.

Leur père, Alexandre PUCCINELLI, né à Marseille le 30 août 1887 est décédé en 1974.
C’était un militaire de carrière. Au vieux cimetière de Calvi on peut voir une tombe, qui est peut être la sienne, ainsi qu’un portrait.

 

 

 

Mais revenons à Edmond PUCCINELLI.

Pendant la résistance Edmond PUCCINELLI sous le pseudo de PONTCARRAL est dans les maquis de l’Ain puis du Haut-Jura. Il s’agit du réseau PERICLES, les maquis-écoles destinés à former des cadres pour les envoyer dans les maquis qui se montent un peu partout en France. Le réseau est commandé par Robert Sarrazac.
https://www.maquisdelain.org/?r=personnage&id=364

On peut voir, sur le réseau PERICLES, un beau film, ici:

Or mon père, Georges BERNARD, est lui aussi dans ce maquis comme il en témoigne lors d’un interview au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon: 

Ensuite je suis parti à PARIS, en 1942, pour faire des études de droit.
C’est à PARIS que je suis entré en relation avec un ami qui diffusait “DEFENSE DE LA FRANCE.” Par cet ami j’obtiens le moyen de contacter le service PERICLES. Le service PERICLES c’était un service de résistance qui a relevé assez rapidement des M.U.R.S. et qui avait été crée semble t’il par des étudiants lyonnais. C’est un mouvement qui avait essaimé dans tout le pays. Assez rapidement, l’idée est venue de créer des maquis-écoles. Page 306 dans le livre de FREINET: “LA NUIT FINIRA”, il est dit: “SOULAGES vient me voir, lui aussi. Pour lui aussi comme pour nous tous, la situation des maquis l’inquiète. Il faut bien sur les ravitailler et les armer mais selon lui la tâche primordiale est de les encadrer si l’on veut en faire une véritable machine de guerre. Henry me dit il je veux créer l’école des cadres des maquis. Je me débrouillerais pour trouver mes élèves. En moins d’un mois j’en ferais des chefs de guérillas rompus au combat et à la vie clandestine. Je serais sous tes ordres mais je les instruirais à ma manière. Quand penses tu et peux tu m’aider?” FREINET lui avait donné son accord et il y eu le mouvement des maquis écoles qui consistait d’abord en un maquis du coté de BAREMMES dans les BASSES ALPES et de façon concommitante dans les maquis de BELLEDONNE. Nous étions juste en face des sanatoriums de Saint Hilaire De Touvet, à coté de GRENOBLE. Alors là bas nous recevions une instruction militaire assez rapide, et bien déterminée sur le combat de guérrilla ou sur les opérations de destructions, enfin ce que peut faire un commando quoi. C’était surtout fait dans cet esprit là.
Au mois de septembre (1943), nos chefs, en particulier SOULAGES, que nous connaissions sous le nom de ROBERT, enfin il a eu plusieurs pseudonymes, se sont rendus compte que la position deviendrait intenable avec les conditions climatiques, alors nous sommes partis dans le HAUT JURA. Nous étions à la frontière SUISSE. Du coté de PREMANONT d’abord. PREMANONT, LA MORA, LES MOUSSIERES, on a circulé dans cette région, assez vite, de façon à ce que l’on ne determine pas de façon trop précise notre position.
Nous avons reçu vraiment une aide très nette et vraiment très solide de la part de la population, en particulier de la part des gendarmes. Pour la plupart ils étaient avec nous. Je dis pour la plupart parce qu’il y en avait quelques uns qui étaient restés fidèles aux ordres du maréchal. Puis également les services des poste. C’était surtout les postiers qui étaient chargés de nous informer des mouvements de troupes qu’il pouvait y avoir dans la région.
