Archives de catégorie : Points de vue

Les amalgameurs

Les amalgameurs

Beaucoup de braves gens estiment que les attentats islamistes poussent l’opinion publique à l’amalgame entre Islam et islamisme, entre musulmans et terroristes. Et de fait on constate une vague d’islamophobie générale.

Mais l’amalgame entre Islam et islamisme n’est pas le seul fait d’une xénophobie déguisée sous la notion d’islamophobie. Cet amalgame devient aussi le pivot central d’une pensée de gauche qui, par peur de l’islamophobie, ne veut pas critiquer ou remettre en question l’islamisme politique.

La conférence de Shlomo Sand, à la Bourse du Travail de Toulouse le 11 avril, et son public, chauffé à blanc par un sentiment pro-palestinien sans nuances, en sont une des dernières illustrations locales.

D’un côté nous avons le premier ministre Vals qui assimile l’antisionisme à un antisémitisme et prend donc fait et cause pour le CRIF contre la campagne BDS (et je précise que je suis outré de ces propos !) et de l’autre un orateur qui n’explique la montée de l’islamophobie que par la volonté de détournement des questions sociales ou par des intellectuels de médias dévoyés comme Houellebecq, BHL ou Finkelkraut.

Dans ce concert d’amalgames essentialistes la voie des victimes du terrorisme islamiste algérien (GIA) des années 90 devient inaudible, même si elles étaient souvent de religion musulmane. (200 000 morts !) La voie des féministes (par exemple égyptiennes ou tunisiennes) qui se battent pour la liberté et les droits des femmes contre la terreur des fondamentalistes ne s’entend plus. La gauche radicale se tait dès qu’il s’agit de soutenir les démocrates, les syndicalistes, les féministes et les homosexuels qui, là-bas sont pourchassés par la montée de l’Islam politique.

Par contre, ici, chaque propos maladroit (comme celui de Laurence Rossignol, déléguée des Droits des femmes, qui voulait montrer le caractère d’oppression du voile islamique) est monté en épingle, détourné, réduit au seul discours d’exclusion.

L’émotion populaire qui a suivi des attentats de Paris et de Bruxelles est ridiculisée, uniquement vue comme une manipulation médiatique et politique pour obtenir l’état d’urgence, plus de contrôle social et détourner l’attention des vrais problèmes sociaux

Gouverné par « Le Monde Diplomatique » et « Politis » cette gauche radicale se fourvoie dans l’amalgame qu’elle entend dénoncer. Elle amalgame elle même les musulmans et l’islamisme.

Refuser l’amalgame islam–islamisme d’où qu’il vienne, c’est être aux côtés des syndicalistes tunisiens, des démocrates algériens, des féministes égyptiennes, des homosexuels marocains bref de toutes celles et ceux qui aspirent à la liberté, qu’ils ou elles soient croyants, musulmans, chrétiens, juifs ou non croyants.

Caillou, le 16 avril 2016

 

Les femmes laïques s’organisent et « Coup de soleil Midi-Pyrénées »

Tournant historique dans la lutte contre l’intégrisme musulman :
les femmes laïques s’organisent 

par Marieme Helie Lucas, sociologue et coordonnatrice de Secularism Is A Women’s Issue

Lire ici: 

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L’association Coup de Soleil midi-Pyrénées s’exprime sur la censure de Kamel Daoud:

SOUTIEN A KAMEL DAOU

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L’association « Coup de Soleil Midi-Pyrénées » affirme son total soutien au romancier et journaliste algérien Kamel Daoud dans la polémique engendrée par son article : « Cologne, lieu de fantasme » paru dans Le Mondedu 31 janvier dernier.
Un collectif d’intellectuels et d’universitaires, au travers d’une pétition paru le 5 février traite Kamel Daoud d’orientaliste, d’islamophobe, voir de soutien à l’extrême droite raciste allemande et européenne, parce qu’il relève que les incidents de Cologne et d’Allemagne lors des fêtes de la Saint Sylvestre (agressions sexuelles sur des femmes par des inconnus vraisemblablement d’origine maghrébine) sont liés à la culture machiste, renforcée par l’islamisme dominant, qui baigne une grande partie de la jeunesse mâle du Maghreb.

Nous disons tout d’abord que Kamel Daoud met le doigt sur un vrai problème et que notre profonde amitié pour le Maghreb et sa culture, tous les liens qui nous lient aux trois pays de Maghreb, ne nous aveuglent pas. Oui, nos 3 pays de Tunisie, du Maroc et de l’Algérie sont confrontés à un système d’éducation patriarcal qui favorise les garçons et qui entraîne, malgré tous leurs combats, la domination légale et pratique des femmes. Ce type de société que dénonce Kamel Daoud, il le connait bien puisqu’il en est issu.

