Lui mettre une trump!

Ce soir, à Toulouse, des femmes manifestaient contre le nouveau président des Etats-Unis…2017-01-21 17.13.37 Beaucoup sont américaines. Elles sont le visage d’une autre Amérique!

 

2017-01-21 17.15.26

 

Respect!
Caillou. 21 janvier 2017

Le 21 janvier 2017, au lendemain de la prestation de serment de Donald Trump, les associations féministes et de défense des droits humains organiseront une marche pour les droits des femmes à Washington et partout dans le monde.
Nous sommes tou.te.s mobilisées alors que le nouveau président des Etats-Unis s’apprête à appliquer l’idéologie violemment sexiste, lesbophobe, homophobe, xénophobe et raciste qu’il a défendue durant toute sa campagne. Il envisage de nommer à la cour suprême William Pryor, un juge qui considère que « l’avortement est la pire abomination de l’histoire du droit ». Son vice-président, Mike Pence, promeut ouvertement des thèses créationnistes. Son principal conseiller, Steve Bannon, publie sur son site des messages racistes et misogynes haineux. Il veut aussi détruire la loi sur la santé dite Obama Care.
Cette politique réactionnaire à l’oeuvre aujourd’hui aux Etats-Unis est la concrétisation d’une dynamique plus large dans le monde, en Europe, en France :
• En Europe, des mouvements conservateurs et rétrogrades remettent régulièrement en cause les droits des femmes, en particulier l’avortement (Pologne, Espagne…)
• En France, le danger est réel en provenance de plusieurs candidats à la présidentielle, qui instrumentalisent les droits des femmes. 
Nous marcherons le 21 janvier pour témoigner notre solidarité avec la Women’s March on Washington, car défendre les droits des femmes aux Etats-Unis, c’est défendre les droits des femmes en France et dans le monde entier. Nous marcherons contre les incitations à la haine, les attitudes discriminatoires, les messages et actions réactionnaires. Cette marche se veut ouverte à toutes et tous, et chaque individu.e partout dans le monde sera le/la bienvenu.e.

le 20 aout 1955 et la justification du terrorisme de masse

J’ai déjà parlé de mon étonnement de voir que cette date est honorée en Algérie alors qu’elle est celle d’un massacre d’une centaine de civils européens à Philippeville (actuelle Skikda) par des paysans algériens fanatisés:
http://www.cailloutendre.fr/2012/04/alger-10-avril-2012-belcourt-le-20-aout-1955-et-la-suite/
Dans le film « vu de l’autre côté » de Mehdi Lallaoui, Mohamed Harbi est le principal historien. Il s’exprime à propos du 20 aout 55 à Philipeville.
Voilà ce qu’il dit: Le phénomène fondamental ce sont les évènements du 20 aout 1955 dans la région du Nord-Constantinois. Cet épisode a donné aux partisans de la lutte armée une force nouvelle en ce sens que pour la première fois des masses importantes se sont engagées dans une lutte les uns avec les armes et les autres à mains nues. Il ne faut pas oublier que le 20 aout 1955 avait dans certains endroits des aspects de jacquerie c’est à dire que des gens partaient avec des moyens élémentaires pour essayer d’attaquer ici et là des forces françaises. Alors ce qui s’est passé après c’est qu’il y a eu une répression atroce qui a fait des milliers de morts.
L’expression « des forces française » c’était en l’occurrence des civils Européens, des femmes, des enfants… Et la répression qui a suivie, aussi dégueulasse soit-elle, ne permet nullement de gommer la caractère de crime contre l’humanité que représente « les jacqueries » du 20 aout 1955. Entre bombardement des mechtas, torture, et emprisonnement de tout un peuple d’un côté et attentats aveugles et massacre de civils de l’autre, il ne faut pas choisir!  Mais de la part de ce grand historien dire « des forces française » pour nier le massacre des populations civiles cela justifie totalement le terrorisme de masse que commet Daesh en ce moment en Irak et en Syrie.
Et ce n’est comme cela, en niant l’Histoire, que l’on pourra retrouver le chemin d’une réelle amitié entre les peuples algériens et français.

Caillou, 24 décembre 2016

RAK, chronique d’un film disparu.

J’ai retrouvé, grâce à Internet, un film que je n’avais jamais oublié:

