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Après le combat Bang Tra 11.7.47.

Je voudrais demander un renseignement.
C’est une longue histoire.
Dans l’album de photo de ma famille il y a une toute petite image de 8 sur 5 cm.

Que je n’avais jamais bien regardée.
Au verso il est écrit: Après le combat Bang Tra 11.7.47.
Je ne sais ni par qui elle a été prise ni qui est le personnage principal qui y figure.
Mais en la regardant mieux, à la loupe, elle s’avère extrêmement dure!

J’ai écrit à un commandant-historien de la gendarmerie à cause d’un article trouvé sur le net: http://rha.revues.org/7579

Si vous en savez un peu plus, en particulier sur le personnage qui y pose, j’aimerais bien savoir comment et pourquoi cette image a été conservée par ma famille. Est-ce un militaire, un gendarme, un civil armé ?
Et dans ce cas est ce qu’il pourrait s’agir de:
PUCCINELLI Edmond, Francis, René, né Le 11 septembre 1916 à Nice et décédé à Tan-Nhuan (Province de Biênoha) – Cochinchine- le 25 août 1947 ?
C’était un résistant, dont le pseudo était Pontcarral, ami de mon père, ce qui expliquerais que cette image soit dans l’album. 

Il me répond:

Vous trouverez ci-dessous la réponse qui m’a été faite par le musée.
(Il s’agit du musée de la Gendarmerie de Melun.)
Bien cordialement,

Mon Commandant, Il s’agit d’un militaire français, vêtu d’une chemise kaki, d’un pantalon de treillis HBT (herring bone twill), de guêtre tissus et d’un bonnet de police, le tout vraisemblablement d’origine américaine.
Le ceinturon est un modèle américain de la seconde guerre mondiale. Le pistolet Colt modèle 1911 A1 est porté dans son étui spécifique du pacifique.
Les brodequins sont du modèle français 1935.
Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un gendarme mais, plutôt d’un militaire de l’arme coloniale.  

Rien d’autre ne permet de donner une identification certaine.
Respectueusement. 

Est ce que vous, lecteurs, vous pourriez m’en dire plus.
Sur le combat de Bang Tra, sur la période de juillet 47, sur Tan-Nhuan en août 47, donc quelques semaines plus tard… Et puis tout simplement sur cette image épouvantable.

D’avance merci.

Caillou, le 12 octobre 2018

D’un crime sordide et de son utilisation

LE CRIME
Meurtre de Vanesa Campos au bois de Boulogne.
Cinq suspects mis en examen

Une travailleuse du sexe a été tuée alors qu’elle tentait d’empêcher plusieurs hommes de dépouiller un client dans ce haut lieu de la prostitution à Paris.
LE MONDE | 27.08.2018
Cinq personnes ont été mises en examen et placées en détention provisoire pour le meurtre d’une prostituée trans dans le bois de Boulogne, a-t-on appris de source judiciaire, lundi 27 août. Vanesa Campos, 36 ans, d’origine péruvienne, a été tuée dans la nuit du 16 au 17 août alors qu’elle tentait d’empêcher plusieurs hommes de dépouiller un client dans ce haut lieu de la prostitution parisienne.
Huit personnes ont été interpellées le 21 août et cinq d’entre elles mises en cause dans le cadre de cette enquête pour « meurtre commis en bande organisée » et « vols en réunion avec dégradations ».
«Responsabilité politique»
Ce meurtre résulte d’une «responsabilité politique» liée à l’adoption de la loi sur la prostitution, ont dénoncé des associations LGBT lors du rassemblement en son hommage, vendredi, à Paris.
Des organisations, dont l’association de défense des personnes trans Acceptess-T, demandent l’abrogation de ce texte qui ferait baisser les revenus des prostituées et les obligerait à exercer dans des endroits plus isolés, à l’écart de la police, où elles sont davantage exposées aux agressions.
Alors que les associations dénonçaient le silence du gouvernement depuis le meurtre, le secrétariat d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes a tweeté vendredi un message de condoléances de Marlène Schiappa adressé aux proches de la victime. «Toutes les femmes doivent être protégées des violences sexistes et sexuelles, toutes ces violences doivent être condamnées», a déclaré la secrétaire d’Etat.

ET SON UTILISATION
Communiqué du réseau Zéromacho

On ne dit jamais assez de bien des congrès internationaux. Comme on peut le constater à la lecture du compte rendu ci-dessous, ils sont une source inépuisable d’enseignements, et on y fait des rencontres enrichissantes. Ainsi, les deux membres de Zéromacho qui sont intervenus lors du Congrès international des recherches féministes dans la francophonie ont eu la chance de découvrir le « féminisme pute » et d’échanger avec quelques-un·es de ses représentant·es.
Oui, nous l’avouons, nous ignorions tout, jusqu’à son existence même, du «féminisme pute». Nous en connaissons désormais, sinon toutes les subtilités, du moins l’essentiel. Le «féminisme pute» a la rhétorique tendue comme un élastique de string, n’hésite pas à employer des raccourcis imagés, postillonne volontiers dans les narines de ses interlocuteurs et est très tatillon sur le droit à l’image.
Si l’évolution des luttes pour l’égalité suit son cours actuel, lors d’un prochain congrès, nous ne désespérons pas de pouvoir échanger avec des représentant·es du «féminisme maquereau».

