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La violence coloniale en Cochinchine.

En 1928 un rapport d’un inspecteur du travail qui en dit long sur les conditions d’exploitation dans les plantations d’hévéas de Cochinchine. Comme c’est un peu long j’ai mis en gras les passages les importants. Je l’ai trouvé ici

1928: RAPPORT DE L’INSPECTEUR GÉNÉRAL DU TRAVAIL DELAMARRE
Témoignages et documents français relatifs à la colonisation française au Viêt-Nam, Association culturelle pour le salut du Viêt-Nam, Hanoï, 1945,
TRÈS CONFIDENTIEL N° 15/lgt. Objet ANNEXE V

Saïgon, le 17 juillet 1928.
L’INSPECTEUR GÉNÉRAL DU TRAVAIL,
A MONSIEUR LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE L’INDOCHINE[Monguillot].

J’ai l’honneur de rendre compte à Monsieur le gouverneur général. des constatations que j’ai eu l’occasion de faire du 25 au 28 juin dernier, au cours d’une visite des plantations créées par la Maison Michelin à Phu-riêng et Dau-tiêng.
Ayant à parcourir, peu à peu, les principales exploitations agricoles européennes du Sud-Indochinois, afin de pouvoir me faire une opinion d’ensemble sur la situation générale de la main-d’œuvre qu’elles emploient. et les résultats obtenus par l’application des arrêtés du 25 octobre 1927, j’ai débuté par les plantations Michelin qui ont la réputation bien établie de consacrer au bien-être de leurs ouvriers des sommes considérables.
Je n’entreprendrai pas une description détaillée de l’organisation des plantations de Phu-riêng et Dau-tiêng, toutes précisions utiles figurant déjà dans des procès-verbaux de visite récents de l’inspecteur du travail et du directeur local de la Santé de Cochinchine en date du 9 mai 1928 pour Phu-riêng et du 14 mai 1928 pour Dau-tiêng. Je me bornerai à exposer les observations faites au cours de ma visite dans ces concessions.
Le 25 juin, à 7 heures du matin, je suis parti, en automobile, pour Phu-riêng,

Rapport sur une visite des plantations Michelin

accompagné de M.Tholance, administrateur de 1re classe, inspecteur du travail en Cochinchine, et du secrétaire des résidences du Tonkin, Duong-Duc-Hiêp, en service à l’inspection générale du travail.
Phu-riêng est situé dans la province de Biên-Hoa, à 125 kilomètres de Saïgon et on y accède par la route locale n° 1, après un long trajet à travers une dense forêt vierge qui doit fortement impressionner, dès leur arrivée, les nouveaux coolies tonkinois.
A environ 20 km de Phu-riêng, nous rencontrons, en forêt, trois jeunes Tonkinois liés ensemble avec un fil de fer et escortés par un milicien. Interrogés, ils avouent avoir voulu s’évader et avoir été repris en cours de route. Ils sont sales et couverts de gale.
Reprenant notre chemin, nous croisons un camion de La Compagnie Michelin marchant à bonne allure et traînant une remorque remplie de coolies annamites.
Malgré mon désir de causer avec ces coolies, je laisse le camion et notre automobile continuer leur route en sens inverse pour ne pas m’attarder encore. Nous débouchons, peu après, devant un immense espace de plus de 1.300 hectares défrichés et qu’encercle, de toutes parts, la forêt. Tout à proximité se dresse un groupe de bâtiments en bois du meilleur aspect vers lesquels nous nous dirigeons. Un infirmier se porte à notre rencontre et nous explique que nous nous trouvons dans le groupe n° 1, que les habitations des Européens et des travailleurs indigènes sont réparties en trois groupes et que c’est dans de groupe n° 2 qu’est installée la Direction.
Le village n° 1 est à peu près désert, sauf l’infirmerie. Accompagné de M.Tholance et du secrétaire Duong-Duc-Hiêp, j’entre dans cette petite formation sanitaire d’un caractère provisoire, mais bien tenue. Nous y trouvons une vingtaine de malades. Je leur adresse quelques paroles d’encouragement, en leur faisant valoir les bonnes conditions matérielles dont ils bénéficient. L’un d’eux prend alors. Ia parole, au nom de ses camarades, et déclare que, malheureusement, les travailleurs sont, sur cette exploitation, fort maltraités. Je lui demande si lui ou ses camarades portent des traces de coups, mais il me répond que ce matin même, les coolies marqués par les coups qu’ils ont reçus, ont été évacués en automobile.
Pendant que nous passions dans les maisons de ce groupe M.Tholance ayant aperçu dans l’une d’elles une barre de justice, nous la visitons. Elle est inoccupée, mais nous y trouvons une barre de bois, aménagée comme dans les prisons annamites, pour entraver les détenus par les pieds.

Image trouvée sur http://www.hanoilavie.com

Nous reprenons notre route à la recherche du village n° 2. Mais, comme aucun de nous ne connaît la plantation, nous nous égarons dans le réseau de ses routes et arrivons à la délégation de Phu-riêng à 8 kilomètres au-delà de l’exploitation Michelin. Nous prenons là un guide et, revenant sur nos pas, nous rencontrons le délégué du Phu-riêng, M.Morère , parti à notre recherche.
Nous n’arrivons que vers 11 heures au village. n° 2. Nous y trouvons M.Alpha [Soumagnac], directeur des Établissements Michelin en Cochinchine, résidant à Saïgon, qui, prévenu de notre visite depuis plusieurs jours, nous attendait dans les bureaux de l’exploitation. Après nous avoir présenté M.Triaire [ingénieur], directeur de la plantation de Phu-riêng, et divers employés européens, M.Alpha nous fait visiter les installations de ce groupe, le plus important. Habitations des coolies, essais de jardinets, douches, infirmerie, magasins de vivres tenus par des femmes annamites, château d’eau et canalisation, tout indique qu’en outre de d’effort considérable qui a été déployé pour défricher et installer cette plantation, datant à peine de douze mois, des dépenses importantes sont faites largement pour transformer le camp provisoire actuel en une installation définitive bien comprise et bien étudiée. A noter, cependant, que les magasins d’approvisionnement, bien garnis, sont tenus par les femmes de certains employés indigènes de la plantation et que les prix n’ont été affichés que la veille de notre arrivée, sur l’ordre de M. Alpha.

