Le soleil noir – 8°

Le soleil noir – 8°

Madeleine et Pierre sont partis en vacances. Ils ont descendu la route du Sud en auto-stop et ne se sont arrêtés qu’aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Il fait chaud. La tente est bleue, la mer calme, la plage presque déserte. L’argent n’existe plus. Pierre en dépense plus que de raison. Ils sont heureux. Ils se baignent, et puis ils font l’amour.

Tout commence par un sourire, par un regard qu’elle donne et qu’il reçoit, par une main qui s’approche pour toucher avec prudence une autre main. La pureté absolue résonne lorsqu’ils se mettent à nu. Ils rient ou ils se taisent en se souriant, le jeu, mais jamais ne sont graves, entre eux il y a ce lit. Puis viennent les mains qui savent, qui connaissent les chemins et qui les suivent sans même le vouloir, sans se rendre des comptes. Et les mots minuscules chuchotés dans les creux et surtout les silences bruyants entre les mots. Puis vient l’union, le sacre, c’est grave, et c’est sérieux. Là, ils ne sourient plus, ils se donnent l’un à l’autre. Car on ne peut plus rire quand on est en ce lieu où trône le sacré. À mesure qu’elle s’ouvre, s’entrouvrent les milles portes d’un empire incertain. Quand il la pénètre c’est une chaleur de soleil qui l’acclame.
Elle voit des grands éclairs. Il monte dans les aigus. Puis tout se calme et tout s’apaise. Il s’abat sur le côté comme un arbre fendu, sa tête se creuse à son épaule. Tout est pur et c’est en s’endormant qu’ils deviennent gigantesques.

Ils mordent ensemble dans d’énormes pastèques et se taisent longuement devant le Rhône qui s’en va. Un soir ils vont voir les courses landaises. Pierre est devant le taurillon. Il a peur et il aime ça. Enfermé dans un cylindre d’osier, il se fait culbuter par la bête et la peur le mouille. C’est le jeu, la peur, le choc, la sueur et la petite mort.
Un jour ils se blessent l’un l’autre. Ils se guérissent lentement. Il fait chaud. Quinze jours de lumière. Ils repartent sans un rond. Alors c’est l’auto-stop, la route, le jeu, puis Paris et l’angoisse renouvelée.

À suivre…

Caillou, 1967.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.