Nous devions présenter une communication, au titre de deux associations dont nous sommes membres, Zéromacho et Femmes pour le dire, femmes pour agir (FDFA).
À 14h, Olivier Manceron, qui préside la réunion, ouvre la séance, en présence d’une douzaine de congressistes, puis passe la parole à Alain Piot. À 14h05, un groupe fait irruption très bruyamment, hurlant et bousculant tables et chaises. Il se compose de cinq personnes, âgées de 20 à 50 ans, trois hommes et deux femmes.
Ces personnes cherchent Patric Jean, l’un des fondateurs de Zéromacho. Elles s’approchent de nous et nous demandent : «Êtes-vous Patric Jean, celui qui a fait des discours pour justifier cette loi épouvantable ?» Non, aucun de nous n’est Patric Jean. Elles reprennent : «Est-ce qu’il a changé d’avis ? Est-ce que vous êtes de son avis ?» Oui, nous partageons la position de Patric Jean. Ces personnes, qui se présentent comme appartenant au STRASS (Syndicat des travailleurs/ses du sexe), s’en prennent alors à nous comme si nous étions les responsables de la loi qui, selon elles, les «livre à la violence». Elles hurlent : «Si je veux passer ma vie à sucer des bites, c’est mon choix» ; «C’est mon sang que vous avez sur les mains» ; «Vous êtes des assassins, vous avez sur les mains le sang de Vanesa, vous êtes contre notre métier et pour la loi contre nos clients ».
Vanesa était une personne prostituée péruvienne, qui a été tuée dans le bois de Boulogne pendant la nuit du 16 au 17 août. La loi dont il s’agit est celle du 13 avril 2016, qui prévoit la pénalisation des hommes payant pour un acte de prostitution.
La violence de ces personnes est d’abord dans leurs mots et leurs gestes. Puis elles s’aperçoivent que certaines participantes, assises à leur place, ont pris des photos ou des vidéos. Elles exigent de façon menaçante de se faire remettre les téléphones portables pour pouvoir effacer ces témoignages : en témoigne Annie Sugier qui avait effectivement pris des photos avec son IPhone.
Alerté·es par les hurlements agressifs, d’autres participant·es au congrès arrivent des salles voisines, observent la scène mais n’interviennent pas. À 14h30, les 5 personnes se retirent. Bilan : vingt-cinq minutes de violence verbale et de menaces pour intimider et réduire au silence deux hommes engagés contre le système prostitueur et pour la défense des femmes handicapées.
Nous n’avons pas identifié les agresseurs. Comme ils ont pu entrer dans le congrès, ce qui supposait une inscription, nous pensons qu’ils ont participé au colloque, inclus dans le CIRFF, et intitulé « Féminisme pute, expertise et luttes des travailleurs/ses du sexe ».
Cordialement,
Les responsables de Zéromacho

Il y a sûrement dans votre entourage des hommes prêts à dire publiquement NON à la prostitution et OUI à l’égalité femmes-hommes. Prière de leur proposer de signer le manifeste sur le site zeromacho.org ! L’union fait la force !

Caillou, le 13 septembre 2018

Denise Vernay

Denise, une fidèle de ce blog, qui disparaît …

A Bâle, en Suisse, dans les années 50. Denise est à droite. Ma mère à gauche
A Bâle, le carnaval, dans les années 50. Denise est à gauche. Ma mère à droite
En 1959, et où ?
1959
En 1962, à Sarcelles. La mamichka est derrière.
1962
L’hiver 1962 à Sarcelles.
L’été 1963, en Dordogne, avec mon père
1963
1980 à Croissy avec mon fils
L’ouverture d’un squat avec le DAL et AC! en 1997
Venise en 1996
Venise en 1996
Venise en 1996
Venise en 1996
Venise en 1996
Amsterdam 1997, pour la Marche Européenne contre le chômage.
A Croissy, en 1996 ou 1997
1997, les mots croisés du Monde
1998
1998
1998
2004. Militante pour le logement social.
2005
2006
2007
2007
2007
2007
2009
2010
2010
2011
2015
2015
2016
2016

On ne dit jamais assez aux gens que l’on aime qu’on les aime.

Caillou, le 15 août 2018

La terre des morts

J’entends une publicité sur “France inter”, radio publique donc radio commune. (Si j’en crois la nouvelle idéologie des biens communs) :
                               Jamais un polar ne vous aura autant torturé de plaisirs
Il s’agit de la dernière œuvre de Jean-Christophe Grangé, «La terre des morts».
                                Avec son nouveau polar « La Terre des morts », Jean-Christophe Grangé frappe fort et entraîne le lecteur dans les bas-fonds de la nature humaine. Le commandant Stéphane Corso se retrouve chargé d’une enquête particulièrement sordide. Autour de meurtres crapuleux de strip-teaseuses, nous voilà plongés dans les méandres du porno d’une rare violence, celui où les limites n’existent pas et où toutes les déviances sont possibles. http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/livres/la-terre-des-morts-jean-christophe-grange-de-plus-en-plus-noir-03-05-2018-7695504.php

Je vais tenter de rester simple et calme :

– Cette « littérature » du toujours plus éveille en chacun de nous la part de monstruosité que la civilisation et la culture ont mis des milliers d’années à juguler.

