L’Aïd

10 heures, sur une crête, des hommes alignés
tous en djellabas blanches et les mains grandes ouvertes
les paumes vers le soleil immense et déployé
dans la lumière du monde, minéral, immobile.

Pas un oiseau ne chante, pas un enfant ne rit.
Le temps est suspendu et ces hommes qui prient
au-dessus du hameau lui donnent un peu de vie
dans la lumière du monde, minéral, immobile.

Plus que quelques instants à vivre, le mouton
doit sentir les fumées des feux que l’on allume
rêver aux prairies vertes des paradis posthumes
dans la lumière du monde, minéral, immobile.

Les femmes, bêtes de somme, ont briqué les maisons
habillés les enfants, récuré les chaudrons
tout est prêt pour l’Aïd, maintenant, si Dieu le veut
dans la lumière du monde, minéral, immobile.

C’est bien ce que j’ai vu assis dans l’autocar
qui filait vers le sud sans jamais s’arrêter
touriste sans contact, bulle d’étrangeté
dans la lumière du monde, minéral, immobile.

Caillou, le 6 mars 2001

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