l’Apostasie n’est pas coranique !

CalasChapbookJean Calas torturé sur la roue

Les condamnations dont sont victimes des blogueurs comme Raef Badawi en Arabie Saoudite ou des journalistes comme Mohamed Cheikh en Mauritanie le sont sur la base de l’Apostasie. Aussi il est très intéressant de lire l’ouvrage de Mohamed Charfi, Islam et liberté, le malentendu historique, paru chez Albin Michel en 1999.

L’Apostasie, une infraction?

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les ulémas ont crée cette infraction attentatoire à la liberté de conscience sans aucune base coranique. Pour les autre règles charaïques contraires aux droits de l’homme, généralement, par un effort d’interprétation plus ou moins laborieuses, par des interprétations contestables et aujourd’hui largement contestées, ils ont pu rattacher le droit qu’ils ont élaboré à la religion qu’ils prétendaient ou pensaient expliciter. Mais pour l’apostasie rien de tel n’est possible. au contraire. Non seulement aucun verset ne prévoit cette infraction et cette peine ni ne la suggère de près ou de loin, mais, de plus, le texte coranique dit exactement le contraire. Nous avons déjà évoque le verset qui dit: “Point de contrainte en matière de religion” On peut ajouter le verset 29 de la Sourate XVIII, “La caverne” , par lequel Dieu s’adresse à son prophète en ces termes: “Dis: La vérité est là qui émane de votre Seigneur. Y croira qui voudra et la reniera qui voudra” ou encore le verset 99 de la sourate X, ” Younes” : ” Si Dieu l’avait voulu, l’univers tout entier embrasserait la vrai foi. Voudrais-tu contraindre les hommes à se convertir?”
Dieu ne punit donc pas, du moins dans ce bas-monde, ceux qui croient pas en lui et n’ordonne pas qu’on les punisse. Il ordonne au contraire qu’on s’abstienne d’exercer sur eux des contraintes. …/…
Dieu n’est pas fanatique, mais les ulémas d’hier, comme les ulémas et les intégristes d’aujourd’hui le sont. Il est vrai que la plupart des hommes de religion le sont ou l’ont été. Comme le rappelle Sami Abu Sahlieh, les légistes musulmans classiques ont prescrit ” à l’instar de leurs collègues contemporains, juifs et chrétiens, la peine de mort contre toute personne qui quitte leur religion. En fait , la liberté religieuse pour les légistes est une liberté à sens unique: liberté d’entrer, interdiction de sortir”.
Les chrétiens et les juifs ont abandonné cette règle honteuse. L’islam ne l’a pas abandonnée, à cause des théologiens et des intégristes. C’est une question de niveau de développement. Le sous-développement n’est pas seulement économique ou social, il est aussi culturel et intellectuel. L’intégrisme chez nous, est l’expression la plus évidente de notre sous développement.
Déjà dans le droit musulman classique, les hanafites prévoyaient une petite exception pour limiter les injustices de cette règle. Pour eux cette dernière ne s’applique dans toute sa rigueur qu’aux hommes. Quand aux femmes, peut-être pour compenser leur infériorité juridique, il faut se contenter de les emprisonner jusqu’à ce qu’elles reviennent à l’Islam. Sur cette question, comme sur beaucoup d’autres, les hanafites ont souvent été plus libéraux que les autres. …/…
Ne trouvant pas de base coranique à la règle qu’ils ont prescrite, les ulémas ont rattaché cette dernière à un hadith attribué au Prophète disant: “Celui qui change de religion, tuez-le.” Argument fragile car ce hadith est de la catégorie ahad, c’est à dire rapporté par une seule personne, donc d’authenticité douteuse; et le doute devient d’autant plus grand quand on sait que le compagnon qui a rapporté ce hadith est Ibn Abbas qui, à la mort du Prophète, n’était qu’un adolescent de treize ans! Ce fondement juridique est d’autant plus faible qu’il est contredit par la conduite du Prophète car, de son vivant, il y eu des apostasies déclarées, notamment celle des Kindi. Quand il l’a appris, le Prophète a blâmé leur quatre rois. Ce blâme tait tout de même une réaction légitime de sa part. Mais il n’a été question ni de guerre ni de châtiment.Ce n’est qu’après le décès du Prophete qu’une guerre sera livrée à l’ensemble des Kindi pour mettre fin à leur dissidence et les ramener de force à l’islam.
Conscient de la faiblesse du fondement avancé, les ulémas ont tenté de le renforcer par un autre: l’ijmaa, ou consensus, des gens de Médine. Seulement comme l’histoire ne nous a pas rapporté que les compagnons du Prophète se sont explicitement prononcés sur la création d’une telle règle, les hanafites ont inventé une catégorie singulière de consensus, l’ijmaa soukouti ou consensus par le silence. Pour expliquer cette notion assez bizarre, il faut rappeler, même très brièvement, les guerres des apostats. (…Abou Bakr…)
La meilleure preuve que le règle de la peine de mort pour les apostats imaginée alors et immédiatement appliquée, était un habillage religieux d’un choix politique, est qu’on l’appliquée aussi bien et avec la même rigueur aux tribus qui avaient déclaré revenir sur leur fraîche islamisation qu’aux tribus qui affirmaient sans équivoque qu’elles restaient musulmanes, mais qui contestaient explicitement la personne d’Abou Bakr et refusaient de payer la zaket (aumône) – symbole de l’allégeance à ses agents.
La peine de mort de l’apostat a été appliqué, dès l’invention de la règle, pour châtier les opposants politiques. C’est un peu la technique de la plupart des régimes des pays musulmans qui érigent aujourd’hui  les délits d’opinion en complot contre la sureté de l’État pour mieux réprimer toute voix discordante. Ce n’est pas une règle religieuse; c’est une règle politique , une règle de politique autoritaire.

 

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