D’un crime sordide et de son utilisation

LE CRIME
Meurtre de Vanesa Campos au bois de Boulogne.
Cinq suspects mis en examen

Une travailleuse du sexe a été tuée alors qu’elle tentait d’empêcher plusieurs hommes de dépouiller un client dans ce haut lieu de la prostitution à Paris.


LE MONDE | 27.08.2018
Cinq personnes ont été mises en examen et placées en détention provisoire pour le meurtre d’une prostituée trans dans le bois de Boulogne, a-t-on appris de source judiciaire, lundi 27 août. Vanesa Campos, 36 ans, d’origine péruvienne, a été tuée dans la nuit du 16 au 17 août alors qu’elle tentait d’empêcher plusieurs hommes de dépouiller un client dans ce haut lieu de la prostitution parisienne.
Huit personnes ont été interpellées le 21 août et cinq d’entre elles mises en cause dans le cadre de cette enquête pour « meurtre commis en bande organisée » et « vols en réunion avec dégradations ».
«Responsabilité politique»
Ce meurtre résulte d’une «responsabilité politique» liée à l’adoption de la loi sur la prostitution, ont dénoncé des associations LGBT lors du rassemblement en son hommage, vendredi, à Paris.
Des organisations, dont l’association de défense des personnes trans Acceptess-T, demandent l’abrogation de ce texte qui ferait baisser les revenus des prostituées et les obligerait à exercer dans des endroits plus isolés, à l’écart de la police, où elles sont davantage exposées aux agressions.
Alors que les associations dénonçaient le silence du gouvernement depuis le meurtre, le secrétariat d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes a tweeté vendredi un message de condoléances de Marlène Schiappa adressé aux proches de la victime. «Toutes les femmes doivent être protégées des violences sexistes et sexuelles, toutes ces violences doivent être condamnées», a déclaré la secrétaire d’Etat.

ET SON UTILISATION
Communiqué du réseau Zéromacho

On ne dit jamais assez de bien des congrès internationaux. Comme on peut le constater à la lecture du compte rendu ci-dessous, ils sont une source inépuisable d’enseignements, et on y fait des rencontres enrichissantes. Ainsi, les deux membres de Zéromacho qui sont intervenus lors du Congrès international des recherches féministes dans la francophonie ont eu la chance de découvrir le « féminisme pute » et d’échanger avec quelques-un·es de ses représentant·es.
Oui, nous l’avouons, nous ignorions tout, jusqu’à son existence même, du «féminisme pute». Nous en connaissons désormais, sinon toutes les subtilités, du moins l’essentiel. Le «féminisme pute» a la rhétorique tendue comme un élastique de string, n’hésite pas à employer des raccourcis imagés, postillonne volontiers dans les narines de ses interlocuteurs et est très tatillon sur le droit à l’image.
Si l’évolution des luttes pour l’égalité suit son cours actuel, lors d’un prochain congrès, nous ne désespérons pas de pouvoir échanger avec des représentant·es du «féminisme maquereau».

Nous devions présenter une communication, au titre de deux associations dont nous sommes membres, Zéromacho et Femmes pour le dire, femmes pour agir (FDFA).
À 14h, Olivier Manceron, qui préside la réunion, ouvre la séance, en présence d’une douzaine de congressistes, puis passe la parole à Alain Piot. À 14h05, un groupe fait irruption très bruyamment, hurlant et bousculant tables et chaises. Il se compose de cinq personnes, âgées de 20 à 50 ans, trois hommes et deux femmes.
Ces personnes cherchent Patric Jean, l’un des fondateurs de Zéromacho. Elles s’approchent de nous et nous demandent : «Êtes-vous Patric Jean, celui qui a fait des discours pour justifier cette loi épouvantable ?» Non, aucun de nous n’est Patric Jean. Elles reprennent : «Est-ce qu’il a changé d’avis ? Est-ce que vous êtes de son avis ?» Oui, nous partageons la position de Patric Jean. Ces personnes, qui se présentent comme appartenant au STRASS (Syndicat des travailleurs/ses du sexe), s’en prennent alors à nous comme si nous étions les responsables de la loi qui, selon elles, les «livre à la violence». Elles hurlent : «Si je veux passer ma vie à sucer des bites, c’est mon choix» ; «C’est mon sang que vous avez sur les mains» ; «Vous êtes des assassins, vous avez sur les mains le sang de Vanesa, vous êtes contre notre métier et pour la loi contre nos clients ».
Vanesa était une personne prostituée péruvienne, qui a été tuée dans le bois de Boulogne pendant la nuit du 16 au 17 août. La loi dont il s’agit est celle du 13 avril 2016, qui prévoit la pénalisation des hommes payant pour un acte de prostitution.
La violence de ces personnes est d’abord dans leurs mots et leurs gestes. Puis elles s’aperçoivent que certaines participantes, assises à leur place, ont pris des photos ou des vidéos. Elles exigent de façon menaçante de se faire remettre les téléphones portables pour pouvoir effacer ces témoignages : en témoigne Annie Sugier qui avait effectivement pris des photos avec son IPhone.
Alerté·es par les hurlements agressifs, d’autres participant·es au congrès arrivent des salles voisines, observent la scène mais n’interviennent pas. À 14h30, les 5 personnes se retirent. Bilan : vingt-cinq minutes de violence verbale et de menaces pour intimider et réduire au silence deux hommes engagés contre le système prostitueur et pour la défense des femmes handicapées.
Nous n’avons pas identifié les agresseurs. Comme ils ont pu entrer dans le congrès, ce qui supposait une inscription, nous pensons qu’ils ont participé au colloque, inclus dans le CIRFF, et intitulé « Féminisme pute, expertise et luttes des travailleurs/ses du sexe ».
Cordialement,
Les responsables de Zéromacho

Il y a sûrement dans votre entourage des hommes prêts à dire publiquement NON à la prostitution et OUI à l’égalité femmes-hommes. Prière de leur proposer de signer le manifeste sur le site zeromacho.org ! L’union fait la force !

Caillou, le 13 septembre 2018

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