– L’extension infinie de la sphère du commerce exige maintenant que l’on se plie à toutes ces perversions à condition que l’on paie son livre, sa place de cinéma, sa redevance télé…

– Il y a un écho étrange entre nos indignations devant les faits divers les plus glauques, les plus sordides et les plus monstrueux, et cet engouement pour le « encore plus » de la littérature policière en générale et du noir en particulier.

– Nous traversons une période historique dramatique ou la violence sociale, politique, économique se généralise et où la radicalité s’installe : fondamentalisme, nationalismes, fascisme, racisme, haines de toutes sortes. La liberté de l’internet qui permet les diffusions de toutes les pires idéologies fonctionne à plein rendement. Ce n’est pas un hasard si le monstre collectif qui s’éveille ainsi sous nos yeux se nourrit de toutes ces parts d’ombres individuelles que la littérature « noire » caresse dans le sens du poil.

– Trente secondes de publicité à France Inter entre 7h30 et 8h coûte 12 700 € HT (http://www.radiofrancepub.com/wp-content/uploads/2018/05/Tarif-National-Mai-2018.pdf) C’est donc avec des publicités telles que:
                          Il force des prostituées à se donner la mort elles-mêmes
que la radio « publique » va survivre…

Pour la dignité de toutes et tous et y compris des prostitués, je préfère me torcher avec le nouveau “livre” de Granger.

Caillou, le 1er juin 2018

W.A.Wellman, suite et peut-être fin.

Buffalo Bill est un film de commande qui date de 1944.
C’est une hagiographie un peu sirupeuse du personnage très connu de l’Ouest américain, le tueur de bison mais aussi l’ami des Indiens. Je trouve que les scènes de bataille sont vraiment magnifiques, mais j’avoue avoir réglé mon téléviseur en noir et blanc pour ne pas en voir les couleurs très laides. L’intérêt de ce western humaniste et mièvre est certainement le discours sur les Indiens. En voici un extrait:

Je ne crois pas comme le général Sherman qu’un bon Indien est un Indien mort. D’après ce que j’ai vu l’Indien est un Américain légitime. Il se bat pour les siens, pour sa terre, pour sa survie, comme tout Américain le ferait. Si vous connaissiez les Indiens, si vous pouviez les voir vous-mêmes comment ils défient la nature avec pour seul outil leurs mains nues, vous ne le forceriez  pas à rompre les traités pour suvivre. Mais le mal vient de là. Vous les gens de l’Est agissez sans savoir et voilà pourquoi nous les gens de l’Ouest et les Indiens  en avons souffert. Le seul Indien que vous connaissez et auquel vous avez pensé c’est l’Indien qui est sur votre monnaie.  

Lire ici une excellente critique sur ce film.


Franchement mauvais la joyeuse suicidée (nothing sacred) qui date de 1937 est une comédie où une jeune femme (Carole Lombard) devient célèbre parce qu’elle doit mourir d’un empoisonnement au radium alors qu’il s’agit d’une erreur de diagnostic. Un journaliste à sensation (Fredric March) fait monter la mayonnaise. C’est bavard, vieillot, mal joué, pas drôle et mérite d’être oublié.


Plus intéressant Une étoile est née, (A star is born ) de 1937 avec le même Fredric March et Janet Gaynor montre le rêve d’Hollywood pour Esther, une jeune provinciale et comment elle réussit tandis que son compagnon, un acteur très célèbre, sombre lui dans l’alcool et l’oubli. Ce film, très célèbre à l’époque, a été souvent l’objet de “remakes”. En 1954 avec Judy Garland, en 1976 avec Barbra Streisand et, prévu pour 2018, avec Lady Gaga. Du coup cette histoire a un goût de déjà vu… Mais j’aime beaucoup la scène désopilante dans le camping car.


Très mauvais, à mon goût L’ennemi public de 1931 avec James Cagney et Jean Harlow  est surjoué. Il fait des grimaces comme un clown (qui doit être vu de loin) et la blonde platinée se dandine dans le satin. Les situations sont convenues, l’image est plate, le noir et blanc plutôt gris et la morale sirupeuse à souhait. Ce n’est pas un film noir, un film de gangster, bien qu’il s’en donne l’air. C’est une projection poussiéreuse d’un vieux film lors d’un après midi triste dans un hangar dédié au catéchisme.


L’allée sanglante, qui date de 1955 est dans un tout autre genre:  le film d’aventures, qui met en scène un capitaine plein de courage (John Wayne) et une américaine perdue (Lauren Bacall) qui vont sauver tout un village chinois de l’oppression communiste. La vision américaine des “communistes” est du plus haut comique. Mais L’allée sanglante est quand même un film intéressant. D’abord par sa couleur, qui est moins chromo que dans les films précédents (Au-delà du Missouri de 1951), par ses scènes de combat avec un très grand nombre de figurants, et par la multiplicité des personnages qui, comme dans beaucoup de films de Wellman, sont campés avec une vraie profondeur.