A Cologne, les féministes allemandes refusent que les agressions sexuelles commises par des immigrés soient récupérées par l’extrême droite. Nous l’affirmons avec elles : quelle que soit l’identité de l’agresseur, nous sommes aux côtés des femmes victimes de violence et d’agressions sexuelles.

images-2Nous affirmons que Kamel Daoud, menacé de mort dans son propre pays par une fatwa islamiste, survivant de la centaine de journalistes, de femmes, de cinéastes, d’enseignants, d’actrices,  de dessinateurs et de dessinatrices assassiné(e)s par les intégristes pendant la décennie noire est, avec Boualem Sansal et Rachid Boudjedra, un homme courageux et clairvoyant et que son combat contre l’obscurantisme est le nôtre.

Unknown-4Enfin nous condamnons ceux qui veulent le faire taire. Ce n’est pas au nom d’une nécessaire solidarité avec les migrants, au nom d’un refus des thèses de l’extrême droite européenne et du racisme que l’on doit inverser les valeurs, se liguer avec les islamistes, nier les droits des femmes ici comme là-bas, et fermer les yeux sur les réalités du monde que l’islamisme construit à nos frontières.

Bienvenue aux migrants, mais, sans angélisme: « Non à la violence contre les femmes ».

Coup de Soleil Midi-Pyrénées
http://midi-pyrenees.coupdesoleil.net

 

 

Cologne, l’analyse d’une sociologue algérienne.

Pour enrichir le débat autour de la censure qui vise Kamel Daoud, on peut lire ici un point de vue très intéressant. C’est paru dans Télérama le 8 février dernier.

Caillou, le  7 mars 2016

Au réveillon de fin d’année 2015 ont eu lieu des attaques concertées contre les femmes dans l’espace public, à caractère sexuel, simultanément dans une dizaine de villes, principalement en Allemagne, mais aussi en Autriche, en Suisse, en Suède, en Finlande… Plusieurs centaines de femmes, à ce jour, ont porté plainte pour agression sexuelle, vol, et viol. Ces attaques ont été perpétrées par des hommes jeunes issus de l’émigration (qu’ils soient immigrés, demandeurs d’asile, réfugiés récents, ou autre…) originaires du Maghreb et du Moyen Orient.

Les réactions ont été sans surprise : Occultation des faits, de leur coordination internationale et de leur magnitude aussi longtemps que possible par les gouvernements, leurs polices, et les media, sacrifiant comme à leur habitude les droits des femmes à la paix sociale. Levée préventive de boucliers à gauche et parmi un nombre important de féministes pour défendre les étrangers présumés ‘musulmans’ en tant que victimes potentielles de racisme (notons le glissement sémantique de ‘arabes’ ou ‘maghrébins’, une localisation d’origine géographique, comme les ont décrit les femmes agressées et la police, à ‘musulmans’.) Clameurs sécuritaires à l’extrême droite et premier passage à l’acte en Allemagne où s’est produit un pogrom anti bronzés, sans discrimination d’origine. Déni et racisme : Un schéma classique qui accompagne la montée de l’extrême droite intégriste musulmane en Europe depuis les années 80.

Réminiscences :

Centre de Tunis, rassemblement laïque et féministe anti Ben Ali : des groupes de jeunes intégristes (cela a été prouvé) entourent les manifestantes, majoritaires dans la manifestation, les isolent, les agressent sexuellement, touchant leurs sexes et leurs seins et les frappent violemment, malgré les efforts pour les protéger d’hommes de gauche qui sont venus en solidarité. La police regarde.

Place Tahrir au Caire, lieu de rassemblement de la contestation anti gouvernementale : pour la première fois, les femmes saisissent cette occasion de prendre leur place de citoyennes ; elles sont nombreuses dans les manifestations ; des groupes de jeunes gens (à quel degré inféodés aux Frères Musulmans ou manipulés par eux?) agressent sexuellement des centaines de manifestantes (et des journalistes de la presse étrangère), des photos de presse les montrent partiellement dénudées, il y a des plaintes pour viols. La police fait chorus et s’en prend également aux manifestantes qu’elle bastonne très violemment, soumet à des ‘tests’ de virginité, etc… Cette politique de la terreur sexuelle se poursuivra au Caire pendant des mois, les organisations féministes mettent alors sur pied une carte électronique du Caire où sont signalées les agressions en temps réel pour que des équipes de sauveteurs ( hommes) parviennent sur les lieux à temps.

