Archives de catégorie : Points de vue

Au nom de Kamel Daoud par Fawzia Zouari

Dans “Libération” du 29 février:

La romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari prend la défense de l’écrivain algérien Kamel Daoud, et appelle de ses vœux un nouveau discours à gauche affranchi de la peur de l’accusation d’islamophobie. Un discours qui conçoit le fait que les musulmans, comme les chrétiens, puissent aimer ou ne pas aimer leur monde, adhérer ou non à leur religion.

Au nom de Kamel Daoud

Kamel Daoud a décidé d’abandonner le journalisme suite à une tribune signée par un collectif d’intellectuels dans le Monde lui reprochant son «culturalisme», ses «clichés orientalistes», son «essentialisme», pour ne pas dire son islamophobie ; soit, à quelque détail près, les mêmes accusations qui lui ont valu d’être menacé de mort par les barbus de son pays. Voilà comment on se fait les alliés des islamistes sous couvert de philosopher… Voilà comment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musulman a le plus besoin.

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Ainsi parlait Kamel Daoud. Et une réponse aux “pétitionnaires” qui veulent le faire taire.

Le quotidien d’Oran :
Les hadiths-boys de la culture désormais nationale
par Kamel Daoud

Dans la rue, hier, vers la fin du jour : un jeune homme explique doctement à deux jeunes lycéennes de son âge comment la femme est une « faiblesse naturelle » et comment elle est un être « diminuée », née d’un os. La leçon servie avec sérieux, le jeune homme indiquant avec précision la côte manquante sur son thorax. Les deux jeunes filles acquiescent alors et ne disent rien, consentantes : cela fait partie désormais de la «Vérité».

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Fatwa en Algérie… Censure à Paris

Kamel Daoud est un journaliste et écrivain algérien auteur de Meursaut contre-enquête, par exemple. En Algérie les islamo-fascistes exigent du gouvernement son exécution publique pour apostasie, à la suite d’une émission à la télévision française où il avait déclaré: « Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l’homme, on ne va pas avancer, a-t-il dit. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pouvoir avancer. ». Fin janvier 2016, il écrit, dans Le Monde le point de vue suivant:

Cologne, lieu de fantasmes.


Que s’est-­il passé à Cologne la nuit de la Saint- Sylvestre ? On peine à le savoir avec exactitude en lisant les comptes rendus, mais on sait – au moins – ce qui s’est passé dans les têtes. Celle des agresseurs, peut-être ; celle des Occidentaux, sûrement. Fascinant résumé des jeux de fantasmes. Le « fait » en lui-même correspond on ne peut mieux au jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent.
Cela correspond à l’idée que la droite et l’extrême droite ont toujours construite dans les discours contre l’accueil des réfugiés. Ces derniers sont assimilés aux agresseurs, même si l’on ne le sait pas encore avec certitude. Les coupables sont-ils des immigrés installés depuis longtemps ? Des réfugiés récents ? Des organisations criminelles ou de simples hooligans? On n’attendra pas la réponse pour, déjà, délirer avec cohérence. Le « fait » a déjà réactivé le discours sur « doit-on accueillir ou s’enfermer ? » face à la misère du monde. Le fantasme n’a pas attendu les faits.

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Un texte pour Ourida CHOUAKI

Cuilili cui cui cui cui cui….
C’est le son que fait la sonnette chez Yasmina et Ourida, dans leur appartement à Hussein Dey. C’est le son qu’on entend 20 fois par jour, au rythme des entrées et sorties des deux soeurs, des gens de la famille, des amis du quartier qui sont comme une grande famille. On s’y retrouve pour discuter, laisser ou récupérer un message ou un objet, profiter de quelques nuits d’hospitalité… respirer un air de liberté assumée… et saturé de fumée. Il y a même une chambre sacrifiée dédiée à la cigarette, surnommée Tchernobyl à cause des murs jaunis par la nicotine. Irrécupérable!
En 2007, quand j’ai franchi cette porte là pour la première fois, j’ai écrit dans mon journal de voyage “Que de gens formidables! Je touche du doigt une Algérie dont j’ai toujours rêvé, dont je soupçonnais seulement l’existence avant de rencontrer Georges et Hassina”.
J’avais connaissance d’une Algérie populaire, miséreuse et pleine de chaleur humaine. Il me manquait l’Algérie engagée, militante, rebelle à toute forme d’oppression et d’injustice.
Je l’ai trouvée parfaitement incarnée dans ces deux soeurs, Yasmina et Ourida, Yasmina toujours prête à lever la voix et le poing serré, Ourida plus calme et posée, mais pas moins déterminée dans sa lutte pour les droits des femmes. A chacune de nos rencontres, il était question de la marche mondiale des femmes, des évolutions du Code de la famille (ou de ses non-évolutions) , des situations que vivait telle ou telle femme qui avait fait appel à Tharwa Fadma N’soumeur, leur association. Toujours, l’ambiance était vibrillonnante autour d’elles deux, perpétuellement en action, en déplacement, et… en révolte. Rien n’a pu arrêter ce mouvement, ni  l’assassinat de leur frère en 94, ni les menaces des intégristes qui s’en étaient suivies. Il fallait porter le voile ou se préparer à mourir. “Après tout, avait dit Yasmina, qu’est-ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue? Est-ce que c’est la qualité de vie ou le nombre de jours? ” et elles ont continué de sortir tête nue. Leur père, communiste, avait rendu service à tant de monde dans le quartier, il aurait fait beau voir qu’elles se fassent agresser!
Je me rappelle des soirées enfumées, à discuter autour d’un verre d’alcool, dans ce pays où la liberté se vit mieux entre quatre murs; de la douceur et de la gentillesse d’Ourida, trimballant tout le monde dans sa voiture. Je me rappelle d’un trajet de nuit dans Alger au son de l’Internationale chantée en kabyle. Je me rappelle Ourida feignant un coup au coeur quand on venait de se faire arrêter par un flic pour défaut de ceinture de sécurité. J’avais été stupéfaite de sa réactivité immédiate. On en avait beaucoup ri après coup. Elle parlait peu d’elle, mais j’avais deviné, avec  cette anecdote, ses talents d’adaptation,  forcés par le danger quotidien dans les années 90. Nos discussions tournaient souvent autour de cette période, et de la cause des femmes d’Algérie et d’ailleurs. Ourida, au delà de ses engagements, avait ce don pour l’accueil simple et l’amitié. J’ai du mal à réaliser que nous ne nous verrons plus. Il nous reste, pour continuer de penser à elle, à faire nôtres les combats qui étaient les siens.
 Annelise