RAK de Charles Belmont

rak-lila-et-sami

Ce film est touchant, émouvant, mais il n’est pas que cela. Je dois dire qu’en 2016 comme en 1973 je l’ai vu en m’identifiant à David. En 73 parce que, fils unique, je venais de perdre ma mère, Madeleine, qui vivait seule à Paris. Et en 2011 par la disparition de Maria, en 3 mois d’un cancer intestin/poumon, une femme qui était resté, même divorcée, une très grande amie et une camarade. Comme c’est un film ancien j’y vois maintenant des défauts, (rien de rédhibitoire) et d’immenses qualités.
Il y un sujet principal dans ce film qui est celui de la médecine « de classe » et du rapport entre le médecin et son patient. Sur ce point je crois qu’il date un peu. Le décès de Maria, m’a montré que la médecine hospitalière a progressé dans les droits du malade, dans le refus de la souffrance, dans le regard du personnel hospitalier et même dans la vérité donnée aux malades, si du moins ceux-ci veulent la connaître. Sur ce point la visite du grand patron ressemble à une farce. Elle est d’ailleurs traitée comme telle. J’espère que cela est devenu l’exception et date d’une période définitivement révolue.
Plus subtile, mais bien argumentée dans ce film, la dénonciation du rapport exclusif entre soignant et patient est lui toujours d’actualité. Même si la pratique reste ce rapport de domination il me semble qu’il a depuis longtemps été remis en cause et que d’autres visions de la médecines ont fait leur apparition. Que des progrès ont eu lieu comme avec l’institut Renaudot (et la médecine communautaire) ou, et je l‘ai découvert sur votre blog, la revue de la « Santé intégrative ».
L’autre critique que je ferais à ce film c’est le côté militant un peu lourdingue, un peu appuyé, comme avec les interventions des médecins contestataires ou cette phrase sur la médecine dans la Chine Populaire qui fait maintenant sourire. Mais c’était l’époque !
Je le sais, j’y étais…
Mais ces critiques ne sont rien devant l’autre sujet, pour moi bien plus important, qui est le rapport intime entre ce jeune homme, David et sa mère en train de mourir.
La disparition de son père et l’absence de sa sœur en fait un fils unique. Il ne vit pas encore avec sa compagne. Il est seul avec la maladie de sa mère, avec en tête la certitude de son décès proche, son incapacité à lui dire la vérité. Il doit à la fois sacrifier une partie de sa vie personnelle (la scène où il lit le journal et où sa mère le dérange) et devenir l’adulte responsable. C’est une inversion des rôles fils/mère. Le fait de l’appeler « petite mère » ne me semble pas avoir seulement une résonnance russe, c’est aussi se penser le protecteur, l’adulte devant la maladie qui infantilise sa mère. Et cela l’irrite.
Il y a des notations très fines et très vraies comme la culpabilisation : «  C’est quand tu es parti que j’ai commencé à me sentir fatiguée… » . La tension qui suit, l’affrontement feutré est absolument terrible. D’autant qu’il se termine par « Moi aussi j’ai besoin de toi » et que la mère reçoit cet aveu avec fierté.
Pour dépasser ce rapport de prise de pouvoir sur l’autre, inversé lorsqu’il s’agit d’un jeune homme sur sa mère il va falloir se battre ensemble et donc casser le silence. Il faut lui dire la vérité sur sa maladie et lui annoncer l’issue très probable de son cancer. La séquence de la salle de bains est certainement la plus forte du film, la scène ou Samy Frey se cache dans son dos pour lui dire ce que peut-être elle sait déjà tandis qu’elle se regarde dans la glace et pleure silencieusement est pour moi une situation qu‘il me semble avoir vécue.
Ma mère est morte brutalement empoisonnée par l’oxyde de carbone. Je n’ai pas pu me préparer à sa mort. Il n’y a donc pas de ressemblance. Mais l’imaginaire d’un spectateur n’a peut-être pas besoin d’être aussi précis pour s’identifier avec un personnage fictif.
J’y ai vu d’ailleurs une grande part d’autobiographie avec toutes ces anecdotes qui sentent vraiment le vécu…
Et puis c’est merveilleusement bien joué par Lila Kedrova et Samy Frey. Par exemple cette pantomime ou ils jouent comme des enfant.
Même si les couleurs ne sont plus très bonnes, même si le son doit pouvoir être amélioré, (mais je deviens un peu sourd moi aussi !) les cadrages sont très bons, il y a peu de mouvements de caméra et ils sont à chaque fois cohérents, rien n’est au hasard, le montage est très beau puisque il ne se voit pas, et la non-chronologie renforce l’attention. C’est un très beau film, même si, par son côté militant, il date un peu. Il faut qu’on puisse le voir et le revoir

Caillou, le 14 décembre 2016

On ne le trouve pas dans le commerce. « Malheureusement les droits de RAK appartiennent à une production qui ne s’en occupe pas du tout. Le film n’est visible nulle part sauf au Forum des images à Paris « 
Une association: les amis de Charles Belmont
veut montrer en DVD les films de ce réalisateur.

On peut lire aussi:

lire sur http://www.santeintegrative.com/articles/rak
RAK par Marielle ISSARTEL

À l’occasion de la rétrospective de tous les films de Charles Belmont à Paris en avril, focus sur RAK qui dès 1972 posait la question de l’unité du malade et de la relation qu’il lui serait nécessaire d’établir avec les personnes qui le soignent. À la fois une histoire d’amour et un réquisitoire au vitriol.

Un sujet qui dit « Je »

Ce film fut écrit d’abord sous forme d’un pur cri de révolte, à partir d’une expérience personnelle de Charles Belmont, très douloureuse, la mort foudroyante de sa mère d’un cancer(1). Puis la réflexion et l’analyse appliquées à cette expérience intime lui ont donné une portée humaine et sociale, et même politique. La structure non chronologique du scénario et la voix off du personnage du fils témoignent de ce double mouvement subjectif et réflexif en tension. Dans RAK les sentiments s’expriment sans crainte des scènes périlleuses, mais pour dépasser la révolte personnelle et écrire sans exagération la scène de la visite du grand patron hospitalier, Charles Belmont a réuni une quinzaine d’amis du Groupe Information Santé (ex Secours Rouge, avec qui ensuite il fera Histoires d’A) qui ont mis en commun leur expérience ordinaire en évacuant l’exceptionnel. Comme la réalité dépasse la fiction, la scène traitée en parade de cirque fait plus vrai que nature. Elle fut d’ailleurs l’objet d’une censure d’Antenne2 qui demanda à Charles Belmont de la couper avant diffusion pour ne pas choquer les mandarins qui devaient débattre ensuite. Mais accepter la censure n’était pas de son goût et il préféra annuler la vente.