L’heure étant déjà avancée, je me retire avec M.Tholance et le secrétaire et nous allons nous abriter pour le déjeuner chez M.Morère, délégué de Phu-riêng. Accompagné de M.Morère, nous repartons à 2 h. 30 après avoir laissé passer une forte averse et revenons au village n° 2 où nous retrouvons M.Alpha et M.Triaire.
Dès mon arrivée, je dis à M.Triaire devant M.Alpha et en présence de M.Tholance que nous avions constaté, dans de village n° 1, I’existence d’une maison aménagée en salle de police avec une barre de justice et que je désirais avoir de lui des explications à ce sujet. M.Alpha parut surpris et demanda à M.Triaire des éclaircissements.
M.Triaire nous déclara qu’il avait dû organiser ce poste de police pour y garder les déserteurs qui devaient être livrés à l’Administration, les tenanciers de jeu qui s’introduisaient, la nuit, sur la plantation pour y faire jouer et, d’une façon générale, les mauvais sujets qui devaient être remis au délégué de Phu-riêng, qui est à 8 kilomètres de là, mais que jamais il ne les gardait plus d’une nuit, entravés, d’ailleurs, par un seul pied pour leur permettre de se retourner et les faisait conduire, dès le jour venu, à la disposition du délégué, M.Morère.
Je demandai à M.Triaire s’il n’avait pas d’autre barre de justice sur sa plantation. Il m’affirma catégoriquement, ainsi qu’à M.Alpha, en présence de M.Tholance, qu’il n’en existait pas d’autre à Phu-riêng. A remarquer que le local disciplinaire du village n° 1 était établi à l’extrémité de l’exploitation, dans le groupement le plus éloigné à la fois de la délégation de Phu-riêng et de la direction, qui est installée dans le village n° 2.
M.Alpha nous propose, alors, d’aller visiter le village n° 3. Nous nous y rendons. Nous trouvons là M.Vuillary, chef de ce groupe, et M.Alpha me fait remarquer que nous avons la chance de trouver les coolies, retardés par l’averse, encore en train de se rassembler et que je pourrai, ainsi, m’entretenir avec eux et me rendre compte de leur disposition d’esprit.
Profitant de cette occasion, je demande que l’on écarte les surveillants indigènes, puis j’adresse quelques mots, dans leur langue, aux ouvriers tonkinois, disposés par équipes, accroupis sur leurs talons. Je constate qu’ils me répondent avec une certaine gêne en regardant du côté du groupe dans lequel se trouvent M.Alpha, le Directeur de Phu-riêng, M.Triaire et l’assistant Vuillary. Je leur fais, alors remarquer qu’ils peuvent me parler sans crainte, car étant le seul Européen présent à comprendre leur langue, les paroles que nous échangerons échapperont complètement aux personnes qui sont avec moi, que s’ils ont des choses graves à dire, ils n’ont qu’à raconter d’un ton badin. Cette observation amuse les coolies qui, prenant la parole à tour de rôle en souriant, exposent que le climat est fort malsain, et qu’ils sont soumis à un régime de coups et mis à la barre. Je leur demande où est la barre de justice. L’un, deux me répond qu’il en est installé dans leur compartiment même.
Ayant terminé mon entretien avec les travailleurs tonkinois, je me retourne vers M.Alpha qui me fait remarquer que ses coolies n’ont pas l’air malheureux et s’expriment allègrement.
Je prie alors MM.Alpha, Triaire et Vuillary de m’accompagner, ainsi que M.Tholance, M.Morère et le secrétaire Duong-Duc-Hiêp, et me dirige vers le bâtiment n° 12. Ce bâtiment est affecté aux cuisines. Mais deux pièces en sont fermées. L’une, ouverte sur sa demande, est vide et, dans le fond, est installée une barre de justice percée de neuf trous. Pendant que M.Alpha contemple cette pièce avec une certaine surprise et demande des explications à M.Triaire, des gémissements se font entendre de la pièce voisine dont la porte est restée fermée. Cette porte étant ouverte, apparaît une deuxième pièce munie, également, d’une barre de justice comportant aussi neuf trous. Sur le dos gît un homme, les deux pieds entravés dans la barre, la partie inférieure du corps est nue. A notre arrivée, par un geste de pudeur, il s’est couvert les parties sexuelles d’un linge qu’il maintient en place, en paquet, avec sa main droite.
M.Triaire se précipite pour enlever ce linge en s’écriant: «Pourvu qu’il ne se soit pas mutilé». L’homme est dégagé et relevé. Il est très amaigri et visiblement malade. L’infirmier, appelé, déclare que c’est un dysentérique et qu’il le soigne. Je lui fais enlever sa veste et fais constater aux personnes qui m’accompagnent qu’il porte sur le dos six coups de rotin bien marqués. M.Alpha s’exclame que ce n’est pas là la place d’un malade et M.Triaire aussitôt s’écrie avec vivacité qu’on emporte cet homme, qu’on le mette à l’infirmerie et qu’on le soigne. Mais le directeur de la Maison Michelin intervient immédiatement et exprime le désir de savoir qui est responsable du traitement infligé à ce malade.
Interrogé, cet homme dit être un travailleur tonkinois du nom de Do-Can, âge de 19 ans, originaire du village de Trung-biên, canton de Tân-khai, huyén de Hai-hâu, province de Nam-Dinh (titre d’identité n° 7333). Il déclare qu’étant malade, il a eu peur et a voulu s’enfuir il y a deux jours: rattrapé, il a été battu et mis à la barre. Prié d’indiquer qui l’a fait mettre à la barre. il dit que c’est un autre coolie de son équipe dont il ne sait pas le nom, mais qu’il reconnaîtrait. Les Tonkinois du camp étant rassemblés, il désigne l’un d’eux, un homme bien découplé. Celui-ci, interrogé, reconnaît que cet évadé lui a été confié, afin qu’il le surveille et l’oblige à travailler, et qu’il a mission de le mettre à la barre le travail terminé; cependant, comme, aujourd’hui, cet homme était trop malade, il l’a laissé à la barre où il a été oublié. Interrogé afin de savoir qui lui a confié le coolie Do-Can pour le faire travailler dans ces conditions, il désigne le garde champêtre du groupe. La Compagnie Michelin a, en effet, chargé, dans chaque campement, un Annamite. dénommé garde champêtre, d’assurer l’ordre et la police parmi ses compatriotes. Le garde champêtre du campement n° 3, invité à faire connaître si c’est de son propre mouvement qu’il a pris ces mesures, répond que non et qu’il n’a fait qu’appliquer les ordres du chef européen, M.Vuillary. Celui-ci et M.Triaire gardent un silence embarrassé.
M.Alpha m’a remis ultérieurement une déclaration de M.Vuillary dans laquelle celui- ci reconnaît que les déserteurs qui étaient rattrapés étaient généralement mis à la barre, mais se retranche derrière les ordres verbaux donnés par son directeur, M.Triaire.
Do-Can est conduit à l’infirmerie avec ordre d’évacuation sur l’hôpital et nous revenons au village n° 9.
Là, M.Alpha me dit que, pour être fixé complètement sur l’attitude du directeur de
Phu-riêng, M.Triaire, il désirerait savoir si dans ce groupe n° 2, qui est placé sous sa surveillance directe, existe aussi une barre de justice. Les coolies rentrent précisément du travail à ce moment, et signalent, immédiatement, en réponse à la question que je leur pose, qu’il existe une barre de justice dans une pièce à proximité du logement de l’infirmier. Nous nous y rendons avec M.Alpha, mais, dans le bâtiment signalé, toutes les pièces sont meublées et aucune n’a l’aspect d’un local disciplinaire. M.Alpha se retourne vers moi avec une expression d’un certain soulagement en me faisant observer que, cette fois, les coolies ont exagéré. Mais on me signale que la barre de justice qui se trouvait dans ce bâtiment a été démontée et cachée derrière une case à l’extrémité du campement. J’y conduis M.Alpha et nous y trouvons, en effet, facilement reconnaissable à leurs échancrures régulières, les pièces qui composaient cette barre de justice, déposées à terre. M.Tholance, inspecteur du Travail, nous rejoint, et reconnaît également les morceaux de la barre de justice signalée par les coolies.
Revenant vers M.Triaire avec M.Alpha, je lui demande alors, en présence de M.Tholance, quels sont les coolies qui ont été évacués le matin même et ne lui cache pas que les Tonkinois prétendent que ce sont les plus marqués de coups qui ont été, ainsi, soustraits à mon examen. M.Triaire et M.Alpha m’expliquent que, chaque quinzaine, le docteur Pradal, médecin libre à Saïgon, vient, le dimanche visiter les travailleurs tonkinois et fait évacuer les plus malades sur l’hôpital que la Compagnie Michelin fait construire à Dau-tiêm et dont deux pavillons déjà achevés sont en service. Ce ne sont donc que des malades reconnus par le médecin qui ont été évacués sur Dau-tiêng, beaucoup plus salubre, puisque situé en terre grise.
Il est convenu que, le lendemain matin, je me rendrai à Dau-tiêng avec M.Alpha pour visiter cette autre exploitation et que j’en profiterai pour examiner les travailleurs évacués de Phu-riêng.
Le lendemain matin, 26 juin, accompagné de M.Alpha, je me suis rendu à Dau- tiêng. L’inspecteur du travail de Cochinchine, M.Tholance, retenu par les travaux d’une commission siégeant à Saïgon, ce jour-là, n’avait pu, à mon grand [V-25] regret, se joindre à nous. J’étais seulement assisté du secrétaire des résidences du Tonkin, Duong- Duc-Hiêp. La plantation de Dau-tiêng est située dans la province de Thu-dau-Mot, à 85 kilomètres de Saïgon. On y accède par la route coloniale n° 13 de Saïgon à Bên-cat.
Nous y arrivons vers 9 heures du matin. M.Alpha me présente le directeur de la plantation, M.Theurière, et nous parcourons en automobile cette exploitation fort bien aménagée. Je visite les bureaux où un nombreux personnel tient d’une façon irréprochable la comptabilité. Quatorze campements contenant 4.835 coolies tonkinois, sont répartis sur l’étendue de la plantation d’une superficie totale de 8.600 hectares dont 6.000 défrichés et plantés. Les logements des assistants européens, construits en briques et munis du confort moderne, sont déjà occupés, les campements des coolies sont encore en planches et d’un caractère provisoire. mais ils doivent être remplacés sous peu par des habitations définitives.
… Il est onze heures et demie, le soleil est brûlant et les travailleurs, sur ce terrain défriché, n’ont aucun abri. M.Alpha me déclare qu’il se préoccupe de faire établir des abris légers transportables.
Je me rends, ensuite, avec MM.Alpha et Theurière, à I’hôpital composé de trois pavillons dont deux sont achevés.
… Dans une des salles de cet hôpital, j’ai retrouvé les 29 coolies évacués la veille de Phu-riêng. Leur ayant fait retirer leurs vêtements. j’ai constaté que quinze d’entre eux portaient, la plupart sur le dos, des traces de coups fort nettes, plus ou moins récentes et de nombre et de gravité variables. Un jeune garçon de vingt ans, Tran-van-Chuyên portait sur le dos huit cicatrices provoquées par des coups de bâton ayant entamé profondément la chair, un autre du nom de Vu-Viêt-Thu, âgé de vingt-et-un ans, avait sur le dos la trace de cinquante-six coups de cadouille ayant occasionné six plaies couvertes de croûtes, deux autres coups avaient laissé une trace visible sur la joue droite.

