En dix ans j’ai changé, je ne me reconnais plus
dans la glace ce vieil homme qui est-ce exactement ?
ces poches sous les yeux et ce cou tremblotant
ce ne sont pas les miens, c’est un malentendu.
Je n’étais pas très beau, je peux en convenir
il y a dix ans de ça, mais j’avais encore l’air
d’être un homme moyen au milieu de ces pairs
aujourd’hui c’est certain je vois mon corps vieillir.
C’est un type qui est là que je ne connais pas
entré subrepticement dans ma vie quotidienne
il mange et boit beaucoup et traîne sa bedaine
j’ai beau jeûner, marcher, cet homme ne maigrit pas.
En dix ans j’ai trop vu de copains disparaître
des parents, des amis, des regrets, des sanglots
des larmes retenues quand je vois des photos
ce sentiment diffus que le temps devient maître.
Qu’il faudrait vivre enfin chaque moment de bonheur
avant que ne se coupe le fil de sa vie
pourtant je me retourne sur ces 10 ans enfuis
tout est passé si vite je me sens fossoyeur
En dix ans j’ai changé, j’espérais tant de choses
auxquelles je ne crois plus, j’avais tant de projets
détruire et rebâtir, faire de nous des sujets
s’unir et vaincre enfin pour le pain et les roses.
Mais les avions qui claquent dans les tours de New York
et le Pen arrivé en pôle position
et tant d’autres reculs, tant d’autres soumissions
m’ont changé à tel point que je suis en remorque
devenu spectateur de cet effondrement
de cette course à l’abîme, de faim, de pollution
de manque d’eau, de racisme, de guerres et d’exclusion
d’un avenir collectif qui ne croit plus qu’à l’argent
En disant ces 10 ans je vois qu’il faut me taire
Peut-être chanter tout bas les soldats de Craonne
« Adieu la vie, adieu l’amour, Adieu toutes les femmes »
puis laisser en silence le monde se défaire.
Caillou, 23 juin 2011









Ce restaurant, le Bouillon Chartier, au début de la rue du Faubourg Monmartre, à Paris, est incontournable. Par son menu, peut-être, mais surtout par son cadre.








