W.A.Wellman, “Track of the cat” “Beau Geste” et “The story of G.I.Joe”

Track of the cat (1954) de W.A.Wellman est un film curieux.

C’est une sorte de western décalé.
Un huis-clos sur une famille déchirée, en pleine tempête de neige dans un ranch perdu en pleine montagne. L’ambiance angoissante et malsaine où règne dehors la peur d’une sorte de panthère noire et dedans la division entre les 3 frères dont l’aîné est un rustre dominateur, la sœur vieille-fille, la mère tyrannique, le père alcoolique, la fiancée du plus jeune frère totalement dominé et un vieil indien silencieux.
Un théâtre un peu lent, intime, enfermé et qui repose beaucoup trop sur les dialogues. En contrepoint les scènes dans la montagne à la recherche du fauve sont plus silencieuses. Mais la musique est quasiment permanente comme elle était très souvent dans le cinéma hollywoodien de l’époque et là c’est franchement détestable.
Il y a dans ce film un travail spécifique sur la couleur. Wellman désirait faire un film en couleur mais sans couleur. Les seules teintes fortes du film sont la veste rouge de Curt (Robert Mitchum) et la chemise jaune de la fiancée (Diana Lynn). Les paysages de neige et de montagne sont en noir et blanc. D’ailleurs la photographie est très belle, en particulier par les cadrages très soignés.
Malgré des personnages très fouillés et un jeu d’acteurs qui m’a semblé très juste cette histoire ne m’a pas du tout, du tout, intéressé. Ah, oui, j’oubliais! Le DVD réédité de Track of the cat contient des bonus très intéressants sur W.A.Wellman.


Beau geste (1940)
Avec Gary Cooper en légionnaire, c’est un film que l’on peut ne pas voir. Film d’aventure qui commence comme un “Cluedo” à l’Agatha Christie et se finit dans un Sahara de pacotilles, il est bourré de stéréotypes. Les personnages sont convenus et l’intrigue capillotractée.
Cette époque se passionnait pour la Légion Etrangère “La Bandera” (1935) avec Jean Gabin, “Un de la légion” (1936) avec Fernandel, “Raphaël le tatoué” (1938) mais j’en ai rarement vu d’aussi mauvais que Beau geste. En dehors de belles photos en noir et blanc, il peut rester dans le tiroir des films oubliés.


Par contre l’incontournable The story of G.I.Joe sorti sous le nom Les forçats de la gloire mérite vraiment d’être vu ou revu. Tourné en Californie en 1945, donc loin des lieux, il s’agit d’un hommage aux combattants américains de la seconde guerre mondiale.

Le film est quasi documentaire. Il raconte l’histoire d’une compagnie de fantassins américains de leurs premiers combats, en Tunisie, jusqu’à Rome, en passant par la Sicile, la bataille de Salerne et surtout l’interminable hiver 1943 devant Monte Cassino.

 

 

À travers le regard d’un correspondant de guerre, Ernest Pyle, (Burgess Mérédith) on voit la vie quotidienne de ces hommes commandés par le capitaine Walter (Robert Mitchum).
Aucun lyrisme, aucun pathos, juste de la souffrance, de la fatigue, de la boue et des copains qui meurent.
On ne voit presque aucun corps. W.A.Wellman tourne ces scènes avec des ellipses où tout se comprend sans être vraiment vu. C’est d’ailleurs beaucoup dans les regards que cela se passe, beaucoup plus que dans les mots. Une scène en particulier est frappante. Il s’agit d’un mariage improvisé au milieu des ruines. (La mariée est d’ailleurs Dorothy Coonan, l’épouse de Wellman, déjà vu dans Wild boys of the road). Il s’agit donc d’un joli moment d’évasion et de paix au milieu de cette vie misérable. Mais le silence qui suit le départ des jeunes mariés en dit long, surtout dans le regard de ces soldats loin de leurs épouses ou amies, de leurs familles, de leurs enfants.

Ce n’est donc pas un film de guerre mais un film sur la guerre, aussi beau vu du côté américain que Quand passent les cigognes vu du côté soviétique. (Mikhaïl Kalatozov 1957). Pour Samuel Fuller The story of G.I.Joe est “le seul film adulte et authentique” produit par Hollywood pendant la seconde guerre mondiale.

Et en plus The story of G.I.Joe est visible sur Youtube, ici.

Caillou, le 7 mai 2018

W.A.WELLMAN, suite et “Wild boys of the road”

Je passe rapidement sur des films de Wellman qui me paraissent moins importants, voir carrément mauvais, mais bon, c’est subjectif.

Frisco Jenny qui date de 1932 raconte l’histoire d’une mère maquerelle qui se retrouve confrontée à un procureur et à qui elle ne peut pas dire qu’il est son fils, abandonné plusieurs années auparavant.
Le thème est rebattu dans la littérature de gare “sentimentale”. Par ailleurs les costumes que portent l’héroïne et ses “filles” sont on ne peut plus ridicules, dans le genre plumes et frisottis. Tout cela baigne dans l’invraisemblance et le tape à l’œil. Reste, en contraste, le portrait sans maquillage de l’héroïne (Ruth Chatterton) juste avant son exécution, qui me fait penser à la Jeanne d’Arc de Dreyer (1928).

Tout aussi sentimental mais en plus délirant le film Safe in Hell (1931) très mal traduit à sa sortie par le titre La Fille de l’enfer mais qui serait plutôt Sauvée en enfer, raconte l’enfermement sur une petite île des Caraïbes d’une ancienne prostituée, Gilda (Dorothy Mackaill) accusée d’un meurtre qu’elle croit avoir commis. Elle y attend son sauveur, un brave marin, dans un hôtel au milieu d’une bande de mâles en rut. Un ramassis d’escrocs réfugiés, comme elle, sur cette île dont le gouvernement n’a signé aucun accord d’extradition. Tous les personnages sont un peu stéréotypés ainsi que le flic qui les surveille. Cela sent le carton pâte et les jeux d’acteurs trop appuyés, peut-être encore ceux du cinéma muet ?
Un blues, Sleepy Time Down South sauve un peu le film. Il est chanté par Leonie (Nina Mae McKinney) on peut l’entendre ici, mais pas tout au début, attendre un peu :

Un film de guerre, patriotique Thunderbird,
traduit par Pilotes de chasse avec Gene Tierney.
Il date de 1942.
Les couleurs en sont affreuses, les blagues stupides, l’intrigue sans intérêt. Il s’agit d’une œuvre de propagande destinée à soutenir l’armée américaine dans l’effort de guerre.
Avec quelques belles vues d’acrobatie aérienne ce film peut plaire aux amateurs d’aviation. Mais je conseille de le regarder en réglant son téléviseur sur noir et blanc…

 

 

Et puis le superbe Wild boys of the road.


C’est un film qui date de 1933.
Deux jeunes garçons insouciants, lycéens d’une petite ville du Middle West, réalisent que la crise économique frappe maintenant directement leurs propres familles. Une mère veuve qui fait des ménages et a travaillé “quatre jours en cinq mois” pour l’un, une famille effondrée par le licenciement du père et qui ne peut plus payer aucune traite pour l’autre, l’obligation de se nourrir à la soupe populaire… il est évident qu’ils doivent quitter le lycée et même partir ailleurs pour chercher du travail.

Les photos de Dorotéa Lange et Walker Evans

Nous sommes dans l’époque de “la grande dépression” américaine, celle “des raisins de la colère” (Steinbeck) des photos de la FSA (Dorothéa Lange,Walker Evans…) et des chansons de Woody Gurthrie.
Ils prennent donc un train de marchandises en marche et après une nuit glaciale et sans savoir du tout où ils se trouvent ils font la connaissance d’un troisième larron qui s’avère être une fille.