Et enfin Bastogne, qui date de 1949, un film de guerre quasiment documentaire et qui retrace la vie d’une section d’infanterie lors de la bataille des Ardennes en 1944. Le noir et blanc y est superbe et les images sont souvent d’une beauté incroyable. Chaque personnage est caractérisé, surprenant et Wellman évite absolument les situations prévisibles et convenues. Curieusement je trouve que Bastogne est visuellement un plus beau film de guerre que Story of G.I. Joe qui date de 1945. On y retrouve aussi le thème de l’absence de la femme. Ces héros ont peur, ils vont être sacrifiés, ils le savent et l’émotion est très présente.

Voilà, je vais m’arrêter là. J’aurais beaucoup aimé voir les premiers films de Wellman, et surtout Others Men’s Women (1931) L’Ange blanc (1931) La Petite Provinciale (1936)  La Lumière qui s’éteint (1939) Le rideau de fer (1949) mais c’est un peu difficile à trouver en DVD.

Caillou le 22 mai 2018

W.A.Wellman, “Track of the cat” “Beau Geste” et “The story of G.I.Joe”

Track of the cat (1954) de W.A.Wellman est un film curieux.

C’est une sorte de western décalé.
Un huis-clos sur une famille déchirée, en pleine tempête de neige dans un ranch perdu en pleine montagne. L’ambiance angoissante et malsaine où règne dehors la peur d’une sorte de panthère noire et dedans la division entre les 3 frères dont l’aîné est un rustre dominateur, la sœur vieille-fille, la mère tyrannique, le père alcoolique, la fiancée du plus jeune frère totalement dominé et un vieil indien silencieux.
Un théâtre un peu lent, intime, enfermé et qui repose beaucoup trop sur les dialogues. En contrepoint les scènes dans la montagne à la recherche du fauve sont plus silencieuses. Mais la musique est quasiment permanente comme elle était très souvent dans le cinéma hollywoodien de l’époque et là c’est franchement détestable.
Il y a dans ce film un travail spécifique sur la couleur. Wellman désirait faire un film en couleur mais sans couleur. Les seules teintes fortes du film sont la veste rouge de Curt (Robert Mitchum) et la chemise jaune de la fiancée (Diana Lynn). Les paysages de neige et de montagne sont en noir et blanc. D’ailleurs la photographie est très belle, en particulier par les cadrages très soignés.
Malgré des personnages très fouillés et un jeu d’acteurs qui m’a semblé très juste cette histoire ne m’a pas du tout, du tout, intéressé. Ah, oui, j’oubliais! Le DVD réédité de Track of the cat contient des bonus très intéressants sur W.A.Wellman.


Beau geste (1940)
Avec Gary Cooper en légionnaire, c’est un film que l’on peut ne pas voir. Film d’aventure qui commence comme un “Cluedo” à l’Agatha Christie et se finit dans un Sahara de pacotilles, il est bourré de stéréotypes. Les personnages sont convenus et l’intrigue capillotractée.
Cette époque se passionnait pour la Légion Etrangère “La Bandera” (1935) avec Jean Gabin, “Un de la légion” (1936) avec Fernandel, “Raphaël le tatoué” (1938) mais j’en ai rarement vu d’aussi mauvais que Beau geste. En dehors de belles photos en noir et blanc, il peut rester dans le tiroir des films oubliés.


Par contre l’incontournable The story of G.I.Joe sorti sous le nom Les forçats de la gloire mérite vraiment d’être vu ou revu. Tourné en Californie en 1945, donc loin des lieux, il s’agit d’un hommage aux combattants américains de la seconde guerre mondiale.

Le film est quasi documentaire. Il raconte l’histoire d’une compagnie de fantassins américains de leurs premiers combats, en Tunisie, jusqu’à Rome, en passant par la Sicile, la bataille de Salerne et surtout l’interminable hiver 1943 devant Monte Cassino.

 

 

À travers le regard d’un correspondant de guerre, Ernest Pyle, (Burgess Mérédith) on voit la vie quotidienne de ces hommes commandés par le capitaine Walter (Robert Mitchum).
Aucun lyrisme, aucun pathos, juste de la souffrance, de la fatigue, de la boue et des copains qui meurent.
On ne voit presque aucun corps. W.A.Wellman tourne ces scènes avec des ellipses où tout se comprend sans être vraiment vu. C’est d’ailleurs beaucoup dans les regards que cela se passe, beaucoup plus que dans les mots. Une scène en particulier est frappante. Il s’agit d’un mariage improvisé au milieu des ruines. (La mariée est d’ailleurs Dorothy Coonan, l’épouse de Wellman, déjà vu dans Wild boys of the road). Il s’agit donc d’un joli moment d’évasion et de paix au milieu de cette vie misérable. Mais le silence qui suit le départ des jeunes mariés en dit long, surtout dans le regard de ces soldats loin de leurs épouses ou amies, de leurs familles, de leurs enfants.