Georgette VACHER

J’ai retrouvé, dans cette valise des souvenirs, Numériser 4un petit opuscule de poésie, acheté 5 francs, au début des années 80 à Lyon.

À l’occasion de la disparition d’Ourida Chouaki, je lis un poème d’une militante féministe oubliée pour une autre militante de la cause des femmes algériennes: LA VIE

La vie

Pour l’aube en dentelle
Sur les monts neigeux
Et les immortelles
Dans les rochers bleus

Pour la fleur qui s’ouvre
L’étoile qui luit
Pour ta peau si douce
Au creux de mon lit

Chante, mon cœur, la vie !

Pour les papillons
Le goût des framboises
Le chant du maçon
Sur les toits d’ardoise

Pour les myosotis
Les pierres de lune
Les vertes prairies
L’éclair sur la dune

Chante, mon cœur, la vie !

Pour le ciel et l’eau
La fraise des bois
Les coquelicots
Le son de ta voix

Pour l’eau des fontaines
La brise à midi
Pour le gosse qui traîne
Son sac de soucis

Chante, mon cœur, la vie !

Pour l’odeur du pain
Et ta bouche tendre
L’ami qui revient
Les champs de lavande

Pour tes bras ouverts
D’amour infini
Pour ton ventre ouvert
La vie qui jaillit

Chante, mon cœur, la vie !

Pour les vins fruités
Ton rire aux éclats
Le miel et le lait
Ta vie près de moi

Pour les vents d’orage
La grêle et la pluie
Pour Marie-Courage
Qui bosse la nuit

Chante, mon cœur, la vie !

Pour les compagnons
Au fond de l’usine
Les petits canons
Avec les copines

Pour ton corps qui plie
L’âme en arc en ciel
Le travail fini
Les siestes au soleil

Chante, mon cœur, la vie !

Pour le fond des mers
Les poissons nacrés
Les fruits de la terre
Tes lèvres sucrées

Pour les danses folles
Le bain de minuit
La mouette qui frôle
Le lac endormi

Chante, mon cœur, la vie !

Pour les chants d’espoir
Et le cri des pauvres
Les brumes du soir
Dans le sang des nôtres

Pour les poings levés
La mer en furie
Pour la liberté
Le lion qui rugit

Chante, mon cœur, la vie !

Pour la tourterelle
Roucoulant ton nom
Ton cœur qui m’appelle
Dans le chant du monde

Chante, mon cœur, la vie !

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couverture d’Antoinette de mars 1978

Georgette VACHER était une militante féministe, ouvrière chez CALOR et syndicaliste CGT, qui s’est  suicidée à la veille
d’un congrès départemental.

Je participais à l’époque à une section de ce syndicat dans une grande surface de la région toulousaine, principalement avec des femmes, caissières et à temps partiels… Nous soutenions le journal “Antoinette”, mensuel de la CGT. Mais au fur et à mesure que ce journal devenait un journal “féministe” et de moins en moins “féminin”, le conflit se durcissait entre Antoinette et la direction confédérale de la CGT. On en trouve un écho dans le conflit qui opposait Georgette VACHER et son Union Départementale.