Le film nous montre que tous les trains de marchandises sont pris d’assaut par les migrants à la recherche d’emploi. (Calais?) Mais les arrêts dans les gares, voir même en pleine cambrousse,  sont le lieu des arrestations musclées par les nervis de la police ferroviaire (Menton) et des milices. (le col de l’Échelle). On les appelles des “Hobos”
Il leur faut tout le temps courir pour fuir les coups de matraque et l’un d’entre eux y perdra d’ailleurs une jambe. Voir clip sur youtube

Une autre, isolée, sera violée dans un wagon et les jeunes tueront le chef de train agresseur.


Jusqu’au moment ou ils se révoltent et résistent à l’oppression dans une sorte de camp retranché au milieux des poubelles. Ils bombardent les flics avec des cailloux.

Mais ils doivent fuir sous les pompes à eaux…
Pourchassés, matraqués, manipulés, rackettés, violées, ces jeunes de 1933 ressemblent beaucoup aux jeunes du collectif “Autonomie” de Toulouse de 2018, ces “jeunes isolés étrangers” jetés à la rue par des services sociaux censés leur venir en aide. Voir sur Médiapart

La fin du film est un happy end stupide, sorte de concession à la morale hollywoodienne, de l’époque, avec, comme dans “Héros à vendre“, une discrète allusion à Roosevelt comme seule perspective d’espoir.

Comme film social, comme film politique, cette œuvre de W.A.Welleman est certainement une des plus fortes et émouvantes.  Voici une des dernières phrases du film, elle est d’une brulante actualité:

Pourquoi on rentre pas chez nous? Parce que nos parents sont pauvres et au chômage et qu’on a pas de quoi manger. Pourquoi rentrer chez nous et mourir de faim? La prison est censée nous tenir à l’écart? C’est faux! Vous ne voulez pas nous voir! Vous voulez nous oublier! Impossible! Il y en a des milliers comme moi ! Et il y en a de plus en plus ! Les gens parlent de gens qu’on aide. On aide les banques, les soldats, les brasseries et aussi les fermiers! Et nous? On est des gamins! On parcourt le pays pour trouver du boulot. Vous croyez que c’est par plaisir? Allez-y enfermez moi! J’en ai marre d’avoir faim et froid, marre des trains de marchandises! La prison ne sera pas pire que la rue! Alors allez-y!

Caillou, le 3 mai 2018

PS: Pour répondre à plusieurs “abonné(e)s” de ce blog, la plupart
de ces films sont à la médiathèque José Cabanis de Toulouse.  
Certains sont visibles également en VOD sur Internet

 

W.A.WELLMAN: “L’étrange incident” et “Héros à vendre”

L’étrange incident

Dont le titre américain est “The Ox-Bow Incident” est un western, de 1943, qui raconte l’histoire d’un meurtre collectif, un lynchage.

Peter Fonda y est dans l’un de ses meilleurs rôles, silencieux, amer, désabusé, mais il n’est qu’un personnage parmi d’autres car il s’agit là aussi d’un film choral. Le vrai personnage du film c’est la foule de ces  hommes, (une seule femmes parmi eux), assoiffés de vengeance et qui vont commettre l’irréparable.

L’atmosphère y est poisseuse, lourde d’angoisse, et les multiples personnages y sont très bien campés.

Chacun est caractérisé, (peut-être un peu trop), et rempli un rôle social et dramatique qui participe à l’histoire collective. Car personne ne sort vraiment  indemne cette histoire. Toute la ville est responsable. Il y a bien un opposant, un commerçant de la ville, qui essaie d’entrainer le juge, en l’absence du sheriff absent.

Mais le juge à trop peur de ne pas être réélu et préfère s’abstenir, face à la colère des citoyens. Quand à l’adjoint du shérif il fait parti des plus excités. Il suffit alors d’un homme pour prendre la tête de la meute, un ancien militaire, pour que la bande meurtriers soit au complet.

Juste avant le lynchage par pendaison de ces trois pauvres bougres ils ne seront que sept à lever la main pour s’y opposer. Et il s’agit plus d’une abstention que d’un vrai refus car ils ont participé à la chasse à l’homme. Le coup de théâtre final (que je ne ne raconte pas) sonne comme la vraie morale de ce film qui n’est vraiment un western mais plutôt un film noir. Et qui reste d’actualité dans le débat  toujours présent entre le droit et la vengeance.

Malheureusement, pour ce film, le producteur a imposé à Welleman le tournage en studio et cela se voit dans les décors et s’entend  et dans les dialogues de la seconde moitié du film. Mais  c’est quand même un vrai bijou qui mérite d’être revu.

Une dernière scène est très importante, la lecture par Fonda de la lettre d’un des pendus. Elle est entièrement tournée en cachant les yeux du lecteur ce qui oblige le spectateur à écouter vraiment ce qu’il lit. Ce procédé est utilisé plusieurs fois par Welleman dans d’autre films et en particulier dans Héros à vendre, dans la scène de la prison.

Deux excellentes analyses, (bien plus profondes et fortes que je ne peux le faire) sont à lire ici:
– http://thisismymovies.over-blog.com/2015/12/l-etrange-incident-1943-de-william-wellman.html
et http://www.dvdclassik.com/critique/l-etrange-incident-wellman


Héros à vendre

Un film de 1933 qui raconte le parcours d’un homme, Tom Holmes, (Richard Barthelmess) dans l’Amérique de la crise économique de 1929. Son histoire commence pendant la première guerre mondiale ou les USA sont entrés en 1917. Dans de superbes images de la guerre des tranchées Welleman dénonce tout de suite la stupidité des “missions suicides”.

Tom Holmes grièvement blessé est fait prisonnier. Son acte de bravoure est revendiqué par un lâche. À la fin de la guerre Tom retourne en Amérique mais il est devenu morphinomane pour calmer ses douleurs. Il commet un vol dans la banque où il est employé pour payer sa drogue. Il est licencié et envoyé en cure de désintoxication.

Il rencontre alors une merveilleuse jeune femme, Ruth,  interprétée par Loretta Young (cf mon billet précédent sur la rose de minuit) qui travaille dans une blanchisserieet les locataires de la pension de famille tenue par Mary (Aline MacMahon), dont un ingénieur allemand communiste, Max, (Robert Barrat).
Tom est embauché dans la blanchisserie. Il devient père. Tout va bien.

Mais l’ingénieur invente une sorte de machine à laver industrielle qui finit par mettre tout le personnel au chômage ce qui entraîne un mouvement social violent contre la misère et Tom, malgré lui, en passe pour un des leaders.

Ruth meurt dans l’affrontement. La scène de l’émeute où elle est tuée est absolument stupéfiante! Ne serait ce que pour cette scène et celle de la tranchée, ce film doit absolument sortir de l’anonymat et de l’oubli.

Tom est emprisonné pour cinq ans comme agitateur.

Son ami ingénieur devient très riche par son invention. Il n’est donc plus du tout anti-capitaliste et bien contraire méprise totalement les chômeurs assistés. Il met de côté la part qui revient à Tom sur les bénéfices de l’invention et lorsque celui-ci sort de prison Tom découvre la situation épouvantable des pauvres dans l’Amérique de la crise.

La pension de famille est devenu un centre d’aide aux pauvres, une soupe populaire.

Tom qui ne veut pas toucher la fortune accumulée, qu’il considère tachée de sang, la donne à Mary pour qu’elle puisse continuer son œuvre caritative.
Il est constamment surveillé comme “rouge”, doit quitter la ville et il devient un chômeur vagabond comme les autres dans l’immense masse des déshérités.
Vers la fin du film il donne une sorte de morale optimiste sur l’Amérique qui renaîtra avec la politique de Roosewelt.