Réminiscence plus ancienne encore : Alger, été 1969, 1er Festival Culturel Pan-Africain : place de la Grande Poste, des centaines de femmes sont assises par terre, occupant tout le large carrefour qui a été pour la circonstance interdit à la circulation automobile ; elles assistent à l’un des nombreux concerts gratuits offerts à la population de 5h de l’après midi à 4h du matin chaque jour pendant des semaines, manifestations culturelles auxquelles les femmes sont très assidues ; la plupart portent le haïk blanc traditionnel de l’Algérois et ont emmené plusieurs enfants chacune. La nuit tombe peu après 8h30 et un cri s’élève : ‘en- nsa, l-ed-dar’, ‘les femmes à la maison’, repris par les centaines d’hommes qui assistent aussi au concert. Petit à petit et à regret, les femmes et les enfants quittent la place. Les hommes rient, triomphants, méprisants. Comme disaient les Nazis : ‘à l’église, à la cuisine, auprès du berceau’…La place dans l’espace public des célèbres femmes algériennes révolutionnaires de notre glorieuse guerre de libération est déjà, 7 ans après l’indépendance, clairement définie. Patriarcat et intégrisme, culture et religion, voguent main dans la main.

Comme il est curieux que de tels liens ne soient pas faits avec l’affaire récente qui nous occupe ici, même par des féministes qui ont soutenu les femmes de la place Tahrir lorsqu’elles y furent agressées.

C’est que l’Europe n’a rien à apprendre de nous, et que rien de ce qui se passe chez nous ne peut ressembler de près ou de loin à ce qui se passe en Europe. Par définition. On ne va quand même pas mélanger les torchons et les serviettes. Un racisme sous-jacent, non explicité dans la gauche radicale, admet implicitement la différence infranchissable entre les civilisés et les sous développés, leurs comportements, leurs cultures, leurs situations politiques. Et sous cette altérité essentialisée, gît une inavouable hiérarchie : la gauche radicale, dans son aveugle défense des réactionnaires ‘musulmans’, accepte implicitement qu’il est normal qu’une situation d’oppression engendre une réponse d’extrême droite chez les non-Européens… nous ne sommes clairement pas dignes, ou capables, d’y apporter des réponses révolutionnaires. (je ne développerai pas ici l’exportation de cette pensée aux élites de gauche en Asie et en Afrique).

Cassandres inécoutées, nous nous égosillons pourtant depuis trois décennies à pointer du doigt des similitudes qui seraient éclairantes politiquement. Les algériennes surtout, qui ont fui la terreur intégriste des années 90, ne cessent de montrer les différentes étapes de la montée intégriste en Algérie, des années 70 aux années 90, et leur similitude avec ce qui se met en place en France et ailleurs en Europe : d’abord des attaques contre les droits légaux des femmes (pour demander un droit spécifique ‘musulman’ en matière familiale, une ségrégation sexuelle dans les hôpitaux, les piscines, etc..), conjointement avec des demandes particularistes en matière d’enseignement (cursus adapté, non laïque ) puis des attaques ciblées contre les contrevenantes indisciplinées (filles lapidées, brulées) et contre tout laïque rebaptisé ‘kofr’ (journalistes, comédiennes, Charlie), enfin des attaques indiscriminées contre tout comportement qui ne correspond pas à l’idéal intégriste (Bataclan, terrasses de café, match de foot, etc..). Tout ceci s’est développé suivant le même schéma, des années 70 aux années 90 en Algérie, en commençant de la même façon par mettre en cause les droits des femmes, et leur existence dans l’espace public, sachant trop bien que les gouvernements n’hésitent pas à monnayer les droits des femmes en échange du maintien d’une certaine paix sociale avec l’intégrisme.

Mais l’Europe de gauche semble incapable de s’extraire de sa situation spécifique où les personnes d’origine émigrée et, parmi elles, les présumés ‘musulmans’, font effectivement face à des discriminations. Elle extrapole et exporte son analyse à la montée de l’intégrisme dans nos pays même, où pourtant les ’musulmans’ ne sont ni minoritaires ni discriminés sinon par leurs propres frères.