La relation dominant/dominé du patient le bien-nommé n’est pas seule en cause dans le film. Le rôle du psychisme dans la maladie et la maladie considérée comme réponse au mal-être sont des pistes ouvertes à la fois par l’histoire incarnée de ce couple d’un fils avec sa mère, mais aussi par l’irruption de médecins en chair et en os sous forme d’interviews. Parmi eux, le Dr Richard Dabrowski : « Est-ce qu’on a déjà vu un foie ou une moelle épinière se promener dans la rue ? non, il y a toujours le sujet qui dit « Je » autour, et qui dit : « moi j’ai mal ». »

Dans le dossier de presse en 1972, Charles Belmont écrivait : « Si j’ai fait RAK, c’est pour partager quelques idées, pas nouvelles du tout, mais enfouies, très dissimulées. La santé physique n’est qu’un des aspects de l’épanouissement de l’individu. On connaît depuis longtemps l’influence des conditions de vie sur les maladies. On sait depuis l’Antiquité que l’individu forme un tout dialectique. Et ces certitudes, non codifiables, non « scientifiques » sont purement et simplement ignorées sinon niées par une grande partie du corps médical, dont c’est pourtant en principe le champ opérationnel. On fait la part du feu en abandonnant l’investigation psychologique à des spécialistes isolés et ignorés des médecins du corps.
Si j’ai introduit dans mon scénario le docteur Renard, généraliste, médecin de ville, dont j’avais besoin pour le déroulement scénaristique, ce n’est en aucune manière pour l’opposer  au spécialiste. C’est la relation humaine que j’implique, rendue impossible par les conditions de la pratique médicale actuelle ; cette relation cependant est si nécessaire qu’elle devient un mythe, nécessaire aussi bien pour le médecin que pour le malade. Le même mythe existe aussi pour l’infirmière, tel une entrave antipathique dans la mesure où l’infirmière est encore moins libre que le médecin, encore plus définie et déterminée en tant que rouage. »
C’est dire que ce film fit l’objet de vifs débats et de controverses au sein du corps médical et tout simplement dans la société, ce dont nombre d’articles témoignent. Caricatural, le professeur Georges Mathé, cancérologue réputé, interrogé pour le journal l’Aurore après avoir vu le film déclarait off the record : « Le psychisme, ça n’existe pas ! ». Un autre professeur, Robert Zittoun, spécialiste en hémato-cancérologie, écrivait au contraire dans Pariscope: « Ce film m’a beaucoup touché, il est très beau et aussi très important (…) Cet amour qui revit, qui flambe, n’a peut-être pas prolongé la vie de sa mère, il l’a embellie et nous embellit ».
Pour beaucoup de gens, les problématiques posées dans RAK et particulièrement le silence autour de la mort, perdurent.

Faut-il dire ou non la vérité au malade ?

Pour poursuivre sa réflexion au delà de ses sentiments, Charles Belmont s’était référé aux écrits d’Élisabeth Kubler Ross qui écrivait dans Les derniers instants de la vie(2) : « Je considère que la question ne doit pas être posée ainsi : « Dois-je dire la vérité à mon malade ? » mais formulée comme suit : « Comment puis-je partager cette connaissance avec mon malade ? ». Le médecin devrait tout d’abord examiner sa propre attitude autour de la maladie et de la mort, afin d’être capable de parler de sujets aussi graves sans angoisses exagérées. Il devrait recueillir les indices que le malade lui apporte afin d’évaluer le désir qu’a le malade d’affronter la vérité. » (3)
Dans le film, le fils ne supporte plus le silence, les gênes, la détérioration de la relation qu’il a avec sa mère et les frustrations que celle-ci exprime. Dans un mouvement d’émotion, il lui « avoue » qu’elle a un cancer, et ils décident ensemble de se battre. RAK ! elle lutte avec ses jambes, avec ses muscles affaiblis ! Surtout, à partir de ce moment, la mère reprend sa place de mère – ce qu’expriment les cadrages – et lui reprend sa place de fils aimant et complice. Elle ne guérira pas, on le sait dès le début du film, Charles Belmont n’a pas voulu faire croire au miracle, mais montrer une relation réhabilitée et une fin de vie digne.
Lors de la rétrospective Belmont, chaque film sera accompagné de débats et rencontres afin d’en faire une manifestation vivante, plusieurs des films traitant des thématiques enfouies à l’époque qui émergent maintenant(4). Deux membres du comité de rédaction de Santé intégrative seront présents au débat qui suivra la projection de RAK. Mais c’est avant tout une merveilleuse histoire d’amour que je vous invite à partager.

(1) RAK veut dire cancer en russe.
(2) On Death and dying n’était pas traduit à l’époque donc voici la traduction libre présentée aux journalistes dans le dossier de presse.
(3) Cette problématique est posée dans le dossier sur la fin de vie de Santé Intégrative N°37
(4) D’où le titre : Rétrospective Charles Belmont, l’éclaireur ». Du 8 au 12 avril, Cinéma la Clef à Paris. Page facebook : L’Écume des Jours et les films de Charles Belmont.