C’est donc un très beau film social et politique plein d’humanisme. Qui dénonce les lâches, les embusqués, l’industrialisation, la violence sociale, la chasse aux sorcières et… les communistes!

“Toute l’Amérique doit laver son linge sale”

Caillou, le 29 avril 2018

Un très bel article sur Welleman: http://www.sunrise54.fr/425613868

 

W.A.WELLMAN, un réalisateur rebelle et féministe.

Je découvre W.A.Wellman grâce à la diffusion de Convoi de femmes sur ARTE.

C’est un film admirable. La multitude de personnages secondaires, l’aspect choral et féministe en font un film très curieux. Les femmes en sont les véritables héroïnes. Même si la fin est un peu nunuche, comme un retour à la vraie vie du machisme dominant, cela reste une pépite dans le cinéma américain.

 

Du coup je regarde La ville abandonnée, du même réalisateur.

Là aussi le personnage féminin central, interprété par Anne Baxter est très fort, bien plus vrai et beau que ce ramassis de mâles dominés par leurs pulsions.

Là, il y a certes un héros positif incarné par Gregory Peck, mais il ne l’est pas pendant toute la moitié du film, il ne le devient qu’au contact de la fille et de son grand père. La photographie y est superbe. La scène avec les indiens apaches qui traversent la ville en silence et qui sont plus de pauvres gens que des sauvages féroces est presque surréaliste. Par contre la fin de La ville abandonnée est absolument navrante. Elle est ridicule et me semble être une concession au moralisme d’Hollywood.

Plus ancien, de 1933, la Rose de Minuit est aussi un film où le personnage central est une femme.

Description de la misère, de l’injustice, des maisons de correction puis de la délinquance et de la prison, la lutte de cette femme (Loretta Young) pour survivre passe par les hommes et leurs lois. Mais c’est elle qui finalement tue son souteneur. Là aussi le happy-end final est moral et irréaliste. Peu importe. Le noir et blanc est magnifique. Reste aussi les adorables flous vaporeux sur le visage de la vedette et les éclairages très soft des années 30. Tout cela a bien vieilli et pourtant, malgré le temps et l’oubli le regard de Loretta Young lorsqu’elle ment pour sauver son amant est toujours aussi beau et troublant.

Une dernière chose: les débuts de La ville abandonnée (1949) et de L‘étrange incident (1942) avec Henry Fonda, sont presque identiques. Des cowboys harassés et poussiéreux débarquent dans un bar et regardent fascinés et silencieux un grand tableau d’une femme lascive accroché au dessus du comptoir.

Ils sont venus pour boire et ne peuvent même plus commander leurs whiskies.

Que veut nous dire W.A.Wellman dans ces deux scènes d’introduction et donc de présentation des personnages ?

 

Que l’absence de femmes dans le Far West est un terrible malheur qui les ampute et les réduit au silence ? Il me semble que cette séquence répétée annonce surtout Convoi de femmes qui paraîtra en 1951.

Bref, je découvre en ce moment une filmographie très riche, celle de W.A.Wellman
et je m’en délecte par avance. Je vous tiens au courant…

Caillou, le 22 avril 2018

Sur convoi de femmes:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Convoi_de_femmes

Sur la ville abandonnée:
http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2010/12/la-ville-abandonnee-yellow-sky-william.html

Sur la rose de minuit
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rose_de_minuit
http://playitagain.unblog.fr/2013/09/20/rose-de-minuit-midnight-mary-–-de-william-a-wellman-–-1933/

Sur l’étrange incident:
http://www.dvdclassik.com/critique/l-etrange-incident-wellman

 

le goût du couscous

Toulouse. 26 octobre 2017.
La seconde librairie d’Ombres Blanches est noire de monde. Comme je suis très en retard j’ai loupé l’introduction de la conférence de Mohamed Oubahli : « De Rabelais à Flunch, le goût du couscous». On me tend un petit escabeau. Jamais vu autant de monde rassemblé dans cette salle ! Cela déborde maintenant entre les rayons de la librairie.
« Le goût du couscous », cela attire donc tant de gens ? Tandis que j’écoute attentivement les propos du conférencier j’essaie de deviner qui est venu l’écouter ce soir-là… Des gens plutôt âgés qui ont un rapport personnel, familial, historique avec le couscous ? Des Maghrébins ? Oui, quelques-uns mais pas beaucoup. Des jeunes aussi, jeunes femmes surtout…
Sont-ils là pour fêter Horizons Maghrébins, la revue d’Habib Samrakandi qui a organisé cette soirée goûteuse et musicale ? Pour les 40 ans du service « Art et Culture » de l’Université Jean Jaurès ? Pour écouter le luth oriental de Marc Loopuyt ? Peut-être aussi le public habituel de la librairie ? Qu’importe après tout. Il y a beaucoup de monde pour un sujet rarement abordé dans ce genre de rencontre : l’histoire d’un plat.
Et puis d’ailleurs pourquoi moi suis-je venu l’écouter cette conférence ? Et là je suis très étonné car je croyais naïvement que le couscous était un simple plat d’Afrique du nord, une recette sans histoire, une coutume populaire transmise de générations en générations et se pliant par contre aux contraintes locales d’approvisionnement, de poisson ici, de choux là, de viande parfois. Or Mohamed Oubahli nous fait voyager dans toute la Méditerranée, nous a fait retourner au Moyen-âge, nous emmène au Portugal…
En particulier sur l’origine du mot couscous lui-même, nous sommes, je crois, éberlués par ce travail de fourmi, d’archiviste, de dénicheur de menus de restaurant du 19ème siècle parisien…
Et du coup, grâce à lui, la tradition du couscous devient dans nos oreilles comme un art majeur, un joyau de la cuisine au même titre que les très grands plats de la cuisine bourgeoise, le bœuf Strogonoff, la poularde demi-deuil ou le homard à l’armoricaine.

Mon rapport au couscous, à moi, c’est juste deux pauvres feuilles A4, tapées à la machine à écrire sur du papier pelure, qui ont été tellement lues, pliées et repliées, avec des taches de gras, qu’elles devraient depuis longtemps avoir rendu l’âme, si elles n’étaient pas pieusement encadrées au dessus de mon bureau.

Le couscous que je fais, une ou deux fois par an, c’est l’émerveillement devant un problème de mathématique ! Il est impossible de faire rentrer tous les ingrédients, légumes et viande que ma recette demande dans n’importe quel couscoussier familial. Il me faut sortir un ou deux faitouts supplémentaires. Et pourtant je relis à chaque fois cette phrase d’introduction : Confection du couscous algérien pour 4 PERSONNES !

C’est un couscous de l’exil destiné à être lu par des Français de France, des Francaouis.

Il a été tapé à la machine, dans les années 1960, par une secrétaire de direction venue d’Alger à Paris en 1947, après une guerre glorieuse, comme transmissioniste, entre 1943 et 1945 (Campagne d’Italie, Débarquement de Provence, Libération de la France, La bataille d’Alsace puis l’invasion de l’Allemagne Hitlérienne)
Elle avait laissé tout ce qui lui restait de souvenirs à Alger. Alors vivre en France, y fonder une famille, y recevoir en 1962 les parents « pieds-noirs » tout cela demandait des racines. Et le couscous en était une importante

Je conserve ce document unique depuis plus de 40 ans. Je le consulte à chaque fois que je fais un couscous pour mes amis et pour ma famille. C’est un document qui me fonde, totalement, et auquel je ne change rien, pas la moindre virgule. J’aime tellement ce moment où je plonge les mains dans la semoule très chaude pour y émietter les petits morceaux de beurre, pour bien mélanger ce sable jaune à la bonne odeur de cannelle avant de la remettre dans le torchon blanc au-dessus de la vapeur du bouillon. C’est toujours pour de grandes fêtes où nous sommes nombreux et pas, comme il écrit, pour quatre personnes. Mais c’est le couscous de Madeleine Safra, ma mère ! Disparue en 1973.