Plus grave encore est que la gauche laisse aux seules forces politiques de l’extrême droite européenne xénophobe traditionnelle le monopole du discours sur l’autre extrême droite, celle de l’intégrisme musulman, lui laissant aussi le monopole de la légitime dénonciation des forces d’extrême droite dite religieuse issues de nos pays. Je crains, beaucoup d’entre nous craignons, de plus en plus, que ce déni ne mène à des actions punitives populaires indiscriminées, ce qui satisferait à la fois le désir de vengeance de l’extrême droite traditionnelle xénophobe, et la tentative de l’extrême droite intégriste de recruter plus largement en Europe. On a déjà assisté à des tentatives de maires d’extrême droite de légitimer la création de milices populaires armées pour ‘protéger’ les citoyens français. Certes la gauche (tout comme la social démocratie) s’en indigne régulièrement, mais dans la mesure où elle se refuse à aborder le problème de l’intégrisme musulman et se cantonne au déni, elle laisse le terrain idéologique à l’extrême droite raciste.

Comment ne pas voir les avancées intégristes en Europe, dont la récente brutale remise en cause de la place des femmes dans l’espace public européen, ce 31 décembre, n’est qu’un signe de plus… La lunette déformante de l’approche européocentriste empêche de voir les similitudes avec ce qui s’est passé, par exemple, au Maghreb et au Moyen Orient. En Europe, les ‘musulmans’ ne peuvent être vus que comme des victimes, des minorités opprimées – ce qui justifie apparemment tout comportement agressif et réactionnaire de leur part – , alors qu’il suffit de franchir quelques frontières pour voir quel est, lorsqu’ils sont en majorité, ou au pouvoir, leur programme politique envers la démocratie, les laïques, les tenants d’autres religions et les femmes. C’est cette absence d’analyse politique qui permet leurs avancées en Europe. Sous prétexte d’oppression capitaliste et xénophobe en Europe, l’extrême droite intégriste se voit dédouanée de ses politiques ultra réactionnaires, non seulement en Europe mais aussi dans nos pays d’origine. Quel européocentrisme…
Que la gauche et bien trop de féministes s’en tiennent à la théorie des priorités (exclusive défense des émigrés – rebaptisés ‘musulmans’- contre la droite occidentale capitaliste) est une erreur fatale dont elles répondront devant l’histoire, et un abandon des forces progressistes de nos pays dont l’absurde inhumanité fera tâche indélébile sur le drapeau de l’internationalisme.

A ce boulet conceptuel de la gauche (l’ennemi principal vs l’ennemi secondaire) s’ajoute une autre théorie des priorités, celle ci issue des organisations de droits humains : une implicite hiérarchie des droits fondamentaux selon laquelle les droits des femmes viennent loin après les droits des minorités, les droits religieux, les droits culturels, pour ne nommer que quelques uns de ceux qui sont régulièrement opposés aux droits des femmes, – et ce jusqu’à l’ONU.

Depuis les attaques du 9-11 aux Etats Unis et des mesures sécuritaires qui s’en sont suivies, on assiste de la part des organisations de droits humains et de la gauche radicale à un véritable tour de passe-passe : l’escamotage de la cause au profit de la conséquence. Ainsi, le thème principal des analyses et des débats est-il ‘la guerre contre la terreur’, les abus notoires qu’elle entraine, la limitation des libertés civiques, la crainte pour la démocratie. (Je ne débattrai pas ici du bien fondé de ces accusations, mais uniquement de la technique discursive employée). Tous ces thèmes sont repris actuellement en France, avec l’Etat d’urgence qui fut instauré après les attentats de novembre à Paris, et la crainte d’un Patriot Act en Europe.

Mais en même temps, la ‘terreur’ elle même disparaît des discours, elle perd de sa réalité, elle devient le simple prétexte – illusion ? – à des actions gouvernementales liberticides : il y a bien une ‘guerre contre la terreur’ mais la ‘terreur’ est devenue une fantaisie de l’extrême droite xénophobe, il y a bien des bombes humaines qui explosent dans Paris, mais il n’y a pas de guerre en France… On élabore sans fin sur ce que le (ou les) gouvernement ne devrait pas faire, on dénonce ses intentions perverses, manipulatoires, attentatoires aux libertés. On dit que rien de tout cela n’est nécessaire à la sécurité des biens et des personnes. On dit que cela provoque ‘les musulmans’.
Ici reparaissent bien une cause et une conséquence, mais inversées. Après l’escamotage, le prestidigitateur illusionniste classique ressort le lapin du chapeau ; ici nous ressortons le chapeau du lapin…