 

 

Sourate 33 verset 52

Sur le haut de la colline qui domine le village, la grande maison aux volets bleus est comme un promontoire. De la terrasse, une vue panoramique donne sur toute la région qui, après le petit cimetière aux deux cyprès, s’étend, de dunes en oasis, à perte de vue puis se noie dans la tremblante lumière du matin. Il fait encore un peu frais. Bientôt le village aux petites maisons chaulées sera écrasé de soleil.

Juste au milieu du triangle carrelé de ce belvédère, une vasque d’eau claire et pure avec un petit jet fait un joli bruit permanent, un gazouillis humide et doux.

La jeune femme, accoudée à la rambarde, a peut-être vingt ans. Appelons la Sofia.
La veille, ils sont venus la prévenir qu’ils partaient. Le maire, deux voisines, les domestiques, il y avait même l’instituteur. Partir pour où ? Ils n’en savaient rien. Mais partir pour fuir, sauver leurs peaux et leurs quelques valises. Mais elle ne veut pas s’en aller. Elle ne laissera pas la maison de sa famille, de son père surtout qui vit à l’étranger et ne revient ici que quelques semaines par an. C’est sa maison. Elle y est née. Cette villa est immuable et ce n’est pas une vague de plus ou de moins qui la détruira.

Alors elle s’éloigne de la balustrade et, à l’abri des regards enlève d’un mouvement des épaules sa djellaba blanche et fine. Elle n’est plus habillée que d’un maillot de bain rose et la serviette éponge posée sur la chaise longue est d’un très joli vert. La jeune femme s’allonge et reprend la lecture de son livre. C’est une romance anglaise, un truc à l’eau de rose, où l’on ne sait pas encore si James a promis de retrouver Janice et enfin lui dire la vérité…

La matinée s’écoule dans le petit bruit de l’eau qui doucement l’endort.

La porte de la maison explose sous les coups des rangers, une dizaine de soldats en battle-dress pénètre en courant sur la terrasse. Ils viennent se positionner derrière les piliers de la balustrade. Ils crient. Leurs visages sont rayés de trainées noires. Leur jeune chef la désigne, stupéfaite, encore assise: « Enfermez-moi ça dans la cave ! » Et il fait tomber la chaise longue d’un coup de botte

Plusieurs jours passent. On entend parfois les bombes larguées par les avions de la coalition qui survolent le village et ébranlent les fondations de la maison. Elle survit, pelotonnée dans la serviette éponge verte, dans un demi-sommeil entrecoupé de cris. De temps à autre les brutes la réveillent à coups de seaux d’eau et elle les sent ensuite s’épuiser en ahanant sur son corps, étrangement indifférente, ramassée dans son seul désir de survie. Tenir encore un jour…
Une fois elle entend vaguement le jeune capitaine qui, comme les autres, vient de la violer. Il remonte sa braguette, les jambes écartées au dessus de son corps nu et dévasté. L’air un peu triste il murmure : « sourate 33 verset 52 : mais la fréquentation de tes femmes esclaves t’est toujours permise. »
Et puis ils s’en vont, après avoir pissé dans la vasque.
Plus tard, l’armée régulière reprend le contrôle de la région. Ils retrouvent son corps au fond de la cave, sous la maison. Et c’est le maire et l’instituteur revenus quelques jours plus tard qui l’enterrent dans le cœur du cimetière du village, celui aux deux cyprès

Dans les gravats, une autre jeune femme a retrouvé le livre de Sofia. Elle y lira que Janice a retrouvé James et qu’ils se sont mariés. Ils vivent maintenant dans leur très joli cottage et attendent leur premier enfant…

Caillou, le 2 novembre 2016

Les 6 mots de Sofia : Bleu – Eau – Livre – Stupéfait – Cœur – Promis

Une assiette de trop sur la table

Une amie m’envoie cette consigne:
« On dit que quand on perd un être cher  on n’oublie jamais.
Eh bien, c’est faux, moi j’oublie  souvent et c’est la qu’il y a  une assiette de trop sur la table »
Je botte en touche avec un poème.

Sur la table d’un réseau social
Au nom anglo-américain
J’ai trouvé ce mot un matin
C’était une annonce amicale.

Connaissez-vous Anne B. de T ?
Elle voudrait être votre amie.

Acceptez-la… cliquez ici.
Le petit mot s’est envolé.

Je suis perdu dans mes souvenirs
Je ne l’ai jamais oubliée
Elle est de tous les défilés
De tous ceux que j’ai vu mourir.

Mais c’est le grand ordinateur
Qui l’a fait revivre un instant
Et qui me touche à bout portant
Lui qui sait tout, le jour et l’heure

A la table du grand banquet
Je poserai toutes les assiettes
Anne a sa place toute prête
Car je ne l’ai jamais oubliée.

Caillou, le 14 octobre 2017
Et merci à Catherine pour sa consigne.