La cadouille. http://www.aavh.org, L’Association des Amis du Vieux Hué

Ces coolies avaient bien été envoyés, à Dau-tiêng, la veille par le docteur Pradal, en tant que malades et les plaies qu’ils portaient aux jambes, diverses maladies, leur épuisement et leur mauvais état général, pouvaient, en effet, justifier leur évacuation.
Le docteur Pradal, que j’ai vu depuis, m’a dit n’avoir pas fait déshabiller ces coolies Iorsqu’il les a examinés.
Vers une heure de l’après-midi, je me suis retiré dans un pavillon d’assistant inoccupé, mis à ma disposition par la direction et, après avoir déjeuné et pris un court repos, je suis reparti à deux heures et demie avec MM.Alpha et Theurière et le secrétaire Hiêp pour le campement n° 12.
Une situation spéciale motivait l’examen de ce groupement. L’inspecteur du travail, M.Tholance, m’avait signalé que plusieurs suicides par pendaison s’étaient produits récemment à Dau-tiêng et M.Alpha lui-même, en m’en parlant, Ia veille, m’avait dit qu’il serait heureux de profiter de mon passage sur les plantations Michelin pour tâcher d’éclaircir les motifs de cette épidémie de suicides qu’on disait provoquée par la superstition mais dont la persistance l’inquiétait.
La liste de ces pendus que j’ai demandée, dès mon arrivée à Dau-tiêng, ne m’a été remise que le lendemain, 27 juin. signée de M.Alpha. Elle indique que les suicides se sont produits à partir du 19 mai à la cadence suivante:
Pham-thi-Nhi, n° du titre d’identité 2762. 19-5-1928;
Pham-van-Ap, n° du titre d’identité 1309. 21-5-1928;
Ta-dinh-Tri, n° du titre d’identité 6041. 21-5-1928;
Lê-ba-Hanh, n° du titre d’identité 3660 24-5-1928;
Dô-thê-Tuât, n° du titre d’identité 7272; 10-6-1928;
Nguyên-Sang, n° du titre d’identité 7142, 13-6-1928;
Tran-Cuc, n° du titre d’identité 7310. 23 juin, matin même de ma venue sur la plantation.
Le numéro des titres d’identité indique que les 5 derniers de ces désespérés étaient récemment arrivés à Dau-tiêng.
Ayant trouvé les travailleurs tonkinois du village n° 12 rassemblés dans leur camp, j’ai demandé au directeur d’isoler les surveillants et caporaux indigènes et de renvoyer les travailleurs dans leurs maisons, afin que je puisse circuler dans chacune d’elles en les interrogeant séparément.
Le camp n° 12 est l’ébauche d’un essai de reconstitution d’un village dans lequel les travailleurs tonkinois sont logés par groupes de quatre ou par ménages dans des cases en torchis couvertes de paillotes. Ce village vient à peine d’être construit et son aménagement n’est pas terminé. Le terrain réservé à des jardins autour des cases, était, lors de mon arrivée, le 26 juin après-midi, encore intact. Les ouvriers dressaient la charpente d’un grand abri devant servir de maison commune. Le soleil était brûlant et sur ce terrain défriché, on ne trouvait aucune ombre, sauf celle portée, sur le sol, par les maisons. Ces cases en torchis alignées sur la terre nue étaient encore fort loin de ressembler au village annamite, enfoui dans la verdure de sa haie de bambous et de ses arbres fruitiers.
Dans les premières maisons où je pénétrai, je trouvai des coolies au visage fermé et sombre, se refusant à parler et déclarant me pas savoir qu’il y avait eu récemment des suicides dans leur village. Puis dans mes déplacements de maison en maison, je fus suivi par certains Tonkinois qui m’écoutèrent et s’enhardirent peu à peu, la confiance vint et, au bout d’une demi-heure, un petit groupe de coolies rassemblés autour de moi, s’encourageant à parler les uns les autres, me mirent au courant de la situation en présence de mon secrétaire tonkinois.
De l’ensemble de ces conversations, il ressortait que ces suicides avaient commencé peu après l’arrivée d’un jeune assistant, M.Baudet, récemment venu de France et placé comme assistant à la tête de cette équipe d’environ trois cents coolies. M.Baudet est, en effet. arrivé en Indochine le 5 avril 1928. Il a été affecté à Dau-tiêng, cinq jours après, le 10 avril.
Les coolies me racontèrent que ce jeune, très cruel, avait fait fustiger certains d’entre eux sur la plante des pieds avec un rotin, et qu’il obligeait les hommes ainsi châtiés à courir en rond afin de rétablir la circulation du sang de façon à ce qu’aucune marque ne put subsister. Ce jeune homme ayant été déplacé récemment, il restait encore dans le village un garde champêtre, chargé de la police du groupe, et les caporaux Ham et Quang qui les battaient et les terrorisaient. Ils signalèrent que le garde champêtre enfermait ceux qu’ils voulaient punir dans une pièce où il les battait. Un certain nombre de coolies portaient des traces de coups sur le dos et l’un d’eux, récemment frappé, nommé Tran Mau, titre d’identité n° 6602, avait la figure tuméfiée. Cependant, je dois dire qu’aucun, sauf le dernier, ne portait la trace d’une correction sérieuse. Il me fut expliqué par les coolies que M.Baudet avait été déplacé depuis le début du mois (7 juin 1928) et envoyé a Phu-riêng. Son successeur, M.Baude, maréchal des logis en congé, était calme et humain et seule persistait, à son insu, I’oppression du personnel indigène.
Je mis au courant de ces déclarations M.Alpha et le directeur de Dau-tiêng, M.Theurière, et les conduisis dans le logement du garde champêtre où, dans une pièce de débarras, se trouvaient un gros rotin vert légèrement recourbé et une provision de rotin mince de la dimension usitée pour cadouiller. A noter que sur la plantation, entièrement défrichée, le rotin est introuvable.
M.Alpha me dit, à ce moment, qu’il se trouvait suffisamment renseigné et ne désirait pas, pour sa part, voir pousser l’enquête plus loin. Je n’insistai donc pas, car l’heure déjà avancée ne permettait pas d’ouvrir une information qui s’annonçait fort difficile à mener à bien, étant donné l’absence de traces laissées par le procédé de punition corporelle dénoncé par les coolies et les exagérations probables de leur part qu’il faudrait déjouer.
Le directeur de Dau-tiêng, M.Theurière qui, paraissait très ému, me déclare qu’il n’avait pas été sans avoir eu connaissance de certains excès de M.Baudet et que c’était pour ce motif qu’il avait demandé son déplacement et son envoi à Phu-riêng qui avait eu lieu le 7 juin dernier, mais qu’il n’en avait pas parlé, car ce n’était pas à lui à répandre des bruits fâcheux sur le compte de sa plantation, qu’il s’était borné a sévir de suite en faisant déplacer ce jeune assistant employé actuellement à Phu-riêng à des travaux d’étude sur le terrain.
Les coolies du village n° 13 s’étant plaints de ne pas toucher les primes qui leur sont accordées par la direction pour les trous creusés par eux, en plus de la tâche fixée à vingt trous, j’ai pris la déclaration de ceux qui se prétendaient lésés. mais ces déclarations en ce qui concerne les primes, ne concordent pas pour la plupart avec le relevé de la comptabilité dont le jeu de primes et de retenues assez complexe leur échappe certainement. En tous cas, les sommes qu’ils reconnaissent avoir touchées en total correspondent avec la comptabilité de la plantation.
M.Alpha, qui m’avait déjà, à Phu-riêng, fait entendre qu’il prendrait des sanctions immédiates, me dit son profond regret d’avoir été trompé par le directeur de Phu-riêng, M.Triaire, qui lui avait caché le régime de rigueur auquel il soumettait ses coolies, et me déclara qu’il allait de suite licencier l’assistant Vuillary et renvoyer. en France, à la disposition de la Maison Michelin, l’ingénieur Triaire, avec une lettre expliquant sa conduite. M.Alpha ajouta qu’il donnait l’ordre de révoquer les divers employés indigènes convaincus d’abus et de brutalités, en cours de notre visite, tant à Phu-riêng qu’à Dau-tiêng et qu’il allait donner des instructions très strictes pour que soient réprimes sévèrement. à l’avenir, tous excès et toutes brutalités. M.Theurière fit les mêmes promesses.
Quant à M.Baudet, M.Alpha, considérant qu’il s’agit d’un tout jeune homme, nouvellement arrivé dans la Colonie, me dit son intention de le rappeler dans ses bureaux à Saïgon et là de le reprendre complètement en main, après l’avoir sérieusement semoncé.
Je suis alors rentré a Saïgon où je suis arrivé à 9 heures du soir et, le lendemain, 29 juin, à 4 heures de l’après-midi. conformément à vos instructions, je me suis rendu auprès de M.[Paul Blanchard] de la Brosse, gouverneur de la Cochinchine pour le mettre au courant des constatations que je venais de faire sur les plantations Michelin, au cours, non d’une enquête qui eût demandée plusieurs jours pour chacune d’elles et que je n’étais pas allé faire, mais une simple et rapide visite de documentation.
M.Alpha m’ayant demandé de retourner à Dau-tiêng pour rechercher si les coolies évacués de Phu-riêng avaient été frappés par le personnel européen ou le personnel indigène, je suis reparti le 26 juin pour cette plantation, accompagné de M.Tholance, inspecteur du travail ainsi que du secrétaire Duong-Duc-Hiêp.
Arrivés à Dau-tiêng, nous avons été reçus par le directeur, M.Theurière, et nous nous sommes rendus directement à l’hôpital. La salle dans laquelle j’avais visité l’avant-veille les évacués de Phu-riêng était vide, elle venait d’être complètement lavée et les Tonkinois qu’elle contenait avaient été transférés dans une autre salle. Je procédai à leur examen en présence de M.Tholance et de M.Theurière, le secrétaire Duong-Duc- Hiêp inscrivait leurs déclarations. (Voir liste annexée au présent rapport, pièce n°8).
Parmi les coolies couchés dans cette salle qui me furent présentés comme venant de Phu-riêng, I’un d’eux, gisait sur le dos, immobile, les yeux mi-clos. Lorsque son tour vint d’être interrogé, il parut ne pas être en état d’entendre les invitations répétées qui lui furent faites de se lever. Croyant être en présence d’un homme réellement très malade, je passais aux suivants. mais, remarquai qu’il nous observait à la dérobée. L’examen des coolies de Phu-riêng terminé, je revins à lui et lui dis à nouveau de se lever et de se déshabiller. Il le fit avec quelque hésitation. Il portait sur le dos, entre les épaules et la ceinture, trace: 1° de 23 coups de cadouille ou d’un bâton mince dont plusieurs avaient entamé [V-28] la peau; 2° d’un coup sur le pectoral droit et d’un deuxième au- dessous du téton droit, ce dernier donné avec tant de force que le sang avait jailli et, coagulé, couvrait la cicatrice linéaire produite: 3° 3 coups sur le bras gauche; 4° 8 coups de cadouille sur les fesses les prenant l’une et l’autre en travers dans toute leur largeur; 5° un coup sur le jarret gauche et 2 coups sur la cuisse gauche. Au total, 36 marques de coups bien distinctes.
Cet indigène, à la surprise du directeur, M.Theurière, déclara n’être pas de Phu- riêng, mais bien du village n° 7 de Dau-tiêng et s’appeler Theu-Khac-Bong, âgé de 23 ans, originaire de Thanh-hoa, titre d’identité n° 3917. Il ajouta que les coups dont il portait les marques lui avaient été donnés par le caï Xuat. Il avait été placé par erreur, ce matin-là, dans le contingent venu de Phu-riêng.
J’ai interrogé immédiatement, d’une façon plus détaillée, le nommé Theu-Khac-Bong ainsi que les deux coolies provenant de Phu-riêng et qui portaient les plus nombreuses traces de coups, les nommés Tran Van Chuyen et Vu Viêt Thu (voir déclarations jointes pièces n° 9 et 10).
Il résulte des déclarations de ces trois Tonkinois, ainsi que de celles qui ont été recueillies, sommairement auprès du reste du contingent de Phu-riêng en traitement à I’hôpital de Dau-tiêng, que tous ont été maltraités par le personnel indigène de surveillance. Aucun n’a imputé les coups qu’il portait à un assistant européen.
Cependant, le nommé Vu Viêt Thu, de Phu-riêng, appartenant à la 3e équipe (village n° 1) a déclaré qu’il avait été frappé pendant le travail, parce qu’il n’avait pas la force de porter des troncs d’arbres, tantôt en présence de l’assistant européen, tantôt en son absence.
D’une façon générale, il y a lieu de remarquer que tous les indigènes portant la marque de coups qui ont été examinés à I’hôpital de Dau-tiêng sont, aussi bien le nommé Theu-Khac-Bong, en service sur cette plantation, que le contingent venu de Phu-riêng, des gens faibles, fatigués ou de tout jeunes gens, et, principalement, de nouveaux arrivés. L’expression de désespoir muet de certains d’entre eux fait peine à voir. Les coups qui leur ont été donnés, ont, la plupart, porté sur le dos.
On doit observer, également, que le contingent de 29 malades évacués de Phu-riêng l’a été après une visite du docteur Pradal et que si, parmi ce groupe, deux coolies étaient gravement contusionnés et même blessés, les autres portaient des traces variant de 1 à 2, 3 ou 4, au maximum quinze coups de cadouille, appliqués à des dates diverses, à un mois de date au plus.
À une heure de l’après-midi, je me suis retiré avec M.Tholance pour déjeuner.
À deux heures, M.Theurière est venu nous chercher pour nous conduire au village n° 12.
Le directeur de Dau-tiêng m’avait demandé, en effet, de venir revoir ce campement, afin de bien expliquer aux travailleurs qui l’occupaient que le personnel de surveillance qui les avait opprimés était licencié, qu’à l’avenir ils devraient s’adresser à leur directeur pour se plaindre des abus et des excès dont ils seraient victimes et les inviter à reprendre le travail avec confiance.
Nous avons constaté, à notre arrivée, que les ouvriers tonkinois du campement avaient, depuis notre visite précédente, c’est-à-dire depuis l’avant-veille, retourné la terre de leurs jardins et les avaient clôturés avec du matériel donné par la plantation, quelques bananiers avaient même été plantés.
Le moral était déjà meilleur et M.Theurière ayant, sur mon conseil, invité les Tonkinois du campement n° 12 à élire, à titre d’essai, leur garde champêtre, ils désignèrent d’un mouvement unanime, pour les surveiller, un jeune homme robuste, à la physionomie calme et intelligente.
Leur ayant adressé les paroles d’encouragement et les conseils de bonne conduite nécessaire, je laissai les ouvriers de cette équipe avec l’impression que la détente s’était produite et que les mesures prises les avaient rassérénés.
M.Theurière m’avait demandé, en outre, de vouloir bien adresser à ses assistants européens quelques paroles pour leur donner des conseils sur la façon de conduire leurs ouvriers tonkinois, les mettre en garde contre les gestes de vivacité, les excès que les surveillants indigènes pouvaient commettre sous le couvert de leur autorité et leur faire connaître que si, pour cette première fois, un simple avertissement était donné, sous forme de sanctions prises par la direction, celle-ci était bien d’accord avec l’Administration pour qu’à l’avenir, tout acte de brutalité soit déféré aux tribunaux.
M.Theurière m’ayant présenté ses assistants, au nombre de vingt, réunis dans une des maisons de la plantation, je leur ai adressé, en présence de M.Tholance, les conseils que leur directeur m’avait demandé de leur donner. Je leur ai dit, en outre, que je n’ignorais ni combien leur métier exigeait d’activité et d’endurance, ni leurs responsabilités, ni combien le maniement d’ouvriers tonkinois, surtout, nouveaux venus, était difficile, mais que je faisais appel à leur cœur et aux sentiments d’humanité que tout Européen porte en lui pour obtenir d’eux qu’ils ne voient pas en leurs équipes seulement un moyen d’action que l’on abandonne à l’heure de la cessation du travail, mais des groupes d’êtres humains intelligents qui leur sont confiés et dont ils sont responsables.
J’ai attiré leur attention sur l’erreur regrettable qui consiste à croire, dans certains milieux, que l’Annamite ne se dirige qu’avec la crainte des coups, sur les résultats néfastes qu’entraînent de pareils procédés et les avantages qu’ils tireront, au point de vue du rendement du travail, des soins qu’ils voudront bien prendre pour veiller à ce que leurs hommes soient entretenus en bon état physique et moral, à ce qu’ils me soient pas l’objet d’exactions et de mauvais traitements de la part de leurs cadres indigènes.
Je leur ai montré qu’il était de leur intérêt même de profiter de l’effort matériel fait par la Maison Michelin pour assurer à leurs coolies une vie acceptable, car le recrutement se fait librement et si, par suite d’une mauvaise réputation des plantations, il venait à tarir, nombre d’entre eux seraient vite licenciés, faute d’emploi.
Je les ai enfin prévenus que bien qu’il soit pénible de briser la vie d’un homme par une condamnation correctionnelle, I’lnspection du travail n’hésiterait pas à dresser procès-verbal contre quiconque se livrerait à des violences qui risquent de déconsidérer et de ruiner notre œuvre de colonisation.
Je leur ai conseillé, enfin, d’apprendre les rudiments de la langue annamite dont la connaissance leur donnera les moyens de se faire obéir facilement de leurs hommes et de contrôler ce qui se passe autour d’eux.
M.Theurière, par quelques mots, a dit à ses assistants qu’il était en complet accord avec nous et les invitait à observer soigneusement les conseils qui leur avaient été donnés.
J’ai quitté la plantation de Dau-tiêng avec M.Tholance à 5 heures du soir.
Signé: DELAMARRE