D’entendre Monsieur Oubahli donner au couscous de telles lettres de noblesse cela m’a fait chaud au cœur. Déguster, à la fin de la soirée d’Ombres Blanches le couscous marocain de Habib, fut un vrai couronnement. Il n’était pas aussi bon que celui de ma mère mais je crois que c’est une phrase que j’ai déjà entendue.

Merci beaucoup à cette belle équipe.

Caillou, le 2 novembre 2017

La mine de Salau.

Suite du billet précédent…

Attendre l’arrivée du canoë. C’est au port de la Daurade à Toulouse.
Voila, il arrive avec le fut, chargé de résidu de l’ancienne mine.
Débarquement
Voila l’échantillon des restes de la mine.
La manifestation part dans les rues de Toulouse
Et arrive place du Capitole. Demain il sera livré au Conséil régional. 

Caillou, le 29 octobre 2017

Mine de Salau : les opposants vont manifester jusqu’à Toulouse

Depuis la fin des années 2000, nous assistons à la relance de l’exploitation du sous-sol français, en vu d’extraire des substances minérales et des hydrocarbures, pour des raisons économiques et politiques : variation des cours et volonté de sécuriser un approvisionnement en ressources stratégiques.

 L’après-mine à Salau … plus rien ne pousse sur les terrils depuis 30 ans !
Concernant les substances minérales, ces facteurs économiques et politiques sont les suivants :
– premièrement, les prix des métaux se sont envolés (ils ont globalement triplé entre 2002 et 2008),
– deuxièmement, la Chine, dont l’Union Européenne est fortement dépendante, a réduit ses exportations de différentes substances (terres rares, tungstène et molybdène) en imposant des quotas et des taxes d’exportation dès 2004. Ces restrictions ont été utilisées comme arme économique contre le Japon lors d’un différend en mer de Chine en 2010, entraînant une inquiétude au sein des gouvernements européens et une bulle spéculative sur les marchés. Ce contexte global a amené l’Union Européenne à adopter une initiative «Matières premières – répondre à nos besoins fondamentaux pour assurer la croissance et créer des emplois en Europe», en novembre 2008. Cette initiative prévoit notamment de «favoriser l’approvisionnement durable en matières premières en provenance de sources européennes». C’est dans cette logique que le gouvernement français a multiplié les déclarations : d’Arnaud Montebourg annonçant en 2014 la création de la «Compagnie nationale des mines de France» à Emmanuel Macron en 2015 déclarant «Oui. On peut dire que la France va rouvrir de nouvelles mines». Et la démarche est déjà lancée, comme nous le verrons.

Source : Creuser et forer, pour quoi faire ? Réalités et fausses vérités du renouveau extractif en France – Rapport / Les Amis de la Terre France / Décembre 2016

 La situation à Salau-Couflens

C’est dans ce contexte que Variscan mines à déposé un Permis Exclusif de Recherche Minière (PERM) sur la commune de Salau-Couflens le 20/11/2014, un an après l’octroi du premier PERM de Tennie entre la Sarthe et la Mayenne. Variscan assure que son permis n’aura pas d’impact négatif sur l’environnement et sur le contexte social de la vallée. Au contraire, son projet serait porteur de développement économique pour le secteur concerné. La société minière « junior » se contente d’analyser les contraintes du projet de recherche alors que l’objectif final est celui d’une exploitation minière avec tous les impacts liés à ce type d’activité. Point crucial car ce permis vaut autant pour l’exploitation que pour la recherche minière.
Ce faisant, Variscan oublie au passage que cette vallée a déjà beaucoup donné à ce type d’exploitation pour l’extraction du tungstène entre 1971 et 1986 et que les habitants, abandonnés par les précédents actionnaires ont cherché d’autres types de développements, incompatibles aujourd’hui avec une nouvelle exploitation industrielle.

Pour Stop Mine Salau les enjeux sont donc multiples :

  • Faire valoir et protéger les activités économiques existantes dans la vallée du Haut-Salat qui seraient mise en danger par une prospection et une exploitation minière polluante (présence d’amiante, d’arsenic, circulation de camions).
  • Veiller à la santé des habitants du bassin versant du Salat en raison des risques sanitaires liés à la présence d’amiante et d’arsenic.
  • Refuser de mettre en danger la santé, l’environnement et l’économie locale pour le profit d’une société dont la sincérité du discours et des engagements pris nous parait fortement douteuse, notamment car ce type de société est reconnu pour s’invertir dans des projets très prometteurs pour des perspectives de spéculation financière.
 Qui est Variscan Mines ?

Variscan Mines SAS, dont le siège social est à Orléans (France), est une société (par actions simplifiée à associé unique, SASU) dont l’associé unique est Variscan Mines Limited une société enregistrée et cotée à la bourse de Sydney (Australian Stock Exchange, ASX).
Le président de Variscan Mines SAS est M. Jack Testard, le directeur général est M. Michel Bonnemaison : tous deux sont des anciens membres du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), l’établissement public de référence dans les applications des sciences de la Terre pour gérer les ressources et les risques du sol et du sous-sol.

Variscan Mines est une société dite «junior», c’est à dire une société de taille modeste qui se consacre exclusivement à l’exploration minière et qui ne possède pas les moyens financiers, humains et matériels pour faire de l’exploitation (cas des sociétés dites «major»).

Une société junior se développe dans deux situations :

  • Si leurs prospections sont fructueuses et qu’un gisement s’avère exploitable, elles revendent leur permis à une société “major”.
  • Si les gisements ne sont pas exploitables, elles se retirent mais profitent de l’argent investi en bourse par des investisseurs ayant « misés » sur ces mines potentielles.

Nouvelle opération de sensibilisation de l’opinion publique. Et cette fois «à grande échelle» puisque l’association Stop-Mine-Salau (SMS) se mobilise depuis Saint-Girons jusqu’aux rives de la Garonne… avec comme destination finale le parvis de l’Hôtel de Région à Toulouse, sous les fenêtres de la présidente Carole Delga.


C’est sous la double forme « d’une marche citoyenne et une descente des rivières » que du samedi 21 au lundi 30 octobre que Stop-Mine-Salau invite tous ceux qui le souhaitent à se lancer dans l’opération baptisée « Plus/Pou Belle Rivière ». « Afin de sensibiliser les populations riveraines du Salat et de la Garonne aux pollutions laissées par l’ancienne mine de Salau et les prévenir des pollutions futures ». Avec le soutien du Comité écologique ariégeois et de l’association ariégeoise de défense des rivières « Le Chabot ».

SMS rappelle que « depuis plus de trente ans, un million de mètres cubes de déchets pollués ont été abandonnés à l’air libre sur le site de l’ancienne mine de Salau. Ces résidus miniers qui contiennent des quantités importantes d’arsenic, de bismuth, de cadmium et autres substances toxiques sont en état instable, ne bénéficiant d’aucune protection contre les incidents climatiques et les mouvements de terrains ». Des déchets stockés au dessus du ruisseau du Cougnets qui rejoint le Salat, « aujourd’hui maintenus par des digues constituées de sacs plastiques détériorés qui ont infecté les sédiments ; ceci contenant de grandes quantités d’arsenic et autres métaux lourds, sont retenus dans un bassin qui n’a jamais été vidé ». L’association dénonce une fois encore l’Etat, « en charge de l’étude et de la gestion du passif minier de Salau, il ne prend pas en compte les demandes légitimes des populations locales en termes de protection et de dépollution, mais il a délivré un permis de recherche de mine à la société Variscan concernant le même gisement ». Un PERM au delà duquel, « l’accentuation de ces pollutions se fera de manière exponentielle ! »

La prochaine descente des cours du Salat et de la Garonne doit donc marquer les esprits. «Il est très important que nos concitoyens, riverains et utilisateurs des rivières, qui sont et seront le vecteur principal de la dissémination de tous ces polluants soient informés et prennent conscience du danger».