J’étais sous les ordres d’un camarade qui s’appelait PUCCINELLI, de son véritable nom et qui avait comme pseudo PONTCARRAL. Rien à voir avec le général de JUSSIEU, connu sous le même pseudonyme, mais il avait sans le savoir pris le même pseudo, qui correspondait d’ailleurs à un film, sorti à l’époque. PONTCARRAL est parti à PARIS et il m’a fait venir vers le mois de…me semble t’il…aux alentours du 15 Décembre 1943. Une fois l’instruction faite, les garçons qui avaient reçu cette instruction militaire étaient répartis sur le plan national. Nous devions partir en principe en DORDOGNE, finalement nous sommes partis en NORMANDIE. Dans la région de PONT AUDEMER. En particulier au maquis SURCOUF.
Notre role consistait…Enfin moi mon instruction militaire était toute récente, mais PONTCARRAL, lui, avait fait l’armée, il était même gradé. Nous étions donc chargés d’apporter nos lumières aux garcons qui se trouvaient là.
Le maquis a été attaqué par les GMR, par les forces Allemandes, enfin par toutes les forces de répression qu’il pouvait y avoir. Le chef de maquis a fait éclater celui ci. C’était fort bien organisé. Le chef de maquis s’appelait ROBERT LE BLANC, de son véritable nom. Il a fait éclater le maquis. Chacun ayant un point où il savait qu’il trouverait refuge. Des fois à 30 ou 40 kilomètres de là. A lui évidemment de se débrouiller pour y parvenir. Nous, avec PONTCARRAL, on en a discuté avec ROBERT LE BLANC, il nous a dit: “Il est inutile que vous restiez là, vous prendriez des risques inutiles. Il vaut beaucoup mieux que vous rentriez à PARIS.”
Nous sommes partis à PARIS. Evidemment nous avions convenu de moyens pour nous joindre. J’étais chargé, au bout de quelques jours d’assurer une permanence au métro SAINT GERMAIN DES PRES. Alors j’y suis allé un jour, deux jours, trois jours…Je devais traîner auprès du marchand de journaux, avec un béret sur la tête incliné d’une certaine façon, un journal sous le bras, je ne sais au juste lequel, et il fallait attendre d’être accosté par quelqu’un qui serait venu lui même de Normandie. Au bout de quelques jours je commençais à trouver la plaisanterie amère, parce que c’était dangeureux ce petit jeu, d’être tous les jours au même endroit. On risquait fort d’attirer l’attention. Et puis, enfin, le jour où j’allais presque cesser ma faction, évidemment j’en aurais avisé PONTCARRAL auparavant est arrivé un camarade, que je ne m’attendais pas du tout à trouver là, qui venait de LYON. Il m’a dit: “J’arrive là, il parait que vous avez besoin de renfort ?” ” Et bien, au contraire ce serait plutôt l’inverse car il y avait eu des arrestations tout autour de nous.”
Je n’ai jamais réussi à savoir comment il avait été mis au courant de ce rendez-vous. Il est arrivé là. Il m’a dit: “bein, je peux me débrouiller ce soir pour être hebergé chez des amis de ma famille.” Il ne disposait pas d’une grosse somme. Alors je lui ai dit: “Et bien, écoute, je vais essayer d’obtenir des instructions.” Et je suis allé à la seule adresse que je connaissais, à l’hotel moderne, rue DUVIVIER, c’était l’adresse de PONTCARRAL, mais la Gestapo était arrivée avant moi, et c’est là que s’est terminée ma carrière de résistant.

J’ai donc contacté le Maquis Surcouf, en Normandie, et c’est l’historien du Maquis, Monsieur Corblin, qui m’a communiqué des renseignements complémentaires sur ces 2 maquisards: Pontcarral (Edmond Puccinelli) et Armor (Georges Bernard) dont il ne connaissait pas les vrais noms. Le souvenir de leur passage dans le maquis se trouve dans le journal qu’a tenu “PUCE” alias Simone Sauteur, une jeune institutrice normande, qui s’était vu confier par Robert le Blanc le rôle de secrétaire:

Extrait du Journal de Puce

Il y eut un Noël pour les Maquisards, un Noël avec une vraie messe de minuit, un Noël avec de la dinde, de l’oie, du vin et des chansons… et puis après, de bons cigares, pour que les « sans foyer » puissent mieux rêver aux caresses des leurs. 
Il y aura aujourd’hui le jour de l’an des maquisards, un jour de l’an sans étrennes, sans souhaits que l’on dit aux parents avec un renouveau de tendresse au cœur ; quelques chaumières avec un toit fumant sous la gelée, où des garçons feront des rêves d’hommes ; beaucoup d’autres maisons sans joie où des mamans pleureront les enfants trop vite grandis…

Mon jour de l’an à moi ne sera pas plus gai que la Noël. Pas de visite. Heureusement, deux délégués du Service Maquis occupent la maison depuis hier. « Armor » chante d’une façon divine. « Pontcaral » est beau, et raconte des épisodes de sa vie en Espagne qui semblent mettre du soleil partout.
Je dois partir en mission prochainement m’ont-ils promis. Cela me console de ma réclusion au fond de cette si froide et si triste campagne.
Je ne te dis pas « bonne année », maman, mais je sais que je te la donnerai heureuse, même si ce n’est qu’à son dernier jour, car, celui là, j’en suis sûre, fera oublier tous les autres.

Pontcarral échappe à l’arrestation et je pense qu’il retourne au Maquis puisque je retrouve son nom dans ce texte qui relate des évènements en 1944. Il se trouve sur ce très beau site: www.resistance-ain-jura.com (sur la compagnie DANTON)

André Levrier « Levèque », chef d’un sous secteur dans le Revermont doit, devant l’afflux de volontaires issus ou non des A.S. réorganiser ses forces. André Levrier « Lévèque » charge le sous lieutenant Breton « Danton » de créer une compagnie en déboublant la compagnie Chapellu, stationnée à Cuisiat, et d’incorporer les 45 volontaires arrivés à Montmerle, commune de Tréffort. Le lieutenant Breton s’adjoint les services de Guy Jacquet, et Marcel Cohlen.
Le 10 juin, un groupe de l’A.S. de Jasseron les rejoint, commandé par André Cornudet « Dédé » et Gabriel Pons « Mousse ».
La compagnie Danton est née, elle compte 80 hommes. Elle est tout de suite affectée au contrôle du col de France. Le 15 juin, elle fait sauter le pont sur le Jugnon et abat des arbres sur la R.N. 83.
Le 21 juin, les allemands poussent une reconnaissance au col de France, ils sont repoussés par la Cie Danton. Elle est relevée par la compagnie Demain de l’O.R.A. (organisation de la Résistance Armée).
Du 29 juin, la compagnie Danton reçoit la mission de tenir le secteur de Tréffort, de contrôler la R.N. 83 et de saboter la ligne ferroviaire Bourg-Lons.
Lors de la violante opération allemande Treffenfeld le 11 juillet, la compagnie suit les ordres de dispersion. La compagnie est fractionnée en 4 éléments : le groupe Pontcarral est envoyé à Ceillat, le groupe Blondeau aux carrières de Villereversure, le groupe Billon au bois des Rousses et à Dron, le groupe Louis et Juguet sur les hauteurs de Meillonnas.
Pendant deux semaines ces unités vont errer dans les bois pour échapper aux patrouilles allemandes, « crevant » de faim et de soif.
En août, la compagnie se reforme, elle est envoyée à Saint-Étienne du Bois. Elle participe le 19 à l’attaque de la gare, où elle perd 2 hommes  Jean Billon et Delorenzi, 6 autres sont blessés.
Fin août, Pierre Cap et Joanny Perrot en mission à Bourg ont leur voiture mitraillée par une patrouille allemande, Pierre Cap est tué sur le coup, Joanny Perrot grièvement brûlé décède peu de temps après.
Le 1er septembre lors d’une embuscade sur la R.N. 83, la compagnie Danton perd 2 F.F.I., Jean Nallet et Jean Boujon, et 3 hommes sont blessés.
Le 4 septembre la compagnie Danton peut rentré dans la ville de Bourg, libérée.