 

J’ai trouvé une référence à Georgette Vacher dans

«  Crise du monde ouvrier et nouveaux mouvements sociaux »
de Christiane Passevant

Georgette Vacher: “Chacun compte pour un”

Lyon, M. B. Composition/Édition, 1989.
In: L Homme et la société, N. 98, 1990.. p. 132.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/homso_0018-4306_1990_num_98_4_2520

Permanente à l’Union Départementale-CGT du Rhône et responsable du secteur féminin, Georgette Vacher s’est suicidée en octobre 1981, à la veille du congrès de l’UD, parce qu’on lui retirait ses responsabilités syndicales. Ce livre est la transcription de ses notes pendant la dernière année de sa vie, une sorte de carnet de route et un journal de réflexion sur sa position au sein du syndicat et, plus largement, sur la place des militantes dans cette branche industrielle du monde ouvrier. Le texte est resté très proche du langage parlé et répond aux questions que certains se posent actuellement. Redéfinition de l’individu dans le collectif, position de la militante face aux rapports hiérarchiques et à ses formes bureaucratiques. Témoignage sur la crise du syndicalisme. Rôle des femmes dans la lutte syndicale et pour une reconnaissance de leur identité.
Après sa disparition, plusieurs de ses compagnes de travail, ouvrières chez Calor et de ses amis ont décidé de faire paraître le message que laissait Georgette Vacher.
Le travail du collectif féminin dont elle a été l’animatrice et le souvenir de ses combats permettent de saisir combien sa conception du travail collectif ne correspondait pas à l’idée traditionnelle que s’en faisait le monde syndical. Pour elle chacun(e) compte pour un(e). Pas de responsable en titre. Pas de hiérarchie. Les femmes travaillaient ensemble et discutaient des difficultés rencontrées dans leur travail comme dans le fonctionnement de la structure syndicale.
L’élan solidaire de chacune a créé une dynamique de groupe qui, finalement, est devenue gênante pour la hiérarchie syndicale, d’ailleurs à forte majorité masculine. « La bagarre dans la boîte, les conditions de travail, les salaires, toute l’activité syndicale, ça n’a jamais été cloisonné. » En effet, sans parfois tenir compte des mots d’ordre du syndicat, les femmes se regroupaient en cas de conflits dans les entreprises et s’associaient avec des syndiquées d’autres syndicats ou des non-syndiquées pour des luttes ponctuelles.
La question des femmes dans le contexte syndical est cruciale puisqu’elle tourne autour du pouvoir et des revendications égalitaires. Impossible d’évacuer le problème du pouvoir et de la domination qui est au cœur de la problématique syndicale et sociale. Impossible d’évoquer un système social égalitaire sans rechercher de nouvelles valeurs sur des bases nouvelles. Et pour juger de l’évolution du système, l’un des critères essentiels n’est-il pas l’égalité entre sexes ? « En tant que femme, j’ai vraiment vu les pires choses, pas uniquement pour moi mais pour les copines aussi. Le regard de ces mecs sur les militantes, sur les femmes en général, c’était le regard de la société où on est. »
Le rapport de domination entre les individus étant au centre des tensions sociales, il n’est pas suffisant de respecter certains quotas pour permettre une présence plus importante des femmes au sein des formations syndicales ou politiques, il faut créer de nouvelles valeurs pour établir de nouveaux rapports entre les personnes.
Georgette Vacher a été une de ces femmes dont les principes et la pratique souvent à contre-courant, de même que la constante remise en cause ont permis une prise de conscience. Responsable syndicale du secteur féminin, elle n’a pas accepté de récupérer ce mouvement et c’est pour cela qu’elle a été écartée. « Je n’ai jamais rencontré dans la CGT, dans les dirigeants, de véritables camarades fraternels et sains. J’ai toujours rencontré des gars imbus de leur personne, des gens qui se prenaient très au sérieux, des dictateurs […] mal dans leur peau et qui faisaient peser sur moi, sur la “femme” tout ce que probablement ils ne pouvaient pas vivre ailleurs. »
C’est pourquoi il est intéressant de découvrir ce texte où il est question de respect, de conscience, de la lutte au quotidien des femmes, de leurs revendications face à une société où chacun(e) devrait compter pour un(e).
Christiane Passevant

Caillou, le 29 août 2015

Ourida Chouaki : « Elle est partie debout, comme elle a vécu »

Ourida Chouaki et les combats pour l’égalité femmes/ hommes

Pour nous souvenir de Ourida Chouaki, qui vient de mourir à Alger, nous sommes ce jeudi 27 aout quelques uns chez Zoubir à Toulouse. Combien ? Le leu est à la fois assez convivial et assez compliqué pour que la réponse soit difficile. Les uns sont debout au comptoir du bar / atelier de pizzaiolo. D’autres assis aux tables de la nouvelle salle attenante. D’autres encore dans la salle de spectacle aménagée en sous-sol. Et encore d’autres dans la rue, car la soirée est tiède. Disons une petite dizaine de nos adhérents de Coup de Soleil parmi la petite cinquantaine de l’ensemble du public. C’est Georges Rivière qui ouvre la séance, commentant le court document sur Ourida qu’il nous a distribué. Puis un video de 2003 rappelle les luttes des femmes algériennes en 1988 : c’est l’année où sort le nouveau code de la famille qui restreint fortement l’égalité entre femmes et hommes, l’année aussi du mouvement de jeunes à Alger violemment réprimé par l’armée. Vient ensuite un video qui remémore la venue en 2008 à Toulouse de la Caravane des femmes. Ce mouvement installe ses tentes dans plusieurs quartiers, accueilli par les associations locales : sont venues des Marocaines surtout et des Algériennes. De telles discussions tumultueuses pourraient-elles être organisées en 2015 ? Puis nombreux sont ceux qui parlent en souvenir de Ourida Chouaki. Textes poétiques, souvenirs personnels, un moment la musique du houd. Voici plusieurs des textes de cette soirée.