Edmond PUCCINELLI était vraisemblablement
employé par l’entreprise BERGOUGNAN, un concurrent de MICHELIN.
Mais etait-ce très différent ?
Caillou, le 28 octobre

On peut lire sur ce très beau site d’autres informations sur ces deux plantations Michelin, avec des images: http://belleindochine.free.fr/PlantationMichelin.htm

Catherine rajoute: 

A cette époque les populations locales sans doute étaient-elles déjà/encore en situation de servage [ce qui n’excuse rien]; Edmond n’y est arrivé que 10 ans plus tard.
Ici un document du service cinématographique des Armées datant de 1951 : http://www.ecpad.fr/heveas-51/ :
-y est décrite une importante exploitation à 150km au Nord d’Hanoï, dirigée par une trentaine de Français, et un ouvrier-saigneur immigré du Tonkin [sous contrat de 3ans, et alors jugés plus robustes que les Cochinchinois par les hévéaculteurs]
-à 2mn28, on aperçoit une patrouille de sécurité
La liste des plantations Bergougnat recensées : Loc Ninh [frontière cambogdienne], et Binh Ba, Minh Thanh, Bu Prang, Hon Quan [que je parviens pas à situer]
La “barre de justice” dérivée de la Cangue? [a priori en usage à Hanoï en 1911]

Le combat de Bang Tra 11 juillet 1947.

Impossible pour l’instant de relier les deux morceaux de ce puzzle:
– Un copain de résistance de mon père, Emond PUCCINELLI, disparu en Indochine en août 1947…
– Une photo trouvée dans l’album de photo de ma famille qui parle d’un combat à Bang Tra en juillet 1947. (voir mon billet précédent…)

J’ai, par contre, trouvé des informations sur le combat de Bang Tra.

La première (Merci Catherine) dans le livre de Georges FLEURY,

LE SOUS’OFF, Lucien Péréra, du maquis à l’Algérie (1941-1956)
l’auteur fait mention des combats de Bang-Tra.
La manœuvre annoncée débute le 9 juillet.
Le capitaine Chevalier commande un groupement formé de l’ancienne compagnie de Péréra, d’une compagnie du 3ème R.E.I, d’un escadron de gardes indochinois et d’une section lourde, équipée de mortiers de 81. Les unités sont regroupées au gros bourg de Bang Tra, où doivent les prendre des engins de la Marine qui les débarqueront pas loin de Ba Vat.
L’opération n’a pas le temps de parvenir à son but. Un millier de rebelles dotés de nombreuses armes automatiques se ruent à l’attaque de Bang Tra à l’aube du 10 juillet. Le combat brutal dure une heure au cours de laquelle la garde indochinoise cède sous la pression des bo doïs et se replie sur les campements de tirailleurs et de képis-blancs.
Le capitaine Chevalier monte une contre attaque. Les rebelles décrochent en abandonnant une trentaine de cadavres derrière eux.
Il s’agit donc bien des cadavres que l’on voit sur la photo. Cette indication géographique (traverser un fleuve pour aller à Ba Vat) me permet de retrouver plus facilement sur une carte le lieu du combat.

 

Au nord BA VAT, au sud sur la berge du fleuve Bang Tra. Nous sommes donc dans le delta du Mékong. Au sud de Saïgon.
Un autre texte trouvé sur internet, (ici) me le confirme:
2éme classe ZAPLETAL du 3éme REI en 1947
le 3éme REI a participé début 1947 à des opérations d’assauts fluviales sur le Mékong.
Voila un extrait du journal de marche:

07.05.1947   Combats de Huong-Diem.
05.07.1947   Combats de My-Chan-Hoa.
11.07.1947  Combat de Bang-Tra.
15.09.1947   Débarquement à Campha-Port.

18.09.1947   3/3e débarque à Haïphong – Dirigé sur Gia-Lam.

