C’est un mensonge dans un mensonge
Quand j’ai commencé à m’intéresser au groupe UNIR c’était bien évidemment parce que ce mouvement, aussi petit, confidentiel et clandestin qu’il fut, avait été pendant plus de 20 ans le seul relais contre le stalinisme à l’intérieur même du Parti Communiste Français.
Sous la fidélité affichée au marxisme-léninisme, la volonté d’un retour vers les valeurs d’un Parti « bolchevik », je trouve, dans la phraséologie de l’époque, les critiques d’un fonctionnement pyramidal caractéristique du stalinisme, comme par exemple « Les bouches fermées », du n°7 d’avril 53 :
« …les initiatives sont formellement interdites aux cadres les plus responsables de notre Parti, transformés avec leur accord ou à leur insu, en véritables machines à approuver et à appliquer sans discuter».
Je me souviens de cet anti-stalinisme essayant d’allier le communisme et la liberté, de ces illusions sur la capacité de redresser le PCF, sur la volonté d’être dans la classe ouvrière donc, à l’époque, dans le Parti qui en était l’émanation… Tout ce fatras effondré depuis longtemps, j’en étais…
Et puis toutes les calomnies épouvantables, les rumeurs, les accusations que les directions successives du Parti faisaient courir sur cette opposition interne étaient par leur évident mensonge la preuve évidente qu’UNIR menait un très juste combat. « Plus de démocratie dans le Parti », ce n’était certes pas un programme politique mais valait bien qu’on les traite de flics, de renégats, de fascistes… Nous y étions habitués et n’avions pas d’oreilles à ces accusations.
J’avais aussi en reparlant d’UNIR l’intention de montrer que ce mouvement avait dans ses propres publications une réelle pratique démocratique, une ouverture permettant à tous les lecteurs de poser toutes les questions, d’affirmer tous les points de vue sans être censurés ou que les réponses soient condescendantes, professorales ou enfermées dans les limites étroites de l’idéologie de Parti. Cette «démocratie épistolaire» était pourtant, et c’est contradictoire, exercée dans un système que la clandestinité rendait à sens unique, totalement opaque, puisque aucun lecteur ne devait savoir qui posait la question et qui y répondait. C’est que j’ai essayé de montrer dans un autre billet.
Cette démocratie ouverte, sans mépris, mais réservée aux seuls camarades, je ne l’ai plus jamais retrouvée au sein des courants révolutionnaires que j’ai ensuite traversé. Nous y étions obsédés par « la ligne juste » ou par la répétition des gestes glorieux d’un passé mythifié. Certains courants ont pu même théoriser, dans les années 70, que le pouvoir de direction devait être pris par ceux qui avaient étudié le marxisme, comme s’il s’agissait d’une école avec ses maîtres et ses élèves, ses punitions et ses bons points. Trotskystes, maoïstes et même libertaires les organisations gauchistes des années 70 ne cultivaient pas du tout la démocratie interne. Elle y était sacrifiée au nom de l’efficacité et avait même des relents petits-bourgeois et si on n’y votait pas beaucoup c’est surtout parce qu’on appliquait les lignes successives décidées par les bureaux politiques… En imitant en cela le « centralisme démocratique » de notre ennemi principal : le PCF.
UNIR avait une autre conception où n’importe quel militant du Parti avait droit à la parole et surtout à être entendu. On pourra m’objecter que la fonction réelle d’UNIR étant de protester contre les exclusions et les atteintes à l’honneur des militants exclus, de regrouper les énergies réformatrices, les lignes politiques n’avaient du coup pas une grande importance, et c’est vrai. UNIR ne s’est jamais pris pour un parti et quand il a voulu avec « le Débat communiste » entrer dans un processus de création d’un mouvement politique : les « CIC », il s’est déchiré et a fini par disparaître.
Il y avait donc le mensonge stalinien et nous y étions habitués. Une vision du monde ou la moindre pensée critique vous faisait immédiatement basculer dans les rangs des ennemis de la classe ouvrière et de son parti. Ce mensonge qui transformait des héros de la résistance au nazisme, des anciens volontaires des Brigades Internationales en Espagne, des déportés de retour de Dachau ou de Ravensbrück, des dirigeants syndicaux de la grande grève des mineurs de 1941 en indicateurs de police, en provocateurs hithléro-trotskistes, en suppôts du grand capital.
Et bien ce mensonge évident était vrai !
Après toutes ces années, le PCF étant maintenant devenu ce qu’il est, un livre affirme, preuves à l’appui, qu’UNIR était effectivement un instrument monté par une officine anti-communiste, avec l’argent de la CIA et travaillant pour les Renseignements généraux ! Cela se retourne comme un gant. La cheville ouvrière d’UNIR, l’interface entre les lecteurs et le comité de rédaction, le seul qui apparemment avait la maîtrise du fichier des correspondants et de leurs pseudonymes : Jacques Courtois, s’appelait effectivement Fernand Tocco et était « traité » régulièrement par Henry Barbé , sa secrétaire étant payée par « Paix et Liberté ». Donc aux ordres d’une organisation secrète anticommuniste financée par la CIA.
Bien que cette information ne remettent pas en cause l’honnêteté des rédacteurs d’UNIR, l’évidente utilité historique de ce mouvement, j’avoue qu’elle me trouble profondément. J’ai donc consulté (survolé !) la collection des brochures d’UNIR pour avoir accès aux textes, avec ce regard neuf, à la bibliothèque « Souvarine », à l’Institut d’Histoire Sociale de Nanterre, c’est-à-dire, pour aller vite, chez « ceux d’en face ».
On peut lire à ce sujet le billet très amusant de Caroline Fourest à L’institut d’Histoire Sociale de Nanterre:
https://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=NF&ID_NUMPUBLIE=NF_001&ID_ARTICLE=NF_001_0134
Caillou, le 17 mars 2012
