Ce n’est donc pas un film de guerre mais un film sur la guerre, aussi beau vu du côté américain que Quand passent les cigognes vu du côté soviétique. (Mikhaïl Kalatozov 1957). Pour Samuel Fuller The story of G.I.Joe est “le seul film adulte et authentique” produit par Hollywood pendant la seconde guerre mondiale.

Et en plus The story of G.I.Joe est visible sur Youtube, ici.

Caillou, le 7 mai 2018

W.A.WELLMAN, suite et “Wild boys of the road”

Je passe rapidement sur des films de Wellman qui me paraissent moins importants, voir carrément mauvais, mais bon, c’est subjectif.

Frisco Jenny qui date de 1932 raconte l’histoire d’une mère maquerelle qui se retrouve confrontée à un procureur et à qui elle ne peut pas dire qu’il est son fils, abandonné plusieurs années auparavant.
Le thème est rebattu dans la littérature de gare “sentimentale”. Par ailleurs les costumes que portent l’héroïne et ses “filles” sont on ne peut plus ridicules, dans le genre plumes et frisottis. Tout cela baigne dans l’invraisemblance et le tape à l’œil. Reste, en contraste, le portrait sans maquillage de l’héroïne (Ruth Chatterton) juste avant son exécution, qui me fait penser à la Jeanne d’Arc de Dreyer (1928).

Tout aussi sentimental mais en plus délirant le film Safe in Hell (1931) très mal traduit à sa sortie par le titre La Fille de l’enfer mais qui serait plutôt Sauvée en enfer, raconte l’enfermement sur une petite île des Caraïbes d’une ancienne prostituée, Gilda (Dorothy Mackaill) accusée d’un meurtre qu’elle croit avoir commis. Elle y attend son sauveur, un brave marin, dans un hôtel au milieu d’une bande de mâles en rut. Un ramassis d’escrocs réfugiés, comme elle, sur cette île dont le gouvernement n’a signé aucun accord d’extradition. Tous les personnages sont un peu stéréotypés ainsi que le flic qui les surveille. Cela sent le carton pâte et les jeux d’acteurs trop appuyés, peut-être encore ceux du cinéma muet ?
Un blues, Sleepy Time Down South sauve un peu le film. Il est chanté par Leonie (Nina Mae McKinney) on peut l’entendre ici, mais pas tout au début, attendre un peu :

Un film de guerre, patriotique Thunderbird,
traduit par Pilotes de chasse avec Gene Tierney.
Il date de 1942.
Les couleurs en sont affreuses, les blagues stupides, l’intrigue sans intérêt. Il s’agit d’une œuvre de propagande destinée à soutenir l’armée américaine dans l’effort de guerre.
Avec quelques belles vues d’acrobatie aérienne ce film peut plaire aux amateurs d’aviation. Mais je conseille de le regarder en réglant son téléviseur sur noir et blanc…

 

 

Et puis le superbe Wild boys of the road.


C’est un film qui date de 1933.
Deux jeunes garçons insouciants, lycéens d’une petite ville du Middle West, réalisent que la crise économique frappe maintenant directement leurs propres familles. Une mère veuve qui fait des ménages et a travaillé “quatre jours en cinq mois” pour l’un, une famille effondrée par le licenciement du père et qui ne peut plus payer aucune traite pour l’autre, l’obligation de se nourrir à la soupe populaire… il est évident qu’ils doivent quitter le lycée et même partir ailleurs pour chercher du travail.

Les photos de Dorotéa Lange et Walker Evans

Nous sommes dans l’époque de “la grande dépression” américaine, celle “des raisins de la colère” (Steinbeck) des photos de la FSA (Dorothéa Lange,Walker Evans…) et des chansons de Woody Gurthrie.
Ils prennent donc un train de marchandises en marche et après une nuit glaciale et sans savoir du tout où ils se trouvent ils font la connaissance d’un troisième larron qui s’avère être une fille.

Le film nous montre que tous les trains de marchandises sont pris d’assaut par les migrants à la recherche d’emploi. (Calais?) Mais les arrêts dans les gares, voir même en pleine cambrousse,  sont le lieu des arrestations musclées par les nervis de la police ferroviaire (Menton) et des milices. (le col de l’Échelle). On les appelles des “Hobos”
Il leur faut tout le temps courir pour fuir les coups de matraque et l’un d’entre eux y perdra d’ailleurs une jambe. Voir clip sur youtube

Une autre, isolée, sera violée dans un wagon et les jeunes tueront le chef de train agresseur.


Jusqu’au moment ou ils se révoltent et résistent à l’oppression dans une sorte de camp retranché au milieux des poubelles. Ils bombardent les flics avec des cailloux.

