Child with a Toy Hand Grenad in Central Park.

Diane Arbus
Le garçon à la grenade factice dans Central Park.
1962

enfant-jouant-new-york

Cette photographie a été réalisée par Diane Arbus.

Diane (Némérov) Arbus est né en 1923 dans une riche famille juive de New York. Les Russek/Némérov sont des marchands de fourrure et ils ont plusieurs magasins de mode. Ils habitent Park Avenue donc tout près de Central Park.
Elle suit des études d’art plastiques. Son peintre préféré est Georges Grosz.
Pour Diane, la réalité n’était jamais qu’un fantasme.
Contre l’avis de ses parents, elle épouse, dès 18 ans, Allan Arbus, en 1941.
Celui-ci apprend la photographie à l’armée et, à son retour de la guerre, ils ouvrent en 1946, un studio de photo de mode, dans les locaux de ses parents. Les débuts sont difficiles. Le couple Arbus fonctionne en symbiose. Ils ont deux enfants. Leurs photos sont faites à la chambre 20×25. Les Arbus ont le choix des décors, de la pose. Ce ne sont pas que des exécutants. Diane est plutôt la styliste car elle déteste l’utilisation de la chambre photo. Dans cette période, elle rencontre Bérénice Abbott, Irving Peen, Richard Avedon.
En dehors de cette activité de studio, elle prend beaucoup de photos avec un Leica 35 mm dont elle apprécie le grain. Une photo a d’autant plus de réalité qu’elle est composée comme un instantané. Sa démarche est donc proche de celle de Robert Franck et rompt avec celle (dominante à l’époque) de Stieglitz.
Dans les années 55/56 elle est de plus en plus dépressive.
En 1957 le couple se séparent, d’abord professionnellement : Allan reste photographe de mode, Diane sort de plus en plus dans la rue, la nuit (cf. Braissaï), puis, en 1958, en tant que couple.
Diane s’intéresse à l’histoire de la photographie (Niepce, Julia Cameron, Paul Strand, Lewis Hines…) et elle rencontre Lisette Model qui devient son maître, professeur de photographie. Regarder la laideur en face.
Diane s’enfonce dans la bohème new yorkaise (Beat Génération) et découvre le film Freaks (1932) de Tob Browning.
Chaque photo doit être un événement!
À partir de 1962 elle utilise exclusivement un Rolleiflex 6×6. La perspective du Leica aplatissait ses photos et accentuait leur dimension irréelle. Elle ne supportait plus le grain de ses tirages et voulait être capable de rendre la texture des choses, Lisette Model lui ayant dit et répété « Plus grande est la clarté plus profond est le mystère.
Le Rolleiflex avec son format 6×6 et ses négatifs plus nets, offrit donc à Diane la clarté qu’elle recherchait et lui permit d’atteindre le style classique et raffiné, l’impression de sobriété qui firent sa marque de fabrique. Mais elle se heurta au problème de la rigidité du cadre carré.
Elle rencontre également Marvin Israel qui va l’aider beaucoup pour trouver des débouchés à ses images, d’abord dans Bazaar puis dans Esquire.
Elle mène une vie dissolue, drogue, baise, provocations… flirter avec le danger.
Première exposition en 1965 au Muséum Of Modern Art.
Elle donne quelques cours de photographie dans une école d’arts graphiques.
Elle attrape une hépatite en 1966.
En 1967 le MOMA lui offre sa première grande exposition.
Il suffit d’avoir un jour regardé dormir une personne proche pour comprendre qu’on peut déceler sur son visage une étrangeté inattendue. On ne regarde jamais personne impunément. Une fois qu’on a regardé sans détourner les yeux les photos d’Arbus, on s’y trouve nécessairement impliqué. Quand on a croisé le regard d’un nain ou d’un travesti, une transaction s’opère entre le photographe et le spectateur. Dans une sorte de processus d’apaisement nous sommes comme lavé des pulsions criminelles grâce auxquelles nous avons oser regarder. La photo nous absout, dédouane notre regard. Au fond la grande humanité du travail de Diane Arbus consiste à sanctifier une intimité qu’elle avait apparemment commencé par violer. (Marion Magid dans Arts Magazine)
Beaucoup de controverses sur son travail.
Elle sombre de plus en plus dans la dépression puis elle se suicide en 1971, à 48 ans.

Beaucoup de citations extraites de sa biographie
par Patricia Bosworth, paru au Seuil en janvier 2007


Lire “Child with a Toy Hand Grenad in Central Park” sur
http://lucileee.blog.lemonde.fr/2006/11/24/paris-photo-5-diane-arbus-a-la-galerie-robert-miller/


Essai d’analyse

 

enfant-jouant-new-york

masses

lignes-sombres

pdc

focalisation

composition

Sur un fond de formes arrondies, lumineuses et floues, dont la perspective est indiquée par le chemin à droite…
Deux formes verticales sombres coupent le format carré presque par le milieu.
Les ombres de l’arbre désignent dramatiquement le sujet principal: le visage déformé du garçon.
Puis on découvre les deux autres points forts de l’image et le triangle qu’ils forment en donne le sens.
(En général la composition d’un format carré est explosive ou implosive à partir du centre)

diane-arbus-planche-contact
En regardant la planche contact on réalise que cette photographie n’est pas un instantané mais le résultat d’une traque,
ce qui explique peut-être le visage excédé du garçon.

Enfin, je précise qu’analyser une image, essayer d’en décortiquer la composition, ce n’est jamais la résoudre ou lui enlever le plaisir de la regarder. C’est, par contre, en admirer encore plus le talent de l’auteur.

Caillou. 12 juillet 2008

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.