Par contre, grâce à l’Etat civil je sais qu’il s’est marié le 23 février 1946 à Paris, dans le 14ème arrondissement, avec Juliette Armande COSTE.

Juliette / Armande COSTE

Elle est née le 7 mai 1908 à Vals les Bains en Ardèche.

Je retrouve une trace de Juliette/Armande dans le Journal d’Aubenas du mois de mars 1923, elle a donc 15 ans. Elle passe un diplôme de dactylographie avec sa sœur aînée:

Et je n’en sais pas plus sur sa vie dans l’avant guerre.

Puis je découvre qu’elle a été une résistante dans le même réseau de résistance “PERICLES” où étaient Edmond et Georges.

Elle été arrêtée et déportée dans le camp de concentration de Ravensbruck puis dans le camp de concentration de Mauthausen avant d’être libérée par la Croix Rouge en avril 1945.

 

Sur le site de l’amicale de Mauthausen:
le 3ème monument
http://www.monument-mauthausen.org/Accueil.html
COSTE ARMANDE née le 06/05/1908 à Vals-les-Bains (07) – France
Matricule : 1458
AVANT LA DÉPORTATION
Lieu de résidence : Paris (75) – France
Profession : Secrétaire
DÉPORTATION
Lieu de départ : ROMAINVILLE, le 06/04/1944
Déportation : AIX-LA-CHAPELLE, le 07/04/1944
Déportation : RAVENSBRÜCK
Déportation : MAUTHAUSEN, le 07/03/1945
( Les déportés sous le sigle Nuit et Brouillard) ( Les femmes détenues à Mauthausen)
LIBÉRATION ET RAPATRIEMENT
Lieu de libération : MAUTHAUSEN, le 22/04/1945
Lieu de rapatriement : ANNECY, le 29/04/1945
(Les libérations anticipées par la Croix-Rouge)

Et sur son périple concentrationnaire (effroyable) on peut le découvrir ici:

Voilà.
Armande/Juliette COSTE, qui est certainement partie avec Edmond Puccinelli en Cochinchine se remarie après la disparition d’Edmond. Elle est décorée de la Légion d’Honneur et elle est maintenant décédée.
Pour l’instant je n’en sais pas plus sur ce qui s’est passé le 25 Août 1947 à Tan-Nhuan.
Caillou, le 26 novembre 2018

http://www.campmauthausen.org
http://www.amicalravensbruck.org
https://www.maquisdelain.org
Amicale du maquis Surcouf – Mairie 27450 Saint-Étienne-l’Allier

Le combat de Bang Tra 11 juillet 1947.

Impossible pour l’instant de relier les deux morceaux de ce puzzle:
– Un copain de résistance de mon père, Emond PUCCINELLI, disparu en Indochine en août 1947…
– Une photo trouvée dans l’album de photo de ma famille qui parle d’un combat à Bang Tra en juillet 1947. (voir mon billet précédent…)

J’ai, par contre, trouvé des informations sur le combat de Bang Tra.

Continuer la lecture de Le combat de Bang Tra 11 juillet 1947.

Après le combat Bang Tra 11.7.47.

Je voudrais demander un renseignement.
C’est une longue histoire.
Dans l’album de photo de ma famille il y a une toute petite image de 8 sur 5 cm.

Que je n’avais jamais bien regardée.
Au verso il est écrit: Après le combat Bang Tra 11.7.47.
Je ne sais ni par qui elle a été prise ni qui est le personnage principal qui y figure.
Mais en la regardant mieux, à la loupe, elle s’avère extrêmement dure!

Continuer la lecture de Après le combat Bang Tra 11.7.47.