Mais ils doivent fuir sous les pompes à eaux…
Pourchassés, matraqués, manipulés, rackettés, violées, ces jeunes de 1933 ressemblent beaucoup aux jeunes du collectif “Autonomie” de Toulouse de 2018, ces “jeunes isolés étrangers” jetés à la rue par des services sociaux censés leur venir en aide. Voir sur Médiapart

La fin du film est un happy end stupide, sorte de concession à la morale hollywoodienne, de l’époque, avec, comme dans “Héros à vendre“, une discrète allusion à Roosevelt comme seule perspective d’espoir.

Comme film social, comme film politique, cette œuvre de W.A.Welleman est certainement une des plus fortes et émouvantes.  Voici une des dernières phrases du film, elle est d’une brulante actualité:

Pourquoi on rentre pas chez nous? Parce que nos parents sont pauvres et au chômage et qu’on a pas de quoi manger. Pourquoi rentrer chez nous et mourir de faim? La prison est censée nous tenir à l’écart? C’est faux! Vous ne voulez pas nous voir! Vous voulez nous oublier! Impossible! Il y en a des milliers comme moi ! Et il y en a de plus en plus ! Les gens parlent de gens qu’on aide. On aide les banques, les soldats, les brasseries et aussi les fermiers! Et nous? On est des gamins! On parcourt le pays pour trouver du boulot. Vous croyez que c’est par plaisir? Allez-y enfermez moi! J’en ai marre d’avoir faim et froid, marre des trains de marchandises! La prison ne sera pas pire que la rue! Alors allez-y!

Caillou, le 3 mai 2018

PS: Pour répondre à plusieurs “abonné(e)s” de ce blog, la plupart
de ces films sont à la médiathèque José Cabanis de Toulouse.  
Certains sont visibles également en VOD sur Internet

 

W.A.WELLMAN: “L’étrange incident” et “Héros à vendre”

L’étrange incident

Dont le titre américain est “The Ox-Bow Incident” est un western, de 1943, qui raconte l’histoire d’un meurtre collectif, un lynchage.

Peter Fonda y est dans l’un de ses meilleurs rôles, silencieux, amer, désabusé, mais il n’est qu’un personnage parmi d’autres car il s’agit là aussi d’un film choral. Le vrai personnage du film c’est la foule de ces  hommes, (une seule femmes parmi eux), assoiffés de vengeance et qui vont commettre l’irréparable.

L’atmosphère y est poisseuse, lourde d’angoisse, et les multiples personnages y sont très bien campés.

Chacun est caractérisé, (peut-être un peu trop), et rempli un rôle social et dramatique qui participe à l’histoire collective. Car personne ne sort vraiment  indemne cette histoire. Toute la ville est responsable. Il y a bien un opposant, un commerçant de la ville, qui essaie d’entrainer le juge, en l’absence du sheriff absent.

Mais le juge à trop peur de ne pas être réélu et préfère s’abstenir, face à la colère des citoyens. Quand à l’adjoint du shérif il fait parti des plus excités. Il suffit alors d’un homme pour prendre la tête de la meute, un ancien militaire, pour que la bande meurtriers soit au complet.

Juste avant le lynchage par pendaison de ces trois pauvres bougres ils ne seront que sept à lever la main pour s’y opposer. Et il s’agit plus d’une abstention que d’un vrai refus car ils ont participé à la chasse à l’homme. Le coup de théâtre final (que je ne ne raconte pas) sonne comme la vraie morale de ce film qui n’est vraiment un western mais plutôt un film noir. Et qui reste d’actualité dans le débat  toujours présent entre le droit et la vengeance.

Malheureusement, pour ce film, le producteur a imposé à Welleman le tournage en studio et cela se voit dans les décors et s’entend  et dans les dialogues de la seconde moitié du film. Mais  c’est quand même un vrai bijou qui mérite d’être revu.

Une dernière scène est très importante, la lecture par Fonda de la lettre d’un des pendus. Elle est entièrement tournée en cachant les yeux du lecteur ce qui oblige le spectateur à écouter vraiment ce qu’il lit. Ce procédé est utilisé plusieurs fois par Welleman dans d’autre films et en particulier dans Héros à vendre, dans la scène de la prison.

Deux excellentes analyses, (bien plus profondes et fortes que je ne peux le faire) sont à lire ici:
– http://thisismymovies.over-blog.com/2015/12/l-etrange-incident-1943-de-william-wellman.html
et http://www.dvdclassik.com/critique/l-etrange-incident-wellman


Héros à vendre

Un film de 1933 qui raconte le parcours d’un homme, Tom Holmes, (Richard Barthelmess) dans l’Amérique de la crise économique de 1929. Son histoire commence pendant la première guerre mondiale ou les USA sont entrés en 1917. Dans de superbes images de la guerre des tranchées Welleman dénonce tout de suite la stupidité des “missions suicides”.

Tom Holmes grièvement blessé est fait prisonnier. Son acte de bravoure est revendiqué par un lâche. À la fin de la guerre Tom retourne en Amérique mais il est devenu morphinomane pour calmer ses douleurs. Il commet un vol dans la banque où il est employé pour payer sa drogue. Il est licencié et envoyé en cure de désintoxication.