Et pour illustrer la période un extrait d’un article paru dans le journal Le Monde daté du 19 juillet 1947: Guérillas dans les rizières
L’attaque d’un train à soixante kilomètres de Saigon montre que les bandes du Vietminh n’ont pas renoncé à leurs activités terroristes. Nous croyons intéressant de donner à nos lecteurs les précisions que nous adresse un de nos correspondants sur l’action des guérilleros en Cochinchine.
Les armes, elles viennent de partout. Dans les premiers temps le Vietminh tirait parti de tout: l’on a vu des coupe-coupe fabriqués avec des ressorts de voilure. Les stocks abandonnés par les Japonais ont été soigneusement récupérés. Lors de la capitulation de nombreux détachements avaient caché leurs armes dans les tombeaux chinois: puisque les Français considèrent l’ouverture d’une tombe comme un sacrilège, pourquoi ne pas en profiter?D’autres ont été prises aux Français. Les Vietminhiens auraient même monté, quelque part dans la nature, une manufacture de mitraillettes Sten. Mais surtout les marchands de canons s’en donnent à cœur joie, car le Vietminh paie cher. Presque chaque nuit des camions bourrés d’armes franchissent les frontières du Siam et de la Chine. Il est courant de rencontrer des bandes, armées de deux ou trois cents fusils, de mitraillettes Sten ou Thompson, de fusils-mitrailleurs, de grenades et même quelquefois de mortiers, abondamment pourvues de munitions. Et contre ces bandes, qui ont pour elles le nombre et surtout le pays, les troupes françaises doivent se battre dans des conditions extrêmement difficiles.
Chaque bande, d’un effectif moyen de deux à trois cents hommes, s’est attribué un secteur d’une trentaine de kilomètres de côté, à l’intérieur duquel elle se déplace perpétuellement. Les camions isolés, les détachements de surveillance, les petits postes sont harcelés jour et nuit. Les fils téléphoniques sont hachés, les routes coupées, les ponts détruits. ” Rendre les Français sourds, boiteux et aveugles “, telles sont les consignes qu’adressait Hanoï aux bandes du Sud le 7 octobre dernier.
Détruire ces bandes est presque impossible. La Cochinchine entière n’est guère qu’un vaste marécage, rizières ou marais de joncs. A travers ces rizières, noyées d’eau, courent des diguettes de terre, surélevées d’un mètre. De chaque côté, la boue, où l’on enfonce parfois jusqu’à la poitrine. Tous les deux cents mètres, la diguette s’interrompt, et il faut franchir souvent à la nage un bras d’eau vaseuse et pleine de sangsues. Sur tout cela, un soleil de plomb, et des nuées d’insectes et de moustiques. Impossible d’avancer inaperçu, et, à l’appel du tam-tam d’alerte, les villages se vident, et l’on cache les armes. Une chaîne d’espions annonce par relais le départ des commandos au moment même où les hommes se mettent en route, et la nouvelle de leur arrivée les précède partout.
Quant aux déplacements de troupes plus importants, à l’arrivée de renforts dans une région quelconque, la nouvelle s’en répand partout avec une incroyable rapidité. Les Vietminhiens ont trouvé de parfaits agents de liaison dans les acteurs de théâtres ambulants qui circulent dans tout le pays.
Et, suivant l’importance de la troupe qui s’avance, les Vietminhiens s’enfuient ou tendent une embuscade. S’ils décident d’attendre, ils enfoncent leurs armes dans la boue et se mêlent aux paysans. Un détachement français de vingt-cinq hommes patrouillant un jour dans les rizières du Mytho, avisa ainsi un groupe d’une centaine de ” nha-que ” (1) qui, dans l’eau jusqu’à la poitrine, semblaient repiquer les épis. Cent mètres plus loin, frappé soudain du nombre excessif des paysans, le lieutenant français se retourna. Trop tard : les fusils crépitaient déjà. Un seul homme put s’échapper, et rentra à Cholon à moitié fou.
Parfois ils se dissimulent simplement dans les joncs. Comment distinguer, à cent mètres, un homme dont la tête émerge à peine? Pourtant une bande qui se croyait bien cachée fut un jour entièrement anéantie par un commando français dans la région de Cholon. Un reflet suspect l’avait trahie : son chef, croyant sans doute inspirer la terreur, s’était coiffé d’un casque de pompier.
Les Vietminhiens ne font jamais de prisonniers, sinon pour les torturer. Et les malheureux qui tombent entre leurs mains mettent des heures à mourir. Yeux arrachés, membres déchirés, ventre ouvert, parfois même coupés en morceaux. Et si les hommes du corps expéditionnaire français ne sont pas toujours très tendres, c’est que trop de soldats sont morts dans de telles conditions.

La violence révolutionnaire s’opposait aussi à une insoutenable violence coloniale. Dans un prochain billet, j’évoquerai les conditions de travail dans les plantations d’hévéas de Cochinchine. Mais qu’allait faire dans cette galère un ancien résistant des maquis de l’Ain et du Haut Jura? J’avoue que pour l’instant je n’en sais rien. Et je ne sais même pas si cette photo le représente.

Caillou, le 25 octobre 2018

 

Denise Vernay

Denise, une fidèle de ce blog, qui disparaît …

A Bâle, en Suisse, dans les années 50. Denise est à droite. Ma mère à gauche
A Bâle, le carnaval, dans les années 50. Denise est à gauche. Ma mère à droite
En 1959, et où ?
1959
En 1962, à Sarcelles. La mamichka est derrière.
1962
L’hiver 1962 à Sarcelles.
L’été 1963, en Dordogne, avec mon père
1963
1980 à Croissy avec mon fils
L’ouverture d’un squat avec le DAL et AC! en 1997
Venise en 1996
Venise en 1996
Venise en 1996
Venise en 1996
Venise en 1996
Amsterdam 1997, pour la Marche Européenne contre le chômage.
A Croissy, en 1996 ou 1997
1997, les mots croisés du Monde
1998
1998
1998
2004. Militante pour le logement social.
2005
2006
2007
2007
2007
2007
2009
2010
2010
2011
2015
2015
2016
2016

On ne dit jamais assez aux gens que l’on aime qu’on les aime.

Caillou, le 15 août 2018

le goût du couscous

Toulouse. 26 octobre 2017.
La seconde librairie d’Ombres Blanches est noire de monde. Comme je suis très en retard j’ai loupé l’introduction de la conférence de Mohamed Oubahli : « De Rabelais à Flunch, le goût du couscous». On me tend un petit escabeau. Jamais vu autant de monde rassemblé dans cette salle ! Cela déborde maintenant entre les rayons de la librairie.
« Le goût du couscous », cela attire donc tant de gens ? Tandis que j’écoute attentivement les propos du conférencier j’essaie de deviner qui est venu l’écouter ce soir-là… Des gens plutôt âgés qui ont un rapport personnel, familial, historique avec le couscous ? Des Maghrébins ? Oui, quelques-uns mais pas beaucoup. Des jeunes aussi, jeunes femmes surtout…
Sont-ils là pour fêter Horizons Maghrébins, la revue d’Habib Samrakandi qui a organisé cette soirée goûteuse et musicale ? Pour les 40 ans du service « Art et Culture » de l’Université Jean Jaurès ? Pour écouter le luth oriental de Marc Loopuyt ? Peut-être aussi le public habituel de la librairie ? Qu’importe après tout. Il y a beaucoup de monde pour un sujet rarement abordé dans ce genre de rencontre : l’histoire d’un plat.
Et puis d’ailleurs pourquoi moi suis-je venu l’écouter cette conférence ? Et là je suis très étonné car je croyais naïvement que le couscous était un simple plat d’Afrique du nord, une recette sans histoire, une coutume populaire transmise de générations en générations et se pliant par contre aux contraintes locales d’approvisionnement, de poisson ici, de choux là, de viande parfois. Or Mohamed Oubahli nous fait voyager dans toute la Méditerranée, nous a fait retourner au Moyen-âge, nous emmène au Portugal…
En particulier sur l’origine du mot couscous lui-même, nous sommes, je crois, éberlués par ce travail de fourmi, d’archiviste, de dénicheur de menus de restaurant du 19ème siècle parisien…
Et du coup, grâce à lui, la tradition du couscous devient dans nos oreilles comme un art majeur, un joyau de la cuisine au même titre que les très grands plats de la cuisine bourgeoise, le bœuf Strogonoff, la poularde demi-deuil ou le homard à l’armoricaine.

Mon rapport au couscous, à moi, c’est juste deux pauvres feuilles A4, tapées à la machine à écrire sur du papier pelure, qui ont été tellement lues, pliées et repliées, avec des taches de gras, qu’elles devraient depuis longtemps avoir rendu l’âme, si elles n’étaient pas pieusement encadrées au dessus de mon bureau.

Le couscous que je fais, une ou deux fois par an, c’est l’émerveillement devant un problème de mathématique ! Il est impossible de faire rentrer tous les ingrédients, légumes et viande que ma recette demande dans n’importe quel couscoussier familial. Il me faut sortir un ou deux faitouts supplémentaires. Et pourtant je relis à chaque fois cette phrase d’introduction : Confection du couscous algérien pour 4 PERSONNES !

C’est un couscous de l’exil destiné à être lu par des Français de France, des Francaouis.

Il a été tapé à la machine, dans les années 1960, par une secrétaire de direction venue d’Alger à Paris en 1947, après une guerre glorieuse, comme transmissioniste, entre 1943 et 1945 (Campagne d’Italie, Débarquement de Provence, Libération de la France, La bataille d’Alsace puis l’invasion de l’Allemagne Hitlérienne)
Elle avait laissé tout ce qui lui restait de souvenirs à Alger. Alors vivre en France, y fonder une famille, y recevoir en 1962 les parents « pieds-noirs » tout cela demandait des racines. Et le couscous en était une importante

Je conserve ce document unique depuis plus de 40 ans. Je le consulte à chaque fois que je fais un couscous pour mes amis et pour ma famille. C’est un document qui me fonde, totalement, et auquel je ne change rien, pas la moindre virgule. J’aime tellement ce moment où je plonge les mains dans la semoule très chaude pour y émietter les petits morceaux de beurre, pour bien mélanger ce sable jaune à la bonne odeur de cannelle avant de la remettre dans le torchon blanc au-dessus de la vapeur du bouillon. C’est toujours pour de grandes fêtes où nous sommes nombreux et pas, comme il écrit, pour quatre personnes. Mais c’est le couscous de Madeleine Safra, ma mère ! Disparue en 1973.

D’entendre Monsieur Oubahli donner au couscous de telles lettres de noblesse cela m’a fait chaud au cœur. Déguster, à la fin de la soirée d’Ombres Blanches le couscous marocain de Habib, fut un vrai couronnement. Il n’était pas aussi bon que celui de ma mère mais je crois que c’est une phrase que j’ai déjà entendue.