La terre des morts

J’entends une publicité sur “France inter”, radio publique donc radio commune. (Si j’en crois la nouvelle idéologie des biens communs) :
                               Jamais un polar ne vous aura autant torturé de plaisirs
Il s’agit de la dernière œuvre de Jean-Christophe Grangé, «La terre des morts».
                                Avec son nouveau polar « La Terre des morts », Jean-Christophe Grangé frappe fort et entraîne le lecteur dans les bas-fonds de la nature humaine. Le commandant Stéphane Corso se retrouve chargé d’une enquête particulièrement sordide. Autour de meurtres crapuleux de strip-teaseuses, nous voilà plongés dans les méandres du porno d’une rare violence, celui où les limites n’existent pas et où toutes les déviances sont possibles. http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/livres/la-terre-des-morts-jean-christophe-grange-de-plus-en-plus-noir-03-05-2018-7695504.php

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W.A.Wellman, suite et peut-être fin.

Buffalo Bill est un film de commande qui date de 1944.
C’est une hagiographie un peu sirupeuse du personnage très connu de l’Ouest américain, le tueur de bison mais aussi l’ami des Indiens. Je trouve que les scènes de bataille sont vraiment magnifiques, mais j’avoue avoir réglé mon téléviseur en noir et blanc pour ne pas en voir les couleurs très laides. L’intérêt de ce western humaniste et mièvre est certainement le discours sur les Indiens. En voici un extrait:

Je ne crois pas comme le général Sherman qu’un bon Indien est un Indien mort. D’après ce que j’ai vu l’Indien est un Américain légitime. Il se bat pour les siens, pour sa terre, pour sa survie, comme tout Américain le ferait. Si vous connaissiez les Indiens, si vous pouviez les voir vous-mêmes comment ils défient la nature avec pour seul outil leurs mains nues, vous ne le forceriez  pas à rompre les traités pour suvivre. Mais le mal vient de là. Vous les gens de l’Est agissez sans savoir et voilà pourquoi nous les gens de l’Ouest et les Indiens  en avons souffert. Le seul Indien que vous connaissez et auquel vous avez pensé c’est l’Indien qui est sur votre monnaie.  

Lire ici une excellente critique sur ce film.


Franchement mauvais la joyeuse suicidée (nothing sacred) qui date de 1937 est une comédie où une jeune femme (Carole Lombard) devient célèbre parce qu’elle doit mourir d’un empoisonnement au radium alors qu’il s’agit d’une erreur de diagnostic. Un journaliste à sensation (Fredric March) fait monter la mayonnaise. C’est bavard, vieillot, mal joué, pas drôle et mérite d’être oublié.


Plus intéressant Une étoile est née, (A star is born ) de 1937 avec le même Fredric March et Janet Gaynor montre le rêve d’Hollywood pour Esther, une jeune provinciale et comment elle réussit tandis que son compagnon, un acteur très célèbre, sombre lui dans l’alcool et l’oubli. Ce film, très célèbre à l’époque, a été souvent l’objet de “remakes”. En 1954 avec Judy Garland, en 1976 avec Barbra Streisand et, prévu pour 2018, avec Lady Gaga. Du coup cette histoire a un goût de déjà vu… Mais j’aime beaucoup la scène désopilante dans le camping car.


Très mauvais, à mon goût L’ennemi public de 1931 avec James Cagney et Jean Harlow  est surjoué. Il fait des grimaces comme un clown (qui doit être vu de loin) et la blonde platinée se dandine dans le satin. Les situations sont convenues, l’image est plate, le noir et blanc plutôt gris et la morale sirupeuse à souhait. Ce n’est pas un film noir, un film de gangster, bien qu’il s’en donne l’air. C’est une projection poussiéreuse d’un vieux film lors d’un après midi triste dans un hangar dédié au catéchisme.