Il rencontre alors une merveilleuse jeune femme, Ruth,  interprétée par Loretta Young (cf mon billet précédent sur la rose de minuit) qui travaille dans une blanchisserieet les locataires de la pension de famille tenue par Mary (Aline MacMahon), dont un ingénieur allemand communiste, Max, (Robert Barrat).
Tom est embauché dans la blanchisserie. Il devient père. Tout va bien.

Mais l’ingénieur invente une sorte de machine à laver industrielle qui finit par mettre tout le personnel au chômage ce qui entraîne un mouvement social violent contre la misère et Tom, malgré lui, en passe pour un des leaders.

Ruth meurt dans l’affrontement. La scène de l’émeute où elle est tuée est absolument stupéfiante! Ne serait ce que pour cette scène et celle de la tranchée, ce film doit absolument sortir de l’anonymat et de l’oubli.

Tom est emprisonné pour cinq ans comme agitateur.

Son ami ingénieur devient très riche par son invention. Il n’est donc plus du tout anti-capitaliste et bien contraire méprise totalement les chômeurs assistés. Il met de côté la part qui revient à Tom sur les bénéfices de l’invention et lorsque celui-ci sort de prison Tom découvre la situation épouvantable des pauvres dans l’Amérique de la crise.

La pension de famille est devenu un centre d’aide aux pauvres, une soupe populaire.

Tom qui ne veut pas toucher la fortune accumulée, qu’il considère tachée de sang, la donne à Mary pour qu’elle puisse continuer son œuvre caritative.
Il est constamment surveillé comme “rouge”, doit quitter la ville et il devient un chômeur vagabond comme les autres dans l’immense masse des déshérités.
Vers la fin du film il donne une sorte de morale optimiste sur l’Amérique qui renaîtra avec la politique de Roosewelt.

C’est donc un très beau film social et politique plein d’humanisme. Qui dénonce les lâches, les embusqués, l’industrialisation, la violence sociale, la chasse aux sorcières et… les communistes!

“Toute l’Amérique doit laver son linge sale”

Caillou, le 29 avril 2018

Un très bel article sur Welleman: http://www.sunrise54.fr/425613868

 

W.A.WELLMAN, un réalisateur rebelle et féministe.

Je découvre W.A.Wellman grâce à la diffusion de Convoi de femmes sur ARTE.

C’est un film admirable. La multitude de personnages secondaires, l’aspect choral et féministe en font un film très curieux. Les femmes en sont les véritables héroïnes. Même si la fin est un peu nunuche, comme un retour à la vraie vie du machisme dominant, cela reste une pépite dans le cinéma américain.

 

Du coup je regarde La ville abandonnée, du même réalisateur.

Là aussi le personnage féminin central, interprété par Anne Baxter est très fort, bien plus vrai et beau que ce ramassis de mâles dominés par leurs pulsions.

Là, il y a certes un héros positif incarné par Gregory Peck, mais il ne l’est pas pendant toute la moitié du film, il ne le devient qu’au contact de la fille et de son grand père. La photographie y est superbe. La scène avec les indiens apaches qui traversent la ville en silence et qui sont plus de pauvres gens que des sauvages féroces est presque surréaliste. Par contre la fin de La ville abandonnée est absolument navrante. Elle est ridicule et me semble être une concession au moralisme d’Hollywood.

Plus ancien, de 1933, la Rose de Minuit est aussi un film où le personnage central est une femme.

Description de la misère, de l’injustice, des maisons de correction puis de la délinquance et de la prison, la lutte de cette femme (Loretta Young) pour survivre passe par les hommes et leurs lois. Mais c’est elle qui finalement tue son souteneur. Là aussi le happy-end final est moral et irréaliste. Peu importe. Le noir et blanc est magnifique. Reste aussi les adorables flous vaporeux sur le visage de la vedette et les éclairages très soft des années 30. Tout cela a bien vieilli et pourtant, malgré le temps et l’oubli le regard de Loretta Young lorsqu’elle ment pour sauver son amant est toujours aussi beau et troublant.

Une dernière chose: les débuts de La ville abandonnée (1949) et de L‘étrange incident (1942) avec Henry Fonda, sont presque identiques. Des cowboys harassés et poussiéreux débarquent dans un bar et regardent fascinés et silencieux un grand tableau d’une femme lascive accroché au dessus du comptoir.

Ils sont venus pour boire et ne peuvent même plus commander leurs whiskies.

Que veut nous dire W.A.Wellman dans ces deux scènes d’introduction et donc de présentation des personnages ?

 

Que l’absence de femmes dans le Far West est un terrible malheur qui les ampute et les réduit au silence ? Il me semble que cette séquence répétée annonce surtout Convoi de femmes qui paraîtra en 1951.