Sept jours « pour dénoncer »

Samedi 21 octobre – Saint-Girons. Au parc du tribunal, de 10 h 30 à 14 heures, animation canoë et stand d’information.

Mercredi 25 octobre – Salies-du-Salat. A 15 heures, marche citoyenne ; à 17 heures, conférence public avec l’association ariégeoise de défense des rivières « Le Chabot ».

Jeudi 26 octobre – Cazères. A 15 heures, marche citoyenne ; à 17 heures, conférence publique avec le Comité écologique ariégeois.

Vendredi 27 octobre – Carbonne. A 15 heures, marche citoyenne ; à 17 heures, projection publique du film « Mine de rien » , suivie d’un débat.

Samedi 28 octobre – Muret. A 15 heures, marche citoyenne ; à 17 heures, projection publique du film « Mine de rien » , suivie d’un débat.

Dimanche 29 octobre – Toulouse. A 10 heures, à Saint Aubain, réunion d’information. A 14 heures, marche citoyenne depuis la Daurade jusqu’au Capitole.

Lundi 30 octobre – Toulouse. Parvis de l’Hôtel de Région : à 10 heures, rassemblement populaire, puis conférence de presse et remise d’un fût contenant  des déchets miniers pollués.

 

Tout pompé sur https://www.stopminesalau.com
Pétition sur https://www.change.org ici
Caillou, le 26/10/17

282 Kms en vélo

Nous sommes partis le lundi 7 août 2017 de très bonne heure.

Le premier rendez-vous est au lac de Sesquières. On prend beaucoup de retard car il faut réussir à remplir les 4 voitures d’accompagnement avec tout le matériel de camping pour 20 personnes: 18 adultes et 2 enfants. Il fait beau.
Le canal des deux mers s’ouvre à nous.

À Pompignan, chez des amis de Marie-Françoise, qui nous ont offert une salade de tomates et des concombres du jardin, première halte pique-nique… 

… on étudie les cartes pour fixer le prochain rendez-vous.Et tout le monde est très attentif aux consignes.

Faire attention au soleil, donc un chapeau et placer le casque par dessus…

et nous voilà repartis.

Après une belle journée nous arrivons à Moissac, au camping “Le Moulin de Bidounet”.
(82 Km) Il faut monter les tentes et préparer le repas, salade de tomates et pâtes à la ratatouille de Rosemyne.

À l’heure de l’apéritif, avec de la Carthagène  du Minervois, offerte par Jenny, nous posons tous (non, il manque Hubert et Carmen) bien sagement devant l’objectif. Mais l’orage menace… Il va pleuvoir toute la nuit et malheur à ceux dont la tente (usée jusqu’à corde) prend l’eau. Ils se réveillent avec toutes leurs affaires trempées.

Et nous voilà repartis. Rouler par cette fraîcheur matinale est très agréable. Sur le chemin de halage du canal le seul inconvénient ce sont les racines des platanes qui en déforment le revêtement. Au point d’en faire mal aux fesses.

La pause méridienne se fait à l’écluse Le noble. Et petit à petit les cyclistes de l’équipe arrivent pour se restaurer tous ensemble. 

Un autre arrêt se fait à l’écluse de Sérignac.

Puis nous terminons la journée au Camping du Lac, à St Pierre de Buzet,  juste avant Damazan. (165 Km) La soirée se passe très bien, dans un magnifique coucher de soleil, mais  le retard accumulé le matin par nos déboires météorologiques et la préparation des tentes et du repas (coquillettes à la ratatouille)  nous font coucher très tard…

Et le lendemain matin nous ne sommes pas très frais !

D’autant que la pluie revient en plein petit-déjeuner!

On se réfugie où on peut, par exemple dans les toilettes du camping et là on étudie la météo et les cartes pour s’inquiéter de la journée qui commence.

Ces péripéties humides m’amènent à composer, au rythme de ma bicyclette, une ode très périssable que j’intitule: La nuit de Damazan

C’est l’équipée sauvage
au soir du deuxième jour
qui choisit cet ombrage
pour le repos du tour.

Sous les trois chênes immenses
dans le soleil couchant
qui brillait sur l’étang
ils plantèrent leurs tentes.

Pour une vague histoire
de téléphone caché
dans une tente pliée
ils étaient en retard.

La nuit tombait guillerette
ils étaient fatigués
Rosemyne s’affairait
ils firent des coquillettes.

Jean-Paul s’écria
que la lumière soit
Samuel jetait des cordes
et la lumière fut.

Ils croyaient faire bombance
il n’y eut pas d’saucisson
heureusement qu’Hubert
distribuait les canons.

Carmen râlait un peu
elle alla se coucher
tout le monde parfait trop fort
la lune se levait.

Et la nuit fut très belle
les étoiles sur la voûte
les berçaient dans leurs lits
au son de l’autoroute.

Le lendemain matin
l’averse fut énorme
il plut d’un coup les cordes
que Samuel avait jetées.

Et l’équipée sauvage
tout juste un peu trempée
a repris son voyage
vers d’autres randonnées.


Et nous reprenons la route jusqu’à la prochaine halte…

… au Mas d’Agenais, où nous avons rendez-vous pour le déjeuner.

Les cyclistes de l’équipe ne visitent ni la Halle ni la Collégiale, (car elles sont trop en hauteur), et mal nous en prend car l’averse nous surprend de nouveau en plein repas…

Et nous terminons la journée au camping de la Réole. (211 Km) C’est le camping municipal. Deux douches pour tout un camping bondé et des toilettes datant du XIXème siècle…
Le soir nous allons manger au “Marché de Producteurs de Pays” à Meilhan, de grandes tables sur la place, des stands de toutes sortes de productions locales, des barquettes de frites, du vin… et de la musique dans le genre flon-flon.

Nous partons à quelques uns faire le tour du promontoire. Une très belle vue sur le fleuve et le canal et sur la plaine…

Mais la nuit tombe et demain nous quittons la vallée de la Garonne pour rejoindre celle de la Dordogne et St Émilion. Et nous savons bien qu’il va falloir grimper.

Nous nous retrouvons pour manger à Sauveterre de Guyenne. Jeff a fait beaucoup d’images…
À partir de là une excellente piste cyclable, la piste Lapébie  sur une ancienne voie ferrée. Piste bucolique qui va permettre de remonter vers le nord, vers Branne et la traversée de la Dordogne…
Puis nous montons à St Émilion et 5 Km plus loin nous arrivons à St Christophe des Bardes.  au Moulin de Lagnet (282 Km).
Pierrot et Annelise, vignerons en bio, nous y attendent et nous font visiter leurs caves.

Le reste du voyage se fait autour de grandes tables et de bonnes bouteilles…

Et puis chacun repart dans sa propre direction, vers de nouvelles aventures…

Et le lendemain matin, le 11 août, avec les derniers participants nous mangeons avec nos hôtes.

A l’année prochaine ? Pourquoi pas?
Merci à toutes les personnes qui ont organisé, qui ont conduit les voitures et qui nous ont reçus.

Envoyez moi d’autres images. Je les rajouterai…
Caillou, le 16 août 2017

Parallèle 50: quelques hommes…

Artur London mentionne, dans son livre  L’Aveu, paru en 1968, sa participation à  la direction politique de Parallèle 50.