L’allée sanglante, qui date de 1955 est dans un tout autre genre:  le film d’aventures, qui met en scène un capitaine plein de courage (John Wayne) et une américaine perdue (Lauren Bacall) qui vont sauver tout un village chinois de l’oppression communiste. La vision américaine des “communistes” est du plus haut comique. Mais L’allée sanglante est quand même un film intéressant. D’abord par sa couleur, qui est moins chromo que dans les films précédents (Au-delà du Missouri de 1951), par ses scènes de combat avec un très grand nombre de figurants, et par la multiplicité des personnages qui, comme dans beaucoup de films de Wellman, sont campés avec une vraie profondeur.


Et enfin Bastogne, qui date de 1949, un film de guerre quasiment documentaire et qui retrace la vie d’une section d’infanterie lors de la bataille des Ardennes en 1944. Le noir et blanc y est superbe et les images sont souvent d’une beauté incroyable. Chaque personnage est caractérisé, surprenant et Wellman évite absolument les situations prévisibles et convenues. Curieusement je trouve que Bastogne est visuellement un plus beau film de guerre que Story of G.I. Joe qui date de 1945. On y retrouve aussi le thème de l’absence de la femme. Ces héros ont peur, ils vont être sacrifiés, ils le savent et l’émotion est très présente.

Voilà, je vais m’arrêter là. J’aurais beaucoup aimé voir les premiers films de Wellman, et surtout Others Men’s Women (1931) L’Ange blanc (1931) La Petite Provinciale (1936)  La Lumière qui s’éteint (1939) Le rideau de fer (1949) mais c’est un peu difficile à trouver en DVD.

Caillou le 22 mai 2018

W.A.Wellman, “Track of the cat” “Beau Geste” et “The story of G.I.Joe”

Track of the cat (1954) de W.A.Wellman est un film curieux.

C’est une sorte de western décalé.
Un huis-clos sur une famille déchirée, en pleine tempête de neige dans un ranch perdu en pleine montagne. L’ambiance angoissante et malsaine où règne dehors la peur d’une sorte de panthère noire et dedans la division entre les 3 frères dont l’aîné est un rustre dominateur, la sœur vieille-fille, la mère tyrannique, le père alcoolique, la fiancée du plus jeune frère totalement dominé et un vieil indien silencieux.
Un théâtre un peu lent, intime, enfermé et qui repose beaucoup trop sur les dialogues. En contrepoint les scènes dans la montagne à la recherche du fauve sont plus silencieuses. Mais la musique est quasiment permanente comme elle était très souvent dans le cinéma hollywoodien de l’époque et là c’est franchement détestable.
Il y a dans ce film un travail spécifique sur la couleur. Wellman désirait faire un film en couleur mais sans couleur. Les seules teintes fortes du film sont la veste rouge de Curt (Robert Mitchum) et la chemise jaune de la fiancée (Diana Lynn). Les paysages de neige et de montagne sont en noir et blanc. D’ailleurs la photographie est très belle, en particulier par les cadrages très soignés.
Malgré des personnages très fouillés et un jeu d’acteurs qui m’a semblé très juste cette histoire ne m’a pas du tout, du tout, intéressé. Ah, oui, j’oubliais! Le DVD réédité de Track of the cat contient des bonus très intéressants sur W.A.Wellman.


Beau geste (1940)
Avec Gary Cooper en légionnaire, c’est un film que l’on peut ne pas voir. Film d’aventure qui commence comme un “Cluedo” à l’Agatha Christie et se finit dans un Sahara de pacotilles, il est bourré de stéréotypes. Les personnages sont convenus et l’intrigue capillotractée.
Cette époque se passionnait pour la Légion Etrangère “La Bandera” (1935) avec Jean Gabin, “Un de la légion” (1936) avec Fernandel, “Raphaël le tatoué” (1938) mais j’en ai rarement vu d’aussi mauvais que Beau geste. En dehors de belles photos en noir et blanc, il peut rester dans le tiroir des films oubliés.


Par contre l’incontournable The story of G.I.Joe sorti sous le nom Les forçats de la gloire mérite vraiment d’être vu ou revu. Tourné en Californie en 1945, donc loin des lieux, il s’agit d’un hommage aux combattants américains de la seconde guerre mondiale.

