Découper le monde et choisir l’instant

Avant le photographe se cachait sous un drap
Seul témoin d’une image renversée dans le noir
Il découpait son cadre, il prenait une part
Puis, sortant de là-dessous, il choisissait l’instant.
Il était donc le maître de l’espace et du temps.

Ensuite j’ai eu l’œil droit collé dans le viseur
Comme un trou de serrure dans une large porte
Comme un petit tunnel entre moi et le monde
Qui m’isolait de lui en m’en rendant voyeur.
(Le viseur est une chambre qu’un seul regard pénètre !)
Je pouvais censurer, isoler et choisir
Et puis, au bon moment, enfoncer le bouton
et faire une seule photo, ou deux, mais pas beaucoup
C’est moi qui les créaient car elles étaient mon choix.

Maintenant je nous vois faire et c’est à bout de bras
tout en parlant je crois
qu’on vise et qu’on déclenche.
On en prend des milliers d’images numériques
On veut faire ce qu’on veut. On choisira après
(du moins c’est ce qu’on croit !)
On taillera dedans, on changera les couleurs et on recadrera
On veut tout et tout d’suite
Mais c’est le monde qui prend tout ceux qui croient le prendre
Il n’y a plus de choix.

Caillou 22 juillet 2007

Une réflexion au sujet de « Découper le monde et choisir l’instant »

  1. Le lien écriture-photograpie, il y a beaucoup à en dire. Souvent petits textes et poèmes sont des “clichés” au sens photographique, pas au sens de banalité à l’emporte pièce, comme ton texte l’aïd que je viens de lire: photo “immobile, minérale” prise de la fenêtre du car, qui lui bouge, part vers ailleurs autre chose, et pour le photographe, la réalité est figée. J’aime beaucoup aussi l’aspect CHOIX, de l’angle de vue, de la focale, zoomer sur un détail heureux d’une scène difficile ou grand angle qui gomme les épiphénomènes douloureux d’un ensemble somme toute équilibré…
    écrire = des photos de mots?
    à bientot,
    cL

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