Jeux d’écriture (suite)

C’est un jeu! (Auquel vous pouvez participer… en envoyant vos propres mots ou en proposant vos textes sur les mots des autres…) Claire, qui a un superbe blog: http://entre.nuage.et.pluie.over-blog.org/, m’envoie ses mots (10) et je lui envoie les miens… Cela donne des textes ou des poèmes.

Sur les 10 derniers mots: diabolo-menthe, lit d’hôpital, travail salarié, être en retard, lacets, manger, détour, aisselles, arbres, se lever

Caillou: Le plus mauvais des tours !

bol2

Mais qu’est ce que j’air con dans ce bol ridicule.
Et dire qu’en mai dernier, suite à une petite annonce, on m’avait proposé un petit boulot salarié, peinard, un été à l’air libre ! Le cravaté derrière son bureau dans la tour de la Défense qui me disait: « Nous vous proposons un voyage en quad pour la période du Tour de France. Vous serez logé nourri blanchi et payé » Et me voilà deux mois plus tard, déguisé en jaune, nageant dans la chicorée, en compagnie d’une petite cuillère ! Et cette connerie va durer trois semaines !
Le plus stupide c’est le rétroviseur qu’ils m’ont collé tout en hauteur… Il me faut faire très attention. Car je roule entre deux haies de spectateurs qui se pressent sur les côtés et qui hurlent en attendant qu’on leur jette des cadeaux publicitaires. La moindre erreur et j’en envoie un sur un lit d’hôpital ! D’autant qu‘à force d’attendre en plein soleil, ils ne boivent pas que des diabolos menthe ! Je te les vois tous avec les cannettes à la main. Cela picole sec sur le bord de la route. Le passage des vrais coureurs c’est dans deux heures ! Dans quel état seront les amateurs de la petite reine au passage du peloton ?

 

pneu

Et merde ! Je suis en retard. Y’a Georges qui va me rattraper et on va encore se faire engueuler ! Georges roule derrière moi, déguisé en pneu. Je le connais bien car c’est le fiancé de ma sœur. C’est moi qui l’ai fait embaucher, et nous partageons la même chambre d’hôtel. Il est bien gentil, mais qu’est ce qu’il fouette. Il a des broussailles, des vrais arbres sous les aisselles et avec tous ces kilomètres à rouler à 50 à l’heure le soir il pue carrément. Et puis, le matin, il a du mal à se lever. À chaque fois il faut que le secoue. Et ensuite, toute la journée, j’ai peur qu’il ne s’endorme et me rentre dans le cul !

lcl

Tout à l’heure on va attaquer la montagne. Il va y avoir plein de lacets et comme mon futur beau-frère mange toujours beaucoup trop à midi, j’espère aussi qu’il ne dégueulera pas. Derrière lui c’est la bagnole jaune de la L.C.L. J’imagine la tronche du coureur qu’ils ont placé dessus maculée de vomi. C’est Le Crédit Lyonnais qui sera content. Oui je sais, ils ne s’appellent plus comme ça depuis leur faillite de 1993, le plus gros scandale financier en France depuis l’affaire du canal de Panama ! La banque a été renfloués par les finances publiques ! Ensuite ils ont changé de nom, je crois que L.C.L. cela signifie « Les Corrompus Libéraux ». Et c’est eux qui nous payent ! Et bien vivement Paris et les Champs-Élysées parce que j’en ai ras le bol de leur Tour de France! Et Ras le bol c’est bien le cas de le dire !

Caillou, 19 juillet 2008.

Claire: Sevrage.

Encore une fois j’allais être en retard, comme si, quand on a un travail salarié on pouvait se le permettre. Au restau, c’est pas moi le patron, pas moyen qu’elle comprenne ça. Alors elle accélère. Elle fait le détour par la route sinueuse, elle sait bien que j’ai horreur de ça, tous ces lacets qui nous balancent un coup trop près du vide, un coup frôlant les arbres. Sur, à ce rythme là, on va finir sur un lit d’hôpital, ou pire…
-Pas si vite!
-Faut savoir ce que tu veux, t’as peur d’être à labour ou de tomber dans le fossé?
-les deux, mon coeur, les deux…
-oui, t’as peur de tout tout’ façon, alors… autant que je fasse c’que je veux!
-oui mon coeur, tu as raison.
-et m’appelle pas mon coeur!! accroche plutôt le tien ça tourne, t’as rien mangé j’espère!!

C’est plus sa rebuffade qui me fait transpirer que la peur, depuis quelques temps elle me rabroue sans cesse, je ne sais plus quoi dire, quoi faire. Je ne la reconnais plus, même son odeur a changée. Si je me fais tout petit, elle me traite de pleutre, mais dès que je l’ouvre… elle me la ferme. Après tout… elle n’a qu’à y foncer dans les arbres, mais pas nous râter alors…

On arrive, sains et saufs, enfin saufs, parce que sains… mon patron va encore me reprocher mon odeur d’aisselles, j’y peux rien, ça ne m’arrivait pas avant, mais maintenant, dès que je suis contrarié, je transpire. C’est vrai que c’est gênant pour les clients. Ils commandent, distingués, un diabolo-menthe et le serveur empeste comme un forçat.

C’est chaque matin plus dur de me lever pour affronter cette vie, ma douce qui s’est muée en furie sans que je comprenne comment.
-Si c’est le trajet votre problème, me dit le patron, j’ai une petite maison au bout du lac, les locataires l’ont laissée récemment, vous pouvez y loger, gratuitement, du moment que vous faites votre boulot correctement… et proprement.

J’ai accepté, elle n’a pas dit non. Peut être que ça l’arrange après tout, peut être qu’elle a un amant? Je la rejoints mes jours de congés, qui sont pour elle travaillés. Seul à la maison, je range le bazar, je fais le ménage qu’elle ne fait plus. Elle apprécie, me regarde autrement, peu à peu se radoucit. Puis un jour, en me reconduisant au travail très calmement elle me dit: « C’était vraiment une très bonne idée que tu as eue, de prendre un peu de large pendant qu’on essayait tous les deux d’arrêter de fumer. »

Claire, 17-18 juillet 2008

Une réflexion au sujet de « Jeux d’écriture (suite) »

  1. J’ai trouvé ce soir 10 mots de Claire, sur son blog. Voici donc ma modeste contribution. Pour le plaisir des mots.

    Sans rendre la pareille à ceux qui nous harcèlent,
    Sans vouloir me cacher sous une quelconque ombrelle,
    Sans renoncer non plus à tout ce que j’ai cru,
    J’aimerais aspirer à des jours plus tranquilles,
    A des soirées plus calmes, à des choses connues,
    Me reposer un peu, et sans psychanalyse,
    Parler du temps béni où, dans notre cabane,
    Nous rêvions de demain, nous parlions tant d’Elise,
    Nous aimions notre chat, tout autant les baleines,
    Perdus que nous étions dans ce monde sans âme,
    Où par opposition à l’emprise des sabres
    On ne nous proposait qu’un vulgaire goupillon.
    J’aimerais faire comprendre tout ce que j’ai reçu,
    Et sans faire la grenouille, vous demander pardon !

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