Une histoire avec des mots imposés

Nuit noire, nuit de tempête, nuit d’automne venteuse pluvieuse et froide. 5 heures du matin. Sur la route qui monte au col de Peyresourde les premières maisons du lugubre village de Garin apparaissent dans les phares de la de la camionnette poussive. Le laitier, un vieil homme fatigué, silencieux, pas bien réveillé, est à moitié couché sur le volant. Il devine à peine la route, qu’il connaît pourtant très bien, à peine visible dans la nuit et les rafales de pluie. Le mégot tombant coincé dans l’angle de la bouche, le béret enfoncé sur le sourcil brouillasseux, la gabardine marron, le cache-col entouré deux fois juste en dessous du menton, il n’a pas prononcé un mot depuis la gare de Luchon. Il fait sa tournée nocturne pour aller chercher le lait dans les fermes vers Portet, Jurvielle, Gouaux…
– Z’êtes arrivé. C’est la grande maison grise à droite…
Une seule vague ampoule accrochée à un réverbère rouillé oscille sous les assauts du vent.
– Vous repassez dans combien de temps ?
Le vieux hésite un peu, regarde sa montre et dit :
– Avec c’temps d’merde pas avant sept heures. Je klaxonnerai.
Le passager ouvre la portière, immédiatement assailli par la pluie glacée, remonte son col et s’engouffre dans le chemin qui monte, à droite de la bâtisse, tandis que décroît le bruit du moteur de la Juva4 qui peine à repartir dans la montée.
Une lumière jaune filtre dans la croisée des volets de la maison en haut du raidillon. Il est attendu.
Il tape à la porte, sans être sûr d’être entendu dans le bruit incessant du vent.
– Archie ? C’est vous ?
– Oui, ouvrez. Il fait vraiment mauvais dans votre bled.
Elle le fait entrer et le vacarme du dehors s’estompe sitôt la porte refermée.
– Je vous guettais. Quand j’ai vu la lueur des phares, j’ai pensé que c’était vous. Il n’y a que le laitier qui passe sur la route à cette heure-ci.
La jeune femme aux grands yeux noisettes, très belle, grande, blonde aux cheveux longs rejetés en arrière, dans un sublime déshabillé rose qui moule parfaitement son corps l’aide à se débarrasser de l’imperméable mouillé. Elle est pâle et, sur son front perlent des gouttes de sueur.
Il lui jette un coup d’œil.
– Nous n’avons pas beaucoup de temps. La voiture repasse dans deux heures. Où est-t-il ?
Elle désigne d’un doigt la chambre à l’étage.
– Archie c’est tellement chic de votre part d’être venu à mon secours.
– Je ne l’ai pas fait pour vous, Ava, mais pour mon vieux copain Toni. Que s’est-il passé au juste ?
La jeune femme dont la lèvre tremble un peu lui répond que la veille au soir après avoir mangé Toni s’est plaint, disant qu’il avait mal au ventre.
– Il est monté dans la chambre, s’est allongé. Comme il semblait souffrir j’ai cru bon de vous appeler.
– Vous avez bien fait.
– Puis il a sombré dans un sommeil agité. Il avait de la fièvre, j’ai essayé de le réveiller. Mais rien à faire. Il était inconscient.
Il relève son chapeau sur la nuque et sort son paquet de Chesterfield. En allumant une cigarette, avec la flamme entre ses mains, Archie lui jette un regard, dubitatif.
– Nous ne nous sommes jamais vus, je crois ? Quand je vous ai planqué ici tous les deux pour échapper à la bande d’Eddy Neuman, je ne me doutais pas que vous étiez aussi belle. Toni a bien de la chance.
Puis il monte à l’étage. Son pas lourd fait vibrer l’escalier de bois.
Elle n’a pas bougé de la pièce. Elle entend ses pas dans la chambre au-dessus puis, après un silence, le bruit des meubles qu’il déplace, peut-être le lit. Des sons sourds… Sa voix résonne dans l’escalier :
– Qu’a t’il mangé hier soir ?
– Comme moi. Des aumônières de saumon aux épinards achetées à Toulouse, avant notre fuite, dans l’épicerie cacher de l’avenue Pompidou.
– Sous vide ?
– Oui, surgelées.
Quand il redescend elle le scrute, anxieuse, immobile, les mains serrées sur le rebord de la chaise. Elle sue à grosse goutte.
– Toni est mort. Empoisonné.
Elle s’assoit brutalement, défaite.
– Mais ce n’est pas possible, nous avons mangé le même plat.
– Quand vous m’avez appelé hier, il était encore conscient ?
– Pas vraiment. Il souffrait beaucoup. Il se plaignait du ventre. J’avais très peur et c’est pour cela que je vous ai appelé. Ce n’est qu’après avoir téléphoné que je suis remonté dans la chambre mais il avait déjà sombré dans une sorte de sommeil agité.
– Où est votre téléphone ?
– Ici, dit-elle en désignant l’appareil en bakélite noire sur le buffet de la cuisine.
Archie sort alors un petit bout d’étiquette froissé.
– Il a profité de ce petit moment où vous l’avez laissé seul pour arracher un bout de l’étiquette de la bouteille de vodka qu’il devait avoir à côté du lit et qui est maintenant sur cette table. J’ai trouvé ce bout de papier sous l’oreiller. Le voici ! Et là j’ai la bouteille, à peine entamée. L’arsenic n’était pas dans les aumônières. Il était dans la vodka ! Et l’analyse le démontrera…
Il s’empare du téléphone.
Elle se jette brusquement à ses pieds et le supplie de ne pas appeler la police. Ce faisant elle découvre habilement sa poitrine.
– Ne me laissez pas tomber Archie. Je sais que Toni était votre ami, mais si vous croyez qu’il était un chic type, vous vous trompez lourdement. Il me méprisait. Il me traitait comme une pute. Depuis 4 mois, depuis que nous nous cachons dans ce village il m’en a fait voir de toutes les couleurs. Si vous me sauvez la mise, je ferais tout ce que vous voudrez, je serais toute à vous.
– N’y compte pas ma toute belle. Tu me flingueras au premier tournant.
Archie prend le combiné et fait le numéro 17 sur le cadran. Il lui tourne dos. Il est lourd, calme et imposant. On entend la petite voix métallique et lointaine qui lui demande de patienter.
Dans le tiroir du buffet elle agrippe silencieusement le petit 5 mm, en murmurant :
– Mon Dieu, vous ne devriez pas faire cela Monsieur Mandrite !
Et quand son grands corps est affalé sur le parquet, avec la flaque de sang qui s’élargit elle raccroche le combiné sur son socle puis, se ravisant compose un autre numéro et dit très calmement :
– Neuman ? C’est fait. Vous pouvez m’envoyer une voiture à la gare de Luchon ?
A sept heures, au lever du soleil, la pluie s’est arrêtée et le vent s’est calmé.
Le laitier redescend vers Luchon dans sa guimbarde pleine de bidons et, comme convenu, il fait halte à Garin, près de la grande maison grise. Une jeune femme blonde monte à l’avant, à côté de lui et avec un grand sourire, à peine visible dans la pénombre elle dit :
– Vous pouvez me déposer à la gare à fin de votre tournée. Le Monsieur reste ici quelques jours…