Le film est quasi documentaire. Il raconte l’histoire d’une compagnie de fantassins américains de leurs premiers combats, en Tunisie, jusqu’à Rome, en passant par la Sicile, la bataille de Salerne et surtout l’interminable hiver 1943 devant Monte Cassino.

 

 

À travers le regard d’un correspondant de guerre, Ernest Pyle, (Burgess Mérédith) on voit la vie quotidienne de ces hommes commandés par le capitaine Walter (Robert Mitchum).
Aucun lyrisme, aucun pathos, juste de la souffrance, de la fatigue, de la boue et des copains qui meurent.
On ne voit presque aucun corps. W.A.Wellman tourne ces scènes avec des ellipses où tout se comprend sans être vraiment vu. C’est d’ailleurs beaucoup dans les regards que cela se passe, beaucoup plus que dans les mots. Une scène en particulier est frappante. Il s’agit d’un mariage improvisé au milieu des ruines. (La mariée est d’ailleurs Dorothy Coonan, l’épouse de Wellman, déjà vu dans Wild boys of the road). Il s’agit donc d’un joli moment d’évasion et de paix au milieu de cette vie misérable. Mais le silence qui suit le départ des jeunes mariés en dit long, surtout dans le regard de ces soldats loin de leurs épouses ou amies, de leurs familles, de leurs enfants.

Ce n’est donc pas un film de guerre mais un film sur la guerre, aussi beau vu du côté américain que Quand passent les cigognes vu du côté soviétique. (Mikhaïl Kalatozov 1957). Pour Samuel Fuller The story of G.I.Joe est “le seul film adulte et authentique” produit par Hollywood pendant la seconde guerre mondiale.

Et en plus The story of G.I.Joe est visible sur Youtube, ici.

Caillou, le 7 mai 2018

W.A.WELLMAN, suite et “Wild boys of the road”

Je passe rapidement sur des films de Wellman qui me paraissent moins importants, voir carrément mauvais, mais bon, c’est subjectif.

Frisco Jenny qui date de 1932 raconte l’histoire d’une mère maquerelle qui se retrouve confrontée à un procureur et à qui elle ne peut pas dire qu’il est son fils, abandonné plusieurs années auparavant.
Le thème est rebattu dans la littérature de gare “sentimentale”. Par ailleurs les costumes que portent l’héroïne et ses “filles” sont on ne peut plus ridicules, dans le genre plumes et frisottis. Tout cela baigne dans l’invraisemblance et le tape à l’œil. Reste, en contraste, le portrait sans maquillage de l’héroïne (Ruth Chatterton) juste avant son exécution, qui me fait penser à la Jeanne d’Arc de Dreyer (1928).

Tout aussi sentimental mais en plus délirant le film Safe in Hell (1931) très mal traduit à sa sortie par le titre La Fille de l’enfer mais qui serait plutôt Sauvée en enfer, raconte l’enfermement sur une petite île des Caraïbes d’une ancienne prostituée, Gilda (Dorothy Mackaill) accusée d’un meurtre qu’elle croit avoir commis. Elle y attend son sauveur, un brave marin, dans un hôtel au milieu d’une bande de mâles en rut. Un ramassis d’escrocs réfugiés, comme elle, sur cette île dont le gouvernement n’a signé aucun accord d’extradition. Tous les personnages sont un peu stéréotypés ainsi que le flic qui les surveille. Cela sent le carton pâte et les jeux d’acteurs trop appuyés, peut-être encore ceux du cinéma muet ?
Un blues, Sleepy Time Down South sauve un peu le film. Il est chanté par Leonie (Nina Mae McKinney) on peut l’entendre ici, mais pas tout au début, attendre un peu :

Un film de guerre, patriotique Thunderbird,
traduit par Pilotes de chasse avec Gene Tierney.
Il date de 1942.
Les couleurs en sont affreuses, les blagues stupides, l’intrigue sans intérêt. Il s’agit d’une œuvre de propagande destinée à soutenir l’armée américaine dans l’effort de guerre.
Avec quelques belles vues d’acrobatie aérienne ce film peut plaire aux amateurs d’aviation. Mais je conseille de le regarder en réglant son téléviseur sur noir et blanc…

 

 

Et puis le superbe Wild boys of the road.