Bref, je découvre en ce moment une filmographie très riche, celle de W.A.Wellman
et je m’en délecte par avance. Je vous tiens au courant…

Caillou, le 22 avril 2018

Sur convoi de femmes:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Convoi_de_femmes

Sur la ville abandonnée:
http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2010/12/la-ville-abandonnee-yellow-sky-william.html

Sur la rose de minuit
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rose_de_minuit
http://playitagain.unblog.fr/2013/09/20/rose-de-minuit-midnight-mary-–-de-william-a-wellman-–-1933/

Sur l’étrange incident:
http://www.dvdclassik.com/critique/l-etrange-incident-wellman

 

le goût du couscous

Toulouse. 26 octobre 2017.
La seconde librairie d’Ombres Blanches est noire de monde. Comme je suis très en retard j’ai loupé l’introduction de la conférence de Mohamed Oubahli : « De Rabelais à Flunch, le goût du couscous». On me tend un petit escabeau. Jamais vu autant de monde rassemblé dans cette salle ! Cela déborde maintenant entre les rayons de la librairie.
« Le goût du couscous », cela attire donc tant de gens ? Tandis que j’écoute attentivement les propos du conférencier j’essaie de deviner qui est venu l’écouter ce soir-là… Des gens plutôt âgés qui ont un rapport personnel, familial, historique avec le couscous ? Des Maghrébins ? Oui, quelques-uns mais pas beaucoup. Des jeunes aussi, jeunes femmes surtout…
Sont-ils là pour fêter Horizons Maghrébins, la revue d’Habib Samrakandi qui a organisé cette soirée goûteuse et musicale ? Pour les 40 ans du service « Art et Culture » de l’Université Jean Jaurès ? Pour écouter le luth oriental de Marc Loopuyt ? Peut-être aussi le public habituel de la librairie ? Qu’importe après tout. Il y a beaucoup de monde pour un sujet rarement abordé dans ce genre de rencontre : l’histoire d’un plat.
Et puis d’ailleurs pourquoi moi suis-je venu l’écouter cette conférence ? Et là je suis très étonné car je croyais naïvement que le couscous était un simple plat d’Afrique du nord, une recette sans histoire, une coutume populaire transmise de générations en générations et se pliant par contre aux contraintes locales d’approvisionnement, de poisson ici, de choux là, de viande parfois. Or Mohamed Oubahli nous fait voyager dans toute la Méditerranée, nous a fait retourner au Moyen-âge, nous emmène au Portugal…
En particulier sur l’origine du mot couscous lui-même, nous sommes, je crois, éberlués par ce travail de fourmi, d’archiviste, de dénicheur de menus de restaurant du 19ème siècle parisien…
Et du coup, grâce à lui, la tradition du couscous devient dans nos oreilles comme un art majeur, un joyau de la cuisine au même titre que les très grands plats de la cuisine bourgeoise, le bœuf Strogonoff, la poularde demi-deuil ou le homard à l’armoricaine.

Mon rapport au couscous, à moi, c’est juste deux pauvres feuilles A4, tapées à la machine à écrire sur du papier pelure, qui ont été tellement lues, pliées et repliées, avec des taches de gras, qu’elles devraient depuis longtemps avoir rendu l’âme, si elles n’étaient pas pieusement encadrées au dessus de mon bureau.

Le couscous que je fais, une ou deux fois par an, c’est l’émerveillement devant un problème de mathématique ! Il est impossible de faire rentrer tous les ingrédients, légumes et viande que ma recette demande dans n’importe quel couscoussier familial. Il me faut sortir un ou deux faitouts supplémentaires. Et pourtant je relis à chaque fois cette phrase d’introduction : Confection du couscous algérien pour 4 PERSONNES !

C’est un couscous de l’exil destiné à être lu par des Français de France, des Francaouis.

Il a été tapé à la machine, dans les années 1960, par une secrétaire de direction venue d’Alger à Paris en 1947, après une guerre glorieuse, comme transmissioniste, entre 1943 et 1945 (Campagne d’Italie, Débarquement de Provence, Libération de la France, La bataille d’Alsace puis l’invasion de l’Allemagne Hitlérienne)
Elle avait laissé tout ce qui lui restait de souvenirs à Alger. Alors vivre en France, y fonder une famille, y recevoir en 1962 les parents « pieds-noirs » tout cela demandait des racines. Et le couscous en était une importante

Je conserve ce document unique depuis plus de 40 ans. Je le consulte à chaque fois que je fais un couscous pour mes amis et pour ma famille. C’est un document qui me fonde, totalement, et auquel je ne change rien, pas la moindre virgule. J’aime tellement ce moment où je plonge les mains dans la semoule très chaude pour y émietter les petits morceaux de beurre, pour bien mélanger ce sable jaune à la bonne odeur de cannelle avant de la remettre dans le torchon blanc au-dessus de la vapeur du bouillon. C’est toujours pour de grandes fêtes où nous sommes nombreux et pas, comme il écrit, pour quatre personnes. Mais c’est le couscous de Madeleine Safra, ma mère ! Disparue en 1973.

D’entendre Monsieur Oubahli donner au couscous de telles lettres de noblesse cela m’a fait chaud au cœur. Déguster, à la fin de la soirée d’Ombres Blanches le couscous marocain de Habib, fut un vrai couronnement. Il n’était pas aussi bon que celui de ma mère mais je crois que c’est une phrase que j’ai déjà entendue.

Merci beaucoup à cette belle équipe.

Caillou, le 2 novembre 2017