Un phénomène mondial – la montée d’une nouvelle sorte d’extrême droite, celle de l’intégrisme musulman – est non seulement justifié, mais littéralement escamoté derrière la critique des réactions qu’il suscite. Quelles que soient nos prises de position par rapport à la nature et aux dérives de ces réactions, nous ne devrions pas permettre que le phénomène lui même soit escamoté : le déni ne le fera pas disparaître dans la réalité, comme il le fait disparaître des discours de la gauche radicale et des organisations de droits humains.
S’imaginer un instant qu’un phénomène politique mondial puisse être déterminé par la politique intérieure et extérieure de l’occident capitaliste et de lui seul (et ce quels que soient les régimes et les formes de gouvernement sous lesquels il apparaît, le niveau de développement économique et culturel de ces pays, les classes et les forces politiques en présence, etc.. ) , cela relève de la mégalomanie..

Au cours de ces trente dernières années, mettre la tête dans le sable n’a pas permis d’endiguer les demandes croissantes de l’extrême droite intégriste, ni en Europe ni ailleurs – bien au contraire, elle a surfé sur l’occultation de sa nature politique et sur son exploitation cynique des libertés démocratiques et des droits humains.
Ce qui est en jeu va bien plus loin que les simples droits des femmes ; c’est un projet de société théocratique, dans lequel, entre autres, – entre autres seulement -, les droits des femmes seront limités. L’action, concertée au niveau européen, du 31 décembre et sa remise en cause de la place des femmes dans l’espace public joue exactement le même rôle que l’apparition soudaine du prétendu ‘voile islamique’ : il s’agit d’une démonstration de force et de visibilité.

Il se peut qu’elle soit couronnée de succès, comme l’est en partie l’imposition du dit ‘voile islamique’ ; les conseils prodigués aux femmes agressées à Cologne par certaines autorités de l’état allemand en font foi. : adaptez vous, tenez vous éloignées des hommes, ne sortez pas seules, etc…Bref, soumettez vous ou supportez en les conséquences. S’il vous arrive quelque chose, ce sera bien de votre faute, on vous aura prévenues…
Un conseil qui remet en mémoire ce qu’on disait, en plein tribunal, il n’y a pas si longtemps, aux femmes violées : mais qu’alliez vous faire là ? et à cette heure ? et dans cette tenue ?
Un conseil que ne sauraient désavouer les prêcheurs intégristes musulmans…

Que le premier souci ait été de préserver les coupables et non de défendre les victimes est une variante intéressante de l’habituelle défense des hommes coupables de violence envers les femmes. Quel pourcentage de défense du patriarcat et quel de défense des émigrés, minorités ethniques et religieuses ? Quand les intérêts du patriarcat (que la gauche n’ose plus guère défendre officiellement en tant que tel) peuvent se confondre avec la noble défense de l’opprimé (dont l’aura, même à gauche, a quand même pris un sale coup avec les récents attentats de novembre à Paris), cela arrange bien des gens.

Que l’on puisse encore se poser des questions sur le caractère concerté d’attaques simultanées, dans au moins 5 pays différents et une dizaine de villes en Europe, laisse pantois devant tant de mauvaise foi, et d’aveuglement – ou de perversité – politique.

http://www.telerama.fr/idees/apres-cologne-nous-voyons-en-europe-les-signes-precurseurs-de-la-montee-de-l-extreme-droite-integriste,137685.php

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Audrey Morrissey : Mon expérience de l’industrie du sexe n’a rien eu à voir avec un choix.

Bientôt le 8 mars… Je reprends juste ce témoignage, sans rien y ajouter ou retrancher.
Bonne lecture. A+ Caillou

Audrey Morrissey : Mon expérience de l’industrie du sexe n’a rien eu à voir avec un choix.

J’avais 16 ans la première fois que l’on m’a vendue pour du sexe. Mon copain m’a dit que si je l’aimais, lui et notre fille, j’accepterais de faire la rue pour que nous puissions avoir une vie meilleure. Il m’a amenée à croire qu’il n’y avait pas d’autres options. Il m’a convaincue que je ne le faisais pas pour lui, mais pour nous.

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Au nom de Kamel Daoud par Fawzia Zouari

Dans « Libération » du 29 février:

La romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari prend la défense de l’écrivain algérien Kamel Daoud, et appelle de ses vœux un nouveau discours à gauche affranchi de la peur de l’accusation d’islamophobie. Un discours qui conçoit le fait que les musulmans, comme les chrétiens, puissent aimer ou ne pas aimer leur monde, adhérer ou non à leur religion.