Merci beaucoup à cette belle équipe.

Caillou, le 2 novembre 2017

282 Kms en vélo

Nous sommes partis le lundi 7 août 2017 de très bonne heure.

Le premier rendez-vous est au lac de Sesquières. On prend beaucoup de retard car il faut réussir à remplir les 4 voitures d’accompagnement avec tout le matériel de camping pour 20 personnes: 18 adultes et 2 enfants. Il fait beau.
Le canal des deux mers s’ouvre à nous.

À Pompignan, chez des amis de Marie-Françoise, qui nous ont offert une salade de tomates et des concombres du jardin, première halte pique-nique… 

… on étudie les cartes pour fixer le prochain rendez-vous.Et tout le monde est très attentif aux consignes.

Faire attention au soleil, donc un chapeau et placer le casque par dessus…

et nous voilà repartis.

Après une belle journée nous arrivons à Moissac, au camping “Le Moulin de Bidounet”.
(82 Km) Il faut monter les tentes et préparer le repas, salade de tomates et pâtes à la ratatouille de Rosemyne.

À l’heure de l’apéritif, avec de la Carthagène  du Minervois, offerte par Jenny, nous posons tous (non, il manque Hubert et Carmen) bien sagement devant l’objectif. Mais l’orage menace… Il va pleuvoir toute la nuit et malheur à ceux dont la tente (usée jusqu’à corde) prend l’eau. Ils se réveillent avec toutes leurs affaires trempées.

Et nous voilà repartis. Rouler par cette fraîcheur matinale est très agréable. Sur le chemin de halage du canal le seul inconvénient ce sont les racines des platanes qui en déforment le revêtement. Au point d’en faire mal aux fesses.

La pause méridienne se fait à l’écluse Le noble. Et petit à petit les cyclistes de l’équipe arrivent pour se restaurer tous ensemble. 

Un autre arrêt se fait à l’écluse de Sérignac.

Puis nous terminons la journée au Camping du Lac, à St Pierre de Buzet,  juste avant Damazan. (165 Km) La soirée se passe très bien, dans un magnifique coucher de soleil, mais  le retard accumulé le matin par nos déboires météorologiques et la préparation des tentes et du repas (coquillettes à la ratatouille)  nous font coucher très tard…

Et le lendemain matin nous ne sommes pas très frais !

D’autant que la pluie revient en plein petit-déjeuner!

On se réfugie où on peut, par exemple dans les toilettes du camping et là on étudie la météo et les cartes pour s’inquiéter de la journée qui commence.

Ces péripéties humides m’amènent à composer, au rythme de ma bicyclette, une ode très périssable que j’intitule: La nuit de Damazan

C’est l’équipée sauvage
au soir du deuxième jour
qui choisit cet ombrage
pour le repos du tour.

Sous les trois chênes immenses
dans le soleil couchant
qui brillait sur l’étang
ils plantèrent leurs tentes.

Pour une vague histoire
de téléphone caché
dans une tente pliée
ils étaient en retard.

La nuit tombait guillerette
ils étaient fatigués
Rosemyne s’affairait
ils firent des coquillettes.

Jean-Paul s’écria
que la lumière soit
Samuel jetait des cordes
et la lumière fut.

Ils croyaient faire bombance
il n’y eut pas d’saucisson
heureusement qu’Hubert
distribuait les canons.

Carmen râlait un peu
elle alla se coucher
tout le monde parfait trop fort
la lune se levait.

Et la nuit fut très belle
les étoiles sur la voûte
les berçaient dans leurs lits
au son de l’autoroute.

Le lendemain matin
l’averse fut énorme
il plut d’un coup les cordes
que Samuel avait jetées.

Et l’équipée sauvage
tout juste un peu trempée
a repris son voyage
vers d’autres randonnées.


Et nous reprenons la route jusqu’à la prochaine halte…

… au Mas d’Agenais, où nous avons rendez-vous pour le déjeuner.

Les cyclistes de l’équipe ne visitent ni la Halle ni la Collégiale, (car elles sont trop en hauteur), et mal nous en prend car l’averse nous surprend de nouveau en plein repas…

Et nous terminons la journée au camping de la Réole. (211 Km) C’est le camping municipal. Deux douches pour tout un camping bondé et des toilettes datant du XIXème siècle…
Le soir nous allons manger au “Marché de Producteurs de Pays” à Meilhan, de grandes tables sur la place, des stands de toutes sortes de productions locales, des barquettes de frites, du vin… et de la musique dans le genre flon-flon.

Nous partons à quelques uns faire le tour du promontoire. Une très belle vue sur le fleuve et le canal et sur la plaine…

Mais la nuit tombe et demain nous quittons la vallée de la Garonne pour rejoindre celle de la Dordogne et St Émilion. Et nous savons bien qu’il va falloir grimper.

Nous nous retrouvons pour manger à Sauveterre de Guyenne. Jeff a fait beaucoup d’images…
À partir de là une excellente piste cyclable, la piste Lapébie  sur une ancienne voie ferrée. Piste bucolique qui va permettre de remonter vers le nord, vers Branne et la traversée de la Dordogne…
Puis nous montons à St Émilion et 5 Km plus loin nous arrivons à St Christophe des Bardes.  au Moulin de Lagnet (282 Km).
Pierrot et Annelise, vignerons en bio, nous y attendent et nous font visiter leurs caves.

Le reste du voyage se fait autour de grandes tables et de bonnes bouteilles…

Et puis chacun repart dans sa propre direction, vers de nouvelles aventures…

Et le lendemain matin, le 11 août, avec les derniers participants nous mangeons avec nos hôtes.

A l’année prochaine ? Pourquoi pas?
Merci à toutes les personnes qui ont organisé, qui ont conduit les voitures et qui nous ont reçus.

Envoyez moi d’autres images. Je les rajouterai…
Caillou, le 16 août 2017

Parallèle 50: quelques hommes…

Artur London mentionne, dans son livre  L’Aveu, paru en 1968, sa participation à  la direction politique de Parallèle 50.

P50 N°31 25 janvier 1947
Parallèle 50 N°31 du 25 janvier 1947

André Simone, journaliste tchèque, de son vrai nom Otto Katz, fut exécuté en 1952, en Tchécoslovaquie,  dans le cadre du procès Slansky.

P50 N°32 1er février 1947
Parallèle 50 N°32 du 1er février 1947

André Ulmann. Journaliste, ancien résistant et déporté de Mauthausen.
Disparu en 1970. Il dirigea surtout la revue La tribune des Nations

TdN N°50 30 août 1946
Tribune des Nations N°50 du 30 août 1946

Edgar Morin. Il ne resta pas très longtemps dans ce journal. Dans Autocritique, Edgar Morin indique que « ce journal » lui a été interdit.

P50 N°73 2O décembre 1947

André Fougerousse. Ancien déporté de Mauthausen.
Il travailla ensuite dans la revue Constellation.
Je ne sais rien de plus sur cet ami de mon père.

P50 N°57 30 août 1947 fusion

 Constellation N°65

Voilà. Ces revues sont conservées précieusement à  la BNF ou à la BDIC de Nanterre.

Je n’ai trouvé qu’une seule étude universitaire sur Parrallèle 50.
Parallèle 50: un périodique tchécoslovaque, communiste et parisien contre la division de l’Europe 
de Françoise NOIRANT
On peut en lire des extraits ici:
http://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_2000_num_59_1_403228

Par ailleurs on trouve de nombreuses référence à André Ulmann dans les livres de
Thierry Wolton, Le KGB en France, Dominique Desanti, Les staliniens 1944-1956 et Ce que le siècle m’a dit, Frédéric Charpier,  l’Agent Jacques Duclos.
Mais le personnage étant extrêmement trouble, à la fois grand résistant, membre de la résistance intérieure dans le camp de concentration de Mauthausen, mais aussi peut être agent d’influence soviétique, manipulateur dans le procès Kravtchenko (J’ai choisi la liberté), je laisse son mystère reposer.
Après tout qui cela peut-il encore intéresser?
Je referme doucement, avec ses rubans, le grand paquet gris contenant la revue
Parallèle 50 de la bibliothèque de Nanterre…

Caillou, le 2 août 2017

 

Parallèle 50, une plongée dans l’Histoire.

Parallèle 50 N°30

Mon père, Georges Bernard, travaillait dans ce journal, Parallèle 50, paru dans l’immédiat après-guerre. Il y était entré sur les conseils de André Fougerouse.
Ce journal était dirigé par Arthur London (1°) et un des éditorialistes principaux en était André Ulmann (2°). Tous les quatre étaient des anciens résistants et déportés du camp de concentration de Mauthausen.
Et dans ces années où le Parti Communiste s’intitulait “le Parti des fusillés” c’est tout naturellement qu’ils étaient communistes.

Parallèle 50 était un journal d’information sur les pays de l’Est et sur la Tchécoslovaquie en particulier.
Et là une date importante: février 1948, le Coup de Prague (3°) où les staliniens prennent vraiment le pouvoir à Prague, pouvoir qu’ils partageaient jusque là avec les sociaux-démocrates, les agrariens, les démocrates slovaques et les socialistes-nationaux.

Le seul article de Georges que je retrouve dans Parallèle 50 est du 19 avril 1947 donc dans une période où perdure encore l’illusion d’une cohabitation commerciale et culturelle entre Communisme et Capitalisme, entre l’Union Soviétique et  l’Ouest… Illusion qui va s’effondrer avec la guerre froide.

P50 N°38 19 avril 1947 Georges - copie

SYMBOLE DE PRAGUE
La défaite du Reich hitlérien a consacré, parmi tant d’autres écroulements, celui de Vienne comme métropole de l’Europe centrale.