 

Les mots imposés par Maryse : une histoire policière avec
archimandrite, vodka, Garin, casher et Dieu.
Caillou, le 7 septembre 2016

Le temps et le dessin

Pourquoi poser ses valises et arrêter le temps pour, par exemple, dessiner l’église romane de Fillols ou le massif du Canigou ? (Pyrénées-orientales)

Ce serait si simple et pratique d’en faire une image avec son portable puis, après l’avoir vaguement regardée une ou deux fois, de l’enfouir dans la mémoire de son ordinateur.
Et bien je crois que ce n’est le résultat qui compte mais le chemin pour y parvenir.
Et je préfère perdre mon temps… essayer de m’exclure du temps qui passe… pour retrouver l’observation minutieuse du monde et essayer d’en dessiner chaque parcelle, chaque feuille tremblotante, chaque pierre.

Fillols
Fillols, 26 juillet 2016

9782266178747

 

Sur cette notion du temps, je suis en train de lire l’excellent petit livre de Sylvain Tesson: Éloge de l’énergie vagabonde. Ce récit de voyage est traversé de fulgurances qui me laisse rêveur. En voici une:

L’énergie humaine se nourrit de changement. 
Selon Bergson, l’ « immense efflorescence d’imprévisible nouveauté » allège la lourde marche de la « durée ». 1° 
Dans une vie, le feu routant de la nouveauté brise les chaînes de la monotonie et donne aux jours leur puissance. L ‘énergie de l’existence se trouve contenue dans la propre incertitude de son déroulement. Comme il est impossible de prédire ce qui va advenir, chaque instant se crée et se recrée et abolit ainsi toute fatalité. La joie de l’expérience intérieure est de se laisser féconder comme un terreau propice, par des émotions inconnues, portées par le vent des hasards. Au delà des destinés individuelles la grandeur de l’Histoire, sa liberté, se tient dans cette imprévisibilité des actes humains 2° 
Une décision politique provoquera ainsi une cascade de conséquences inconnues.
La vie des hommes n’est pas une science exacte, elle échappe aux lois de la physique qui conditionnent l’évolution du monde. Nul déterminisme pour la guider. Elle est dangereuse car imprédictible. 
Le principe qui s'oppose le plus radicalement à l’énergie de la nouveauté jaillissante c’est l’habitude. L’enfermement de l’être sous le couvercle d'heures et de lieux épuisés de se ressembler trop. Peguy soutient qu'« une âme morte est une âme tout entière envahie par l’encroutement de son habitude, par l’incrustation de sa mémoire ». 3°
L’énergie déserte les êtres qui connaissent trop bien les recoins du labyrinthe de leur vie, ceux qui n'attendent plus rien des instants à venir et ceux qui, par peur de l’inattendu, s’enferment dans le mur de l’habitude. À chaque tic-tac de l’horloge du temps, les parois leur renvoient l’écho du tic-tac précédent au lieu de leur chanter la musique de l’inconnu !
1° Henry Bergson, la pensée et le mouvement.
2°Sur cette notion : Hannah Arendt, le concept d’histoire la crise de la culture
3° Charles Peguy, Note conjointe sur Monsieur Descartes
Canigou
Le massif du Canigou, 27 juillet 2016.

Bonnes vacances!
Caillou, le 7 août 2016

Traces, absences, fantômes…

J’ai, comme tous les voyageurs, fait un voyage intérieur. Certains peuvent dire que l’on ne voit que ce que  l’on était venu chercher. Ce n’est pas faux. D’autant qu’avec les guides, les films, les livres, le voyage, au pire, n’est que la confirmation visuelle d’un univers imaginaire que l’on porte en soi.