Au nom de Kamel Daoud

Kamel Daoud a décidé d’abandonner le journalisme suite à une tribune signée par un collectif d’intellectuels dans le Monde lui reprochant son «culturalisme», ses «clichés orientalistes», son «essentialisme», pour ne pas dire son islamophobie ; soit, à quelque détail près, les mêmes accusations qui lui ont valu d’être menacé de mort par les barbus de son pays. Voilà comment on se fait les alliés des islamistes sous couvert de philosopher… Voilà comment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musulman a le plus besoin.

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Ainsi parlait Kamel Daoud. Et une réponse aux « pétitionnaires » qui veulent le faire taire.

Le quotidien d’Oran :
Les hadiths-boys de la culture désormais nationale
par Kamel Daoud

Dans la rue, hier, vers la fin du jour : un jeune homme explique doctement à deux jeunes lycéennes de son âge comment la femme est une « faiblesse naturelle » et comment elle est un être « diminuée », née d’un os. La leçon servie avec sérieux, le jeune homme indiquant avec précision la côte manquante sur son thorax. Les deux jeunes filles acquiescent alors et ne disent rien, consentantes : cela fait partie désormais de la «Vérité».

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Fatwa en Algérie… Censure à Paris

Kamel Daoud est un journaliste et écrivain algérien auteur de Meursaut contre-enquête, par exemple. En Algérie les islamo-fascistes exigent du gouvernement son exécution publique pour apostasie, à la suite d’une émission à la télévision française où il avait déclaré: « Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l’homme, on ne va pas avancer, a-t-il dit. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pouvoir avancer. ». Fin janvier 2016, il écrit, dans Le Monde le point de vue suivant:

Cologne, lieu de fantasmes.


Que s’est-­il passé à Cologne la nuit de la Saint- Sylvestre ? On peine à le savoir avec exactitude en lisant les comptes rendus, mais on sait – au moins – ce qui s’est passé dans les têtes. Celle des agresseurs, peut-être ; celle des Occidentaux, sûrement. Fascinant résumé des jeux de fantasmes. Le « fait » en lui-même correspond on ne peut mieux au jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent.
Cela correspond à l’idée que la droite et l’extrême droite ont toujours construite dans les discours contre l’accueil des réfugiés. Ces derniers sont assimilés aux agresseurs, même si l’on ne le sait pas encore avec certitude. Les coupables sont-ils des immigrés installés depuis longtemps ? Des réfugiés récents ? Des organisations criminelles ou de simples hooligans? On n’attendra pas la réponse pour, déjà, délirer avec cohérence. Le « fait » a déjà réactivé le discours sur « doit-on accueillir ou s’enfermer ? » face à la misère du monde. Le fantasme n’a pas attendu les faits.

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Un texte pour Ourida CHOUAKI

Cuilili cui cui cui cui cui….
C’est le son que fait la sonnette chez Yasmina et Ourida, dans leur appartement à Hussein Dey. C’est le son qu’on entend 20 fois par jour, au rythme des entrées et sorties des deux soeurs, des gens de la famille, des amis du quartier qui sont comme une grande famille. On s’y retrouve pour discuter, laisser ou récupérer un message ou un objet, profiter de quelques nuits d’hospitalité… respirer un air de liberté assumée… et saturé de fumée. Il y a même une chambre sacrifiée dédiée à la cigarette, surnommée Tchernobyl à cause des murs jaunis par la nicotine. Irrécupérable!
En 2007, quand j’ai franchi cette porte là pour la première fois, j’ai écrit dans mon journal de voyage « Que de gens formidables! Je touche du doigt une Algérie dont j’ai toujours rêvé, dont je soupçonnais seulement l’existence avant de rencontrer Georges et Hassina ».
J’avais connaissance d’une Algérie populaire, miséreuse et pleine de chaleur humaine. Il me manquait l’Algérie engagée, militante, rebelle à toute forme d’oppression et d’injustice.
Je l’ai trouvée parfaitement incarnée dans ces deux soeurs, Yasmina et Ourida, Yasmina toujours prête à lever la voix et le poing serré, Ourida plus calme et posée, mais pas moins déterminée dans sa lutte pour les droits des femmes. A chacune de nos rencontres, il était question de la marche mondiale des femmes, des évolutions du Code de la famille (ou de ses non-évolutions) , des situations que vivait telle ou telle femme qui avait fait appel à Tharwa Fadma N’soumeur, leur association. Toujours, l’ambiance était vibrillonnante autour d’elles deux, perpétuellement en action, en déplacement, et… en révolte. Rien n’a pu arrêter ce mouvement, ni  l’assassinat de leur frère en 94, ni les menaces des intégristes qui s’en étaient suivies. Il fallait porter le voile ou se préparer à mourir. « Après tout, avait dit Yasmina, qu’est-ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue? Est-ce que c’est la qualité de vie ou le nombre de jours?  » et elles ont continué de sortir tête nue. Leur père, communiste, avait rendu service à tant de monde dans le quartier, il aurait fait beau voir qu’elles se fassent agresser!
Je me rappelle des soirées enfumées, à discuter autour d’un verre d’alcool, dans ce pays où la liberté se vit mieux entre quatre murs; de la douceur et de la gentillesse d’Ourida, trimballant tout le monde dans sa voiture. Je me rappelle d’un trajet de nuit dans Alger au son de l’Internationale chantée en kabyle. Je me rappelle Ourida feignant un coup au coeur quand on venait de se faire arrêter par un flic pour défaut de ceinture de sécurité. J’avais été stupéfaite de sa réactivité immédiate. On en avait beaucoup ri après coup. Elle parlait peu d’elle, mais j’avais deviné, avec  cette anecdote, ses talents d’adaptation,  forcés par le danger quotidien dans les années 90. Nos discussions tournaient souvent autour de cette période, et de la cause des femmes d’Algérie et d’ailleurs. Ourida, au delà de ses engagements, avait ce don pour l’accueil simple et l’amitié. J’ai du mal à réaliser que nous ne nous verrons plus. Il nous reste, pour continuer de penser à elle, à faire nôtres les combats qui étaient les siens.
 Annelise