Claude

 

La porte-parole de
Tharwa Fadhma n’Soumer
nous a quittés :

La nouvelle est tombée comme un couperet : Ourida Chouaki nous a quittés. La porte-parole de l’association Tharwa Fadhma N’soumer est décédée dans la nuit du jeudi au vendredi, à l’hôpital de Beni Messous.
Dans son entourage, parmi ses innombrables camarades de lutte, c’est l’émotion. Le choc. Sur sa page facebook, les témoignages de sympathie pleuvent. Des photos de Ourida, toujours en action, toujours sur le terrain, à fond dans tout ce qu’elle entreprend, ornent les nombreux messages de reconnaissance qui lui sont destinés. Signe de l’immense toile citoyenne et fraternelle qu’elle a patiemment tissée durant sa vie militante au long cours.

« Elle est partie debout, comme elle a vécu »

Nous appelons sa sœur, Yasmina. Toute en retenue, la voix nouée par l’émotion mais pleine de dignité, Yasmina Chouaki tient courageusement le coup. Cependant, elle s’excuse délicatement de ne pouvoir nous parler de sa meilleure complice. Nous recommande très gentiment une camarade qui a intimement connu Ourida, ses luttes : Aouicha Bekhti. Féministe et militante de gauche, comme Ourida, ancienne du PAGS et du MDS, Aouicha Bekhti a bataillé, battu le pavé, aux côtés de Ourida pendant de longues années. « C’est une perte pour tous les progressistes de ce pays, les femmes et les hommes mais surtout les femmes libres de ce pays ! » dit d’emblée Aouicha. « On a reçu un coup de massue. Mais il faut continuer son combat.»

D’ailleurs, c’est ce que dit Yasmina, du fond de sa douleur. Elle le dit à tout le monde : « le seul moyen de l’honorer, c’est de continuer son combat.» […] On était en train de préparer quelque chose pour Ghardaïa. Elle en était l’initiatrice, avec nous, et avant-hier (mercredi, ndlr), on devait avoir une réunion sur la situation dans le M’zab. La dernière chose qu’elle m’ait dite avant d’embarquer dans l’ambulance qui devait l’emmener à l’hôpital, c’était : «Dis-moi Aouicha, comment s’est passée la réunion d’hier ?» confie Aouicha Bekhti, avant de lancer : « Ce qu’il faut dire, c’est qu’elle est partie debout, comme elle a vécu.» […] Nous pouvons témoigner de son humilité, de sa simplicité, de son engagement tous azimuts, de sa constance dans ses convictions, de son sens aigu de l’organisation, de son abnégation, de sa passion des autres et de sa proximité des jeunes militants. C’est que Ourida n’avait rien d’une «ONGiste 5 étoiles».

Son trip, c’était la frugalité d’un repas partagé
en bord de route avec ses compagnons de lutte.

[…] Ourida Chouaki va dédier sa vie à la cause des femmes, pour des lois civiles égalitaires, mais aussi à toutes les causes justes. Dans sa jeunesse, c’est l’abrogation du code de la famille qui va devenir le mo- teur de son combat. Si bien qu’elle s’engagera avec ferveur dans le collectif 20 ans Barakat ! , en 2004. Bien avant cela, le 22 mars 1993, elle est au premier rang de la marche des femmes contre l’intégrisme. Le 14 septembre 1994, son frère, Salah Chouaki, militant du PAGS et pédagogue, est lâchement assassiné. Mais, loin de la casser, de la pousser à l’exil ou au silence, cela ne fit qu’attiser sa détermination. C’est ainsi qu’en 1997, Ourida Chouaki crée avec d’autres féministes l’association Tharwa Fadhma N’soumer dont elle deviendra très vite la figure de proue, aux côtés de sa sœur, l’infatigable Yasmina Chouaki. […] Ourida Chouaki était membre du secrétariat international africain de la Marche mondiale des femmes. […]

Ourida Chouaki le doux visage de la lutte

Ourida Chouaki était également […] professeur au département de physique à l’USTHB (Bab Ezzouar), spécialisée en physique des plasmas. D’ailleurs, ce matin (hier, ndlr), des étudiantes sont venues présenter leurs condoléances […] Elles disaient : « on n’oubliera jamais ce qu’elle a fait pour nous. Elle nous a beaucoup aidées, elle nous a prises en charge, orientées ». Elle hébergeait aussi celles qui venaient de l’intérieur du pays. « De toute façon […] la maison des Chouaki a toujours été ouverte à tout le monde», insiste Aouicha Bekhti. C’est tout Ourida : elle se donnait sans compter. « Elle était intègre, entière jusqu’au bout, jusqu’à la dernière minute. »

Mustapha Benfodil dans EL WATAN du 15 Août 2015

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Photo Mouvement de la Paix – Bretagne

Parcours de femme militante : Ourida Chouaki

par elle-même:
Source : L’atelier d’écriture de la fes Alger Atelier d’écriture destiné aux femmes algériennes.