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Varsovie

Et pourtant, j’aurais été surpris par l’odeur du tilleul qui est partout à Varsovie, par ses avenues larges, ses grands parcs, ses derniers souvenirs architecturaux du « socialisme réel ».

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Et pourtant j’ai été étonné par la richesse culturelle d’un pays que je connais si peu et si mal. Partout ses cathédrales, ses dômes, ses églises, ses maisons baroques toutes peintes et décorées.

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Cracovie, le Ryneck Glowny.
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Varsovie, Kosciol Nawiedzenia


Cracovie Kosciol petit

 

Cracovie St Aldebert petit

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Cracovie, Saint Aldebert.
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Lublin, la chapelle du château.

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Lublin

 

 

 

 

 

 

 

 

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Charmé par les tramways de Varsovie ou les gargottes de Cracovie,

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et la cuisine polonaise, le SLEDZ (les harengs marinés), le BARSZCZ (la soupe de betterave, le KALZKA Z JABXKAMI (le canard farci aux pommes), ou ukrainienne comme, ci-dessous, le ZARKE (goulasch cuit dans un faitout recouvert d’un chapeau en pâte feuilletée).

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J’ai aussi été Interloqué par le grand nombre de restaurants spécialisés dans la cuisine juive… Dans un pays où il y en a maintenant si peu. Comme dans le sud du Chili où l’on vend un peu partout des bijoux et des vêtements inspirés par la culture indienne (Alacalufes, Onas, Tehuelches) après les avoir massacrés en masse.

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Même si la Pologne d’aujourd’hui n’est en rien responsable des crimes commis hier et de surcroit par le nazisme allemand, ce pays reste le lieu où s’est commis le pire génocide de l’Histoire. Je le savais déjà en venant. Mais j’avais envie de le voir vraiment comme si c’était un pèlerinage, (mot que je déteste pourtant).
D’autant que le climat actuel, ici comme là-bas, comme dans toute l’Europe, porte de vives inquiétudes, avec la montée des nationalismes, des intégrismes religieux, du racisme, de la peur des migrants et, toujours présent, de l’antisémitisme.
Je suis content d’y avoir été et d’avoir pu, malgré la barrière de la langue,  malgré ma méconnaissance de sa culture et de sa littérature, entrevoir ce que la Pologne est devenue.

Je remercie Agnieszka du Brama Grodzka – Teatr NN, à Lublin et Jean-Yves Potel, à Paris  et je vous invite à lire et à relire Anna Langfus… (Le sel et le souffre, les bagages de sable, Saute Barbara). Et je termine par ce dessin d’une bougie, que nous avions allumée devant le grillage du camp d’Auschwitz. C’était pour une amie. Elle se reconnaîtra.

La bougie d'Auschwitz petit

Caillou le 3 juillet 2016, (jour ou l’on apprend la disparition d’Elie Wiesel)

Traces, absences, fantômes… Cracovie, Kazimierz et Podgorze.

Après le silence gris et glacé de Birkenau, retrouver les joies colorées et trépidantes d’une ville touristique comme Cracovie c’est un peu déconcertant.

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Nous avons changé d’hôtel et sommes allés au 24 Guesthouse, 24 rue SZLAK. Nous le conseillons vivement. C’est un peu plus loin du centre historique, au nord, mais c’est très calme, la chambre est spacieuse et c’est bien moins cher que le cloaque d’où nous venons.

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L’ancienne Halle aux draps.

Nous visitons la ville et allons en particulier Kazimierz. C’est maintenant un quartier de l’ancienne capitale polonaise mais il a été longtemps une ville à part entière, le centre de la culture juive de Pologne. C’est ce que montrait la très jolie maquette du musée Polin de Varsovie.

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Entre les deux le château Wawel, l’ancienne résidence des rois de Pologne, devenue, pendant la guerre, l’antre du Gouverneur nazi Hans  Franck.

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La synagogue Tempel, progressiste.

 

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Le marché de la place Nowy qui était le centre du quartier juif.
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La Haute Synagogue

Sur une jolie place, beaucoup de restaurants et de cafés célèbres.
Ce quartier vit beaucoup la nuit.

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Sur la place, la statue de Yan Karsky,  « Juste parmi les nations ».
C’est un résistant polonais.

Il a vu ce qui se passait dans le ghetto de Varsovie dans l’été 1942. Il a informé les Alliés que la « solution finale » donc l’extermination des juifs d’Europe avait lieu. Et ils n’ont pas voulu le croire.

Son témoignage, bouleversant est à voir dans le quatrième volet du film de Claude Lanzmann: Shoah.

Lire aussi: https://fr.wikipedia.org/wiki/Jan_Karski

 

 

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La vielle synagogue.

Mais toute la ville a été vidée de ses habitants qui ont été déportés dans le ghetto de Podgorze, de l’autre côté du fleuve, puis très rapidement liquidés dans les camps et en particulier dans celui, tout proche de Plaszow.
Voir à ce sujet le film de Spielberg la liste de Schindler.

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Les chaises vides de l’ancienne place d’appel de Podgorze.
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Un petit bout du mur du ghetto.

Et dans une zone industrielle nous visitons le musée Schindler qui montre la vie d’avant la guerre, à Kazimierz, et la descente en enfer…

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La dernière salle du musée Schindler pose une question essentielle: qu’aurions-nous fait à la place des témoins de la Shoah ? Et les réponses, dans toutes les langues, sont souvent très belles et étonnantes. C’est en tout cas la première fois que je vois donner la parole à ceux qui ont vu et se sont tus.