C’est un film qui date de 1933.
Deux jeunes garçons insouciants, lycéens d’une petite ville du Middle West, réalisent que la crise économique frappe maintenant directement leurs propres familles. Une mère veuve qui fait des ménages et a travaillé “quatre jours en cinq mois” pour l’un, une famille effondrée par le licenciement du père et qui ne peut plus payer aucune traite pour l’autre, l’obligation de se nourrir à la soupe populaire… il est évident qu’ils doivent quitter le lycée et même partir ailleurs pour chercher du travail.

Les photos de Dorotéa Lange et Walker Evans

Nous sommes dans l’époque de “la grande dépression” américaine, celle “des raisins de la colère” (Steinbeck) des photos de la FSA (Dorothéa Lange,Walker Evans…) et des chansons de Woody Gurthrie.
Ils prennent donc un train de marchandises en marche et après une nuit glaciale et sans savoir du tout où ils se trouvent ils font la connaissance d’un troisième larron qui s’avère être une fille.

Le film nous montre que tous les trains de marchandises sont pris d’assaut par les migrants à la recherche d’emploi. (Calais?) Mais les arrêts dans les gares, voir même en pleine cambrousse,  sont le lieu des arrestations musclées par les nervis de la police ferroviaire (Menton) et des milices. (le col de l’Échelle). On les appelles des “Hobos”
Il leur faut tout le temps courir pour fuir les coups de matraque et l’un d’entre eux y perdra d’ailleurs une jambe. Voir clip sur youtube

Une autre, isolée, sera violée dans un wagon et les jeunes tueront le chef de train agresseur.


Jusqu’au moment ou ils se révoltent et résistent à l’oppression dans une sorte de camp retranché au milieux des poubelles. Ils bombardent les flics avec des cailloux.

Mais ils doivent fuir sous les pompes à eaux…
Pourchassés, matraqués, manipulés, rackettés, violées, ces jeunes de 1933 ressemblent beaucoup aux jeunes du collectif “Autonomie” de Toulouse de 2018, ces “jeunes isolés étrangers” jetés à la rue par des services sociaux censés leur venir en aide. Voir sur Médiapart

La fin du film est un happy end stupide, sorte de concession à la morale hollywoodienne, de l’époque, avec, comme dans “Héros à vendre“, une discrète allusion à Roosevelt comme seule perspective d’espoir.

Comme film social, comme film politique, cette œuvre de W.A.Welleman est certainement une des plus fortes et émouvantes.  Voici une des dernières phrases du film, elle est d’une brulante actualité:

Pourquoi on rentre pas chez nous? Parce que nos parents sont pauvres et au chômage et qu’on a pas de quoi manger. Pourquoi rentrer chez nous et mourir de faim? La prison est censée nous tenir à l’écart? C’est faux! Vous ne voulez pas nous voir! Vous voulez nous oublier! Impossible! Il y en a des milliers comme moi ! Et il y en a de plus en plus ! Les gens parlent de gens qu’on aide. On aide les banques, les soldats, les brasseries et aussi les fermiers! Et nous? On est des gamins! On parcourt le pays pour trouver du boulot. Vous croyez que c’est par plaisir? Allez-y enfermez moi! J’en ai marre d’avoir faim et froid, marre des trains de marchandises! La prison ne sera pas pire que la rue! Alors allez-y!

Caillou, le 3 mai 2018

PS: Pour répondre à plusieurs “abonné(e)s” de ce blog, la plupart
de ces films sont à la médiathèque José Cabanis de Toulouse.  
Certains sont visibles également en VOD sur Internet