Quand je revois mon enfance, c’est l’image de ma mère qui se présente à mon esprit, l’image une femme soumise consacrant sa vie à l’entretien de son foyer et à l’éducation de ses enfants. Pourtant ma mère est allée à l’école, ce qui pour son époque était assez rare, malgré cela elle a été une femme au foyer, sa vie a été comparable à celle de la majorité des algériennes de sa génération.
Je ne voulais pas avoir la vie de ma mère, elle même ne voulait pas que ses filles vivent ce qu’elle avait vécu, elle a tout fait pour que l’on puisse étudier dans de bonnes conditions persuadée, que dans notre société, la femme ne peut s’imposer que par son travail.Je n’ai pas eu de difficultés dans mes études, et lorsque j’ai obtenu le baccalauréat, c’est avec confiance dans l’avenir que j’ai rejoint l’université, je m’étais promis de me consacrer aux études, d’avoir un métier et d’être autonome au même titre qu’un homme, je pensais, et je trouvais cela normal, que toutes les filles de mon âge pensaient comme moi.A l’université j’ai rencontré les premiers frères musulmans, quelques jeunes filles ont commencé à porter le hidjab, cela ne nous inquiétait pas outre mesure, nous pensions que c’était un effet de mode importé d’Iran, et qu’avec le temps cela passerait.Toutefois les discussions entre étudiants commençaient à s’orienter vers l’islam, vers la place de la femme dans la société et la famille, je ne comprenais pas que certaines de mes camarades, préparant un diplôme universitaire puissent tenir un discours aussi discriminatoire à l’égard d’elles mêmes.Je fréquentais à l’époque un groupe d’étudiants ayant la même vision de la société que la mienne, nous échangions beaucoup d’idées sur nos projets d’avenir où la femme aurait accès aux mêmes droits que l’homme.En 1982, nous avons entendu parler de l’avant projet du code du statut personnel qui, selon nos informations, serait discriminatoire à l’égard des femmes.Nous n’allions pas laisser passer cela, nous ne voulions pas que la société algérienne recule, nous qui avions tou- jours rêvé de vivre dans une société où règneraient l’égalité et la justice pour tous.A quoi serviraient toutes ces années d’études toutes ces nuits blanches passées à préparer nos examens pour nous retrouver à reproduire ce qu’avaient vécu nos mères ? Nous avons donc rejoint les groupes d’universitaires, qui se réunissaient pour protester et tout faire pour empêcher ce code de passer, sur la pression des militants et des universitaires l’avant projet a été bloqué, nous avions gagné une bataille, mais quelle a été notre déception lorsqu’en juin 1984 nous avons appris que l’Assemblée Nationale (APN) venait d’adopter le code de la famille. Je ne saurais décrire l’état dans lequel je me suis retrouvée en en lisant son contenu, c’est ce jour là que mon combat contre le code de la famille a commencé.Nous étions sous le régime du parti unique, nous n’avions donc pas la possibilité d’élargir nos actions, c’était donc dans les milieux universitaires que les débats autour du code de la famille ont commencéLe 5 octobre 1988 a été, pour moi, le signe d’un changement radical en Algérie, tout le monde se souvient du soulèvement populaire, toute cette jeunesse dans la rueIl est vrai que les événements d’octobre ont conduit à de grands changements dans la vie politique et sociale en Algérie, mais force est, pour moi, de constater que ce n’est pas cela que j’attendais.En effet, si cela a permis la mise en place du pluripartisme, nous avons pris conscience que les islamistes étaient organisés et qu’ils avaient su attirer la population ; j’ai compris que le combat serait désormais non seulement contre le code de la famille, mais également contre le projet de société que les islamistes voulaient imposer au peuple algérien.Le changement de la constitution a bouleversé le mode de vie des algériens (création de partis politiques, naissances de journaux, etc.), et, en juin 1990, nous avons pu assister à la première élection pluripartiste en Algérie, le raz de marrée du FIS (Front Islamique du Salut) a été pour nous un coup de fouet, nous ne voulions pas admettre qu’autant de personnes, en particulier les femmes, accordent leur confiance à un parti porteur d’un tel projet de société.La loi électorale dans son article 53, stipulait que toute personne pouvait voter à la place de son conjoint, ce qui dans notre société voulait dire que tout homme pouvait voter à la place de sa femme, nous avions donc conclu que si les femmes avaient voté selon leur désir, le score du FIS n’aurait pas été aussi élevé,

J’étais membre de l’AEF (Association pour l’Emancipation de la Femme), nous avions lancé une campagne visant à abroger l’article 53 de la loi électorale. Je garde un excellent souvenir de cette action, elle a duré pratiquement tout l’été 1990.

