Lella

Au départ il y a une photographie célèbre, mondialement connue : Lella.

On l’a vue en poster, en carte postale, en calendrier… c’est une jeune femme en chemisier blanc, qui regarde vers la droite avec un air résolu tandis que sur un fond très sombre, une autre femme regarde vers la gauche. Le contraste entre ce premier plan très lumineux et ce fond assombri est dramatique. Il est renforcé par ces deux regards de défi et d’orgueil alors que le chemisier transparent laisse voir le soutien-gorge noir témoin de la tendresse féminine. C’est un jour d’été sur le pont d’un bateau, il y a très longtemps.

Si cette photographie a fait le tour du monde, c’est peut-être qu’elle nous pose le problème du mystère de la femme à la fois tendre, lumineuse, transparente et dure, sombre et volontaire.

Mais les photographies uniques nous sont parfois dévoilées comme c’est le cas aujourd’hui pour Lella dans leur continuité. Car il y eut un avant et un après cette prise de vue et Lella n’est pas un modèle passager ou une passante entrevue mais le visage du premier amour du photographe.

L’exposition et le livre qui lui sont consacrés nous font découvrir 50 ans plus tard ce qui fut pour Édouard Boubat et Lella F. une formidable histoire d’amour.
« Aujourd’hui il y a une lumière particulière. Maintenant, elle est frissonnante.…/… nous ne vivons pas une histoire ; nous sommes dans notre propre vie, innocents. Nous ne nous regardons pas vivre. »
Une quarantaine d’images de 1946 à 1950 entre Paris et la Bretagne nous parlent du temps qui est passé, qui ne reviendra plus, de la beauté de l’amour et de la fierté de la jeunesse. Ces images semblent intemporelles. Elles ne nous parlent pas par le décor, comme Doisneau par exemple, du Paris des années cinquante. Superbement tirées, en noir et blanc, elles ne nous parlent que du photographe amoureux, à cette époque encore inconnu, et qui va devenir un des artistes majeurs de la photographie française.
Mais il reste que la confrontation entre cette image unique et les images qui l’entourent demeure pour nous spectateurs une énigme. On fait dire à une image tout ce que le hors-cadre cache. Aussi, la découverte de l’histoire qui l’entourait renforce à la fois sa beauté mais en repousse d’autant le mystère. Pourquoi Lella est-elle devenue un chef-d’œuvre ?

Caillou en voyage

Texte paru dans le Coquelicot N°20 de février 1999

Édouard Boubat : Lella
Paris audiovisuel/Maison européenne de la photographie. 85 F.
J’en profite pour signaler que Boubat a écrit, il ya quelques années, un superbe livre d’initiation à la photographie dans la collection Le livre de poche.

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