Georgette VACHER

J’ai retrouvé, dans cette valise des souvenirs, Numériser 4un petit opuscule de poésie, acheté 5 francs, au début des années 80 à Lyon.

À l’occasion de la disparition d’Ourida Chouaki, je lis un poème d’une militante féministe oubliée pour une autre militante de la cause des femmes algériennes: LA VIE

La vie

Pour l’aube en dentelle
Sur les monts neigeux
Et les immortelles
Dans les rochers bleus

Pour la fleur qui s’ouvre
L’étoile qui luit
Pour ta peau si douce
Au creux de mon lit

Chante, mon cœur, la vie !

Pour les papillons
Le goût des framboises
Le chant du maçon
Sur les toits d’ardoise

Pour les myosotis
Les pierres de lune
Les vertes prairies
L’éclair sur la dune

Chante, mon cœur, la vie !

Pour le ciel et l’eau
La fraise des bois
Les coquelicots
Le son de ta voix

Pour l’eau des fontaines
La brise à midi
Pour le gosse qui traîne
Son sac de soucis

Chante, mon cœur, la vie !

Pour l’odeur du pain
Et ta bouche tendre
L’ami qui revient
Les champs de lavande

Pour tes bras ouverts
D’amour infini
Pour ton ventre ouvert
La vie qui jaillit

Chante, mon cœur, la vie !

Pour les vins fruités
Ton rire aux éclats
Le miel et le lait
Ta vie près de moi

Pour les vents d’orage
La grêle et la pluie
Pour Marie-Courage
Qui bosse la nuit

Chante, mon cœur, la vie !

Pour les compagnons
Au fond de l’usine
Les petits canons
Avec les copines

Pour ton corps qui plie
L’âme en arc en ciel
Le travail fini
Les siestes au soleil

Chante, mon cœur, la vie !

Pour le fond des mers
Les poissons nacrés
Les fruits de la terre
Tes lèvres sucrées

Pour les danses folles
Le bain de minuit
La mouette qui frôle
Le lac endormi

Chante, mon cœur, la vie !

Pour les chants d’espoir
Et le cri des pauvres
Les brumes du soir
Dans le sang des nôtres

Pour les poings levés
La mer en furie
Pour la liberté
Le lion qui rugit

Chante, mon cœur, la vie !

Pour la tourterelle
Roucoulant ton nom
Ton cœur qui m’appelle
Dans le chant du monde

Chante, mon cœur, la vie !

…

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couverture d’Antoinette de mars 1978

Georgette VACHER était une militante féministe, ouvrière chez CALOR et syndicaliste CGT, qui s’est  suicidée à la veille
d’un congrès départemental.

Je participais à l’époque à une section de ce syndicat dans une grande surface de la région toulousaine, principalement avec des femmes, caissières et à temps partiels… Nous soutenions le journal « Antoinette », mensuel de la CGT. Mais au fur et à mesure que ce journal devenait un journal « féministe » et de moins en moins « féminin », le conflit se durcissait entre Antoinette et la direction confédérale de la CGT. On en trouve un écho dans le conflit qui opposait Georgette VACHER et son Union Départementale.