A notre demande, le chef du gouvernement a reçu une délégation, l’entretien a été fructueux car cela a abouti à la satisfaction de notre proposition, la loi électorale a été amendée par l’abrogation de son article 53 et l’alinéa 2 de l’article 54.
Je me souviens de cette période, nous étions heureuses d’avoir obtenu gain de cause, les élections suivantes seraient les législatives de décembre 1991, nous nous sommes engagées pour soutenir les candidats porteurs d’un projet de société basé sur l’égalité et la justice.

Décembre 1991, on nous avait promis des élections propres et honnêtes, nous avons été déçus, la réalité m’a frappé en plein visage, le FIS avait remporté la majorité des sièges, la perspective d’un état islamique se faisait de plus en plus présente dans mon esprit, j’avais peur, je voyais déjà l’Algérie basculer dans l’islamisme, un régime semblable au régime iranien risquait de s’installer dans notre pays.

Que faire pour empêcher cela ? Le plus dur dans des moments pareils c’est de se rendre compte de notre incapacité à agir, le réveil a été très brutal, heureusement que cela n’a rien enlevé à ma détermination, ni a celles de tous ceux qui rêvaient et rêvent toujours à une Algérie moderne et ouverte à l’universalité.

Le combat contre l’islamisme s’est engagé, et en janvier 1992, l’annulation du processus électoral nous a donné une lueur d’espoir, c’était compter sans le FIS qui s’est posé en victime en se considérant spolié de sa victoire légitime, l’Algérie est entrée dans la période la plus noire de son histoire : le terrorisme aveugle

J’ai toujours du mal à parler de cette période, j’ai été profondément marquée par ce qui s’est passé, nul n’a été épargné, intellectuels, services de l’ordre publics, femmes, enfants, des villages entiers massacrés etc.

Ces sanguinaires ne reculaient devant rien, ils commencèrent à imposer leurs lois à partir des maquis, l’obligation aux femmes de porter le hidjab fut donnée, ils sont allés jusqu’à interdire d’envoyer les enfants à l’école, menaçant de mort quiconque enfreindrait leur dictat.

Souvent, il m’arrivait de me remémorer mes débuts de militante, comme le combat pour des lois égalitaires me semblait loin, nous nous sommes retrouvés à lutter pour notre propre survie, aux enterrements de camarades lâchement assassinés, on se demandait: « à qui le tour ? »

Militantes pour l’égalité entre les femmes et les hommes, nous étions aux yeux des terroristes des impies que « la loi divine » condamnait à mort, nous savions que nos noms figuraient sur la liste des gens qu’ils allaient « exécuter ».

Ce n’était pas facile, mais il fallait réagir, il nous fallait agir contre cette bête immonde qui voulait ramener l’Algérie quinze siècles en arrière, malgré les menaces des islamistes nous ne voulions pas plier, nous voulions continuer notre combat.

La force que nous représentions en 1990 semblaient s’être affaiblie nous devions montrer que ce n’était pas le cas, il nous fallait rassembler nos énergies, nous mobiliser pour affirmer notre rejet de l’islam politique, notre détermination à continuer la lutte pour la démocratie lors de la marche organisée par les femmes le 22 mars 1993.

Je n’oublierai jamais ce jour, cette manifestation a été pour moi un catalyseur, je revois cette marrée humaine manifestant dans les rues d’Alger en scandant des slogans pour montrer à l’opinion que les algériennes étaient déterminées et qu’elles ne plieraient jamais.

Les terroristes, eux non plus, n’ont pas abandonné, forts de leur hargne et de certains soutiens qu’ils avaient, ils ont continué à terroriser la population, ils ont commencé par l’assassinat des intellectuels (Djaout, Mekbel, Chouaki, etc), ensuite telle une bête aveugle, ils ont massacré des villages entiers, tué des femmes et des enfants, violé des filles pour ensuite les abandonner souvent enceintes.

La population était dans un état de terreur au quotidien, un climat de méfiance s’était installé, il faudrait des centaines de pages pour décrire l’état dans lequel nous trouvions, nous fréquentions souvent les cimetières, car en marquant notre présence lors des enterrements, nous voulions montrer que nous étions toujours là et que nous ne plierions jamais.

Je ne pourrai pas parler de tout ce qui c’est passé durant cette période, mais certains événements m’ont tellement marquée que je ne pourrais les occulter, comme le14 septembre 1994 qui est gravé dans ma mémoire, le matin de ce jour fatidique, je lisais les journaux où il était question de la mise en résidence surveillée de Abassi Madani et Ali Belhadj, j’en étais outrée, révoltée que ceux qui étaient à l’origine de l’assassinat de nombreux algériens soient libérés, je réfléchissais à la manière dont on allait réagir lorsque par un appel téléphonique j’ai appris que mon frère, militant et pédagogue, venait d’être assassiné par les terroristes, il a été assassiné pour ses idées, pour le combat dans lequel il s’est totalement investi.