La décadence de la capitale de l’ancien empire des Habsbourg, commencée dès la fin de la première guerre mondiale, s’était accélérée après l’Anschluss. Le « Prater » n’était pas fait pour servir de terrain d’exercices aux Chemises brunes, ni les frondaisons de Schœnbrunn pour abriter les automitrailleuses de la Wehrmacht.
Vienne perdit ses raisons d’être une grande capitale. Elle dut s’effacer devant Berlin et devint une cité provinciale privée des apports qui lui avaient donné jusque-là son faste et son rayonnement.
Cependant, entre Paris, Moscou et Constantinople, la géographie comme l’histoire imposent la présence d’une ville de caractère international. La succession de Vienne est ouverte.
A l’issue de la guerre, il s’avère que Prague est appelée, désormais, à jouer ce rôle de capitale pour tous les pays du centre de l’Europe.
Prague, la « ville dorée », la « ville aux cent tours », est sortie miraculeusement intacte du cataclysme. Alors qu’autour d’elle Belgrade, Varsovie, Vienne sont devenues des monceaux de ruines, Prague a gardé les merveilleuses richesses architecturales qui ont fait une partie de sa gloire. A ces causes matérielles du nouvel essor de Prague s’ajoutent des raisons d’ordre moral, car on ne peut oublier que la capitale de la Tchécoslovaquie fut le lieu de naissance de la résistance antihitlérienne et que les premiers martyrs de la cause de la liberté furent de ses citoyens.
Prague est aujourd’hui un symbole riche de signification. Elle se trouve sur la ligne de séparation de « l’Ouest » et de « l’Est ». Sur ce qu’on ne peut appeler autrement que cette frontière de deux mondes souvent opposés, elle demeure un lieu de convergences pacifiques. Nulle part ailleurs les deux systèmes n’ont davantage d’occasions de contact non seulement dépourvus de violence mais encore chargés d’espérance et d’amitié.
Le gouvernement de Prague est présidé par le communiste Gottwald, dont l’adjoint est un prélat catholique : Mgr Schramek. Une compétition courtoise et une discussion parfois animée mais jamais venimeuse mettent aux prises les différents partis de Tchécoslovaquie mais toujours selon les règles d’une démocratie bien comprise.
La Tchécoslovaquie n’a qu’une courte frontière qui ne soit pas commune avec l’Union soviétique, c’est celle qui la sépare de la zone d’occupation américaine en Allemagne.
Les conséquences de la guerre l’ont rendue voisine et tributaire de l’URSS, dont elle est l’alliée, mais ce voisinage ne lui impose nulle restriction de liberté.
Vers Prague se tournent les regards de tous ceux qui persévèrent dans leur espoir d’une synthèse possible entre les deux systèmes qui tendent à se partager le monde. Ils y voient la promesse d’une construction pacifique du monde.
Dominant l’étagement des maisons et des palais, le Hradchany domine Prague. Il abrite le premier personnage de l’État, le président Bénès, qui a représenté pendant toute la guerre la Tchécoslovaquie libre aux côtés des Alliés. Sa popularité ne le cède qu’à celle dont jouissait le président libérateur T-G. Masaryk. Comme Masaryk, Edouard Bénès est un philosophe imprégné de culture occidentale. Sa formation intellectuelle comme son expérience politique en ont fait un démocrate qui sait apprécier le prix de la liberté. Aussi bien son action à la tête de l’État tchécoslovaque s’inspire-t-elle du permanent souci de conciliation et de synthèse des deux influences dont Prague demeure le point de rencontre fraternel. Puisse la ville de Jean Huss devenir l’exemple que les hommes voudront suivre !
Georges BERNARD

 Voici un article qui va dans le même sens et s’étonne du “rideau de fer”.
Il date du mois de mai 1947

P50 N°41 10 mai 1947 rideau de fer

 Ou celui-ci, du romancier Louis Martin Chauffier (4°) et qui date de août 1947:

P50 N°56 28 août 1947 Chauffier petit

Prague choisit la paix… et joue gagnant.
par L. MARTIN-CHAUFFIER

La raison du voyage que je viens de faire en Tchécoslovaquie, en Roumanie et en Hongrie était de prononcer des conférences. Mais le dessein qui me poussait de ville en ville, de pays en pays, débordait cette fin officielle. Je venais moins pour donner que pour recevoir. Plus exactement, j’étais en quête d’échanges.
Je cherchais réponse à la question à mon gré la plus pressante et la plus grave, car de ce qu’elle allait être dépendait l’avenir de la paix. Pouvait-on concilier l’exercice de la liberté et l’établissement de la justice sociale ; une certaine notion de l’homme, ancienne et éprouvée et l’avènement d’une société nouvelle où la justice, en effet, économique et sociale établirait de nouveaux rapports entre les hommes dans leur communauté? Si la réponse était favorable, tout pouvait être sauvé. Mieux que sauvé : à partir du moment où le salut est possible, on peut aller plus loin et prétendre au progrès.
Je dois dire dès maintenant que je suis revenu en France plus optimiste que je n’en étais parti. Les événements qui ont suivi mon retour ont pu provoquer de légitimes inquiétudes; mais non point altérer une confiance qui repose sur un fond plus solide que l’événement.
La paix n’est pas établie. Mais les conditions de la paix sont définies. Elles ne sont point, pour autant, réalisées, ni même préférées. On les connaît pourtant, et c’est beaucoup. Et j’ai vu au moins un pays où elles étaient en voie de réalisation; deux autres où elles constituaient l’objet de leur préférence.
La Tchécoslovaquie m’a apporté mieux qu’une réponse : la preuve par les faits. Elle a choisi la paix, et joue gagnant. Si, dans l’ordre de l’établissement de la démocratie, elle est en avance sur la Roumanie et la Hongrie (1), les raisons en sont multiples. La Tchécoslovaquie n’a plus à faire l’apprentissage de la démocratie Elle l’a reçu, au sortir de l’autre guerre, des mains de Masaryk et de la bienveillance des Alliés. Elle s’y est adaptée sur-le-champ et lui a donné une de ses formes les plus achevées. Soutenue dans cette réussite, non seulement par l’esprit de son peuple, mais par la chance de pouvoir confier la conduite de l’État à deux grands présidents, dont le second a reçu les leçons, suivi les principes du premier.
Quand, avant même la fin de cette guerre, le retour de Bénès a confirmé la continuité de la pensée politique tchécoslovaque, le pays s’est mis aussitôt à l’œuvre et a appliqué les décisions communes à tous les partis et mûries dans l’exil. C’est de cette promptitude et de cette rigueur que j’ai pu admirer les effets.
Un pays qui a pu restaurer sa monnaie – au prix de quels sacrifices – établir un juste équilibre entre les salaires et les prix, redresser son industrie, chasser les Allemands des Sudètes et dépouiller la noblesse collaboratrice, promulguer et commencer d’accomplir un plan de reconstruction et de justice sociale ; voilà, certes, un modèle à proposer. Il y faut un peuple sage, rude et fier, dur au travail, qui aime l’ordre, la liberté, la sécurité, en attendant la récompense que méritent ses vertus.
Mais tout cela, je le répète, est d’abord l’effet de la promptitude et de la rigueur, qu’un Français ne peut pas admirer sans envie. Et il n’admirera pas moins que cette promptitude ne se déforme pas en une hâte imprudente dans les domaines où la réflexion s’impose. La Tchécoslovaquie n’a pas encore établi sa nouvelle Constitution. Elle n’a pas à se presser, rien ne menace la République; et, si le problème slovaque soulève des difficultés, il ne menace pas l’unité de l’État. Tous les partis, dans ce pays sans riches et sans esclaves, cherchent ensemble une définition commune de la démocratie adaptée à l’époque et aux données du réel; une démocratie proprement nationale, c’est-à-dire universelle dans ses principes et particulière dans leur application : une dans son désir égal de la liberté et de la justice, pluraliste dans ses opinions et ses moyens; une dans l’État, diverse dans ses ressources et ses expressions.
Voilà bien ce qui m’a réconforté. En ce point central de l’Europe, à l’Est comme à l’Ouest, la Tchécoslovaquie reconnaît les siens. Les partis sont unanimes à vouloir que la politique étrangère soit liée à celle de l’U.R.S.S. Tout, en effet, les y convie : la géographie, les intérêts économiques, les affinités, la prudence, la méfiance de l’Allemagne, souci majeur.
Mais, en même temps, elle tourne vers l’Ouest le regard et l’esprit. Elle veut jeter dans sa pâte tous les ferments qui la font lever et qui, ensemble, permettront de composer ce que le monde entier devrait souhaiter : des hommes libres dans une société juste.
Pour cela, il ne faut point d’exclusive. À chaque pas, en toute occasion, dans ce pays qui possède la liberté intérieure et tend vers la justice, j’ai reconnu les marques de cette durée vivante d’un peuple, d’un État qui ne renient aucune des grandeurs du passé — mais ne retiennent du passé que ses grandeurs et ses valeurs efficaces — et qui l’ajustent, l’intègrent, le prolongent de toutes les valeurs nouvelles dont l’époque, le voisinage, les amitiés traditionnelles lui offrent les exemples ou les modèles assimilables.
L’unité dans la diversité, condition de la liberté : tel peut être l’apport de la France — pays du dialogue — en échange de cette promesse que propose à tous la Tchécoslovaquie : la contradiction à laquelle on veut réduire les éléments civilisateurs distincts, mais non opposés, est une imposture majeure.
Elle en démontre l’erreur mortelle, comme le sage démontrait le mouvement en marchant. Slave et latine, millénaire et jeune, la Tchécoslovaquie, qui a surmonté toutes les tyrannies et sauvé son âme et sa langue, me paraît vraiment la terre, la nation faites pour réconforter l’espérance et rompre les fausses barrières.
1° Il ne s’agit en effet que d’une avance. J’aurais l’occasion de revenir sur ces deux pays où se forme déjà une conscience démocratique contrariée longtemps par les conditions historiques.

 Mais ces articles semblent très naïfs quand quelque mois plus tard Parallèle 50 devient la vitrine du système liberticide qui s’étend sur les pays de l’Est. Comme par exemple cette retranscription du procès des démocrates slovaques du 15 novembre 1947:

P50 N°68 15 novembre 1947 - copie

Parallèle 50 N° 68 du 15 novembre 1947
La crise tchécoslovaque est une affaire intérieure.
Découverte d’un complot en Slovaquie.
Le commissariat à l’intérieur de Slovaquie a annoncé officiellement, d’après les premières informations, que ses organes de sécurité avaient découvert une nouvelle organisation antigouvernementale.