 

J’ai trouvé une référence à Georgette Vacher dans

«  Crise du monde ouvrier et nouveaux mouvements sociaux »
de Christiane Passevant

Georgette Vacher: « Chacun compte pour un »

Lyon, M. B. Composition/Édition, 1989.
In: L Homme et la société, N. 98, 1990.. p. 132.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/homso_0018-4306_1990_num_98_4_2520

Permanente à l’Union Départementale-CGT du Rhône et responsable du secteur féminin, Georgette Vacher s’est suicidée en octobre 1981, à la veille du congrès de l’UD, parce qu’on lui retirait ses responsabilités syndicales. Ce livre est la transcription de ses notes pendant la dernière année de sa vie, une sorte de carnet de route et un journal de réflexion sur sa position au sein du syndicat et, plus largement, sur la place des militantes dans cette branche industrielle du monde ouvrier. Le texte est resté très proche du langage parlé et répond aux questions que certains se posent actuellement. Redéfinition de l’individu dans le collectif, position de la militante face aux rapports hiérarchiques et à ses formes bureaucratiques. Témoignage sur la crise du syndicalisme. Rôle des femmes dans la lutte syndicale et pour une reconnaissance de leur identité.
Après sa disparition, plusieurs de ses compagnes de travail, ouvrières chez Calor et de ses amis ont décidé de faire paraître le message que laissait Georgette Vacher.
Le travail du collectif féminin dont elle a été l’animatrice et le souvenir de ses combats permettent de saisir combien sa conception du travail collectif ne correspondait pas à l’idée traditionnelle que s’en faisait le monde syndical. Pour elle chacun(e) compte pour un(e). Pas de responsable en titre. Pas de hiérarchie. Les femmes travaillaient ensemble et discutaient des difficultés rencontrées dans leur travail comme dans le fonctionnement de la structure syndicale.
L’élan solidaire de chacune a créé une dynamique de groupe qui, finalement, est devenue gênante pour la hiérarchie syndicale, d’ailleurs à forte majorité masculine. « La bagarre dans la boîte, les conditions de travail, les salaires, toute l’activité syndicale, ça n’a jamais été cloisonné. » En effet, sans parfois tenir compte des mots d’ordre du syndicat, les femmes se regroupaient en cas de conflits dans les entreprises et s’associaient avec des syndiquées d’autres syndicats ou des non-syndiquées pour des luttes ponctuelles.
La question des femmes dans le contexte syndical est cruciale puisqu’elle tourne autour du pouvoir et des revendications égalitaires. Impossible d’évacuer le problème du pouvoir et de la domination qui est au cœur de la problématique syndicale et sociale. Impossible d’évoquer un système social égalitaire sans rechercher de nouvelles valeurs sur des bases nouvelles. Et pour juger de l’évolution du système, l’un des critères essentiels n’est-il pas l’égalité entre sexes ? « En tant que femme, j’ai vraiment vu les pires choses, pas uniquement pour moi mais pour les copines aussi. Le regard de ces mecs sur les militantes, sur les femmes en général, c’était le regard de la société où on est. »
Le rapport de domination entre les individus étant au centre des tensions sociales, il n’est pas suffisant de respecter certains quotas pour permettre une présence plus importante des femmes au sein des formations syndicales ou politiques, il faut créer de nouvelles valeurs pour établir de nouveaux rapports entre les personnes.
Georgette Vacher a été une de ces femmes dont les principes et la pratique souvent à contre-courant, de même que la constante remise en cause ont permis une prise de conscience. Responsable syndicale du secteur féminin, elle n’a pas accepté de récupérer ce mouvement et c’est pour cela qu’elle a été écartée. « Je n’ai jamais rencontré dans la CGT, dans les dirigeants, de véritables camarades fraternels et sains. J’ai toujours rencontré des gars imbus de leur personne, des gens qui se prenaient très au sérieux, des dictateurs […] mal dans leur peau et qui faisaient peser sur moi, sur la « femme » tout ce que probablement ils ne pouvaient pas vivre ailleurs. »
C’est pourquoi il est intéressant de découvrir ce texte où il est question de respect, de conscience, de la lutte au quotidien des femmes, de leurs revendications face à une société où chacun(e) devrait compter pour un(e).
Christiane Passevant

Caillou, le 29 août 2015