Cet épisode m’a marquée, cela a renforcé ma détermination à continuer le combat, si ces sanguinaires croyaient qu’en tuant des innocents ils allaient nous faire reculer par la terreur, ils se trompaient ; le combat devenait plus difficile mais nous n’allions pas baisser les bras.

C’était presque tous les jours que l’on apprenait l’assassinat d’un(e) ami(e) ou d’un proche, et en plus de nous atteindre dans la chair, on a voulu nous toucher dans notre lutte, en effet, le 15 février 1995 Nabila, une grande figure de la lutte des femmes, a été lâchement assassinée à Tizi-Ouzou.

Cette mauvaise nouvelle m’a fait prendre conscience que je pouvais être la prochaine victime, pour la première fois j’ai commencé à avoir peur, le courage commençait à me manquer, j’avoue qu’à ce moment, j’ai failli tout laisser tom- ber, fallait-il abandonner ? Beaucoup d’entre nous se posaient cette question, certaines ont préféré l’exil, néanmoins pour la mémoire des martyres du terrorisme, je savais que je n’abandonnerais jamais. , et heureusement nous étions encore nombreuses à continuer la lutte.

C’est dans un climat où régnaient terreur et méfiance que nous menions nos actions dirigées aussi bien contre l’islamisme que pour revendiquer nos droits à l’égalité.

Engagées dans la lutte contre le terrorisme, nous oubliions notre combat émancipateur, mais l’actualité nous ramène souvent à la réalité, je n’entrerai pas dans les détails mais je ne pourrai pas m’arrêter sans citer deux événements que je considère marquants de cette période.

• La ratification avec réserves de la convention CEDAW (convention pour l’élimination de toute discrimination à l’égard des femmes) par l’Algérie en 1996, il faut dire que les réserves émises par l’Algérie ont vidé de son sens la dite convention, nous avons réagi, protesté, fait circuler une pétition de dénonciation, nous n’avons pas obtenu gain de cause, mais cela nous a permis de réaffirmer notre position et de nous remobiliser autour de notre revendication première : lois égalitaires entre femmes et hommes.

• Un million de signatures pour le droit des femmes dans la famille, cette action initiée par un collectif d’associations a permis de relancer le débat sur le code de la famille, la réaction des islamistes a été assez violente, je pense qu’au fond ils avaient peur de notre détermination car en plus des menaces à notre égard, ils ont lancé de leur côté une campagne de trois millions de signatures pour le maintien du code la famille.

Les islamistes ne nous faisaient plus peur, nous avions choisi de rester et de continuer notre combat pour vivre dans une Algérie démocratique et ouverte à l’universalité.

Dans la lutte contre le terrorisme nous avions presque oublié que le réveil risquait d’être très dur, il nous fallait penser à l’après terrorisme, reconstruire les liens et rétablir l’image de l’Algérie, c’est dans cet optique qu’avec notre par- tenaire l’association Ayda Toulouse, en octobre 1998, nous avons organisé la caravane de l’espoir dont le but était d’une part de donner de l’Algérie une autre image que celle présentée par les médias occidentaux, et d’autre part tisser des liens avec nos camarades de la rive nord méditerranée en vue d’échanges et de partenariats pour le futur.

C’était une amie, rencontrée à Hussein-Dey, et dans de nombreuses actions avec Coup de Soleil Toulouse. Elle va nous manquer. Caillou, 28 août 2015

En Grèce les salarié(e)s du commerce vont travailler le dimanche!

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Oui, j’aurais du en parler, m’indigner, croire encore que les mots peuvent changer les choses.

J’avais lu avec curiosité et inquiétude le texte final de l’accord imposé à Tsipras par le Conseil de l’Europe:

www.consilium.europa.eu/…/2015/…/20150712-eurosummit-statement-g…

Et cette phrase en particulier  –  adopter des réformes plus ambitieuses du marché des produits assorties d’un calendrier précis de mise en œuvre de toutes les recommandations du volume I du manuel
de l’OCDE pour l’évaluation de la concurrence, y compris dans les domaines suivants: ouverture des magasins le dimanche, périodes de soldes…
Le lobby européen des grandes surfaces commerciales a trouvé le moyen d’obliger les grecs à consommer le dimanche. Alors que depuis des années les différentes politiques d’austérité ont écrasé leurs pouvoirs d’achat ! Et les clients grecs, (ceux qui ont encore un peu de fric), vont donc aller au supermarché du coin le dimanche en entraînant ainsi la faillite des petits commerçants qui ne pourront plus payer d’impôts. Quant aux salarié(e)s du commerce et bien tant pis pour eux et pour elles.

L’Europe les affame et les pille en leur volant les biens communs (les entreprises nationales, les ports, l’énergie) et les lobbys dont elle est le jouet imposent leurs règles pour le plus grand profit des industriels et des financiers.

Oui, j’aurais du… Mais bon, j’ai préféré aller dessiner dans la campagne.

Caillou, le 20 juillet 2015

 

Supplice de Tantale à la mairie de Toulouse !

