Alger. 10 avril 2012, la Kasbah

Nous allons jusqu’au port et longeons la corniche jusqu’à l’entrée de l’Amirauté, mais il se met à pleuvoir. DSC04140DSC04142Nous revenons donc vers la place des Martyrs. Le centre de la place est occupé par un chantier de fouilles. Les ouvriers qui creusaient là pour la future station de métro ont trouvé des restes de maisons très anciennes, c’est ce que nous dit un monsieur, employé de la Poste, qui nous offre un café dans un petit bistrot de la place de Port Saïd. Il nous a abordé par curiosité car il n’y a pas beaucoup de tourisme à Alger et nous détonnons dans cette masse de passants pressés. “Pourquoi visitez-vous Alger? Qu’est-ce qui vous a amené ici? ” Et la discussion est intéresssante: Toulouse, les crimes qui viennent de s’y dérouler, les élections présidentielles, la situation en Algérie… Je retiens de notre échange cette phrase amusante: “l’Algérie est un pays habité par des berbères et par quelques intrus”. Voilà qui me met bien en face du problème toujours vivant de la division entre Arabes et Kabyles! Je retrouverais tout au long de la semaine cette curiosité des gens rencontrés sur notre voyage, une curiosité pleine de gentillesse et d’hospitalité.
DSC04145Ce petit bistrot où l’on boit des expressos très serrés et où les habitués mangent des gateaux debout devant le comptoir est très agréable. Mais ce n’est pas le cas de la plupart des cafés que nous avons apercus. En effet ils ne sont occupés que par des hommes et l’entrée d’une femme y est très fortement déconseillée. Trouver des toilettes devient très compliqué pour une femme. Il n’y a pas ou très peu de toilette publique et les seuls cafés ouverts aux femmes appelés “salons familaux” sont assez rares. Je m’aperçois assez vite qu’il règne ici une ségrégation de fait. La rue et les cafés, tous les espace publics sont réservés aux hommes. Les femmes, presque toutes voilées, y rasent les murs ou y circulent à plusieurs. J’apprendrais plus tard que ce sont les espaces privés, la maison, l’appartement qui leur sont reservés. Et cette ségrégation va jusqu’à l’absurde: ces hommes qui restent dehors sous une pluie battante, à tenir les murs, à peine abrités sous les auvents plutôt que rentrer chez eux…

Et puis nous montons dans la Kasbah d’Alger par de toutes petites rues de plus en plus étroites. Je suis frappé par la saleté des lieux. Ici chacun jette ses poubelles bien enveloppées dans un sac plastique, sur le tas, entre les étais des maisons effondrées. Nous montons à travers une décharge publique aux milieu des enfants joyeux qui sortent de l’école. Je suis révolté par la vétusté, par l’abandon total de tout service public, par le manque de réfection, de travaux, de ce qui fut “un des plus beaux sites maritimes de la Méditerranée” et qui est classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1992! Si des travaux ont quand même été effectués, je m’en excuse par avance, ce n’est pas cette petite promenade qui m’a permis d’en voir les résultats.

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Tout en haut nous rencontrons une équipe de futurs cinéastes de la toute nouvelle école du cinéma d’Alger.

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Les étudiants nous interviewent puis, sous un porche nous sommes invités par un ébéniste à venir visiter son atelier et à monter sur sa terrasse. Ses meubles sont magnifiques mais là il a envie de papoter. Il me raconte que sa maison servait, lorsqu’il était encore enfant, de boîte aux lettres pour le FLN et qu’ils ont été dénoncés par un traître encagoulé pendant “la bataille d’Alger”. Son oncle a disparu, son corps n’a jamais été retrouvé, son père a fait plus de 3 ans de prison… C’est un homme chaleureux, un artiste. Je lui parle de mon grand’père lui aussi ébéniste à Alger dans les années 30
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et il admire d’ailleurs son travail, sur une petite carte de visite ancienne que je lui montre. Pour lui l’effondrement de la Kasbah d’Alger est aussi dû à l’inconscience des habitants qui rajoutent sur les terrasses des murets, de la tôle, de la ferraille, des parpaings, des briques alors que ces maisons sont déjà fragiles. Il est passionné par son quartier. Il n’a rien à vendre, rien à demander, mais il offre tout simplement, pour le plaisir de montrer son pays, pour échanger quelques phrases… Pour mon esprit méfiant de Français où tout s’achète et tout se vend, c’est un peu surprenant. Il a un livre d’or qu’ils fait signer à tout ses visiteurs.

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Du haut de sa maison tout Alger est sous nos pieds. C’est fascinant, d’autant que le soleil se met de la partie. C’est donc bien Alger la blanche! Nous sommes émerveillés.

 

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 La suite plus tard…
Caillou le 25 avril 2012

 

 

 

 

 

 

 

3 réflexions au sujet de « Alger. 10 avril 2012, la Kasbah »

  1. Segregation, sexisme et beaute. Conflicts!….
    J’attends le prochain chapitre avec impatience.
    Les photos sont belles.
    Merci Marc.

  2. La copine françoise ( permets-tu que je t’appelle ainsi) a vraiment écrit ce que je ressens quand on te lit ou regarde les photos sans aucun doute la même chose que toi qui l’a vécu: contradictions devant tant de beauté et de saleté, d’accueil et de ségrégation; on peut comprendre une part de la complexité des liens avec ce pays.

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