Cette organisation avait Brastislava pour centre ; elle travaillait en relations étroites avec des émigrés slovaques de l’étranger et préparait la destruction et la liquidation de la République tchécoslovaque. Dans l’état actuel de l’enquête, on a pu mettre en lumière les faits suivants :
1° L’organisation centrale a été créée selon les directions des émigrants et son activité était dirigée selon le programme des représentants des émigrants ;
2° Cette organisation illégale anti-nationale avait établi des plans d’espionnage économique, politique et militaire, dont les résultats devaient être livrés à des puissances étrangères.
3° La centrale avait presque terminé l’organisation des secteurs. Au point de vue technique, il est nécessaire de préciser qu’à la tête des secteurs se trouvaient de hauts fonctionnaires de l’État, d’anciens collaborateurs faisant partie de l’élite intellectuelle et des hommes politiques. La réalité confirme l’état avancé des préparatifs. On envoyait de l’étranger en Slovaquie des décrets de nomination pour les membres du centre et hauts fonctionnaires de l’organisation.
4° Le but de cette organisation était l’exécution d’un coup d’État et la destruction de la République tchécoslovaque par un coup de force exécuté à un moment opportun de la situation politique Internationale.
5° Des liaisons passaient régulièrement en Slovaquie, et étaient également munies d’un matériel parfaitement approprié. Dans ce matériel, on a trouvé des décrets et des lettres de créance manuscrites établies par le Dr Durcansksy pour les représentants et les agents du mouvement.
Jusqu’à présent, les personnes arrêtées, parmi lesquelles se trouvent des membres de la centrale du réseau, reconnaissent et confirment les uns et les autres leur action criminelle.
Exposé de M. Ferjencik, commissaire slovaque l’intérieur, sur les plans et organisation du complot.
Le Dr Ferjencik, commissaire à l’Intérieur, a fait le 25 octobre devant l’Assemblée des commissaires, à Bratislava, un exposé détaillé sur l’activité des membres arrêtés des groupes ayant participé au complot de Slovaquie. Dans le préambule de son exposé, il a déclaré que l’idéologie des membres du complot était fondée sur la propagande fasciste de l’ex-État slovaque et qu’elle a trouvé un terrain favorable dans une certaine partie de la population, surtout auprès des intellectuels, ces milieux ayant persisté dans leur attitude anti tchécoslovaque même après la Libération.

Il existe, outre le fameux groupe de Durcansky, quatre autres groupes de conspirateurs se trouvant à l’étranger: à savoir : 1) le groupe de résistance révolutionnaire slovaque dans la zone d’occupation française en Allemagne ; 2) le groupe de Charles Sidor à Rome ; 3) celui de Constantin Culen aux États-Unis ; 4) le groupe de Pridarek à Londres. Durcansky entra en relation avec la clandestinité slovaque par le truchement du groupe de résistance révolutionnaire slovaque pour recevoir des informations de caractère politique, militaire et économique qu’il utilisait surtout dans les nombreux memoranda qu’il a envoyés aux hommes d’État de diverses puissances. Durcansky a aussi fait tenir en Slovaquie, à l’aide d’émissaires, des directives précises concernant l’activité gouvernementale.
L’arrestation de Rudolf Komander – agent de liaison du groupe de résistance révolutionnaire slovaque – qui était en mission de liaison en Slovaquie et rentra ensuite en Autriche a aidé à démasquer ce groupe.
Dès le commencement de l’année dernière, les services de la Sûreté nationale démasquèrent l’activité du Dr Chalmovsky. II a pu être prouvé que celui-ci était rentré d’émigration sur l’ordre des chefs se trouvant à l’étranger. II a été condamné par le Tribunal régional de Brastislava à huit mois de prison. Après avoir purgé sa peine, il s’est enfui de nouveau à l’étranger.
Au cours de l’été 1946, un autre troupe antigouvernemental a été démasqué et liquidé. Ce groupe entretenait des liaisons avec l’étranger par le truchement de l’étudiant Fera Panek.
Peu de temps après, les services de la Sûreté réussirent à arrêter Fero Petras et William Mihalovic, agents de liaison du religieux Victor Kaciarik. Après l’interrogatoire de ces individus, on a pu démasquer et liquider ce qu’on appelle la Centrale de Vienne et arrêter son organisateur Michel Stefula. La découverte du groupe de Zilina a mis sur les traces d’un complice se trouvant dans le pays et d’un des agents de liaison principaux et longtemps recherché, l’étudiant émigré Rudolf Komander, alias Kostra, qui fut arrêté avec tous les papiers l’accréditant. Après la récupération de tout ce matériel, les organismes de la Sûreté nationale ont procédé à la mise au grand jour et à la liquidation de tout le groupe du Dr Durcansky.
Lors de la découverte de ce qu’on appelle le groupe Durcansky, parmi les premières personnes arrêtées furent les membres de la Direction centrale du Comité d’action slovaque en Slovaquie. Un des principaux collaborateurs de Durcansky en Tchécoslovaquie et son principal agent de renseignements était Otto Obuch, qui, en sa qualité de fonctionnaire du cabinet de la vice-présidence du Conseil envoyait à Durcansky des renseignements sur les séances confidentielles et secrètes du gouvernement qu’il s’appropriait.
À la date du 14 octobre on avait arrêté 88 personnes, au 21 octobre 124, dont 14 ont été remises en liberté. 53 personnes ont été inculpées définitivement et 57 provisoirement.
Dans la conclusion, le Dr Fer-Jenclk apprécia l’influence de l’activité des groupes antigouvernementaux sur l’opinion publique en Slovaquie. II a déclaré que la découverte et la liquidation des deux groupes antigouvernementaux de Slovaquie ont provoqué un grand nombre de conjectures erronées, d’hypothèses et de commentaires qui ont été présentés par la presse étrangère de manière fantaisiste.
Le cas du secrétaire général du parti démocrate slovaque le député J. Kempny
Le Dr Husak, président du Conseil des commissaires, a remis au gouvernement et au Conseil national slovaque la démission de tout le Conseil des commissaires. La déclaration des membres communistes du Conseil des commissaires proclame que ce Conseil, avec sa majorité de démocrates slovaques “non seulement n’a pas su limiter, mais a favorisé nettement, et sur une grande échelle, l’activité de trahison et d’espionnage d’éléments antinationaux »

Voici le communiqué du ministère de l’intérieur en date du 3 novembre 1947 :
« Sur une demande du tribunal régional de Bratislava en date du 29 septembre 1947, l’Assemblée nationale constituante a fait ouvrir une information judiciaire et intenté des poursuites contre le député Jan Kempny, secrétaire général du parti démocrate slovaque.
Les bases sur lesquelles Kempny est l’objet de poursuites se sont substantiellement élargies ces derniers jours grâce à l’enquête de la Sûreté slovaque. Il a été vérifié que le Dr Jan Kempny, dès 1944, jusqu’à la libération de Bratislava par l’armée soviétique, a participé aux réunions des jeunes radicaux populistes dirigés par le Dr Ferdinand Durcansky. À ces réunions  il a été décidé que les populistes devaient, après la Libération, s’infiltrer dans l’appareil ainsi que dans les institutions politiques économiques et culturelles de l’État et y travailler en vue de la restauration de l’État slovaque.
Le Dr Kempny obéissait strictement à ces directives.
Le député Dr Jan Kempny avait reçu du Dr Ferdinand Durcansky des instructions, par le truchement d’un des membres de son groupe subversif, au cours de réunions secrètes qui se tenaient chez lui.
Des rapports ont été plusieurs fois lus sur les résultats des voyages qui conduisirent ce membre important du groupe chez Priedavka, à Londres, et chez Kirschbaum en Suisse, qui l’un et l’autre travaillaient contre la République tchécoslovaque. On lisait aussi à ces réunions un matériel de propagande antigouvernemental amené secrètement en Tchécoslovaquie.…/…
Copyright « PARALLELE 50 »

Tous les ingrédients des procès staliniens sont déjà là.
Etrange impression de lire quelques années plus tôt, en 1947, dans le journal dont il était le directeur, la description d’un complot qui va broyer des hommes comme Arthur London en 1951…

Après février 1948 et le Coup de Prague, Parallèle 50 perd tout intérêt et devient un journal de propagande  stalinienne où pourtant beaucoup d’intellectuel(e)s de ces années là ont écrit:

P50 N°69 22 octobre 1947 petit

Notes:
1° https://fr.wikipedia.org/wiki/Artur_London
2° https://fr.wikipedia.org/wiki/André_Ulmann
3° https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_de_Prague
4° https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Martin-Chauffier

Caillou, le 1er août 2017

Merlinettes parachutées… suite

Un autre article de journal, du 16 juillet 2000.

merlinette

 

Article du 16 juillet 2000
Premier paragraphe / para (cha)chutiste ! (coquille)
LIBERATOR B24 (et non B14) : Quadrimoteur américain .
Elles furent parachutées d’Alger par l’OSS .
Hébergement hôtel restaurant en face de la gare.
Place de Jaude, place emblématique de Clermont-Ferrand.

Je remercie encore Jean-Georges Jaillot-Combelas
pour son envoi. Je rappelle d’ailleurs qu’il est
à la recherche de tout témoignage concernant les Merlinettes.
On peut le joindre par l’intermédiaire de ce blog en envoyant
un commentaire que je lui transmettrai.

Caillou, le 30 mars 2017

Merlinettes parachutées…

Dans cet article du journal La Montagne, paru le 11 juillet 2000, on en apprend un peu plus sur ces femmes admirables, les transmissionistes, surnommées les Merlinettes, qui combattaient contre l’occupation nazie pendant la seconde guerre mondiale.
Et en particulier sur celles qui furent parachutées en France.

Article La Montagne  J-C Delaygues . Photos Pierre Couble.

MERLIN1

MERLIN2

Jean-Georges  Jaillot-Combelas
apporte quelques précisions et corrections:

Continuer la lecture de Merlinettes parachutées…