Nous retournons dans la vieille ville…

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Le beffroi de Cracovie

que j’essaie de dessiner…

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Cracovie Beffroi petit
Le beffroi de Cracovie

 

 

 

 

 

 

 

A suivre: Le retour à Varsovie.

Caillou, le 2 juillet 2016

Traces, absences, fantômes… Cracovie et Auschwitz

Nous quittons Lublin avec un minibus, voyage long et inconfortable. Et nous arrivons à Cracovie, ancienne capitale de la Pologne, sous l’orage. Du coup nous arrivons trempés à l’hôtel que nous avions réservé:
Nous déconseillons absolument l’hôtel Heynow Hostel. La chambre pour deux est tellement minuscule que l’on ne peut pas circuler si l’autre n’est pas sur le lit. Il n’y a pas d’armoire pour ranger ses vêtements. On se cogne en permanence. Il n’y a qu’une personne à l’accueil. Les toilettes communes étaient dégueulasses dès l’après-midi et donc le lendemain matin. En pleine nuit les gens gueulaient dans l’escalier, à chaque fois qu’ils rentraient complètement saouls en se trompant de porte. Nous n’avons pas dormi. Pour le prix cet hôtel, très bien situé, est une honte pour Cracovie ! Pour un prix bien inférieur nous avons fuis au plus vite dans un hôtel plus loin du centre mais plus calme, plus propre et avec une chambre plus spacieuse.

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Épargnée par les bombardements Cracovie est très riche en édifices, églises, maison baroques et renaissances… La place centrale est gigantesque. Beaucoup de monde, des jeunes, des étudiants, des touristes, des supporters de foot.

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Nous mangeons sur un petit marché…

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Et la bière est toujours aussi bonne…

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Le lendemain nous allons en bus jusqu’au camp de Auschwitz. Le parking est noir de monde. Des cars de touristes de partout. Un peu comme le Mont St Michel ou la Tour Eiffel. On s’apostrophe dans toutes les langues.

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L’entrée du camp est gratuite mais entre 10h et 15h elle ne peut se faire sans un guide payant. En attendant l’heure de pénétrer dans le camp on peut regarder une très belle exposition de photos sur les survivants du camp.

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Nous avons vraiment craint le contraste entre la visite d’Auschwitz et la foule touristique. Or un dispositif assez ingénieux permet d’intérioriser ce que chacun voit et de faire abstraction de la foule. En effet nous sommes équipés d’un casque audio qui permet d’entendre les propos de l’excellente guide qui nous fait visiter les lieux. Elle peut ainsi murmurer et comme elle évite absolument le pathos ou la grandiloquence, on peut parfaitement  l’entendre sans déranger qui que ce soit. Et puis l’horreur absolue de ce qui est montré ici transforme très rapidement les comportements. Nous avons eu l’impression d’un grand recueillement.

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L’entrée d’Auschwitz 1

DSC00687Auschwitz 1 ayant surtout été un camp de concentration…

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Pendaisons, fusillades… Et la prison dans la prison…

 

 

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Quelques photos de déportées.
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Des jumelles polonaises. En dessous on peut lire la date d’entrée dans le camp et la date de décès, quelques semaines dans la plupart des cas.

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Qu’il ne faut pas confondre, même si il y a eu une chambre à gaz,
avec un camp d’extermination comme Auschwitz 2: Birkenau

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La sélection sur la rampe de Birkenau.
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Maquette d’une des chambres à gaz de Birkenau

Que, toujours avec la même guide nous allons visiter, à quelques kilomètres.

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En allant vers la rampe…
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La toute fin du voyage…

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Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes,
de femmes et d’enfants, en majorité des Juifs de divers pays d’Europe,
soit à jamais pour l’Humanité un cri de désespoir  et un avertissement.

Auschwitz-Birkenau 1940-1945

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Une des chambres à gaz dynamitées par les SS lors de l’évacuation du camp.
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Une étable à déporté(e)s dans un des baraquements en brique de Birkenau.

Je conseille au sujet de cette image de voir le film de Marceline Loridan-Ivens, elle même rescapée de Birkenau, tournée en 2003 :  La Petite Prairie aux bouleaux, avec Anouk Aimée.

La visite guidée, bien qu’absolument nécessaire, nous ayant parue quand même trop courte, nous sommes revenus le surlendemain à Auschwitz 1, pour, après 15h, faire notre propre visite, silencieusement, à notre rythme. Il y avait moins de monde. On pouvait s’arrêter sur un point particulier.  Visiter en particulier les expositions présentées par pays. Celui de la Hollande, de la France, de la Hongrie… Je crois vraiment qu’il faut les deux moments… Du moins si on en a le temps…

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Mettre des visages sur des noms… Dans l’exposition française.

Ou, dans l’exposition hollandaise ce tract du Parti Communiste qui appelle à la grève des 24 et 25 février 1941, pour faire cesser la persécution des juifs. La seule grève massive dans toute l’Europe contre l’antisémitisme des nazis.DSC00690
(Lire à ce sujet le très bel article suivant: http://www.gauchemip.org/spip.php?article4594)

 

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À suivre : Kazimierz, donc le quartier juif de Cracovie, puis le ghetto…

Caillou, le 1er juillet 2016