P50 N°31 25 janvier 1947
Parallèle 50 N°31 du 25 janvier 1947

André Simone, journaliste tchèque, de son vrai nom Otto Katz, fut exécuté en 1952, en Tchécoslovaquie,  dans le cadre du procès Slansky.

P50 N°32 1er février 1947
Parallèle 50 N°32 du 1er février 1947

André Ulmann. Journaliste, ancien résistant et déporté de Mauthausen.
Disparu en 1970. Il dirigea surtout la revue La tribune des Nations

TdN N°50 30 août 1946
Tribune des Nations N°50 du 30 août 1946

Edgar Morin. Il ne resta pas très longtemps dans ce journal. Dans Autocritique, Edgar Morin indique que « ce journal » lui a été interdit.

P50 N°73 2O décembre 1947

André Fougerousse. Ancien déporté de Mauthausen.
Il travailla ensuite dans la revue Constellation.
Je ne sais rien de plus sur cet ami de mon père.

P50 N°57 30 août 1947 fusion

 Constellation N°65

Voilà. Ces revues sont conservées précieusement à  la BNF ou à la BDIC de Nanterre.

Je n’ai trouvé qu’une seule étude universitaire sur Parrallèle 50.
Parallèle 50: un périodique tchécoslovaque, communiste et parisien contre la division de l’Europe 
de Françoise NOIRANT
On peut en lire des extraits ici:
http://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_2000_num_59_1_403228

Par ailleurs on trouve de nombreuses référence à André Ulmann dans les livres de
Thierry Wolton, Le KGB en France, Dominique Desanti, Les staliniens 1944-1956 et Ce que le siècle m’a dit, Frédéric Charpier,  l’Agent Jacques Duclos.
Mais le personnage étant extrêmement trouble, à la fois grand résistant, membre de la résistance intérieure dans le camp de concentration de Mauthausen, mais aussi peut être agent d’influence soviétique, manipulateur dans le procès Kravtchenko (J’ai choisi la liberté), je laisse son mystère reposer.
Après tout qui cela peut-il encore intéresser?
Je referme doucement, avec ses rubans, le grand paquet gris contenant la revue
Parallèle 50 de la bibliothèque de Nanterre…

Caillou, le 2 août 2017

 

Parallèle 50, une plongée dans l’Histoire.

Parallèle 50 N°30

Mon père, Georges Bernard, travaillait dans ce journal, Parallèle 50, paru dans l’immédiat après-guerre. Il y était entré sur les conseils de André Fougerouse.
Ce journal était dirigé par Arthur London (1°) et un des éditorialistes principaux en était André Ulmann (2°). Tous les quatre étaient des anciens résistants et déportés du camp de concentration de Mauthausen.
Et dans ces années où le Parti Communiste s’intitulait “le Parti des fusillés” c’est tout naturellement qu’ils étaient communistes.

Parallèle 50 était un journal d’information sur les pays de l’Est et sur la Tchécoslovaquie en particulier.
Et là une date importante: février 1948, le Coup de Prague (3°) où les staliniens prennent vraiment le pouvoir à Prague, pouvoir qu’ils partageaient jusque là avec les sociaux-démocrates, les agrariens, les démocrates slovaques et les socialistes-nationaux.

Le seul article de Georges que je retrouve dans Parallèle 50 est du 19 avril 1947 donc dans une période où perdure encore l’illusion d’une cohabitation commerciale et culturelle entre Communisme et Capitalisme, entre l’Union Soviétique et  l’Ouest… Illusion qui va s’effondrer avec la guerre froide.

P50 N°38 19 avril 1947 Georges - copie

SYMBOLE DE PRAGUE
La défaite du Reich hitlérien a consacré, parmi tant d’autres écroulements, celui de Vienne comme métropole de l’Europe centrale.

La décadence de la capitale de l’ancien empire des Habsbourg, commencée dès la fin de la première guerre mondiale, s’était accélérée après l’Anschluss. Le « Prater » n’était pas fait pour servir de terrain d’exercices aux Chemises brunes, ni les frondaisons de Schœnbrunn pour abriter les automitrailleuses de la Wehrmacht.
Vienne perdit ses raisons d’être une grande capitale. Elle dut s’effacer devant Berlin et devint une cité provinciale privée des apports qui lui avaient donné jusque-là son faste et son rayonnement.
Cependant, entre Paris, Moscou et Constantinople, la géographie comme l’histoire imposent la présence d’une ville de caractère international. La succession de Vienne est ouverte.
A l’issue de la guerre, il s’avère que Prague est appelée, désormais, à jouer ce rôle de capitale pour tous les pays du centre de l’Europe.
Prague, la « ville dorée », la « ville aux cent tours », est sortie miraculeusement intacte du cataclysme. Alors qu’autour d’elle Belgrade, Varsovie, Vienne sont devenues des monceaux de ruines, Prague a gardé les merveilleuses richesses architecturales qui ont fait une partie de sa gloire. A ces causes matérielles du nouvel essor de Prague s’ajoutent des raisons d’ordre moral, car on ne peut oublier que la capitale de la Tchécoslovaquie fut le lieu de naissance de la résistance antihitlérienne et que les premiers martyrs de la cause de la liberté furent de ses citoyens.
Prague est aujourd’hui un symbole riche de signification. Elle se trouve sur la ligne de séparation de « l’Ouest » et de « l’Est ». Sur ce qu’on ne peut appeler autrement que cette frontière de deux mondes souvent opposés, elle demeure un lieu de convergences pacifiques. Nulle part ailleurs les deux systèmes n’ont davantage d’occasions de contact non seulement dépourvus de violence mais encore chargés d’espérance et d’amitié.
Le gouvernement de Prague est présidé par le communiste Gottwald, dont l’adjoint est un prélat catholique : Mgr Schramek. Une compétition courtoise et une discussion parfois animée mais jamais venimeuse mettent aux prises les différents partis de Tchécoslovaquie mais toujours selon les règles d’une démocratie bien comprise.
La Tchécoslovaquie n’a qu’une courte frontière qui ne soit pas commune avec l’Union soviétique, c’est celle qui la sépare de la zone d’occupation américaine en Allemagne.
Les conséquences de la guerre l’ont rendue voisine et tributaire de l’URSS, dont elle est l’alliée, mais ce voisinage ne lui impose nulle restriction de liberté.
Vers Prague se tournent les regards de tous ceux qui persévèrent dans leur espoir d’une synthèse possible entre les deux systèmes qui tendent à se partager le monde. Ils y voient la promesse d’une construction pacifique du monde.
Dominant l’étagement des maisons et des palais, le Hradchany domine Prague. Il abrite le premier personnage de l’État, le président Bénès, qui a représenté pendant toute la guerre la Tchécoslovaquie libre aux côtés des Alliés. Sa popularité ne le cède qu’à celle dont jouissait le président libérateur T-G. Masaryk. Comme Masaryk, Edouard Bénès est un philosophe imprégné de culture occidentale. Sa formation intellectuelle comme son expérience politique en ont fait un démocrate qui sait apprécier le prix de la liberté. Aussi bien son action à la tête de l’État tchécoslovaque s’inspire-t-elle du permanent souci de conciliation et de synthèse des deux influences dont Prague demeure le point de rencontre fraternel. Puisse la ville de Jean Huss devenir l’exemple que les hommes voudront suivre !
Georges BERNARD

 Voici un article qui va dans le même sens et s’étonne du “rideau de fer”.
Il date du mois de mai 1947

P50 N°41 10 mai 1947 rideau de fer

 Ou celui-ci, du romancier Louis Martin Chauffier (4°) et qui date de août 1947:

P50 N°56 28 août 1947 Chauffier petit

Prague choisit la paix… et joue gagnant.
par L. MARTIN-CHAUFFIER

La raison du voyage que je viens de faire en Tchécoslovaquie, en Roumanie et en Hongrie était de prononcer des conférences. Mais le dessein qui me poussait de ville en ville, de pays en pays, débordait cette fin officielle. Je venais moins pour donner que pour recevoir. Plus exactement, j’étais en quête d’échanges.
Je cherchais réponse à la question à mon gré la plus pressante et la plus grave, car de ce qu’elle allait être dépendait l’avenir de la paix. Pouvait-on concilier l’exercice de la liberté et l’établissement de la justice sociale ; une certaine notion de l’homme, ancienne et éprouvée et l’avènement d’une société nouvelle où la justice, en effet, économique et sociale établirait de nouveaux rapports entre les hommes dans leur communauté? Si la réponse était favorable, tout pouvait être sauvé. Mieux que sauvé : à partir du moment où le salut est possible, on peut aller plus loin et prétendre au progrès.
Je dois dire dès maintenant que je suis revenu en France plus optimiste que je n’en étais parti. Les événements qui ont suivi mon retour ont pu provoquer de légitimes inquiétudes; mais non point altérer une confiance qui repose sur un fond plus solide que l’événement.
La paix n’est pas établie. Mais les conditions de la paix sont définies. Elles ne sont point, pour autant, réalisées, ni même préférées. On les connaît pourtant, et c’est beaucoup. Et j’ai vu au moins un pays où elles étaient en voie de réalisation; deux autres où elles constituaient l’objet de leur préférence.
La Tchécoslovaquie m’a apporté mieux qu’une réponse : la preuve par les faits. Elle a choisi la paix, et joue gagnant. Si, dans l’ordre de l’établissement de la démocratie, elle est en avance sur la Roumanie et la Hongrie (1), les raisons en sont multiples. La Tchécoslovaquie n’a plus à faire l’apprentissage de la démocratie Elle l’a reçu, au sortir de l’autre guerre, des mains de Masaryk et de la bienveillance des Alliés. Elle s’y est adaptée sur-le-champ et lui a donné une de ses formes les plus achevées. Soutenue dans cette réussite, non seulement par l’esprit de son peuple, mais par la chance de pouvoir confier la conduite de l’État à deux grands présidents, dont le second a reçu les leçons, suivi les principes du premier.
Quand, avant même la fin de cette guerre, le retour de Bénès a confirmé la continuité de la pensée politique tchécoslovaque, le pays s’est mis aussitôt à l’œuvre et a appliqué les décisions communes à tous les partis et mûries dans l’exil. C’est de cette promptitude et de cette rigueur que j’ai pu admirer les effets.
Un pays qui a pu restaurer sa monnaie – au prix de quels sacrifices – établir un juste équilibre entre les salaires et les prix, redresser son industrie, chasser les Allemands des Sudètes et dépouiller la noblesse collaboratrice, promulguer et commencer d’accomplir un plan de reconstruction et de justice sociale ; voilà, certes, un modèle à proposer. Il y faut un peuple sage, rude et fier, dur au travail, qui aime l’ordre, la liberté, la sécurité, en attendant la récompense que méritent ses vertus.
Mais tout cela, je le répète, est d’abord l’effet de la promptitude et de la rigueur, qu’un Français ne peut pas admirer sans envie. Et il n’admirera pas moins que cette promptitude ne se déforme pas en une hâte imprudente dans les domaines où la réflexion s’impose. La Tchécoslovaquie n’a pas encore établi sa nouvelle Constitution. Elle n’a pas à se presser, rien ne menace la République; et, si le problème slovaque soulève des difficultés, il ne menace pas l’unité de l’État. Tous les partis, dans ce pays sans riches et sans esclaves, cherchent ensemble une définition commune de la démocratie adaptée à l’époque et aux données du réel; une démocratie proprement nationale, c’est-à-dire universelle dans ses principes et particulière dans leur application : une dans son désir égal de la liberté et de la justice, pluraliste dans ses opinions et ses moyens; une dans l’État, diverse dans ses ressources et ses expressions.
Voilà bien ce qui m’a réconforté. En ce point central de l’Europe, à l’Est comme à l’Ouest, la Tchécoslovaquie reconnaît les siens. Les partis sont unanimes à vouloir que la politique étrangère soit liée à celle de l’U.R.S.S. Tout, en effet, les y convie : la géographie, les intérêts économiques, les affinités, la prudence, la méfiance de l’Allemagne, souci majeur.
Mais, en même temps, elle tourne vers l’Ouest le regard et l’esprit. Elle veut jeter dans sa pâte tous les ferments qui la font lever et qui, ensemble, permettront de composer ce que le monde entier devrait souhaiter : des hommes libres dans une société juste.
Pour cela, il ne faut point d’exclusive. À chaque pas, en toute occasion, dans ce pays qui possède la liberté intérieure et tend vers la justice, j’ai reconnu les marques de cette durée vivante d’un peuple, d’un État qui ne renient aucune des grandeurs du passé — mais ne retiennent du passé que ses grandeurs et ses valeurs efficaces — et qui l’ajustent, l’intègrent, le prolongent de toutes les valeurs nouvelles dont l’époque, le voisinage, les amitiés traditionnelles lui offrent les exemples ou les modèles assimilables.
L’unité dans la diversité, condition de la liberté : tel peut être l’apport de la France — pays du dialogue — en échange de cette promesse que propose à tous la Tchécoslovaquie : la contradiction à laquelle on veut réduire les éléments civilisateurs distincts, mais non opposés, est une imposture majeure.
Elle en démontre l’erreur mortelle, comme le sage démontrait le mouvement en marchant. Slave et latine, millénaire et jeune, la Tchécoslovaquie, qui a surmonté toutes les tyrannies et sauvé son âme et sa langue, me paraît vraiment la terre, la nation faites pour réconforter l’espérance et rompre les fausses barrières.
1° Il ne s’agit en effet que d’une avance. J’aurais l’occasion de revenir sur ces deux pays où se forme déjà une conscience démocratique contrariée longtemps par les conditions historiques.

 Mais ces articles semblent très naïfs quand quelque mois plus tard Parallèle 50 devient la vitrine du système liberticide qui s’étend sur les pays de l’Est. Comme par exemple cette retranscription du procès des démocrates slovaques du 15 novembre 1947:

P50 N°68 15 novembre 1947 - copie

Parallèle 50 N° 68 du 15 novembre 1947
La crise tchécoslovaque est une affaire intérieure.
Découverte d’un complot en Slovaquie.
Le commissariat à l’intérieur de Slovaquie a annoncé officiellement, d’après les premières informations, que ses organes de sécurité avaient découvert une nouvelle organisation antigouvernementale.