Après avoir fermé pour tout l’été les piscines de Pech David et Jean Boiteux dans le quartier des Sept Deniers:  “pour un ratio coût de fonctionnement et fréquentation insuffisant“, fermé la piscine d’Alban-Minville pour travaux, maintenu très temporairement celle d’ Ancely face à la mobilisation des habitants, voilà que la Mairie de Toulouse interdit aux Toulousains de se rafraîchir à la fontaine du square Jean-Jaurès, derrière le Capitole. “Cette fontaine est ornementale, presque une œuvre d’art …/… Elle n’est pas faite pour se baigner“. SONY DSC

Comme on peut le voir sur cette photo la fontaine est à ras du sol, autant dire qu’on veut  interdire aux enfants, en pleine canicule, de se rafraîchir comme on interdirait à un assoiffé de boire un verre d’eau sur une table.

Caillou, le 18 juillet 2015

Sur le supplice de Tantale
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tantale_fils_de_Zeus

Un livre abject

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Paola Barbato : « À mains nues »

Ce gros bouquin révèle ce qu’il y a de pire en nous.

Partons du principe que nous avons tous en nous une part innommable de perversité et de volonté de domination. Affirmons qu’il n’y a pas de monstres d’un côté de braves gens de l’autre mais que nous sommes toutes et tous de possibles prédateurs et d’horribles salops. Or, ce que Paola Barbato fait vivre au lecteur dans cette plongée insoutenable de 480 pages, c’est l’horreur absolue, certes, mais surtout le plaisir de s’y confronter, de s’en émoustiller gratuitement, de se faire plaisir à peu de frais. Je parle bien de la chanson de Ferrat : Les belles étrangères .

Là, on nous gave de combats à mort entre jeunes esclaves que l’on a dressés à tuer comme des animaux de combat pour le plus grand plaisir des riches spectateurs clients de la mafia. Ils ne se sentent plus bander qu’en voyant des « chiens humains » mourir sous leurs yeux et des jeunes filles violées, sodomisées, étranglées dans des « snuff movies ».

Mais qui sont ces spectateurs si ce n’est le lecteur lui même ?

Alors bien sûr Paola Barbato nous donne un petit prétexte à continuer une lecture aussi immonde : celle de l’analyse psychologique entre le maître et l’esclave. La domination désirée. Le jeune Davide qui devient redevable à l’organisateur de son enlèvement et de son dressage. Elle nous assène : On ne nait pas assassin, on le devient. Sous entendant bien sûr que c’est finalement ce que tout le monde désire : être dominé et aimer son maître plus que lui même.

J’ai été jusqu’au bout de ce livre dégoûtant de sang, de glaire, de sperme, de tripes, de cervelle, de plaintes, de supplications, d’agonies et surtout d’inhumanité. Mais ce fut à mon corps défendant. Et je ne dévoilerais pas la fin car il n’y en a pas.

Il me confirme bien que ce genre de littérature de gare ne sert à rien.
L’horreur journalière des informations du monde me suffit. Nous n’avons pas besoin qu’on y rajoute encore plus de crimes, encore plus de serial killers, encore plus de souffrances et d’humiliations.

Quelques extraits ?

Page 368 : Sur le monde extérieur à leur prison :

Ici, dit-il avec une grimace de dégoût, il n’ y a ni règles, ni éthique, ni morale. Juste une masse d’hypocrites qui agissent comme des moutons, tous derrière le premier qui part, tous à avoir les idées de quelqu’un d’autre.
– Ils ne sont pas tous comme ça.
– Ils le sont pour nous. Que penses-tu pouvoir leur donner, Mirco ? Et eux, que peuvent-ils te donner ? Penses-tu que quelqu’un s’intéresse vraiment à qui tu es. Crois-tu vraiment que les gens dehors soient différents de ceux de la Garganella ? Ils font la même chose. De façon différente bien sûr, mais la substance est la même.

Page 376 : sur l’art de tuer :

Cela a d’abord été un métier, un métier comme les autres. Plus tard c’est devenu un art. Le truc c’est de cesser de penser à eux comme des personnes. Il faut réussir à les décomposer, séparer les différents éléments. Les mots, les plaintes, que sont-ils ? Ce ne sont que des sons. De même que les larmes ne sont que de l’eau et le corps n’est que de la chair. Des choses, tu comprends ? Ils deviennent des choses. Tuer une chose ce n’est pas tuer, c’est juste faire un trou dedans. 4°

 

Notes


Les belles étrangères
Qui vont aux corridas
Et qui se pâment d’aise
Devant la muleta
Les belles étrangères
Sous leur chapeau huppé
Ont le teint qui s’altère
A l’heure de l’épée

2° Le snuff movie (ou snuff film) est un film mettant en scène la torture et le meurtre d’une ou plusieurs personnes. Dans ces films clandestins, la victime est censée ne pas être un acteur mais une personne véritablement assassinée. (Wikipédia)

3° Je promets que s’il y en avait une qui soit digne de ce nom je la donnerais rien que pour dissuader de continuer une descente dans ces égoûts putrides.

4° Les SS parlaient des déportés et des juifs comme des stucks, des « morceaux ». Paola Barbato en reprend bien le terme !

 

Caillou le 11 juillet 2015