Le soleil noir – 9°

Le soleil noir – 9°

L’ovoloïde violet au point du jour

Madeleine écoute un morceau de Lew Winchester, qui se logea une balle dans la tête au cours d’un festival de jazz à Indianapolis, alors qu’il démontrait comment jouer à la roulette russe. Elle regarde par la fenêtre. Le soleil, et, dans la cour, la fille de la concierge jouant toute seule à papa/maman. La cour est minuscule, poussiéreuse et sombre. Au-dessus de sa tête, la petite fille regarde une corde à linge. Des relents de vomis à chaque étage, des tranches de pourriture entassées les unes sur les autres, dans tous les sens, des couleurs infectes, par taches, qui laissent, au milieu, un vide rectangulaire, minuscule, poussiéreux, sombre et chaud, pour une petite fille qui joue toute seule.
Tout se pourrit dans les mains de Pierre. Madeleine, qu’il a revue, aimée, n’est plus à ses côtés qu’un insuccès parmi tant d’autres.
Ce qu’il avait cherché dans Madeleine n’est plus en Madeleine. Peut-être que ce qu’il cherche c’est une certitude ? Lui qui était si jeune se croit maintenant si vieux. Une question : à quoi ça sert ? Pas de réponse ! Ou alors, simplement : Cela sert à aimer, à entendre la pluie, à rêver, et puis à mourir avant d’avoir compris… Pierre a perdu son assurance. Peut-être a-t-il vraiment vieilli ? Peut-être commence-t-il lui aussi à pourrir ? Mais ce sont des jeux d’adolescents, des problèmes d’adolescents, des questions d’adolescents.
Madeleine, elle, a bien compris, et depuis longtemps. Elle sait où cela mène. Madeleine aime un Pierre, un Pierre qui n’est d’ailleurs pas celui auquel je pense, un Pierre qu’elle seule connaît, car elle est la seule qui puisse le connaître vraiment, mieux que Pierre lui-même, qui, lui, ne s’observant pas beaucoup, ne se connaît que très peu.
Tous les deux sont beaux. Madeleine s’est épanouie au soleil de Pierre ; Pierre s’est virilisé à la présence de Madeleine. S’il ne l’aime pas vraiment, (enfin, c’est ce qu’il croit…) il est heureux près d’elle et se dit qu’après tout c’est le principal !

Il marche dans la rue de Rennes. Je ne sais pas du tout ce qu’il fait là. Il s’arrête dans un café et commande, debout, un express, qu’on lui sert sans empressement, avec deux sucres et une cuiller. Il boit un café, sans goût de café, paye et s’en va. Dans le fond de la salle, un jeune gars joue au flipper.
Quelques temps plus tard, Andrée dont je ne sais pas non plus ce qu’elle faisait là entre et demande un rhum/coca, qu’on lui sert sans sourire avec deux glaçons, une rondelle de citron et une paille. Elle pose la paille, trempe ses lèvres puis allume une gauloise. Elle a eu beaucoup d’ennuis. Ce petit salopard de Michel l’a quittée après lui avoir fait un môme. Elle s’est débrouillée comme elle a pu…

À suivre…

Caillou, 1967.

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