Cette organisation avait Brastislava pour centre ; elle travaillait en relations étroites avec des émigrés slovaques de l’étranger et préparait la destruction et la liquidation de la République tchécoslovaque. Dans l’état actuel de l’enquête, on a pu mettre en lumière les faits suivants :
1° L’organisation centrale a été créée selon les directions des émigrants et son activité était dirigée selon le programme des représentants des émigrants ;
2° Cette organisation illégale anti-nationale avait établi des plans d’espionnage économique, politique et militaire, dont les résultats devaient être livrés à des puissances étrangères.
3° La centrale avait presque terminé l’organisation des secteurs. Au point de vue technique, il est nécessaire de préciser qu’à la tête des secteurs se trouvaient de hauts fonctionnaires de l’État, d’anciens collaborateurs faisant partie de l’élite intellectuelle et des hommes politiques. La réalité confirme l’état avancé des préparatifs. On envoyait de l’étranger en Slovaquie des décrets de nomination pour les membres du centre et hauts fonctionnaires de l’organisation.
4° Le but de cette organisation était l’exécution d’un coup d’État et la destruction de la République tchécoslovaque par un coup de force exécuté à un moment opportun de la situation politique Internationale.
5° Des liaisons passaient régulièrement en Slovaquie, et étaient également munies d’un matériel parfaitement approprié. Dans ce matériel, on a trouvé des décrets et des lettres de créance manuscrites établies par le Dr Durcansksy pour les représentants et les agents du mouvement.
Jusqu’à présent, les personnes arrêtées, parmi lesquelles se trouvent des membres de la centrale du réseau, reconnaissent et confirment les uns et les autres leur action criminelle.
Exposé de M. Ferjencik, commissaire slovaque l’intérieur, sur les plans et organisation du complot.
Le Dr Ferjencik, commissaire à l’Intérieur, a fait le 25 octobre devant l’Assemblée des commissaires, à Bratislava, un exposé détaillé sur l’activité des membres arrêtés des groupes ayant participé au complot de Slovaquie. Dans le préambule de son exposé, il a déclaré que l’idéologie des membres du complot était fondée sur la propagande fasciste de l’ex-État slovaque et qu’elle a trouvé un terrain favorable dans une certaine partie de la population, surtout auprès des intellectuels, ces milieux ayant persisté dans leur attitude anti tchécoslovaque même après la Libération.

Il existe, outre le fameux groupe de Durcansky, quatre autres groupes de conspirateurs se trouvant à l’étranger: à savoir : 1) le groupe de résistance révolutionnaire slovaque dans la zone d’occupation française en Allemagne ; 2) le groupe de Charles Sidor à Rome ; 3) celui de Constantin Culen aux États-Unis ; 4) le groupe de Pridarek à Londres. Durcansky entra en relation avec la clandestinité slovaque par le truchement du groupe de résistance révolutionnaire slovaque pour recevoir des informations de caractère politique, militaire et économique qu’il utilisait surtout dans les nombreux memoranda qu’il a envoyés aux hommes d’État de diverses puissances. Durcansky a aussi fait tenir en Slovaquie, à l’aide d’émissaires, des directives précises concernant l’activité gouvernementale.
L’arrestation de Rudolf Komander – agent de liaison du groupe de résistance révolutionnaire slovaque – qui était en mission de liaison en Slovaquie et rentra ensuite en Autriche a aidé à démasquer ce groupe.
Dès le commencement de l’année dernière, les services de la Sûreté nationale démasquèrent l’activité du Dr Chalmovsky. II a pu être prouvé que celui-ci était rentré d’émigration sur l’ordre des chefs se trouvant à l’étranger. II a été condamné par le Tribunal régional de Brastislava à huit mois de prison. Après avoir purgé sa peine, il s’est enfui de nouveau à l’étranger.
Au cours de l’été 1946, un autre troupe antigouvernemental a été démasqué et liquidé. Ce groupe entretenait des liaisons avec l’étranger par le truchement de l’étudiant Fera Panek.
Peu de temps après, les services de la Sûreté réussirent à arrêter Fero Petras et William Mihalovic, agents de liaison du religieux Victor Kaciarik. Après l’interrogatoire de ces individus, on a pu démasquer et liquider ce qu’on appelle la Centrale de Vienne et arrêter son organisateur Michel Stefula. La découverte du groupe de Zilina a mis sur les traces d’un complice se trouvant dans le pays et d’un des agents de liaison principaux et longtemps recherché, l’étudiant émigré Rudolf Komander, alias Kostra, qui fut arrêté avec tous les papiers l’accréditant. Après la récupération de tout ce matériel, les organismes de la Sûreté nationale ont procédé à la mise au grand jour et à la liquidation de tout le groupe du Dr Durcansky.
Lors de la découverte de ce qu’on appelle le groupe Durcansky, parmi les premières personnes arrêtées furent les membres de la Direction centrale du Comité d’action slovaque en Slovaquie. Un des principaux collaborateurs de Durcansky en Tchécoslovaquie et son principal agent de renseignements était Otto Obuch, qui, en sa qualité de fonctionnaire du cabinet de la vice-présidence du Conseil envoyait à Durcansky des renseignements sur les séances confidentielles et secrètes du gouvernement qu’il s’appropriait.
À la date du 14 octobre on avait arrêté 88 personnes, au 21 octobre 124, dont 14 ont été remises en liberté. 53 personnes ont été inculpées définitivement et 57 provisoirement.
Dans la conclusion, le Dr Fer-Jenclk apprécia l’influence de l’activité des groupes antigouvernementaux sur l’opinion publique en Slovaquie. II a déclaré que la découverte et la liquidation des deux groupes antigouvernementaux de Slovaquie ont provoqué un grand nombre de conjectures erronées, d’hypothèses et de commentaires qui ont été présentés par la presse étrangère de manière fantaisiste.
Le cas du secrétaire général du parti démocrate slovaque le député J. Kempny
Le Dr Husak, président du Conseil des commissaires, a remis au gouvernement et au Conseil national slovaque la démission de tout le Conseil des commissaires. La déclaration des membres communistes du Conseil des commissaires proclame que ce Conseil, avec sa majorité de démocrates slovaques “non seulement n’a pas su limiter, mais a favorisé nettement, et sur une grande échelle, l’activité de trahison et d’espionnage d’éléments antinationaux »

Voici le communiqué du ministère de l’intérieur en date du 3 novembre 1947 :
« Sur une demande du tribunal régional de Bratislava en date du 29 septembre 1947, l’Assemblée nationale constituante a fait ouvrir une information judiciaire et intenté des poursuites contre le député Jan Kempny, secrétaire général du parti démocrate slovaque.
Les bases sur lesquelles Kempny est l’objet de poursuites se sont substantiellement élargies ces derniers jours grâce à l’enquête de la Sûreté slovaque. Il a été vérifié que le Dr Jan Kempny, dès 1944, jusqu’à la libération de Bratislava par l’armée soviétique, a participé aux réunions des jeunes radicaux populistes dirigés par le Dr Ferdinand Durcansky. À ces réunions  il a été décidé que les populistes devaient, après la Libération, s’infiltrer dans l’appareil ainsi que dans les institutions politiques économiques et culturelles de l’État et y travailler en vue de la restauration de l’État slovaque.
Le Dr Kempny obéissait strictement à ces directives.
Le député Dr Jan Kempny avait reçu du Dr Ferdinand Durcansky des instructions, par le truchement d’un des membres de son groupe subversif, au cours de réunions secrètes qui se tenaient chez lui.
Des rapports ont été plusieurs fois lus sur les résultats des voyages qui conduisirent ce membre important du groupe chez Priedavka, à Londres, et chez Kirschbaum en Suisse, qui l’un et l’autre travaillaient contre la République tchécoslovaque. On lisait aussi à ces réunions un matériel de propagande antigouvernemental amené secrètement en Tchécoslovaquie.…/…
Copyright « PARALLELE 50 »

Tous les ingrédients des procès staliniens sont déjà là.
Etrange impression de lire quelques années plus tôt, en 1947, dans le journal dont il était le directeur, la description d’un complot qui va broyer des hommes comme Arthur London en 1951…

Après février 1948 et le Coup de Prague, Parallèle 50 perd tout intérêt et devient un journal de propagande  stalinienne où pourtant beaucoup d’intellectuel(e)s de ces années là ont écrit:

P50 N°69 22 octobre 1947 petit

Notes:
1° https://fr.wikipedia.org/wiki/Artur_London
2° https://fr.wikipedia.org/wiki/André_Ulmann
3° https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_de_Prague
4° https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Martin-Chauffier

Caillou, le 1er août 2017